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l'intégral
des numéros de l'Assiette
au Beurre
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Au début du XXe siècle,
comme de nombreux peintres et écrivains, il fut sensible aux idées
anarchistes.
Né en 1871 à Opocno en Bohême orientale, très
tôt orphelin, il a eu une enfance pauvre. Doué pour le dessin,
il fréquente les écoles des beaux-arts de Prague (en 1888)
puis de Vienne (1892).
Il s'installe à Paris en 1896. Pour survivre, il réalise
des dessins pour des revues de mode ou humoristiques, des affiches pour
les cabarets de Montmartre et des illustration pour des livres.
Les sujets d'intérêts de Kupka ont été nombreux.
Tolstoï l'a fasciné. Il a lu les philosophes allemands et
des ouvrages scientifiques mais aussi des livres d'astrologie, d'occultisme
et de théosophie, doctrine mystique opposée aux religions
officielles.
Ces théories ont rencontré à l'époque un certain
succès dans les milieux anarchistes. Avant de venir en France,
Kupka a même gagné sa vie en étant médium.
Entre 1900 et 1912, Kupka
va fréquenter les milieux anarchistes.
Il va dessiner dans "Les Temps nouveaux" de Jean Grave et dans
"L'Assiette au beurre". Kupka n'est pas un anarchiste militant
mais sa participation à ces périodiques montre qu'il avait
un intérêt certain pour les idées libertaires. Il
collabore à treize numéros de "L'Assiette au beurre"
entre 1901 et 1907.
Il a réalisé entièrement trois numéros qui
ont pour thèmes l'argent, la paix et les religions.
Kupka critique une société inégalitaire asservie
à l'argent. Il s'en prend aux guerres coloniales et aux fureurs
nationalistes. Il dénonce l'abrutissement dû à tous
les fanatismes religieux. Il n'épargne aucun dogme. Ses attaques
sont dirigées aussi bien contre les monothéismes que contre
les paganismes ou les "sagesses" orientales. En 1904, Kupka
semble s'être éloigné de ses idées mystiques
antérieures.
Ses dessins dans "L'Assiette au beurre" sont beaux et percutants.
Il quitte "L'Assiette au beurre"à l'arrivée d'un
nouveau propriétaire.
À son sujet, il écrit : (Il ne) veut que des dessins
qui ne troublent pas la digestion de ses lecteurs. Je suis trop révolutionnaire.
Les Temps nouveaux sera illustré à partir de juillet
1904. Jean Grave demande un dessin d'actualité chaque semaine à
ses amis artistes (Luce, Signac, Angrand, Delannoy, Jossot
). Les
rapports de Kupka avec Grave resteront formels et occasionnels. Entre
1905 et 1912, Kupka réalise une lithographie, six dessins et des
illustrations pour Le Coin des enfants. Il illustre aussi la couverture
d'une brochure de Kropotkine Le salariat (1909, précédemment
parue en 1889). Enfin, en 1908 et 1912, il fera dons de ses uvres
pour les tombolas qu'organise le journal pour renflouer ses caisses.
Kupka est aussi l'illustrateur du dernier livre d'Élisée
Reclus (1830-1905), L'Homme et la terre. Il a réalisé
ce travail entre 1904 et 1906. Les deux hommes s'appréciaient mutuellement
mais on ignore s'ils ont pu collaborer de façon étroite.
Avant d'illustrer ce livre, Kupka en avait entièrement pris connaissance.
On peut y voir plus d'une centaine de dessins : en-têtes, culs-de-lampe
et frontispices. Ses dessins sont d'esprit symbolistes. De grandes illustrations
présentent les civilisations humaines à travers les millénaires.
Il y montre entre autres les oppositions entre le progrès et l'obscurantisme.
La nudité très présente symbolise la pureté,
l'innocence retrouvée des origines.
À un ami poète, il écrivait en avril 1905 : Ce
que j'aurais de mieux à faire serait d'aller éduquer les
masses avec un homme comme le vieux Reclus, laisser tomber ce lyrisme
stupide qui, bon an mal an, envoie des toiles à des expositions
snob.
En 1909, il prépare des illustrations pour une nouvelle édition
de La grande révolution de Kropotkine. Ce projet tombe à
l'eau et ces dessins n'ont malheureusement jamais été retrouvés.
Après 1912, il ne semble pas que Kupka ait eu des liens avec l'anarchisme.
En 1914, il participe à la première guerre mondiale sur
le front de la Somme. De 1915 à 1918, il est membre d'une organisation
de volontaires tchèques en France. Sa peinture va évoluer
du divisionnisme au fauvisme puis au cubisme. Il est ensuite considéré
comme l'un des pionniers méconnus de l'art abstrait.
Il meurt à Puteaux en 1957.
L'exposition a pour titre, Vers des temps nouveaux : Kupka, uvres
graphiques, 1894-1912.
Elle est visible au musée d'Orsay à Paris jusqu'au 6 octobre.
Felip Equy
le Monde libertaire juin 2002
Autres
articles :
Jules
Grandjouan ; les
Temps nouveaux ; Caricature
et antimilitarisme ;
Octave
Mirbeau (journaliste, romancier, dramaturge anarchiste)
;
A
lire :
Les cahiers Élisée Reclus, n°9 d'octobre 1997
;
Les Temps nouveaux, éditions des musées nationaux,
1987 ;
L'Assiette au beurre par Élisabeth et Michel Dixmier, Maspero,
1974.
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