|
Je ne veux pas être
tyran !
Je
ne lutte pas pour un poste au gouvernement.
J'ai reçu des propositions de beaucoup de madéristes (1)
de bonne foi -car il y en a, et en assez grand nombre- pour que j'accepte
un poste dans ce qu'on appelle le Gouvernement "provisoire",
et le poste que l'on m'offre est celui de vice-président de la
République. Avant tout, je dois dire que les gouvernements me répugnent.
je suis fermement convaincu qu'il n'y a pas, qu'il n'y aura jamais de
bon gouvernement. Tous sont mauvais, qu'ils s'appellent monarchies absolues
ou républiques constitutionnelles. Le gouvernement c'est la tyrannie
parce qu'il limite la libre initiative des individus et sert seulement
à soutenir un état social impropre au développement
intégral de l'être humain. Les gouvernements sont les gardiens
des intérêts des classes riches et éduquées,
et les bourreaux des saints droits du prolétariat. je ne veux donc
pas être un tyran. je suis un révolutionnaire et le resterai
jusqu'à mon dernier soupir. je veux être toujours aux côtés
de mes frères, les pauvres, pour lutter avec eux, et non du côté
des riches ni des politiciens, qui sont les exploitants des pauvres. Dans
les rangs du peuple travailleur je suis plus utile à l'humanité
qu'assis sur un trône, entouré de laquais et de politicards.
Si le peuple avait un jour la très mauvaise idée de me demander
d'être son gouverneur, je lui dirai: Je ne suis pas né pour
être bourreau.
Cherchez-en un autre !
Je
lutte pour la liberté économique des travailleurs. Mon idéal
est que l'homme arrive à posséder tout ce dont il a besoin
pour vivre, sans qu'il ait à dépendre d'un quelconque patron,
et je crois, comme tous les libéraux de bonne foi, qu'est arrivé
le moment où nous, les hommes de bonne volonté, devons faire
un pas vers la vraie libération, en arrachant la terre des griffes
du riche, Madero inclus, pour la donner à son propriétaire
légitime: le peuple travailleur. Dès qu'on aura obtenu cela,
le peuple sera libre.
Mais il ne le sera pas s'il fait de Madero le Président de la République,
parce que, ni Madero, ni aucun autre gouverneur, n'aura le courage de
faire un pas dans ce sens et que s'il le faisait, les riches se soulèveraient
et une nouvelle révolution suivrait la présente. Dans cette
révolution, celle que nous sommes en train de contempler et celle
que nous essayons de fomenter, nous devons enlever la terre aux riches.
Ricardo Flores Magon
in Regeneracion 1910
1. Partisans de Francisco
Madero, (NA.T.)

Je ne veux pas être
esclave !
Discours prononcé le 1er juin 1912.
Camarades,
Je ne veux pas être esclave ! crie le Mexicain, et,
prenant le fusil, il offre au monde entier le spectacle grandiose d'une
vraie révolution, d'une transformation sociale qui est en train
de secouer les fondations mêmes du noir édifice de l'Autorité
et du Clergé.
La présente révolution n'est pas la révolte mesquine
de l'ambitieux qui a faim de pouvoir, de richesse et de commandement.
Celle-ci est la révolution de ceux d'en bas; celle-ci est le mouvement
de l'homme qui dans les ténèbres de la mine sentit une idée
jaillir de son crâne et cria: <4 Ce métal est à
moi! "; c'est le mouvement du péon qui, courbé sur
le sillon, épuisé par la sueur de son front et les larmes
de son infortune, sentit que sa conscience s'illuminait et cria: "
Cette terre est à moi, ainsi que les fruits que je lui fais produire!
"; c'est le mouvement de l'ouvrier qui, contemplant les toiles, les
habits, les maisons, se rend compte que tout a été fait
par ses mains et s'exclame ému: "Ceci est à moi! ";
c'est le mouvement des prolétaires, c'est la révolution
sociale.
C'est la révolution sociale, celle qui ne se fait pas d'en haut
vers le bas, mais d'en bas vers en haut; celle qui doit suivre son cours
sans chefs et malgré les chefs; c'est la révolution du déshérité
qui dresse la tête dans les festins des repus, réclamant
le droit de vivre.
Ce n'est pas la révolte vulgaire qui finit par le détrônement
d'un bandit et la montée au pouvoir d'un autre bandit, mais une
lutte de vie ou de mort entre les deux classes sociales: celle des pauvres
et celle des riches, celle des affamés contre les satisfaits, celles
des prolétaires contre les propriétaires, dont la fin sera,
ayons foi en cela, la destruction du système capitaliste et autoritaire
par la poussée formidable des courageux qui feront offrande de
leur vie sous le drapeau rouge de Terre et Liberté !
