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Mais d'où
viennent le
Drapeau Noir
et
le A cerclé ?
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Les gens de pouvoir, les
médias utilisent à profusion le terme anarchie pour désigner le chaos
économique, politique et moral de notre société. L'emploi du mot anarchie
tendrait à faire croire que ce monde est livré aux mains de forces diaboliques
qui veulent renverser le bel édifice que les peuples disciplinés, conduits
par les Etats, ont bâti au cours des siècles.
Pourtant, ce sont bien les Etats qui se partagent et gouvernent la planète.
C'est bien à eux que l'on doit le désordre économique dans lequel nous
vivons.
Faire mieux que les Etats dans les domaines du chaos et de l'horreur est
difficile...
Qui peut croire encore que le pouvoir est synonyme d'organisation ?
Ceux qui vivent du pouvoir, très certainement. Mais pas les anarchistes.
Le chaos institutionnalisé, le pouvoir et l'esclavage ont fait leur temps.
Aujourd'hui, choisir l'anarchisme,
c'est faire preuve de réalisme et de sens organisationnel.
Nos détracteurs (des fascistes aux marxistes en passant par les démocrates)
nous considèrent comme des terroristes ou des idéalistes en retard d'une
révolution. Il y a ceux aussi qui prétendent défendre l'anarchisme, mais
qui préconisent une société sans règle, sans morale, sans contrainte,
dans laquelle on pourrait faire ce que l'on veut.
Quel choix le citoyen raisonnable pourra-t-il faire entre les propositions
d'autoritaires de toutes sortes qui ont montré leur faillite, et celles
des nihilistes de tout poil qui prétendent que demain on rasera gratis,
tout étant résolu par la suppression pure et simple de toutes les institutions
mises en place jusqu'à nos jours ?
La pensée libertaire englobe un projet de société différent de tous les
modèles connus jusqu'à présent. C’est l’état d'un peuple, et plus exactement
encore, d'un milieu social sans gouvernement. Hormis les anarchistes,
tous les philosophes, tous les moralistes, tous les sociologues, y compris
les théoriciens démocrates et les doctrinaires socialistes, affirment
qu'en l'absence d'un gouvernement, d'une législation et d'une répression
qui assure le respect de la loi et sévit contre toute infraction à celle-ci,
il ne peut y avoir que désordre et criminalité.
Les anarchistes affirment
que “l'anarchie est la plus haute expression de l'ordre ”.
Notre ordre repose sur l'entente (principe de Liberté, opposé au principe
d’Autorité).
Au contraire, les autres propositions d'organisation de la société -socialisme,
libéralisme, marxisme…- ont toujours octroyé à une minorité de privilégiés
le droit de gérer la société à la place des concernés et pour leur propre
profit. Ce mode de gestion porte un nom : l'État.
L'État est l'expression politique du régime économique auquel est soumise
la société. Il permet et justifie l'oppression et l'exploitation de l'homme
par l'homme : il confisque à l’individu son pouvoir -en dictature comme
en démocratie (élections)-
et met ce pouvoir au service du capital (répression des mouvements sociaux,
aides financières…).
L'État, à force d'être omniprésent, finit par se superposer à la société,
et tente de faire croire qu'en-dehors de lui elle ne saurait fonctionner.
Cette illusion est d’autant plus pathétique que l’Etat constitue de fait
un groupe social à part entière, coupé des réalités des individus et des
autres groupes sociaux.
Il ne sert qu’à maintenir l’ordre (fonctions législative et répressive)
au service des intérêts de la classe exploiteuse, qu’on la nomme patronat,
bourgeoisie ou nomenklatura.
Il s'appuie pour cela sur une morale dégradante et humiliante pour l'être
humain, secondé en ce sens par la religion qui légitime elle aussi l'exploitation
et la domination, se contentant parfois d'en condamner les manifestations
les plus brutales, sans jamais émettre de critique de fond ni proposer
d’autre modèle que patriarcal, conservateur, hiérarchique et caritatif.
