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Maurice Joyeux (1910-1991)
"Il n'y a pas de plus beau monument, qu'une barricade."

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Maurice Joyeux
en 1947

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L'absolutisme historique, malgré ses triomphes, n'a jamais cessé de se heurter à une exigence invincible de la nature dont la Méditerranée, où l'intelligence est sœur de la dure lumière, garde le secret. Les pensées révoltées, celles de la Commune ou de syndicalisme révolutionnaire, n'ont cessé de crier cette exigence à la face du nihilisme bourgeois comme à celle du socialisme césarien. La pensée autoritaire, à la faveur de trois guerres et grâce à la destruction Physique d'une élite de révoltés, a submergé cette tradition libertaire. Mais cette pauvre victoire est provisoire, le combat dure toujours.
Albert Camus,
l'Homme révolté

C'est à l'occasion de la manifestation contre la condamnation à mort de Sacco et Vanzetti, le 23 août 1927, que Maurice joyeux rencontre le mouvement libertaire. Deux militants le soustraient à la charge de la Garde républicaine. Il les suit jusqu'à la rue Piat, à Belleville au local de l'Union anarchiste révolutionnaire, dont Louis Lecoin faisait partie. Il avait alors dix-sept ans.
De cette époque il parle ainsi aujourd'hui : Mon esprit avait été nourri par une lecture qui était en partie révolutionnaire. J'avais dans ma famille entendu parler d'un grand mot qui était le socialisme. J'avais un esprit romantique, je pensais qu'il fallait sauver le monde, faire la révolution. je n'avais pas encore le sentiment très net de ce que devaient être les structures d'une société sans classes je suis resté comme ça pendant des mois chercher en moi-même quelle pouvait être la traduction pratique de ces pensées qui m'assiégeaient. Pourtant j'avais un sentiment profond. J'étais au seuil même des décisions qui feraient de moi un militant anarchiste. Je voulais que les hommes soient égaux en tout, tels que j'en avais entendu parler dans les mouvements ouvriers".

Maurice joyeux est né le 19 janvier 1910 d'une famille d'ouvriers relativement aisés.
Militant socialiste, son père était secrétaire du député de Levallois, Jean Bon, sa mère une bonne petite femme énergique et merveilleuse était teinturière, mais aussi secrétaire de Cochon, le fondateur de la Fédération des locataires qui, la nuit, en clairette, déménageait à la cloche de bois ceux qui ne pouvaient pas payer. Cette solidarité, cette lutte au quotidien des petites gens ont assurément marqué l'enfance de Joyeux et déterminé sa conduite ultérieure.
Son père sera tué à la bataille de la Marne et sa mère, Rosine, se remariera avec Alfred Liron, lui aussi militant socialiste. C'est lui qui le formera, l'orientera vers les mouvements ouvriers, lui donnera son esprit d'indépendance.
Plus tard, dans ses livres, joyeux prendra le pseudonyme de Liron chaque fois qu'il fera intervenir son propre personnage. Emmené par Liron, à neuf ans, joyeux participe pour la première fois à une manifestation. Il s'agit de la commémoration, en 1919, de l'assassinat de Jaurès.
Alors qu'il a quatorze ans, sa famille quitte Paris et s'installe à Deauville. Il est apprenti serrurier.
C'est sa première expérience personnelle dam le monde du travail. C'est aussi sa première révolte.
Il casse une côte à son patron qui voulait le frapper. Il est condamné à une amende de 1000 F. Cette fois-ci comme plus tard Rosine paie la note. C'est un événement important dans la vie de joyeux car pour la première fois, victime d'une injustice, il mesure la faiblesse des institutions face au pouvoir.
Puis ce sera Brest, Rouen, le retour à Paris.

