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Antécédents
Le processus de là révolution
mexicaine présente des caractéristiques idéologiques difficiles à classer
et très complexes, comme on peut le supposer d'un peuple sortant d'une
longue période de colonialisme esclavagiste et qui a reçu l'impact des
nouvelles idées d'émancipation et de justice projetées depuis l'Europe
et reflétées ici par ses penseurs et sociologues les plus clairvoyants.,
Vers le milieu du XIXè. siècle, les idées de Fourrier et Proudhon trouvèrent
écho chez des personnes comme Ignacio Ramirez et Melchor Ocampo (ce dernier
en vint à traduire quelques oeuvres de Proudhon), qui s'efforçaient de
faire connaître ces idées au peuple pour ce qu'elles. signifiaient d'espérance
et de moyens vers la conquête de son émancipation intégrale. A l'opposé,
le régime politique dans lequel le Mexique vivait, était pratiquement
dictatorial, surtout depuis la mort de Benito Juàrez, survenue en 1872,
époque à laquelle la présidence de la République est occupée par Sebastiàn
Lerdo de Tefada, élu pour la période 1873-1876, à la fin de laquelle il
sera réélu. En 1884, le général Porfirio Diaz conquiert la présidence
de la République pour la seconde fois et ne la quittera pas avant 1911,
date à laquelle la Révolution le met en déroute. Ce gouvernement qui dura
30 ans vit se dérouler sept élections : 1877-1880 (de 1880 à 1884, le
général Manuel Gonzàlez assuma la présidence), 1884-1888, 1888-1892, 1892-1896,
18961900, 1900-1904, 1904-1910, et en 1910, on le déclara élu pour la
période 1910-1916. Durant ces trente ans, le gouvernement de Porfirio
Diaz s'employa à " pacifier " la république en employant une poigne de
fer contre le petit peuple, en aidant au développement matériel dans le
but de fortifier les grands propriétaires et le clergé, et finalement.
les grands capitalistes qui entreprenaient la formation d'une industrie
débutante.
les troupes de
Pancho Villa.
La
révolution
En pleine domination porfiriste,
le 7 août 1900, paraît le journal Regeneration fondé par R. Florès
Magôn, dans lequel on combat la dictature porfiriste et propage des idées
très proches des conceptions anarchistes et révolutionnaires. Le 30 du
même mois, un groupe de libéraux, dirigés par l'ingénieur Camilo Arriaga,
lance un manifeste pressant le peuple mexicain à former le Mouvement Libéral
mexicain et dès lors, avec l'apparition des frères Flores Magôn (parmi
lesquels se distinguait Ricardo), de Pràxedes Guerrero, Librado Rivera,
et d'une pléiade de lutteurs, anarchistes, la lutte contre la dictature
porfiriste ne connut plus de trêves ; les publications, les manifestes,
les emprisonnements et les faits sanglants se succédèrent, tel le massacre
de Cananea, où les sbires des compagnies minières de la région mirent
à mort plus de cent travailleurs, ceux de Rio Blanco et de Veracruz qui
suscitèrent une haine croissante contre la tyrannie et un sentiment révolutionnaire
chaque fois plus intense, qui allait en s'étendant dans tout le pays.
Parallèlement à ce mouvement révolutionnaire,surgit un mouvement politique
anti-porfiriste, dominé par Francisco I. Madoro, qui, en 1908, publia
un livre contre la réélection.
Le 4 octobre 1910, Porfirio
Diaz est réélu président pour la période de 1910 à 1916. Madero lance
le plan de San-Luis (en date du 5 octobre) déclarant nulles... ces élections
et proclamant la non-réélection comme loi suprême, en même temps qu'un
appel aux armes, fixant au 20 novembre un soulèvement général. A cette
date éclate la révolution à Puebla et à Chihuahua. En Basse-Californie,
Ricardo Flores Magôn se soulève et s'empare provisoirement de Mexicali.
Six mois après le soulèvement du 20 novembre Porfirio Diaz est vaincu.
On signe le 21 mai 1911 l'accord de Ciudad Juarez. Le vieux dictateur,
maître absolu du Mexique durant trente ans, part pour l'Europe.
Madero entre à Mexico le 7 juin. Il est élu président en octobre et prend
possession de ses fonctions le 6 novembre. En. moins d'un an, la rébellion
servit de tremplin à Madero pour s'élever jusqu'à la présidence. Madero,
qui n'était pas un vrai révolutionnaire, mais un bourgeois libéral assez
modéré et propriétaire terrien, s'engagea dans la tâche impossible de
détruire la tradition gouvernementale porfiriste viciée, avec les éléments
mêmes qui la composaient et qui en avaient: profité. Et en réalité, même
s'il avait appelé 'à son cabinet des ministres plus radicaux que ceux
qu'il avait choisis, la situation n'aurait pas été substantiellement modifiée,
car les nécessités étaient beaucoup plus profondes.
