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A propos du fédéralisme libertaire !

Les anarchistes proposent de remplacer l'organisation sociale étatique
par le fédéralisme libertaire.
Nous vous présentons trois textes :
Fédéralisme, Socialisme et Antithéologisme (M. Bakounine) ; Du principe fédératif (P.-J. Proudhon) et "A propos du fédéralisme" du Groupe Fresnes-Antony

Fédéralisme, Socialisme et Antithéologisme

Le problème est le suivant :

Organiser la société de telle sorte que tout individu, homme ou femme, venant à la vie, trouve des moyens à peu près égaux pour le développement de ses différentes facultés et pour leur utilisation par son travail ; organiser une société qui, rendant à tout individu, quel qu'il soit, l'exploitation du travail d'autrui impossible, ne laisse chacun participer à la jouissance des richesses sociales, qui ne sont en réalité jamais produites que par le travail, qu'autant qu'il aura directement contribué à les produire par le sien...

Chose étrange, cette grande révolution qui, pour la première fois dans l'histoire, avait proclamé la liberté non plus du citoyen seulement, mais de l'homme, se faisant héritière de la monarchie qu'elle tuait, avait ressuscité en même temps cette négation de toute liberté : la centralisation et l'omnipotence de l'Etat ...

(il faut) remplacer l'ancienne organisation fondée, de haut en bas, sur la violence et sur le principe d'autorité, par une organisation nouvelle n'ayant d'autre base que les intérêts, les besoins et les attractions naturelles des populations, ni d'autre principe que la fédération libre des individus dans les communes, des communes dans les provinces, des provinces dans les nations, enfin de celles-ci dans les Etats unis de l'Europe d'abord et plus tard du monde entier... (il faut reconnaître) le droit absolu de chaque nation, grande ou petite, de chaque peuple, faible ou fort, de chaque province, de chaque commune à une complète autonomie, pourvu que sa constitution intérieure ne soit pas une menace et un danger pour l'autonomie et la liberté des pays voisins... (Nous ne reconnaîtrons) qu'une seule unité : celle qui se constituera librement par la fédération des parties autonomes dans le tout, de sorte que celui-ci, cessant d'être la négation des droits et des intérêts particuliers, cessant d'être le cimetière où viennent forcément s'enterrer toutes les prospérités locales, deviendra au contraire la confirmation et la source de toutes ces autonomies et de toutes ces prospérités...

Fédéralistes à l'intérieur (nous voulons) la confédération internationale, d'abord par l'esprit de justice, ensuite parce que (nous sommes) convaincus que la révolution économique et sociale, dépassant les bornes artificielles et funestes des Etats, ne pourra se réaliser, au moins en partie, que par l'action solidaire sinon de toutes, au moins de la plus grande partie des nations qui constituent aujourd'hui le monde civilisé, et que toutes, tôt ou tard, devront finir par s'y rallier...
La liberté sans le socialisme, c'est le privilège, l'injustice... Le socialisme sans liberté, c'est l'esclavage et la brutalité.

M. BAKOUNINE, 1867.


Du principe fédératif

Au développement de l'Etat autoritaire, patriarcal, monarchique ou communiste, s'oppose le développement de l'Etat libre, contractuel et démocratique...

Nous avons reconnu que le contrat social par excellence était un contrat de fédération, un contrat synallagmatique et commutatif... dont la condition essentielle est que les contractants se réservent toujours une part de souveraineté et d'action plus grande que celle qu'ils abandonnent. Dans les gouvernements centralisés, les attributs du pouvoir suprême se multiplient, s'étendent, immédiatement attirent dans la compétence du " Prince" les affaires des provinces, communes, corporations, particuliers. De là, cet écrasement où disparaît toute liberté, non seulement communale et provinciale, mais même individuelle et nationale [Dans un système fédéraliste le gouvernement, expression de l'autorité, est insensiblement subalternisé par les représentants ou organes de la liberté, savoir : le pouvoir central par les députés des départements ou provinces, l'autorité provinciale par les délégués des communes, et l'autorité municipale par les habitants ; ainsi, la liberté aspire à se rendre prépondérante, l'autorité à devenir servante de la liberté; et le principe contractuel à se substituer partout, dans les affaires publiques, au principe autoritaire...

