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Gaston Leval et l'Espagne libertaire

Au début de la guerre 1914-1918, le jeune Gaston Leval se réfugie en Espagne afin d'échapper à la conscription. Il y découvre le mouvement libertaire riche, foisonnant, des camarades simples et généreux dont la chaleur humaine le marque à jamais. Il s'intègre vite à ce mouvement, au point d'être l'un des délégués de la CNT à Moscou en 1921, lorsque les bolcheviks suscitent la création de l'internationale syndicaliste rouge.
Ce qu'il découvre confirme dramatiquement sa méfiance initiale : misère du peuple, duplicité des dirigeants communistes, liquidation des révolutionnaires. Il réussit, avec quelques délégués d'autres centrales ( voir May Piqueray) , à arracher à Lénine la libération d'une vingtaine d'anarchistes.
Cet épisode est capital dans la vie de Leval : jusqu'à la fin de sa vie, il restera hanté par la menace du totalitarisme soviétique. Il dénoncera la fascisme rouge sous tous ses masques.
Il sera, par exemple, l'un des rares à ne céder ni peu ni prou aux charmes de Castro lorsque ce dernier conquiert le pouvoir à Cuba.

Il comprend qu'a trop attendre, à trop imaginer quelque révolution libératrice, des hommes finissent par plaquer leurs rêves généreux sur des réalités qui en sont bien éloignées. Il le comprend, mais il a trop rencontrés de ces croyants de nouvelles religions pour ne pas se garder de leurs chimères.
Toute sa vie, il s'est efforcé d'analyser objectivement, sans préjugés, toutes les situations : il savait que c'était la première condition d'une action efficace. Peut-être que sans cette volonté de lucidité pragmatique, il n'aurait pas témoigné des collectivités lors de la révolution Espagnole (1936/39). Peut-être aurait-il dispersé son énergie en fausses nécessités au lieu de recueillir témoignages, renseignements, chiffres ?
En 1936, Leval s'installe en Argentine, il y apprend le début de révolution en réaction au coup d'état des militaire Espagnols. IL abandonne tout pour rejoindre sa seconde patrie, le cœur gonflé d'espoir. La situation qu'il découvre à l'automne 1936 lui laisse peu d'illusions. Il comprend que les jours de l'Espagne libertaire sont comptés et il va s'efforcer d'en sauver ce qui peut l'être : la leçon des "collectivisions " ( l'Espagne libertaire paraît en 1984 aux Editions du Monde libertaire).
Il s'attache au quotidien , aux relations humaines, aux problèmes de ravitaillement, de santé, d'enseignement qui constituent la trame d'une société quels que soient les péripéties militaires ou les débats philosophiques.

Il ne sera pas facile à Leval de faire connaître son témoignages : les vicissitudes de sa vie (prison, clandestinité), puis les réticences des éditeurs en place à accepter une œuvre non conforme aux modes philosophiques ou littéraires du moment, retarderont la publication du livre. Ce n 'est que plus de trente ans après l'écrasement de l'Espagne libertaire que le volume paraît.

Toutefois le temps n'enlève rien au message, il reste aujourd'hui aussi essentiel : le poids du vécu, il est une leçon autant qu'un espoir. Certes les choses ont changé, l'Europe de 1983 est loin de l'Espagne 1936, les conditions économiques sont infiniment plus complexes, les mentalités bien moins préparées à une autogestion authentique. Mais l'expérience unique des collectivités vaut plus que tous les discours opportunistes et speudo-autogestionaires des années 70. Songez par exemples aux " Lip " dont la paie sauvage maintenait la hiérarchie des salaires !

Si nous ne voulons pas devenir des girouettes agitées à tous les vents d'une " actualité " superficielles, nous devons analyser la société et penser l'alternative. Deux préoccupations complémentaires qui n'ont jamais quitté Leval : en témoignent ce livre et celui sur l'Etat précédemment édité aux éditons du Monde libertaire. Deux oeuvres dont il souhaitait qu'elles soient des jalons pour une réflexion plus approfondie et une action plus efficace, l'une étant le corollaire de l'autre.

Charles Langand groupe Puig Antich

* Pierre Pillier dit Gaston Leval , né le 20 octobre 1895 à Saint Denis, mort à le 8 avril 1978. Correcteur. Il fuit l'Espagne en 1938, arrêté pour insoumission, condamné il s'évade de Clairvaux en Août 1940. A la libération il vit à Bruxelles, rentre en France et collabore à la revue contre-courant. Il rejette le qualificatif " anarchiste " trop marqué à son idée. Il fonde le groupe Socialiste libertaire et crée les Cahiers du socialisme libertaire et le Centre de sociologie libertaire.
Ses deux principaux livres sont : L'Espagne libertaire et l'Etat dans l'histoire.
D'autres brochures sont encore disponibles.

les transports socialisés et gérés par la CNT et l'UGT


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A lire :
l'Espagne Libertaire de Gaston Leval
(Editions du Monde Libertaire) ; l'Etat dans l'histoire (Gaston Leval) ;

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