Les anarchistes refusent ce modèle sociétaire, oppresseur, exploiteur,
négation de l'individu et de ses aspirations. Ils cherchent par tous les
moyens à montrer qu’il est possible et souhaitable de vivre dans une société
égalitaire, gérée directement et librement par ses diverses composantes
: individus, groupements sociaux, économiques, culturels, et ce dans le
cadre du fédéralisme
libertaire.
Le refus de l'autorité.
Le refus de l'autorité n'est pas apparu avec les théories libertaires.
Il les précède largement au travers des actes, des attitudes d'individus
ou de groupements sociaux. Certains événements historiques nous le rappellent
: par exemple les révoltes des esclaves dans la Rome antique, les jacqueries
paysannes du Moyen âge, l'essor de la Renaissance, les philosophes des
Lumières, la Révolution française.
Plus près de nous, ces théories ont participé au déclenchement de la Révolution
de 1848, de la Commune
de Paris, de la Révolution
russe et de la Révolution
espagnole.
Autant de lieux, de situations, dans lesquels des hommes ont cherché à
desserrer, voire à abolir l'étau oppressif dans lequel ils se sentaient
pris au piège. En replaçant ces événements dans le contexte historique
et social qui leur a donné naissance, on s'aperçoit qu'ils visent le même
but : l'amélioration des conditions d'existence, le partage des richesses,
le droit à la connaissance, l'instruction, le bien-être, bref une aspiration
au bonheur. Ces mouvements de révolte ont été pour la plupart écrasés
(les esclaves, les paysans, la Commune de Paris), ou récupérés au profit
d'une classe ou d'un parti (la bourgeoisie émergente sous la Révolution
française, les Bolcheviks dans la Révolution russe), ou encore détournés
de leur but (les monarques dits “éclairés” du Siècle des Lumières).
Car malgré l'embryon de liberté qu'ils contenaient, ils n'étaient pas
suffisamment forts ni structurés pour renverser le cours des choses. Ils
étaient des utopies dans le sens où ils ont osé projeter sur l'écran de
l'avenir des images en contradiction avec celles de leur temps.
Héritages.
Cet héritage philosophique a été théorisé puis mis en pratique au XIXè
siècle, coïncidant en cela -et non sans raison- avec l'apparition du nationalisme
et de l'étatisme. On s'accorde aujourd'hui à dire que Pierre-Joseph
Proudhon est le "père" de l'anarchisme, le théoricien du système mutualiste
et du fédéralisme, et l’inspirateur du syndicalisme ouvrier. Son influence
sur le mouvement ouvrier a été réelle, puisqu'au sein de l'Association
Internationale des Travailleurs (A.I.T.) existait un courant nettement
proudhonien. Le Congrès
de Saint-Imier (1872) jette les bases de l'anarchisme.
Les délégués réunis proclament “que la destruction de tout pouvoir politique
est le premier devoir du prolétariat ”, “que toute organisation d'un pouvoir
politique soi-disant provisoire et révolutionnaire pour amener cette destruction,
ne peut être qu'une tromperie et serait aussi dangereuse pour le prolétariat
que tous les gouvernements existant aujourd'hui... ”.
Ces idées, reprises de Michel
Bakounine et de la Première Internationale, resteront présentes jusqu'à
nos jours. Elles seront l'apanage de Louise
Michel (Commune de Paris), du 1er
Mai 1886 (Etats-Unis), de Fernand
Pelloutier (Bourses du Travail), des explications du monde d'Elisée
Reclus, éminent géographe, de Pierre
Besnard (anarcho-syndicalisme), de Pierre
Kropotkine et du communisme libertaire, de Paul Robin et de son école
libertaire de Cempuis, de Jean
Grave et de ses quarante ans de propagande anarchiste, de Gustave
Landauer, fusillé par la soldatesque en 1919 pour sa lutte au côté
des Conseils Ouvriers
de Bavière, de Nestor
Makhno et de son engagement dans la révolution russe, de Sacco
et Vanzetti, assassinés par chaise électrique pour leurs idées, d'Erich
Mühsam, poète et dramaturge allemand, mort dans un camp de concentration
en 1933, de Buenaventura
Durruti pendant la guerre d'Espagne et ses réalisations
libertaires, d'Armand Robin et ses langues multiples, pour ne citer
que quelques-uns.