Madero n'ébaucha même pas les profonds changements que l'on espérait d'une
révolution tant désirée et aux racines si radicales. Les révolutionnaires
qui exigeaient l'accomplissement des demandes de la révolution pour ce
qui était des véritables transformations sociales, finirent par prendre
les armes.
C'est ainsi que le fit Emiliano Zapata dans le sud de la République et
le 28 novembre 1911, il expédia le plan d'Ayala. De même, Pascual Orozco,
dans le nord, lança le 25 mars 1912 le plan de Chihuahua. Zapata, avec
le drapeau Tierra y Liberta (Terre et Liberté), et en relations
avec le mouvement Magoniste (relations niées par quelques historiens),
représentait le désir de la Terre exprimé par les dépossédés tout au long
de l'histoire mexicaine. Par héritage ancestral, sa famille était dépositaire
des désirs revendicatifs des communautés indigènes de sa région et jouissait
de l'adhésion quasi religieuse des multitudes paysannes du sud.
Les réactionnaires se levèrent aussi contre Madero, et le général Bernardo
Reyes se joignit à la révolte avec quelques éléments, confiant dans le
fait que les partisans qu'il eut en d'autres temps le suivraient. Mais
il échoua et se livra à Linares (Nuevo Leôn), le 25 décembre 1911 et fut
emmené à la capitale pour être enfermé dans la prison militaire de Santiago
Tlaltelolco. De même, Félix Diaz, neveu du dictateur Porfirio Diaz, se
souleva à Veracruz, le 16 octobre 1912, et au bout d'une semaine tomba
au pouvoir du général Beltràn et fut transporté à la prison de Santiago
Tlaltelolco. Pendant ce temps, en plein développement de la révolution,
les éléments avancés des forces ouvrières de la capitale fondèrent, le
là juillet 1912, la Maison de l'Ouvrier Mondial, où se formèrent les célèbres
bataillons rouges dans lesquels intervinrent quelques éléments anarchistes.
Mais ni la Maison de l'Ouvrier Mondial, ni les bataillons rouges ne purent
donner à la révolution une orientation proprement socialiste ou anarchiste.
La
décade tragique
Après quinze mois de gouvernement
madériste, les divers mouvements armés qui prétendaient radicaliser la
révolution, et l'opposition constante des forces réactionnaires créèrent
un climat propre à un soulèvement dans la ville même de Mexico. Le dimanche
9 février 1913, à l'aube, les forces d'artillerie de Tacubaya et les jeunes
militaires de l'Ecole des Aspirants de Tiaipan arrivèrent à la ville et
ouvrirent les portes de la prison de Santiago Tlaltelolco aux généraux
Bernardo Reyes et Félix Diaz qui, accompagnés de Manuel Mondragôn, se
dirigèrent vers le palais national, en pensant qu'il était déjà entre
les mains des forces insurrectionnelles. Mais le général Lauro Villar,
qui avait réussi à maintenir le palais en son pouvoir, reçut avec une
décharge les insurgés qui avançaient sûrs et confiants sur la place de
la Constitution. Le général Bernardo Reyes fut tué et ses alliés Félix
Diaz et Manuel Mondragôn fuirent et se réfugièrent dans la citadelle.
Alors commença la Décade tragique, épisode qui opposa durant 10 jours
les forces du gouvernement qui avaient comme centre d'opérations le Palais
national et les forces réactionnaires qui s'étaient retranchées dans la
citadelle. Le président Madero surveilla personnellement les opérations
pour étouffer la rébellion et donna le commandement des troupes au général
Victoriano Huerta qui avait déjà vaincu, le rebelle Pascual Orozco à la
bataille historique de Bachimba. Mais Huerta trahissait le gouvernement
et. une. semaine après, le 21 février, il faisait prisonnier le président
Madero et le vice-président Pino Suàrez qui, le jour suivant, sous prétexte
qu'ils essayaient de fuir pendant leur transfert en prison, furent assassinés.
Emiliano Zapata
(l'album photos de la révolution mexicaine)
La
révolte renaît
Après avoir assassiné Madero,
le général Huerta s'empara de la présidence pour rétablir la vieille politique,
implantant, une dictature de type porfiriste. Mais les assassinats de
Madero et de Pino Suàrez indignèrent et émurent le pays. Le 8 mai 1913,
Ignacio L. Pasqueira, gouverneur de l'Etat de Sonora, renie Huerta, et
nomme le général Alvaro Obregôn, qui avait déjà; combattu contre Pascual
Orozco, chef de la section de guerre. Au même moment, Venustiano Carranza,
ancien gouverneur de l'état de Coahuila, lance le 26 mars son plan de
Guadalupe, en reniant aussi Huerta et en appelant le pays à prendre les
armes, en même temps qu'il déclarait assumer la charge de premier chef
de l'armée constitutionnaliste.
