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C'est triste
à dire,
je ne pense pas qu'on puisse
vaincre sans
les drapeaux
rouge et noir...
Mais il faut les détruire après !
Jean Genet.
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Nos
députés entreprennent de sauver les trois couleurs...
Mais d'où nous vient le drapeau noir ?
NOMBRE de nouveaux militants,
sympathisants, ou tout simplement des personnes curieuses, nous demandent,
lors des manifs ou pendant les ventes sur les marchés: mais d'où
vient le drapeau noir des anarchistes ? Jusqu'à présent,
je répondais par quelques
à peu près. Mais,
j'ai décidé d'en savoir plus. Et je ne suis pas allé
très loin
chercher
la réponse. En effet, Line Roca (de notre groupe) a bien voulu
nous éclairer. Elle travaille
justement sur le sujet et accepte de nous en livrer la substantifique
moelle :
En 1872, à La Haye, la scission est officiellement consommée
entre les socialistes autoritaires et les anarchistes (1). Au cours des années
1880 se manifeste cependant, chez les anarchistes, le besoin de se différencier
des autres groupes révolutionnaires, et l'adoption du drapeau noir
est, symboliquement, une étape importante, dans la naissance de
l'anarchisme. En effet, le drapeau rouge était jusqu'alors le drapeau
de l'Internationale, également choisi par la Commune, ainsi que
par le reste du mouvement ouvrier.
Or, dès 1882, les anarchistes se prononcent pour l'abandon
de celui-ci, au profit du noir, celui de la révolte. Le numéro
UN du Drapeau noir du 12 août 1883 s'exprime, en effet, sur ce choix
: Les événements, les faits de tous les jours, nous
ont montré clairement que le drapeau rouge, si glorieux vaincu,
pourrait bien, vainqueur, couvrir de ses plis flamboyants, les rêves
ambitieux de quelques intrigants de bas étages. Puisqu'il a déjà
abrité un gouvernement et servi d'étendard à une
autorité constituée. C'est alors que nous avons compris
qu'il ne pouvait plus être pour nous, les indisciplinés de
tous les jours et les révoltés de toutes les heures, qu'un
embarras ou qu'un leurre.
Le 18 mars, Louise Michel s'exclame salle Favié à
Paris : Plus de drapeau rouge, mouillé du sang de nos soldats.
J'arborerai le drapeau noir, portant le deuil de nos morts et de nos illusions.(2)
Louise Michel reprend le même discours à Lyon, devant une
foule qui, lors de la révolte des Canuts ,avait vu, pour la première
fois l'apparition du drapeau noir. Elle était encore dans les mémoires.
Le drapeau noir fait ensuite une apparition "officielle"
dans la manifestation des sans-travail aux Invalides à Paris, le
9 mars 1883, lors d'un meeting organisé par le syndicat des menuisiers.(3)
Louise Michel y arbore, pour la première fois, un drapeau improvisé,
à partir d'un vieux jupon noir fixé sur un manche à
balai. Plus tard, lors d'un de ses procès, elle affirme : Le
drapeau noir, drapeau de la misère, plutôt que celui de la
Commune, doit être considéré comme le symbole des
ouvriers sans travail.
Quelques mois plus tard, pour la fête du 14 Juillet, les
anarchistes invitent la population à manifester "un drapeau
noir à la main". À cette époque, un article
paru dans le Drapeau noir, rappelle que "seul celui-ci peut convenir
pour représenter le combat anarchiste, la guerre de partisans et
le combat des tirailleurs dispersés".
En effet, comme ne manque pas de le noter Gaetano Manfredonia, dans la Chanson anarchiste en France : Le drapeau noir signifie la distance vis-à-vis
de l'héritage communard et des autres courants socialistes, à
un moment où le mouvement anarchiste construit sa spécificité.
Tous nos remerciements à Line Roca.