Ce, n'est pas seulement entre sept ou huit élus, sortis d'une, majorité parlementaire, et critiqués par une minorité opposante, que doit être partagé le gouvernement d'un pays, c'est entre les provinces et les communes; faute de quoi la vie politique abandonne les extrémités pour le centre, et le marasme gagne la nation devenue, hydrocéphale.
La constitution de la société est essentiellement progressive, ce qui signifie de plus en plus libérale : cette destinée ne peut être remplie que dans un système ou la hiérarchie gouvernementale, au lieu d'être posée sur son sommet, soit établie carrément sur sa base...

Mais tandis qu'on organisait le parlementage des chambres contre les ministères... tandis qu'on opposait des mots à des mots, des fictions à des fictions, on adjugeait au gouvernement, sans réserve aucune, sans autre contrepoids qu'une vaine critique, la prérogative d'une administration immense, on mettait entre ses mains toutes les forces du pays, on supprimait.. les libertés locales... On créait enfin une puissance formidable, écrasante, à laquelle on se donnait ensuite le plaisir de faire une guerre d'épigrammes... les ministères tombaient les uns sur les autres...
On mettait empire sur république, et le despotisme centralisateur ne cessait de grandir, la liberté de décroître... Résultat inévitable d'un système où l'on mettait d'un côté la souveraineté métaphysique et le droit critique, de l'autre toutes les réalités du domaine national, toutes les puissances d'action d'un grand peuple.

Dans le système fédératif, de telles appréhensions ne sauraient exister. L'autorité centrale, initiatrice plutôt qu'exécutoire, ne possède qu'une part assez restreinte de l'administration publique...
Sous une autorité fédérale, la politique d'un grand peuple est aussi simple que sa destinée. Faire place à la liberté, procurer à tous travail et bien-être, cultiver les intelligences, fortifier les consciences, voilà pour le dedans ; au-dehors, donner l'exemple. Un peuple confédéré est un peuple organisé pour la paix ; des années, qu'en ferait-il ?...
Tout Etat est de sa nature annexionniste. Rien n'arrête sa marche envahissante, si ce n'est la rencontre d'un autre Etat, envahisseur comme lui et capable de se défendre...

Il en est autrement dans le système fédératif. Très capable de se défendre si elle est attaquée... une confédération demeure sans force pour la conquête... Supposons que l'un des Etats confédérés forme des projets de conquête particulière, qu'il désire s'annexer une ville voisine, une province contiguë à son territoire ; qu'il veuille s'immiscer dans les affaires d'un autre Etat. Non seulement il ne pourra pas compter sur l'appui de la confédération, oui répondra que le pacte a été formé exclusivement dans un but de défense mutuelle, non d'agrandissement particulier; il se verra même empêché dans son entreprise par la solidarité fédérale, Qui ne veut pas que tous s'exposent à la guerre pour l'ambition d'un seul.
En sorte qu'une confédération est tout à la fois une garantie pour ses propres membres et pour ses voisins non confédérés...

Toute la science constitutionnelle est là, je la résume en trois propositions :
1- Former des groupes médiocres, respectivement souverains, et les unir par un pacte de fédération ;
2- Organiser en chaque Etat fédéré le gouvernement d'après la loi de séparation des organes, je veux dire : séparer dans le pouvoir tout ce qui peut être séparé, définir tout ce qui peut être défini. Distribuer entre organes ou fonctionnaires différents tout ce qui aura été séparé et défini ;ne rien laisser à l'indivision ; entourer l'administration publique de toutes les conditions de publicité et de contrôle;
3- Au lieu d'absorber les Etats fédérés ou autorités provinciales et municipales dans une autorité centrale, réduire les attributions de celle-ci à un simple rôle d'initiative générale, de garantie mutuelle et de surveillance, dont les décrets ne reçoivent leur exécution que sur le visa des gouvernements confédérés et par des agents à leurs ordres...

Le système fédératif est applicable à toutes les nations et à toutes les époques, puisque l'humanité est progressive dans toutes ses générations et dans toutes ses races, et que la politique de fédération, qui est par excellence la politique de progrès, consiste à traiter chaque population, à tel moment que l'on indiquera, suivant un régime d'autorité et de centralisation décroissantes, correspondant à l'Etat des esprits et des mœurs.

P.J. PROUDHON 1863.