Alors commence une lutte féroce entre l'aimée fédérale au service de Huerta
et les divers contingents révolutionnaires, formés de la façon la plus
bigarrée et la plus hétérogène. Voyant sa déroute imminente, Victoriano
Huerta abdiquait le 15 juillet 1914 et quittait le pays. Durant cet inter-règne
intervient le gouvernement des U. S. A., tout d'abord par l'intermédiaire
de son ambassadeur à Mexico, Henry Lane, et ensuite, par désir express
de Woodrow Wilson, récemment nommé président des U. S. A. Henry Lane,
ami personnel de Porfirio Dlaz, qu'il connut dans la splendeur des fêtes
du centenaire de l'indépendance était ennemi de la révolution et durant
la Décade tragique, il fit tout. ce qui était en son pouvoir pour le triomphe
de la cause de la réaction.
Woodrow Wilson voyait avec plus de sympathie le mouvement révolutionnaire
et se déclara ennemi de Huerta. Il intervint alors dans la lutte en 'ordonnant
l'occupation du port de Veracruz par les forces de la marine de guerre
nord-américaine, dans le but d'empêcher que Huerta ne reçoive un chargement
d'armes que lui apportait le bateau à vapeur allemand Ipiranga. Mais la
réaction du peuple mexicain fut de refuser cette occupation et les forces
nord-américaines rencontrèrent une résistance et entamèrent une lutte
dans laquelle moururent quelques militaires et civils qui opposèrent une
vaillante résistance à une occupation qui, finalement, eut lieu.
Les groupes révolutionnaires qui se multipliaient dans tout le pays, eurent
trois principaux pôles d'attraction : Emiliano Zapata, Francisco Villa,
et Venustiano Carranza.
Emiliano Zapata représentait les désirs de revendication agraire, généreux
et qu'on ne pouvait facilement émouvoir, guidé par des idéaux un peu confus,
mais avec de vigoureux principes libertaires et justicialistes, il se
concentra dans la zone de l'Etat de Morelos, rendant propice de tous côtés
la répartition de la terre aux paysans.
Francisco Villa, guerillero audacieux et téméraire, sans pitié et presque
toujours brutal, qui mit une note d'agressivité et d'enthousiasme dans
la lutte contre Huerta, ne faisait pas reposer son action sur dés idéaux
concrets et définis de justice sociale, mais la projetait principalement
vers la vengeance contre les puissants qui maintenaient le peuple mexicain
dans la misère et l'ignorance. Dans l'action de Villa, pleine de génie
et de valeur, il manquait le désir qui s'ébauchait dans la lutte de Zapata.
Venustiano Carranza, premier chef de l'armée constitutionnelle, homme
énergique, put compter sur des collaborateurs capables pour planifier
et établir un gouvernement. Avec quelques variantes, c'était le continuateur
des idéaux démocratiques, libéraux et bourgeois de Madero. Quand, le 14
juillet 1914, Huerta renonçait et quittait le pays, la révolution avait
triomphé pour la seconde fois. Il ne restait qu'à consolider ce triomphe
cimenté par le sang.
Le manque d'idéaux à véritable contenu social et l'influence ancestrale
de la politique de soumission au chef requerraient impérieusement une
dictature pour stabiliser la révolution.
Lequel des trois chefs révolutionnaires assumerait cette dictature ?
Ricardo et Enrique Florès Magon (voir
leurs textes)
Les
luttes internes de la révolution
Même si la Convention convoquée
par Carranza ne fut suivie d'aucun résultat positif, l'idée d'une convention
prévalut et celle-ci fut à nouveau remise, mais cette fois-ci à Aguascalientes,
dans la région controlée par Francisco Villa. Carranza craignant un mauvais
tour de la part de Villa ne voulut pas y assister et la Convention résolut
les problèmes du mieux qu'elle put, même si les problèmes restèrent sans
résultat.
La Convention suspendit Carranza comme chef de l'exécutif, nommant à cette
charge le général Eulalio Gutiérrez. Elle destitua Pancho Villa de sa
fonction de chef de la fameuse division du nord, l'armée avec laquelle
il réalisa ses exploits légendaires. Mais ces mesures ne menèrent à rien,
et les deux Conventions qui continuèrent à fonctionner durant quelques
mois réussirent seulement à prouver que la rivalité entre les trois chefs
ne pourrait se régler que par la voix des armes.