Patrick Schindler
groupe-claaaaaash@federation-anarchiste.org
1. Le " communisme
autoritaire " est défini comme étant celui de l'Internationale
et plus particulièrement celui de Marx et d'Engels. Ce dernier,
dans une lettre à Paul Lafargue, se plaint que les " bakouninistes
" se servent abusivement du mot, pour dénoncer tout ce qui
leur est hostile. Cf. Jean Dubois, le Vocabulaire politique et social
en France.
2. Cité par Maurice Dommanget dans l'Histoire du drapeau rouge,
des origines à la guerre de 1939. Ouvrage dans lequel l'auteur
rappelle à quel point le drapeau noir, pour lequel Jules Vallès
s'est prononcé, est lié à la personnalité
de Louise Michel et au souvenir de la Commune.
3. Le syndicat des menuisiers avait convoqué les sans-travail à
un meeting devant l'esplanade des Invalides. La police dispersa les manifestants
qui organisèrent alors, une manifestation vers le boulevard Saint-Germain.
Menée par Louise Michel, Émile Pouget et Mareuil, elle fut
suivie par 500 ou 600 personnes. Des pillages eurent lieu aux cris de:
" Du pain, du travail ou
du plomb. " Et Louise Michel
et Émile Pouget y furent condamnés, respectivement, à
six ans de réclusion.
La véridique
histoire du A cerclé
LE A DANS
UN CERCLE est un sigle si répandu, si connu et reconnu qu'on
a fini par le prendre pour un symbole traditionnel de l'anarchisme, comme
s'il avait existé depuis toujours. La rumeur le fait parfois remonter
à la Révolution espagnole: l'il des jeunes anarchistes
est plus habitué à voir un A cerclé qu'une cible
peinte sur le casque d'un milicien. Certains croient qu'il ferait référence
à Proudhon, résumant son idée de l'Anarchie dans
l'Ordre. En réalité, il s'agit d'un phénomène
récent dans l'iconographie libertaire :
le A cerclé a en effet été inventé à
Paris en 1964 et réinventé à Milan en 1966.
Deux dates, deux lieux de
naissance? Voyons-y de plus près.
C'est en avril 1964, sur la couverture du bulletin Jeunes Libertaires
qu'apparaît le dessin d'un sigle que le groupe JL. de Paris propose
"à l'ensemble du mouvement anarchiste" par delà
les différents courants et les divers groupes ou organisations.
Deux motivations principales nous ont guidés : d'abord faciliter
et rendre plus efficace les activités pratiques d'inscriptions
et affichages, ensuite assurer une présence plus large du mouvement
anarchiste aux yeux des gens, par un caractère commun à
toutes les expressions de l'anarchisme dans ses manifestations publiques.
Plus précisément, il s'agissait pour nous d'une part de
trouver un moyen pratique permettant de réduire au minimum le temps
d'inscription en nous évitant d'apposer une signature trop longue
sous nos slogans, d'autre part de choisir un sigle suffisamment général
pour pouvoir être adopté, utilisé par tous les anarchistes.
Le sigle adopté nous a paru répondre le mieux à ces
critères. En l'associant constamment au mot anarchiste il finira,
par un automatisme mental bien connu, par évoquer tout seul l'idée
de l'anarchisme dans l'esprit des gens.
Le sigle proposé est un A majuscule inscrit dans un cercle ; Tomás
Ibañez en est l'initiateur, René Darras le réalisateur.
D'où vient l'idée, de la simplicité de réalisation
(en particulier avec la méthode d'impression par stencils de l'époque
!), du sigle antimilitariste déjà répandu du CND
(Campaign for Nuclear Disarmament), d'autres inspirations ? L'Alliance
ouvrière anarchiste affirme l'avoir utilisé dans sa correspondance
dès la fin des années 1950 ; mais il ne figure dans son
bulletin qu'à partir de juin 1968.
