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L'absolutisme
historique, malgré ses triomphes, n'a jamais cessé de se heurter à une
exigence invincible de la nature dont la Méditerranée, où l'intelligence
est sœur de la dure lumière, garde le secret. Les pensées révoltées, celles
de la Commune ou de syndicalisme révolutionnaire, n'ont cessé de crier
cette exigence à la face du nihilisme bourgeois comme à celle du socialisme
césarien. La pensée autoritaire, à la faveur de trois guerres et grâce
à la destruction Physique d'une élite de révoltés, a submergé cette tradition
libertaire. Mais cette pauvre victoire est provisoire, le combat dure
toujours.
Albert Camus,
l'Homme révolté
C'est à l'occasion de la manifestation
contre la condamnation à mort de Sacco et Vanzetti, le 23 août 1927, que
Maurice joyeux rencontre le mouvement libertaire. Deux militants le soustraient
à la charge de la Garde républicaine. Il les suit jusqu'à la rue Piat,
à Belleville au local de l'Union anarchiste révolutionnaire, dont Louis
Lecoin faisait partie. Il avait alors dix-sept ans.
De cette époque il parle ainsi aujourd'hui : Mon esprit avait été nourri
par une lecture qui était en partie révolutionnaire. J'avais dans ma famille
entendu parler d'un grand mot qui était le socialisme. J'avais un esprit
romantique, je pensais qu'il fallait sauver le monde, faire la révolution.
je n'avais pas encore le sentiment très net de ce que devaient être les
structures d'une société sans classes je suis resté comme ça pendant des
mois chercher en moi-même quelle pouvait être la traduction pratique de
ces pensées qui m'assiégeaient. Pourtant j'avais un sentiment profond.
J'étais au seuil même des décisions qui feraient de moi un militant anarchiste.
Je voulais que les hommes soient égaux en tout, tels que j'en avais entendu
parler dans les mouvements ouvriers".
Maurice joyeux est né le 19
janvier 1910 d'une famille d'ouvriers relativement aisés.
Militant socialiste, son père était secrétaire du député de Levallois,
Jean Bon, sa mère une bonne petite femme énergique et merveilleuse était
teinturière, mais aussi secrétaire de Cochon, le fondateur de la Fédération
des locataires qui, la nuit, en clairette, déménageait à la cloche de
bois ceux qui ne pouvaient pas payer. Cette solidarité, cette lutte au
quotidien des petites gens ont assurément marqué l'enfance de Joyeux et
déterminé sa conduite ultérieure.
Son père sera tué à la bataille de la Marne et sa mère, Rosine, se remariera
avec Alfred Liron, lui aussi militant socialiste. C'est lui qui le formera,
l'orientera vers les mouvements ouvriers, lui donnera son esprit d'indépendance.
Plus tard, dans ses livres, joyeux prendra le pseudonyme de Liron chaque
fois qu'il fera intervenir son propre personnage. Emmené par Liron, à
neuf ans, joyeux participe pour la première fois à une manifestation.
Il s'agit de la commémoration, en 1919, de l'assassinat de Jaurès.
Alors qu'il a quatorze ans, sa famille quitte Paris et s'installe à Deauville.
Il est apprenti serrurier.
C'est sa première expérience personnelle dam le monde du travail. C'est
aussi sa première révolte.
Il casse une côte à son patron qui voulait le frapper. Il est condamné
à une amende de 1000 F. Cette fois-ci comme plus tard Rosine paie la note.
C'est un événement important dans la vie de joyeux car pour la première
fois, victime d'une injustice, il mesure la faiblesse des institutions
face au pouvoir.
Puis ce sera Brest, Rouen, le retour à Paris.
Dès cette époque, il est décidé
à ne plus jamais dépendre de personne.
A dix-huit ans, pour se libérer le plus rapidement possible des obligations
militaires il devance l'appel. Au Maroc où il doit faire ses dix-huit
mois, sa rébellion contre les brimades imbéciles et gratuites le conduit
en prison.
Il en fera trois ans et sera traduit deux fois devant le Conseil de guerre.
Ce n'est qu'un début. Au total joyeux restera dix ans en prison. Il retrouve
en effet en 1933, à Fresnes, pour avoir participé à une manifestation
organisée par des immigrés polonais. Cette aventure donnera naissance
à son premier roman : Le consulat Polonais.
Il retourne en prison, à Montluc, près Lyon, cette fois, en 1940 pour
n'avoir pas répondu à sa feuille de mobilisation. Il organise une mutinerie
(1941). Elle réussit mais il est repris et condamné à vingt de réclusion.
Dans son second roman, Mutinerie à Montluc on peut lire : "Lorsqu'elle
est continuité plutôt que rupture, la détention devient un élément construction
d'un tout qu'on appelle la vie... La détention affirme les certitudes".
C'est en prison, dans ces prisons dont jules Vallès disait qu'elles sont
les grandes universités Populaires, que joyeux découvre et étudie Proudhon,
Bakounine, Marx, Kropotkine, Stirner, Malatesta, Reclus qui viendront
compléter sa connaissance de la littérature populaire et sociale (Hugo,
Zola, London, etc.).
Il sera lui-même libraire. Il affirme par ailleurs : "Au cours de
mon existence et dans les prisons successives où je me trouvais j'ai toujours
fait le nécessaire pour conserver ma dignité, j'ai toujours été aussi
loin que paisible pour la défendre, mais je n'ai jamais été trop loin,
Pour pouvoir continuer à la défendre".
Lorsqu'en 1932, lors de la grande crise économique, il est parmi les milliers
de chômeurs parisiens, qu'il connaît l'asile de nuit, la soupe populaire,
la chanson dans la me c'est la recherche de la dignité, alliée à la révolte
et au sens de la solidarité qui le pousse à adhérer au Comité des chômeurs.