En décembre 1914, le gouvernement de la Convention que coiffe Eulalio
Gutiérrez arrive dans la ville de Mexico, et en janvier 1915, commencent
les Campagnes de l'armée constitutionnaliste de Venustiano carranza pour
récupérer le terrain perdu. La lutte reprend et les groupes révolutionnaires
qui s'étaient dispersés dans tout le pays durant le bref laps de temps
que dura la paix se trouvèrent dans l'alternative de s'unir avec Villa
ou Carranza (les armées de Zapata, unies par un idéal plus défini, continuèrent
toujours à soutenir le romantique général Suriano) .
En juillet 1915, les forces carrancistes occupèrent Aguascalientes, San
Luis Potosi, Zacatecas et Querétaro ; le 2 août, elles s'emparèrent de
la ville de Mexico et en septembre de Saltitto et de Torreôn. En octobre,
Carranza transporte son gouvernement de Veracruz à Mexico, et le 19 du
même mois, Woodrow Wilson, après avoir pris le pouls de la situation mexicaine
par l'intermédiaire de ses agents personnels, reconnut le gouvernement
de Carranza comme gouvernement de fait. Les principaux pays d'Amérique
du Sud en firent autant au même moment.
Pour mettre fin à la lutte, les U.S.A, décrétèrent l'embargo sur les armes
à destination du Mexique avec toutefois une exception pour celles destinées
au gouvernement reconnu. Dans ces conditions, la situation de Villa empira
de semaine en semaine.
En octobre, il perd le port de Guaymas, en novembre, il est repoussé à
Agua Prieta et à Hermosillo et battu à San Jacinto (province de Sonora).
En janvier 1916, désespéré et sans possibilité de triompher, Villa est
une bête sauvage, cernée et enragée. Il accuse, non sans raisons, les
U. S. A. d'avoir contribué en grande partie à cette situation désastreuse,
il veut se venger et en janvier 1916, il arrête un train dans la gare
de Santa Isabel (Chihuahua) et fusille quinze nord-américains qui s'y
trouvent ; le 8 mars suivant, il entre dans la ville de Colombus aux U.
S. A. (dans l'Etat du Nouveau-Mexique), tue quatorze nord-américains et
incendie entièrement deux pâtés de maisons. Comme on peut le supposer
l'indignation aux U. S. A. fut énorme.
Bon nombre demandèrent l'invasion immédiate du Mexique, mais Wilson trouva
le moyen de satisfaire en partie ces demandes en envoyant une expédition
punitive qui, on doit le reconnaître, n'exerça pas de représailles contre
le Mexique, mais se consacra uniquement à poursuivre Villa, qu'elle ne
put d'ailleurs pas trouver.
En avril 1919, les forces de Carranza assassinèrent Emiliano Zapata, en
se servant d'un traître rusé. Les forces que dirigeait la victime se trouvèrent
désorientées et se soumirent passivement au développement postérieur de
la révolution. Mais on trouvait toujours, ayant pris les armes : Villa,
Pelàez, Félix Diaz et Almazàn et un climat de haine et de mécontentement
imprégnait tout le pays.
La véritable phase sociale et revendicative qui avait pu se manifester
dans la révolution était terminée et la lutte se polarisa dans des personnes
et des problèmes exclusivement politiques.
A l'approche des élections présidentielles pour la période 1920-1924,
Carranza appuya Ignacio Bonillas, ambassadeur du Mexique à Washington,
à la place d'Alvaro Obregôn qui, en juin 1919, accepta depuis Sonora sa
candidature. Carranza envoyait alors des troupes à Sonora, foyer de l'obregonisme
et Obregôn, qui avait vaincu Villa au profit de Carranza, renia ce dernier
et se découvrit en envoyant son plan de Agua Prieta. Obregôn nomme Plutarco
Elias Calles chef de ses troupes et celles-ci envahissent Sinaloa et occupent
Culiacàn.
La rébellion se propage rapidement et les Etats de Guerrero, Michoacàn,
Zacatecas et Tabasco s'y rallient. Le 7 mai, Carranza et ses ministres
abandonnent la ville de Mexico dans laquelle, deux jours après, entrera
Obregôn. Sur la route de Veracruz, la suite de Carranza est surprise.
Celui-ci est assassiné à Tlaxcalaltongo le 21 mai 1920.
Adolfo de la Huerta est nommé président provisoire et aux élections du
5 septembre Obregôn est élu président pour ta période 1920-1924.
La révolution mexicaine fut
le premier grand événement révolutionnaire de ce siècle et son, impact
eut des répercussions sur la conscience du monde occidental, où les idéaux
du socialisme avaient puissamment germé à travers les semailles d'idées
et l'arrosage de sang si prodigue durant les trente années qui précédèrent
cette révolution, dans laquelle " Terre et Liberté " fut la devise de
ses contingents les plus sains et les plus forts.
B. Cano Ruiz
traduit de " Tierra y Libertad " Novembre 1973
groupe
de Zapatistes
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