La proposition des Jeunes Libertaires de 1964 n'a eu aucun succès,
hormis quelques graffitis dans les couloirs du métro parisien -
n'oublions pas qu'alors on imprimait soit sur stencils, soit en typographie
classique, et qu'il aurait donc fallu réaliser un cliché
au plomb figurant un A inscrit dans un cercle. En décembre de la
même année, le A cerclé apparaît en titre d'un
article signé Tomás [Ibañez] dans le journal Action
libertaire. Le réseau des Jeunes Libertaires, qui comptait au début
des années 60 plusieurs groupes dans toute la France, s'est affaibli
: les bulletins régionaux ne paraissent plus et le bulletin parisien
sera en sommeil de 1965 à 1967 ; plusieurs " J. L. "
seront par la suite aux premiers rangs du mouvement de Mai 68.
Fin du premier chapitre.
Il faut attendre 1966 pour que le symbole du A cerclé soit repris
et utilisé, d'abord à titre expérimental puis régulièrement,
par la Gioventù libertaria de Milan, qui avait des rapports fraternels
avec les jeunes Parisiens. Ces deux groupes ont été à
l'origine du Comité européen de liaison des jeunes anarchistes
(CLJA). C'est alors que commence la vie publique du sigle.
Les premières fois qu'on le voit, c'est justement à Milan,
où il sert de signature habituelle aux tracts et aux affiches des
jeunes anarchistes, parfois associé au signe antinucléaire
et à la pomme des provos hollandais. Puis il s'étend en
Italie et dans le monde entier ; mais on n'a presque point vu de A cerclés
pendant le mai parisien en 1968, les premières traces n'apparaissent
guère qu'en 1972-73. C'est en effet au début des années
70 qu'explose la mode du A cerclé, que s'approprient et qu'imitent
les jeunes anars dans le monde. Il connaît un tel succès
que, selon un avis autorisé, si son inventeur l'avait breveté
il serait milliardaire aujourd'hui. Pourquoi ce succès si rapide,
si frappant ? Il est dû aux motifs mêmes qui avaient fait
proposer le sigle par les J.L. : d'une part il est extrêmement facile
à dessiner, aussi simple que la croix, plus simple que la croix
gammée ou la faucille et le marteau ; d'autre part, un mouvement
nouveau, jeune, en plein développement, avait appris à écrire
sur les murs et se cherchait un signe de reconnaissance. C'est ainsi que
le A cerclé s'est imposé de fait, sans qu'aucune organisation
ni groupe n'ait jamais songé à en décréter
l'utilisation, et en l'absence d'un autre symbole graphique international
des anarchistes (qui utilisaient parfois une symbolique désuète,
comme la torche en Italie).
Voilà donc la véridique histoire du A cerclé, faite
de volonté consciente et de spontanéité : un cocktail
typiquement libertaire. Toute autre histoire est légende.
Amédéo
Bertolo, Marianne Enckell
Pour plus de précisions,
nous vous renvoyons au bulletin n° 58 du CIRA
(Centre international de recherches sur l'anarchisme) mars-octobre 2002
d'où est extrait ce texte. CIRA, av. de Beaumont, 24, CH-1012 Lausanne,
Suisse. http://www.anarcabolo.ch/cira/
ou cira@plusloin.org
Cette histoire a été très régulièrement
confirmée par Yves
Peyrault membre des jeunes libertaires du groupe Sébastien
Faure de Bordeaux dans les années 1960 ...
Le Monde Libertaire
n°1307
Autres
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Une
claque contre les idées reçues ! ; Le
lexique de l'anarchisme ; Pourquoi
sommes-nous anarchistes ? (Elisée Reclus) ; L'autorité,
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extraits de Dieu et l'Etat de Michel Bakounine
Condamnation
du communisme autoritaire par M. Bakounine ; A
propos du fédéralisme libertaire;
1954,
naissance d'un journal : le Monde Libertaire ;
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