C'est le début de son action syndicale. Il rencontre toutes les composantes
du mouvement ouvrier : communistes, trotskistes, pacifistes, libertaires.
Il participe au Congrès antifasciste de Pleyel en 1933, à celui de Huygens
en 1934 après avoir adhéré à la CGT-U. Il est de plus en plus attaché
au mouvement syndical, à l'unité syndicale mais nullement à l'unité politique
: L'unité politique, elle est pour beaucoup impossible, pour moi n'est
pas souhaitable, et puis je suis indifférent à cette unité politique,
dira-t-il.
Fin 1936, Joyeux adhère à l'Union anarchiste. Depuis la scission de 1947
il est adhérant à la CGT-Force ouvrière. Ses idées sur l'anarchisme et
l'anarcho-syndicalisme sont développées dam Autogestion, gestion directe,
gestion ouvrière (1).
En 1945, sorti de prison, joyeux se donne pour objectif de reconstruire
la Fédération anarchiste. Il le fera avec Vincey, les frères Lapeyre et
une militante qui deviendra aussi sa compagne Suzy Chevet.
La fédération anarchiste se structure, se donne des moyens de propagande.
Des groupes se créent dont celui du XVIIIe, le groupe Louise Michel auquel
appartient toujours joyeux et qui fût aussi l'œuvre de Suzy. Les militants
s'investissent dam les organisations syndicales, dam les organisations
humanitaires : Ligue des Droits de l'Homme, Libre pensée. Un hebdomadaire
: Le Libertaire, sera remplacé par Le Monde libertaire, journal de la
Fédération anarchiste. La librairie devenue trop petite, s'installe rue
Amelot. Et enfin, la Fédération adapte ses moyens de lutte aux nouvelles
technologies et c'est la création de Radio libertaire avec toutes les
difficultés que l'on sait. Incrédule, joyeux participera cependant avec
émotion à la première émission (septembre 1981).
De l'organisation Joyeux
dit : La stratégie d'un groupement révolutionnaire coniste à préserver
l'organisation car c'est elle qui pacte le message révolutionnaire que
certains hommes avaientformulé il y a plus ou moins longtemps. C'est ce
que fait la Fédération anarchiste depuis trente am et ce qu'elle doit
continuer de faire, pour témoigner d'abord, pour proposer ensuite, lorsque
le vieux monde se fracassera. Voilà quelle doit être la stratégie d'un
groupement révolutionnaire car le temps emporte tout... Etre présent,
voilà la tactique que tout mouvement révolutionmire, l'organisation anarchiste
en particulier, doit suivre. (Extrait de : Ce que je crois 1984)
Maurice joyeux a, par ailleurs, consacré une brochure à l'histoire de
la Fédération anarchiste : L'Hydre de Lerne, parue aux: éditions du Monde
libertaire en 1967. Parallèlement à la lutte pour le maintien de l'organisation
joyeux a toujours dénoncé les ralliements des révolutionnaires, au nom
du réalisme, aux conceptions économiques de l'adversaire.
Dans L'Anarchie et la société moderne (1969), il écrit : "Avant même
de déterminer le moyen d'établir une société différente, avant même de
définir le contour de cette société sans classes, il est essentiel d'en
déterminer sa structure de base, faute de quoi les luttes sont improductives
et les constructions théoriques des rêves fumeux. La révolution c'est
d'abord la suppression de l'inégalité économique car seule cette suppression
conditionne la transformation d'une société millénaire. Tous ceux qui
admettent l'inégalité, quel que soit le vocabulaire ou la phraséologie
qu'ils emploient, ne sont que des réformateurs à l'intérieur d'un système
dont ils veulent conserver l'essentiel et plus loin : Une des raisons
de l'échec des tentatives socialistes de ces cinquante dernières années
ajustement été le sacrifice exigé de plusieurs générations pour rattraper
l'économie mondiale. A ce stade là le progrès devient néfaste et on retourne
à ce gigantisme économique qui créa les Pyramides sur le corps de cent
mille esclaves. Même si une progression socialement équilibrée peut paraître
trop lente elle a l'avantage, d'une part de hisser une population tout
entière au niveau de ses possibilités globales, et d'autre part cette
progression en ligne empêche la formation d'îlots régressifs, qui finalement
deviennent des entraves à l'évolution car ils produisent des discordes
et suscitent des luttes au sein d'une communauté dont elles constituent
le frein. L'exemple tchécoslovaque est riche en enseignements à ce sujet".
Ne faisant plus seulement
référence aux grands anciens (Proudhon, Bakounine, Reclus, Kropotkine)
Maurice Joyeux affirme la nécessité pour le mouvement libertaire de s'inscrire
dans l'évolution des situations contemporaines. Autrement dit, au niveau
des principes ne rien changer, au niveau des moyens il faut s'adapter,
assumer les évolutions de la pensée.
Joyeux dit : Le plus condamnable et je ne suis pas sûr que les anarchistes
y échappent, c'est de vouloir constamment remettre son pas dans le pas
qui a été laissé par celui qui vous a précédé.
Jaqueline Lamant
Le Magazine libertaire

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Suzy
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c'est l'insurection de l'esprit ; 1947,
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La lutte contre le
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L'anarchie et la révolte de la jeunesse (Edt du Monde Libertaire)
;
Sous les plis du drapeaux Noir (Editions du Monde libertaire) ;
Le consulat Polonais ; Mutinerie à Montluc (M. Joyeux) ;
Maurice Joyeux (Graine d'anar- Edition du Monde Libertaire)
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