Eh bien, cette lutte sublime, cette guerre sainte, qui a pour but de
libérer le peuple mexicain du joug capitaliste, a des ennemis puissants
qui, à tout prix et par tous les moyens, veulent empêcher
son développement. La liberté et le bien-être - justes
aspirations des esclaves mexicains - sont choses gênantes pour les
requins et les vautours du Capital et de l'Autorité. Ce qui est
bon pour l'opprimé est mauvais pour l'oppresseur. L'intérêt
de la brebis est diamétralement opposé à celui du
loup. Le bien-être et la liberté du Mexicain, de la classe
ouvrière, signifie la disgrâce et la mort pour l'exploiteur
et le tyran. C'est pour cela que lorsque le Mexicain met vigoureusement
la main sur la loi pour détruire, et arrache des mains des riches
la terre et les machines, des cris de terreur s'élèvent
du camp bourgeois et autoritaire, et on demande que soient noyés
dans le sang les généreux efforts d'un peuple qui veut son
émancipation.
Le Mexique a été la proie de la rapacité d'aventuriers
de tous les pays, qui se sont installés sur sa belle et riche terre,
non pas pour faire le bonheur du prolétariat mexicain, comme le
prétend continuellement le Gouvernement, mais pour exercer l'exploitation
la plus criminelle qui ait existé sur la terre. Le Mexicain a vu
passer la terre, les forêts, les mines, tout, de ses mains à
celles des étrangers, ceux-ci appuyés par l'Autorité,
et maintenant que le peuple fait justice de ses propres mains, désespéré
de ne pouvoir la trouver nulle part, maintenant que le peuple a compris
que c'est par la force et par lui-même qu'il doit retrouver tout
ce que les bourgeois du Mexique et de tous les pays lui ont volé;
maintenant qu'il a trouvé la solution au problème de la
faim; maintenant que l'horizon de son avenir s'éclaircit et lui
promet des jours de bonheur, d'abondance et de liberté, la bourgeoisie
internationale et les gouvernements de tous les pays poussent le Gouvernement
des Etats-Unis à intervenir dans nos propres affaires, sous le
prétexte de garantir la vie et les intérêts des exploiteurs
étrangers.
Ceci est un crime ! C'est une offense à l'humanité, à
la civilisation, au progrès !
On veut que quinze millions de Mexicains souffrent de la faim, des humiliations,
de la tyrannie, pour qu'une poignée de voleurs vivent satisfaits
et heureux !
Ainsi, le Gouvernement des États-Unis prête main forte à
Francisco Madero pour étouffer le mouvement révolutionnaire,
en permettant le passage des troupes fédérales par le territoire
de ce pays, pour aller battre les forces rebelles, et exercer une persécution
scandaleuse sur nous, les révolutionnaires, à qui on applique
cette législation barbare qui a pour nom "lois de neutralité
".
Eh bien : rien ni personne ne pourra arrêter la marche triomphale
du mouvement révolutionnaire.
La bourgeoisie veut la paix ? Elle n'a qu'à se convertir en classe
ouvrière !
Ils veulent la paix ceux qui la font autoritairement ? Ils n'ont qu'à
enlever leurs redingotes et empoigner, comme des hommes, la pelle et la
pioche, la charrue et la bêche !
Parce que tant qu'il y aura inégalité, tant que quelques-uns
travailleront
pour que d'autres consomment, tant qu'existeront les mots bourgeoisie
et plèbe, il n y aura pas de paix: il y aura guerre sans trêve,
et notre drapeau, le drapeau rouge de la plèbe, continuera à
provoquer la mitraille ennemie, soutenu par les braves qui crient: Vive
Tierra y Libertad !
Au Mexique, les révolutions politiques sont passées à
l'histoire. Les chasseurs de postes ne sont plus de ce temps. Les travailleurs
conscients ne veulent plus de parasites. Les Gouvernements sont des parasites,
c'est pour cela que nous crions : Mort au Gouvernement!
Camarades, saluons notre drapeau.
Ce n'est pas le drapeau d'un seul pays, mais du prolétariat entier.
Il contient toutes les douleurs, tous les supplices, toutes les larmes,
ainsi que toutes les colères, toutes les protestations, toute la
rage des opprimés de la Terre. Et ce drapeau ne renferme pas que
des douleurs et des colères; il est le symbole de souriants espoirs
pour les humbles et de tout un nouveau monde pour les rebelles. Dans les
humbles demeures, le travailleur caresse la tête de ses enfants,
rêvant ému que ces créatures vivront une vie meilleure
que celle qu'il a vécue; ils ne traîneront plus de chaînes;
ils n'auront plus besoin de louer leurs bras au bourgeois voleur, ni de
respecter les lois de la classe parasitaire, ni les ordres des fripouilles
qui se font appeler Autorité. Ils seront libres sans le patron,
sans le curé, sans l'Autorité, l'hydre à trois têtes
qui en ce moment, au Mexique, traquée, convulsée par la
rage et la terreur, a encore des griffes et des crocs que nous libertaires
lui arracherons pour toujours.
Voilà notre tâche frères de chaînes, écraser
le monstre par le seul moyen qui nous reste : la violence ! L'expropriation
par le fer, par le feu et par la dynamite !