Après la seconde guerre mondiale, elles resurgiront et verront la création
de la Fédération Anarchiste
Francophone, de l'Internationale des fédérations anarchistes dans le monde;
elles impulseront la reconstruction de la Confédération Nationale du Travail,
anarchosyndicaliste, affiliée à l'A.I.T., elles souffleront dans les rangs
de Mai 68 et de la contre-culture,
dans le mouvement social...
De l'anarchie à l'anarchisme.
Ainsi donc, l'anarchie est ce que nous entrevoyons (société libertaire)
; l'anarchisme est le mouvement social qui poursuit la réalisation de
l'idéal anarchiste. L'anarchisme est une lutte incessante, sous les formes
les plus variées, contre les préjugés, l’obscurantisme, le fait autoritaire.
Il s'articule principalement autour de deux types de tâches : les unes
destructives, les autres reconstructives.
Les actions destructives consistent à saper profondément le principe d'autorité
dans toutes ses manifestations, le démasquer, combattre toutes les manœuvres
par lesquelles il tente de se réhabiliter et de se survivre sous une autre
forme. Les actions reconstructives, parfois parallèles aux destructives,
visent à mettre en place un fonctionnement fédéraliste et de gestion directe.
Pour cela, il faut un outil adapté, une organisation…
Organisation.
L'organisation est fonction du degré de conscience, atteint par les discussions,
débats et confrontation d'idées, et dans l’action. Plus cette conscience
sera grande et plus la vitalité de l'organisation sera élevée. Pour aboutir
à une organisation souple et forte, en même temps conforme à l'esprit
libertaire, il faut aller de la base au sommet, de l'unité au nombre,
du particulier au collectif.
Nous nous accordons entre individus et groupes sur un ensemble de principes
généraux, de conceptions fondamentales et d'applications pratiques : c'est
le fédéralisme qui permet à chacun de rester lui-même, de se soustraire
à tout écrasement, de garder son autonomie, de prendre une part active
à la vie de l'organisation, d'émettre son opinion.
Une telle organisation laisse à chacun de ses éléments la totalité des
forces qui lui sont propres, tandis que par l'association de ces forces,
elle atteint elle-même son maximum de vitalité.
Action.
L’action n’est pas l’agitation. Elle doit correspondre à un but, la révolution
libertaire, et à une stratégie, plus circonstancielle. Parfois, la situation
sociale est provisoirement calme, parfois elle s’emballe. L’organisation
doit s’adapter à ces différentes phases. En tout état de cause, la place
des militants anarchistes est dans la lutte sociale, expression de la
lutte des classes, y compris dans les luttes dites réformistes (lutte
contre la précarité, contre les licenciements, augmentation des salaires,
défense des services
publics…), avec nos pratiques antiautoritaires et d’action directe
(contrôle et révocabilité
des mandatés…), et nos perspectives d’ensemble.
C’est de la confrontation entre nos idées, nos pratiques, et les masses,
que peut surgir ou naître progressivement la conscience révolutionnaire.
Des propositions.
L'anarchisme, enfin, est un ensemble de propositions et de pratiques tendant
à l'émancipation totale de l'homme en société.
Si la société existe en tant qu'entité sociologique, l'individu existe
tout autant, sans rapport hiérarchique à cette société.
C'est donc l'harmonie entre ces deux éléments que recherchent les anarchistes.
L'émancipation est de triple nature.
Emancipation économique d'abord, par la réappropriation des outils
de production, leur gestion directe par les travailleurs eux mêmes, et
par la répartition égalitaire des richesses.
Emancipation politique ensuite, par le remplacement de la bureaucratie
d'État, par une organisation fédéraliste des secteurs de la société, maintenant
la cohésion et préservant l'autonomie.
