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Qui est
Octave Mirbeau ?
Octave Mirbeau naît dans
une famille de petite bourgeoisie normande en 1848, et devient très
vite anti-clérical après un séjour dans un collège
jésuite - puis anti-militariste, après la guerre de 1870.
Journaliste, il écrit d'abord dans une feuille bonapartiste, puis
au Gaulois, de tendance monarchiste, avant de pouvoir lancer son propre
journal, Les Grimaces, en quelque sorte l'ancêtre du Canard
Enchaîné. C'est après avoir lu Kropotkine que
Mirbeau se déclare anarchiste : il publie sa fameuse lettre intitulée
"La Grève des électeurs", incitant les
citoyens à faire "la grève du suffrage universel".
Lors du Procès des Trente, il est souvent cité, comme propageant
les idées anarchistes. Il y a même un journaliste pour parler
d'une "école littéraire" au sujet de l'Anarchie
: "L'auditoire a paru surpris de voir des écrivains comme
M. Octave Mirbeau, M. Paul Adam, M. Bernard Lazare, etc., sans parler
de M. Élisée Reclus, former comme une école littéraire
autour de l'anarchie", écrit un journaliste du Gaulois assistant
au procès de Jean Grave en 1894. Et Mirbeau est connu : tout en
collaborant à de nombreux journaux et revues libertaires, il continue
à écrire dans les journaux les plus lus de l'époque
(Le Figaro, Le Gaulois, Le Journal
). Surnommé "le
milliardaire rouge", il est en effet l'un des journalistes les mieux
payés de son temps, et se sert de sa notoriété pour
dénoncer le colonialisme, combattre Boulanger, défendre
Dreyfus et soutenir l'avant-garde esthétique (Jarry, Ibsen, Maeterlinck,
Wagner et tant d'autres).
Journaliste, romancier,
conteur et dramaturge
Auteur de nombreux romans,
de contes et de nouvelles, Octave Mirbeau a aussi écrit pour le
théâtre.
Dans Les Mauvais bergers (1897), "drame ouvrier", il décrit
la gestation d'une grève et sa répression, en s'inspirant
des événements du Creusot de 1870. Le titre désigne
clairement tous ceux qui égarent ou accablent la classe ouvrière
: patrons, députés, délégués ouvriers
sans énergie, ni courage. C'est le personnage de Jean Roule, leader
anarchiste sans doute inspiré par Jean Grave qui désigne
clairement, dans la pièce, les ennemis de la classe ouvrière
: " Vos députés !
ah ! je les ai vus à
l'uvre !
Et vous-mêmes, vous avez donc oublié
déjà le rôle infâme
la comédie
piteusement sinistre qu'ils jouèrent dans la dernière grève
et comment
après avoir poussé les ouvriers à
une résistance désespérée, ils les livrèrent
diminués
dépouillés
pieds et poings liés
au patron
le jour même où un dernier effort
un
dernier élan
l'eussent obligé à capituler
peut-être !
Eh ! bien, non !
Je n'ai pas voulu que,
sous prétexte de vous défendre, des intrigants viennent
vous imposer des combinaisons où vous n'êtes -entendez-vous-
qu'un moyen pour maintenir et accroître leur puissance électorale
et qu'une proie pour satisfaire leurs appétits politiques !
Vous n'avez rien de commun avec ces gens-là !
Leurs intérêts ne se confondent pas plus dans les autres
que ceux de l'usurier et de son débiteur
de l'assassin et
de sa victime !
".
La pièce remporte un succès considérable, avec Sarah
Bernhardt et Lucien Guitry dans les rôles principaux : chaque scène
est suivie d'applaudissements, les bravos fusent pendant la scène
des revendications ouvrières. Les spectateurs du quatrième
balcon crient : Vive l'anarchie ! Mort aux bourgeois ! Dix
rappels marquent la fin du spectacle.
Dans L'Épidémie (1898), Mirbeau se moque encore des
représentants du peuple qui n'agissent que pour défendre
leurs intérêts. Cette "farce" est représentée
à la Maison du Peuple, à Paris, dans une baraque en planche.
Le rideau se lève d'abord sur Laurent Tailhade qui lit sa conférence,
se mélangeant dans ses feuilles. La public rit, puis chante avec
Muse révolutionnaire, au foulard rouge. Arrivent alors les acteurs,
dont Louis Lumet et Octave Mirbeau. Après la représentation,
les spectateurs sortent en chantant l'Internationale.
Ainsi, lorsque Sébastien Faure décrira la vie après
la révolution, dans "Mon communisme" (Le bonheur universel)
(paru en 1921), il n'oubliera pas Octave Mirbeau en donnant son nom au
théâtre de la ville de Bordeaux. Dans ce roman utopique,
on apprend que le théâtre Mirbeau a adopté la comédie
et compte 2500 fauteuils, et personne ne retient sa place à l'avance
: Au théâtre Mirbeau, il y avait des fauteuils partout,
la vue de la scène était la même pour tous et les
lois de l'acoustique y avaient été si bien observées
que, quelle que soit la place qu'on y occupait, on entendait très
distinctement.
Intellectuel engagé
dans les combats de son temps
L'exemple d'Octave Mirbeau
est révélateur des liens qui existaient à la fin
du dix-neuvième siècle entre écrivains et militants
anarchistes. La correspondance que Mirbeau entretient avec Jean Grave
(éditée aux éditions de Fourneau en 1994) montre
qu'il est soucieux de l'avis du "pape de l'anarchie".