Dès cette époque, il est décidé à ne plus jamais dépendre de personne.
A dix-huit ans, pour se libérer le plus rapidement possible des obligations militaires il devance l'appel. Au Maroc où il doit faire ses dix-huit mois, sa rébellion contre les brimades imbéciles et gratuites le conduit en prison.
Il en fera trois ans et sera traduit deux fois devant le Conseil de guerre.
Ce n'est qu'un début. Au total joyeux restera dix ans en prison. Il retrouve en effet en 1933, à Fresnes, pour avoir participé à une manifestation organisée par des immigrés polonais. Cette aventure donnera naissance à son premier roman : Le consulat Polonais.
Il retourne en prison, à Montluc, près Lyon, cette fois, en 1940 pour n'avoir pas répondu à sa feuille de mobilisation. Il organise une mutinerie (1941). Elle réussit mais il est repris et condamné à vingt de réclusion.
Dans son second roman, Mutinerie à Montluc on peut lire : "Lorsqu'elle est continuité plutôt que rupture, la détention devient un élément construction d'un tout qu'on appelle la vie... La détention affirme les certitudes".
C'est en prison, dans ces prisons dont jules Vallès disait qu'elles sont les grandes universités Populaires, que joyeux découvre et étudie Proudhon, Bakounine, Marx, Kropotkine, Stirner, Malatesta, Reclus qui viendront compléter sa connaissance de la littérature populaire et sociale (Hugo, Zola, London, etc.).
Il sera lui-même libraire. Il affirme par ailleurs : "Au cours de mon existence et dans les prisons successives où je me trouvais j'ai toujours fait le nécessaire pour conserver ma dignité, j'ai toujours été aussi loin que paisible pour la défendre, mais je n'ai jamais été trop loin, Pour pouvoir continuer à la défendre".
Lorsqu'en 1932, lors de la grande crise économique, il est parmi les milliers de chômeurs parisiens, qu'il connaît l'asile de nuit, la soupe populaire, la chanson dans la me c'est la recherche de la dignité, alliée à la révolte et au sens de la solidarité qui le pousse à adhérer au Comité des chômeurs.
C'est le début de son action syndicale. Il rencontre toutes les composantes du mouvement ouvrier : communistes, trotskistes, pacifistes, libertaires.
Il participe au Congrès antifasciste de Pleyel en 1933, à celui de Huygens en 1934 après avoir adhéré à la CGT-U. Il est de plus en plus attaché au mouvement syndical, à l'unité syndicale mais nullement à l'unité politique : L'unité politique, elle est pour beaucoup impossible, pour moi n'est pas souhaitable, et puis je suis indifférent à cette unité politique, dira-t-il.
Fin 1936, Joyeux adhère à l'Union anarchiste. Depuis la scission de 1947 il est adhérant à la CGT-Force ouvrière. Ses idées sur l'anarchisme et l'anarcho-syndicalisme sont développées dam Autogestion, gestion directe, gestion ouvrière (1).
En 1945, sorti de prison, joyeux se donne pour objectif de reconstruire la Fédération anarchiste. Il le fera avec Vincey, les frères Lapeyre et une militante qui deviendra aussi sa compagne Suzy Chevet.
La fédération anarchiste se structure, se donne des moyens de propagande. Des groupes se créent dont celui du XVIIIe, le groupe Louise Michel auquel appartient toujours joyeux et qui fût aussi l'œuvre de Suzy. Les militants s'investissent dam les organisations syndicales, dam les organisations humanitaires : Ligue des Droits de l'Homme, Libre pensée. Un hebdomadaire : Le Libertaire, sera remplacé par Le Monde libertaire, journal de la Fédération anarchiste. La librairie devenue trop petite, s'installe rue Amelot. Et enfin, la Fédération adapte ses moyens de lutte aux nouvelles technologies et c'est la création de Radio libertaire avec toutes les difficultés que l'on sait. Incrédule, joyeux participera cependant avec émotion à la première émission (septembre 1981).

De l'organisation Joyeux dit : La stratégie d'un groupement révolutionnaire coniste à préserver l'organisation car c'est elle qui pacte le message révolutionnaire que certains hommes avaientformulé il y a plus ou moins longtemps. C'est ce que fait la Fédération anarchiste depuis trente am et ce qu'elle doit continuer de faire, pour témoigner d'abord, pour proposer ensuite, lorsque le vieux monde se fracassera. Voilà quelle doit être la stratégie d'un groupement révolutionnaire car le temps emporte tout... Etre présent, voilà la tactique que tout mouvement révolutionmire, l'organisation anarchiste en particulier, doit suivre. (Extrait de : Ce que je crois 1984)
Maurice joyeux a, par ailleurs, consacré une brochure à l'histoire de la Fédération anarchiste : L'Hydre de Lerne, parue aux: éditions du Monde libertaire en 1967. Parallèlement à la lutte pour le maintien de l'organisation joyeux a toujours dénoncé les ralliements des révolutionnaires, au nom du réalisme, aux conceptions économiques de l'adversaire.
Dans L'Anarchie et la société moderne (1969), il écrit : "Avant même de déterminer le moyen d'établir une société différente, avant même de définir le contour de cette société sans classes, il est essentiel d'en déterminer sa structure de base, faute de quoi les luttes sont improductives et les constructions théoriques des rêves fumeux. La révolution c'est d'abord la suppression de l'inégalité économique car seule cette suppression conditionne la transformation d'une société millénaire. Tous ceux qui admettent l'inégalité, quel que soit le vocabulaire ou la phraséologie qu'ils emploient, ne sont que des réformateurs à l'intérieur d'un système dont ils veulent conserver l'essentiel et plus loin : Une des raisons de l'échec des tentatives socialistes de ces cinquante dernières années ajustement été le sacrifice exigé de plusieurs générations pour rattraper l'économie mondiale. A ce stade là le progrès devient néfaste et on retourne à ce gigantisme économique qui créa les Pyramides sur le corps de cent mille esclaves. Même si une progression socialement équilibrée peut paraître trop lente elle a l'avantage, d'une part de hisser une population tout entière au niveau de ses possibilités globales, et d'autre part cette progression en ligne empêche la formation d'îlots régressifs, qui finalement deviennent des entraves à l'évolution car ils produisent des discordes et suscitent des luttes au sein d'une communauté dont elles constituent le frein. L'exemple tchécoslovaque est riche en enseignements à ce sujet".

Ne faisant plus seulement référence aux grands anciens (Proudhon, Bakounine, Reclus, Kropotkine) Maurice Joyeux affirme la nécessité pour le mouvement libertaire de s'inscrire dans l'évolution des situations contemporaines. Autrement dit, au niveau des principes ne rien changer, au niveau des moyens il faut s'adapter, assumer les évolutions de la pensée.
Joyeux dit : Le plus condamnable et je ne suis pas sûr que les anarchistes y échappent, c'est de vouloir constamment remettre son pas dans le pas qui a été laissé par celui qui vous a précédé.

Jaqueline Lamant
Le Magazine libertaire


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Mai 68 sous les plis du Drapeau Noir
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A lire :
Autogestion, gestion directe, grève gestionnaire (Volonté Anarchiste) ;
L'anarchie et la révolte de la jeunesse
(Edt du Monde Libertaire) ;
Sous les plis du drapeaux Noir
(Editions du Monde libertaire) ;
Le consulat Polonais ; Mutinerie à Montluc
(M. Joyeux) ;
Maurice Joyeux (Graine d'anar- Edition du Monde Libertaire)

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