Emancipation intellectuelle, enfin, via la prise en charge par
l'individu de son rôle social, reléguant la religion et toute forme de
soumission au musée des horreurs.
Une société sans classe et sans Etat, organisée par et pour les femmes
et les hommes, voilà ce que veut l'anarchisme. L'anarchiste est par tempérament
et par définition réfractaire à tout embrigadement qui trace à l'esprit
des limites et encercle la vie. Il nie le principe d'autorité dans l'organisation
sociale. Il ne peut donc y avoir de catéchisme libertaire.
L'organisation anarchiste de la société, émanation directe de la volonté
des individus et des groupements sociaux, ne pourra se réaliser qu'en
dehors et contre la tutelle de tous les organismes et structures autoritaires
établis sur l'inégalité économique et sociale.
Les fondements éthiques et organiques du fédéralisme
libertaire sont :
la liberté comme base, l'égalité économique et sociale comme moyen, la
fraternité comme but.
Cette définition marque la profonde différence entre le fédéralisme libertaire
et le “fédéralisme étatique”. Nous appelons de toutes nos forces une société
de type fédéraliste, fondée sur la possession collective ou individuelle
des moyens de production et de distribution (excluant toute possibilité
pour certains de vivre du travail d'autres), l’entraide, l'abolition du
salariat et de l'exploitation de l'homme par l'homme. Les anarchistes
n'accordent aucun crédit à un simple changement des personnes qui exercent
l'autorité : les mêmes causes engendrent les mêmes effets.
Toutes les formes d'autorité se tiennent.
En laisser subsister une seule, c'est favoriser la réapparition de toutes.
Vers une société libertaire.
Pour arriver à instaurer une société libertaire, il faut se doter de moyens
en accord avec la finalité. Tel que l'exprime Errico
Malatesta, “ces moyens ne sont pas arbitraires, ils dérivent nécessairement
des fins que l'on se propose et des circonstances dans lesquelles on lutte.
En se trompant sur le choix des moyens, on n'atteint pas le but envisagé,
mais on s'en éloigne, vers des réalités souvent opposées et qui sont la
conséquence naturelle et nécessaire des méthodes que l'on emploie”.
Il est possible de vivre dans une société égalitaire, gérée directement
et librement par ses diverses composantes (individus, groupements sociaux,
économiques, culturels, ethniques...) dans le cadre du fédéralisme. Les
règles qui vont faire fonctionner une telle société sont basées sur des
contrats mutuels, égalitaires, réciproques, pouvant être remis en cause
à tout instant.
Ces contrats peuvent être écrits ou tacites.
Mandatements.
Une telle société ne peut évidemment pas fonctionner sans entraide ni
coopération volontaire.
La délégation de responsabilité permettra de discuter au niveau fédéral.
Mais attention, entendons-nous sur les mots : pour les anarchistes, chaque
délégué reçoit un mandat précis . L'assemblée qui l'a mandaté exerce un
contrôle permanent sur son travail, et, surtout, peut le révoquer à tout
moment si le travail qu'il effectue ne correspond pas à son mandat.
L'anarchisme est une proposition globale de société cherchant à promouvoir
une civilisation réellement différente. Il oppose le principe de liberté
au principe d'autorité, l'entraide à la loi de la jungle, l'égalité à
la discrimination.
“Aussi longtemps que la société sera basée sur l'autorité, les anarchistes
resteront en état perpétuel d'insurrection” (Elisée
Reclus).
Autre
articles :
le
lexique de l'anarchisme ; Pourquoi
sommes-nous anarchistes ? A
propos du fédéralisme libertaire
;
La
véridique histoire du drapeau Noir et du A cerclé !
Le pouvoir
dans les sociétés primitives ; Comment
fonder une société libre et égalitaire ?
Condamnation
du communisme autoritaire par M. Bakounine
;
L'individu,
la société et l'Etat (Emma Goldman) ;
Le Monde libertaire
a cinquante ans 1954-2004 ;
voir aussi l'anarchisme aujourd'hui
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