A propos du fédéralisme

On remarquera que Proudhon emploie les termes d'Etat et même de gouvernement aussi bien pour désigner l'appareil centraliste que pour les différentes délégations fédéralistes. Ce n'est qu'avec Bakounine que, dans le mouvement anarchiste, les expressions prendront définitivement les valeurs que nous leur connaissons.

Du point de vue économique et social, on atteint la seule forme de société où " chaque individu soit également et synonymiquement producteur et consommateur, citoyen et prince, administrateur et administré.
L'autogestion ainsi comprise n'est nullement une image de l'esprit, une utopie. L'exemple de l'Espagne de 1936 nous en donne la preuve concrète.
Les socialisations agraires d'Aragon, les collectivités du Levant, de Castille, les autogestions industrielles, les socialisations des services publics : eau, gaz, électricité en Catalogne, et, en particulier, les moyens de transport à Barcelone, enfin la socialisation de la médecine prouvent s'il en était besoin le réalisme pragmatique de la pensée libertaire.

L'auto-administation des communes ? Un nombre incalculable d'exemples démontrerait son réalisme dans cette même, Espagne. Mais est-il besoin aussi de rappeler l'admirable organisation de Cronstadt avant le massacre orchestré par les bolcheviks ?
Répartissant les locaux d'habitation selon les besoins de chaque famille, montant des ateliers d'outils pour les paysans avec de vieilles ferrailles récupérées, utilisant le terrain entre les côtes et la ville pour y aménager des jardins potagers, la ville était administrée par les citoyens eux-mêmes au moyen de "comités de maison, de rue, de quartier, d'arrondissement " et enfin du "comité urbain".

CRITIQUE SOCIALE : LE DOUBLE ECUEIL, DEMAGOGIE ET DESPOTISME

Ces réalisations prouvent que l'autogestion et l'auto-administration peuvent se réaliser aussi bien dans les communes rurales que dans les communes industrielles, dans les villages comme dans les métropoles, à l'Est comme à l'Ouest car ces formes particulières d'organisation ne s'opposent pas aux cultures spécifiques à chaque région.
Mais, déjà, la démarche qui nous a conduits à ce premier stade soulève le problème de l'organisation sociale globale qui le permettra.

La critique économique débouche sur l'organisation horizontale de coopératives, mais si aucun lien ne lie des entreprises éloignées, on risque fort de tomber dans le chaos, chaos qui légitime toujours le droit du plus fort. Au niveau de l'organisation sociale, deux théories s'affrontent le plus souvent :
- Ou bien on affirme la souveraineté absolue et non délégable de l'individu;
- Ou bien cette même souveraineté de l'individu, du peuple ou d'une classe est totalement déléguée à l'Etat qui se trouve investi d'un pouvoir quasi absolu.

Dans le premier cas, par le chaos, on justifie le droit du plus fort, dans le second, appliqué actuellement partout dans le monde, on justifie le droit du plus beau parleur.
Remarquons que la démarche du contrat social de Rousseau comme celle du communisme d'Etat sont totalement assimilables à la deuxième position. Si nous voulons être quelque peu logique avec notre position de révolutionnaires, il faut, dès le départ, chercher me voie totalement nouvelle et refuser d'affirmer comme droits souverains, ni ceux de l'individu, ni ceux du groupe ou de la collectivité.
- Les droits n'appartiennent pas à l'individu.
- Les droits n'appartiennent pas à la société
Il faut dès lors affirmer les droits corrélatifs de l'individu ET du groupe.
Nous voilà face à l'antinomie du multiple et de" l'UN", de l'ordre et de la liberté.

THEORIE DU CONTRAT

Comme pour la théorie de l'échange au niveau économique, c'est la théorie du contrat qui va nous rapprocher de la forme d'organisation qui permettra l'autogestion et l'auto-administration sans risquer le chaos. Les contrats libertaires sont des instruments révolutionnaires parce qu'ils abolissent les antiques servitudes, la domination de l'homme par l'homme, par le fait d'être conclus d'égaux à égaux et sur une base de réciprocité. Par le contrat, les fonctions de la société sont coordonnées, non subalternisées.
A la pyramide (de haut en bas) des pouvoirs succède l'organisation horizontale (de groupes à groupes) partout où cela est possible. Il nous faut maintenant trouver un facteur d'unité à l'ensemble de cette société.