Eh bien: cette lutte sublime, cette guerre sainte, qui a pour but de
libérer le peuple mexicain du joug capitaliste, a des ennemis puissants
qui, à tout prix et par tous les moyens, veulent empêcher
son développement. La liberté et le bien-être - justes
aspirations des esclaves mexicains - sont choses gênantes pour les
requins et les vautours du Capital et de l'Autorité. Ce qui est
bon pour l'opprimé est mauvais pour l'oppresseur. L'intérêt
de la brebis est diamétralement opposé à celui du
loup. Le bien-être et la liberté du Mexicain, de la classe
ouvrière, signifie la disgrâce et la mort pour l'exploiteur
et le tyran. C'est pour cela que lorsque le Mexicain met vigoureusement
la main sur la loi pour détruire, et arrache des mains des riches
la terre et les machines, des cris de terreur s'élèvent
du camp bourgeois et autoritaire, et on demande que soient noyés
dans le sang les généreux efforts d'un peuple qui veut son
émancipation.
Le Mexique a été la proie de la rapacité d'aventuriers
de tous les pays, qui se sont installés sur sa belle et riche terre,
non pas pour faire le bonheur du prolétariat mexicain, comme le
prétend continuellement le Gouvernement, mais pour exercer l'exploitation
la plus criminelle qui ait existé sur la terre. Le Mexicain a vu
passer la terre, les forêts, les mines, tout, de ses mains à
celles des étrangers, ceux-ci appuyés par l'Autorité,
et maintenant que le peuple fait justice de ses propres mains, désespéré
de ne pouvoir la trouver nulle part, maintenant que le peuple a compris
que c'est par la force et par lui-même qu'il doit retrouver tout
ce que les bourgeois du Mexique et de tous les pays lui ont volé;
maintenant qu'il a trouvé la solution au problème de la
faim; maintenant que l'horizon de son avenir s'éclaircit et lui
promet des jours de bonheur, d'abondance et de liberté, la bourgeoisie
internationale et les gouvernements de tous les pays poussent le Gouvernement
des Etats-Unis à intervenir dans nos propres affaires, sous le
prétexte de garantir la vie et les intérêts des exploiteurs
étrangers.
Ceci est un crime ! C'est une offense à l'humanité, à
la civilisation, au progrès !
On veut que quinze millions de Mexicains souffrent de la faim, des humiliations,
de la tyrannie, pour qu'une poignée de voleurs vivent satisfaits
et heureux !
L'hypocrite bourgeoisie des États-Unis dit que nous, Mexicains,
sommes en train de faire une guerre de sauvages. Ils nous appellent sauvages
parce que nous sommes résolus à ne pas nous laisser exploiter
ni par les Mexicains, ni par les étrangers, et parce que nous ne
voulons pas de Présidents, ni blanc ni métis. Nous voulons
être libres, et si un monde se met en travers de notre route, nous
détruirons ce monde pour en créer un autre. Nous voulons
être libres et si toutes les puissances étrangères
se jettent sur nous, nous lutterons contre toutes ces puissances comme
des tigres, comme des lions. je le répète, c'est une lutte
de vie ou de mort. Les deux classes sociales sont face à face:
les affamés d'un côté, de l'autre les satisfaits,
et la lutte se terminera lorsque l'une des deux classes sera écrasée
par l'autre.
Déshérités, nous sommes les plus nombreux; nous triompherons
!
En avant !
Nos ennemis tremblent; il faut être plus exigeants et plus audacieux;
que personne ne se croise les bras : levez-vous tous !
Camarades !
Rien ne pourra parvenir à écarter les Mexicains du combat
: ni la duperie du politicien qui promet monts et merveilles "après
le triomphe", pour qu'on l'aide à prendre le Pouvoir : ni
les menaces des sbires de ce pauvre clown qui s'appelle Francisco Madero,
ni l'aide militaire des États-Unis.
Cette lutte doit être menée jusqu'à son terme: l'émancipation
économique, politique et sociale du peuple mexicain, qui se fera
lorsqu'auront disparu de cette belle terre le bourgeois et l'Autorité,
et flottera triomphant, le drapeau de Tierra y Libertad.
Vive la Révolution Sociale !
Ricardo Flores Magon
discours paru dans Regeneracion.
l'album photo
de la révolution mexicaine
Ces
textes et une quarantaine d'autres ont été ré-édités
par les Edtions Spartacus.
Autres
articles :
la
révolution Mexicaine ;
Sur les traces de
l'anarchisme au Québec, les années 1900 - 1920 ;
I.W.W.
le syndicalisme aux Etats-Unis ;
Le Brésil
à la fin 19è siècle : la Cecilia, une communauté
libertaire et les écoles anarchistes ;
Cuba : Manifeste des syndicalistes libertaires 1960
;
A
lire :
Ricardo Florès Magon (Revue Itinéraire) ; la révolution
mexicaine de Ricardo Florès Magon (Ed Spartacus).
|