Jean Grave s'intéresse aux uvres de Mirbeau, lui donne des
conseils, les critique. il en trouve souvent la conclusion trop pessimiste.
L'écrivain témoigne en faveur de Jean Grave lorsque ce dernier
est poursuivi pour son livre, La Société mourante et
l'anarchie, en 1894. Il livre que Mirbeau préface et au sujet
duquel il écrit à l'auteur : Ce que je trouve d'unique
dans votre livre, c'est qu'il est impossible d'y relever une faute de
logique ; et c'est plein de clarté.
Octave Mirbeau est typique de l'écrivain anarchiste engagé,
mêlant littérature et politique. À la fin du siècle,
les littérateurs anarchistes sont nombreux, et un rapport de police
de 1891 désigne sans équivoque les nouveaux fauteurs de
trouble : " Ce n'est point parmi la classe ouvrière qu'il
faut aller chercher les nouveaux anarchistes mais parmi la classe des
jeunes lettrés et même celle des lettrés d'âge
mûr : M. Octave Mirbeau étant un plus dangereux anarchiste
dans ses articles que le Père Peinard lui-même !
".
Dangereux, les écrivains ? Proudhon, en 1848, regrettait qu'à
son époque, la littérature ne soit "que l'art d'agencer
des mots et des périodes". Octave Mirbeau, qui l'a probablement
lu, déplore, en 1890 (dans une lettre à Claude Monet), que,
contrairement aux sciences naturelles qui découvrent des mondes,
" la littérature, elle, en est encore à vagir sur deux
ou trois stupides sentiments, artificiels et conventionnels, toujours
les mêmes, engluée dans ses erreurs métaphysiques,
abrutie par la fausse poésie du panthéisme idiot et barbare
! ".
Il poursuit : " J'arrive à cette conviction qu'il n'y a rien
de plus vide, rien de plus bête, rien de plus parfaitement abject
que la littérature. Je ne crois plus à Balzac, et Flaubert
n'est qu'une illusion de mots creux ".
Et pour que la littérature ne soit pas cette somme de "mots
creux", il faut qu'elle soit pleinement engagée dans les combats
de son temps. L'écrivain est-il d'ailleurs autre chose qu'un "prolétaire
des lettres" ? nous demande Octave Mirbeau (qui a fait le "nègre"
au début de sa carrière littéraire), en appelant
tous les littérateurs à "poursuivre sans trêve
leurs revendications contre les représentants de l'infâme
capital littéraire" (Les Grimaces, 15 décembre
1883).
Aujourd'hui, les uvres d'Octave Mirbeau n'ont pas vieilli, et on
y retrouve avec toujours autant de plaisir "l'impétuosité
de son irrespect, la violence de ses attaques contre les idées
conventionnelles, la férocité de son mépris pour
certains hommes, pour certaines classes et pour certaines institutions",
selon les mots de Bernard Lazare.
Redécouvert par
un militant écologiste !
Et toute l'uvre d'Octave
Mirbeau est aujourd'hui disponible grâce, en particulier, à
Pierre Michel, dont tou(te)s ceux et celles qui se sont intéressés
à Octave Mirbeau ont forcément croisé le nom.
C'est l'histoire d'un jeune chercheur, qui, en décembre 1966, dépose
un sujet de thèse sur Octave Mirbeau. Il y a alors peu d'études
sur "le milliardaire rouge", et aucune thèse française.
Que connaît-on de son uvre ?
On lit essentiellement le romans : Le jardin des supplices et Le
journal d'une femme de chambre (connu grâce à l'adaptation
de Bunuel, en 1964) ; et au théâtre, on joue quelquefois
Les affaires sont les affaires. presque quarante ans plus tard.
Pierre Michel a publié la totalité de l'uvre d'Octave
Mirbeau : uvre romanesque, théâtrale, journalistique,
et même sa correspondance (le tome IV de la Correspondance générale
devrait paraître fin 2006). Il est, avec Jean-François Nivet,
l'auteur de la première biographie d'Octave Mirbeau et le fondateur
de la Société des Amis d'Octave Mirbeau qui édite
tous les ans des Cahiers Octave Mirbeau.
Caroline Garnier
Le Monde Libertaire Mai 2004
O.
Mirbeau
Autres
articles :
La grève
des électeurs (Octave Mirbeau) ;
les
Temps Nouveaux (hebdomadaire
anarchiste) ;
Zo d'Axa ; Bernard
Lazare ;
Octave Mirbeau
(journaliste, romancier, dramaturge anarchiste) ; La
chanson anarchiste avant 1914 ;
le Père Peinard
: hebdomadaire et almanach anarchiste ; La
"Mistoufe" hebdomadaire communiste anarchiste dijonais
Jules
Grandjouan ; Frantz
Kupka ; Charles
d'Avray, barde libertaire ?
Gaston Couté
; le Cinéma
du Peuple ;
A
lire :
- les Cahiers Octave Mirbeau ; Octave
Mirbeau : l'imprécateur au cur fidèle, (JF Nivet,
Séguier, 1990)
Le journal d'une femme de chambre ; les affaires sont les affaires ;
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