Si l'unité ne sort pas des unes qui n'aboutissent qu'à l'exploitation de tous par une minorité, on ne voit pas pourquoi des groupes TOTALEMENT autonomes ou plus exactement séparés, ne se comporteraient pas de la même manière que des individus qui, "ajoutés les uns aux autres, ne feront jamais une communauté. C'est effrayant, notait Proudhon dans ses Carnets, ce que soulève de questions le gouvernement direct. Comment se fait-il que cette force tutélaire soit dans l'ensemble si peu aimée et, de surcroît, sujette à une instabilité chronique ? C'est qu'aucun gouvernement n'a jusqu'à présent cherché à établir la Justice mais seulement à maintenir la suprématie de la classe qu'il représentait sur toutes les autres. Ce maintien de l'inégalité sociale, raison d'être des Etats historiques, est en même temps la cause de leur déclin et de leur chute. Les groupes sociaux opprimés n'ont en effet de cesse qu'ils se soient, à leur tour, emparés du pouvoir. Et quand une autre faction y est parvenue, elle établit à son profit un gouvernement de classe qui suscite les mêmes oppositions, jusqu'à ce qu'elle soit remplacée par une nouvelle. Cela indéfiniment. Ainsi se développe, sur un rythme de plus en plus accéléré, une dialectique négative qui précipite les gouvernements de l'injustice dans la violence, de la violence dans le désordre et du désordre dans la mort."

Pour ne pas poursuivre ce cercle, il faut faire reposer l'ordre social non plus sur le pouvoir, non plus sur la domination, mais sur le consentement et la solidarité, solidarité qui " loin de devoir être le résultat d'une organisation artificielle ou autoritaire quelconque, ne peut-être que le produit spontané de la vie sociale, tant économique que morale ; le résultat de la libre fédération des intérêts, des aspirations et des tendances communes."

Ce dont le schéma social ainsi amorcé a besoin, ce n'est nullement d'un gouvernement puisque par les contrats horizontaux l'ensemble, se gouverne par lui-même, niais de comités de coordination à divers échelons qui n'auront pas rôle d'oppresseurs (puisqu'ils n'en auront jamais les pouvoirs) mais qui deviendront " les promoteurs du bien social " par la coordination qu'ils permettent. C'est le comité fédéral. Nous sommes arrivés au terme de la démarche, à l'idée du fédéralisme libertaire. L'anarchie ne saurait être la négation de l'ordre, car elle tomberait dans l'utopie ou justifierait le droit du plus fort. L'anarchie est la revendication permanente de la liberté, contre l'autoritarisme qui tend toujours à tout ramener à lui.

L'organisation n'est plus imposée, de l'extérieur à des sujets passifs elle naît de l'auto-régulation des forces sociales. Cependant, il faut toujours faire attention lors des contrats de toujours conserver plus que ce qui est délégué, car si la coordination venait à exercer un pouvoir, c'est. à-dire si elle venait à avoir plus de poids dans l'organisation sociale que les groupes de base (communes et entreprises fédérées) alors " la fédération redeviendrait une centralisation monarchique, l'autorité fédérale, de simple mandataire et fonction subordonnée qu'elle doit être, serait regardée comme prépondérante ; au lieu d'être limitée à un service spécial, elle tendrait à embrasser toute activité, toute initiative ; les Etats confédérés seraient convertis en préfectures, intendances, succursales ou régies. Le corps politique ainsi transformé pourrait s'appeler république, démocratie ou tout ce qu'il vous plaira ; ce ne serait plus une confédération".

L'originalité du fédéralisme libertaire est d'être un fédéralisme "généralisé" ou "intégral", c'est-à-dire appliqué à tous les aspects de la société. Il sera à la fois politique et économique et refusera précisément cette dissociation sur laquelle reposent les régimes actuels.
"Si les fédérations (actuelles) tendent à se résoudre dans l'unité c'est qu'en supposant le pouvoir aussi parfaitement constitué qu'on voudra, la société n'a eu, jusqu'à présent. que des garanties politiques ; elle n'en a jamais offert d'économiques. Ni en Suisse, ni aux Etats-Unis, nous ne trouvons la mutualité organisée ; or sans une série d'institutions mutuellistes, sans droit économique, la forme politique reste impuissante, le gouvernement est toujours précaire, un sépulcre blanchi."

A la base, le fédéralisme libertaire reposera sur l'autogestion des entreprises et sur l'auto-administration des communes, les unes et les autres s'associant librement par des contrats réciproques et précis.
Ces associations formeront des groupements plus étendus, laissés à leur libre choix mais qui épouseront vraisemblablement les "douze ou quinze peuples parfaitement distincts dont la réunion forme ce que l'on appelle vulgairement le peuple français" (Proudhon 1870).

Puis une délégation de chaque fédération pour assurer la coordination des différentes associations.
Enfin, une sorte de "magistrature" dont le seul objet sera d'empêcher le retour toujours possible d'une centralisation gouvernementale en avertissant à temps les fédérations concernées, ou, encore, rensemble des fédérés selon la gravité de l'attaque.
C'est le contraire du désordre actuel où le pouvoir est d'autant plus fort que son rang est élevé, car l'ordre anarchiste est un ordre conçu et appliqué par tous et non voté et imposé par une minorité.
C'est le contraire de l'absence d'unité actuelle car l'unité anarchiste respecte, par le fédéralisme, les différentes ethnies que le pouvoir centraliste actuel voudrait modeler et figer en une culture uniforme correspondant à l'idée de la même minorité.

La pensée fédéraliste anarchiste prend son point de départ des groupements sociaux déjà existants. C'est pourquoi elle est applicable à toutes les nations quel que soit leur stade de développement. Le but du fédéralisme anarchiste est de toujours renforcer les initiatives de la base et de limiter celles des délégations. Pour cela, il a tout intérêt à s'étendre le plus possible, car ainsi un maximum d'activités et de modes de vie feront partie de la communauté fédéraliste. Les fédérations régionales, nationales, continentales sont appelées à se confondre dans une confédération mondiale.

UNITE ET AUTONOMIE

Ce fédéralisme est en même temps un puissant ferment d'union et un élément de différenciation. L'autonomie et l'unité sont les deux pôles irréductibles du fédéralisme. L'anarchiste ne peut en renier un seul sans être en contradiction avec l'anarchisme.
Celui qui parle d'unité et qui renie toute autonomie justifie les structures centralistes et par-là même autoritaires de toutes les sociétés contemporaines.
Les capitalistes comme les marxistes prônent cette unité jacobine. Le drapeau des uns a beau être rouge, les travailleurs n'en sont pas plus libres. Ce n'est pas en changeant de gouvernants et en conservant les structures centralistes autoritaires que la société s'en trouvera révolutionnée. L'autoritarisme réside dans l'idée même d'unitarisme. Plus l'Etat devient populaire et massif, plus il est contraint à se durcir, toujours menacé d'être détruit par l'extérieur et de se désagréger de l'intérieur.
Hommes et choses doivent se plier à sa loi sous peine d'être détruits.
Comment résister à de telles organisations ?
La réponse est simple en s'unissant, mais en s'unissant face à toute structure centraliste. Si notre union se modèle sur celle de l'ennemi, à quoi bon s'y opposer ?
Nous ne faisons que déplacer le pouvoir; nous ne le remettons pas en cause.

CONCLUSION

L'homme n'a jamais existé et ne saurait vivre autrement qu'en sociétés fortement structurées. Mais c'est cette structure qui peut prendre des formes opposées : ou bien elle est fondée sur la domination du père, puis du roi absolu qui le remplace, c'est-à-dire hiérarchisée du haut vers le bas avec pour seul objectif la conservation des formes sociales existantes : ou bien elle s'organise horizontalement d'abord puis de bas en haut, comme une coopération entre frères, jamais achevée et pour cette raison, toujours en recherche d'un progrès. Dans le premier cas c'est le caractère sacré du souverain qui légitime son autorité auprès de ceux qui ne peuvent participer au groupe sans sa médiation. Dans le second, ce sont au contraire tous les membres du groupe qui se confèrent mutuellement le sacrement social par l'échange de leurs promesses, par le contrat.
Ici, il y a gouvernementalisme, là fédéralisme.

Groupe libertaire Fresnes-Antony de la Fédération Anarchiste.
Textes parus dans la revue La Rue - 1977


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Dieu et l'Etat (brochure Volonté anarchiste) ; les Oeuvres complètes (Champs libres) ;
Ecrits libertaires
; Fédéralisme, socialisme et antithéologisme ;
Bakounine Politique
(Editions du Monde libertaire) ; Michel Bakounine (brochure Graine d'ananar ) ; Bakounine (Madeleine Grawitz) ;

 

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