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| Suzy Chevet, une militante anarchiste ! | ||||||||||||||||||
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En dédicace
de son premier livre, le Consulat polonais, Maurice Joyeux avait écrit
: Oui, Suzy était une femme, une vraie femme, elle en émit consciente et légitimement fière. Sans doute devait-elle cette attitude à l'éducation qu'elle reçut tout enfant. Il faut connaître le pays angevin, d'où elle était originaire, pour comprendre tout le courage qu'il faut pour s'y affirmer libre-penseur ; l'implacable vindicte noire qui sévit encore de nos jours a su s'imposer dam la région, partout où la résistance fut molle. La "douceur angevine", chère à Joachim du Bellay, est un gentil euphémisme pour ceux qui ont goûté là l'oppression cléricale. Les ardoisiers et les allumettiers de Trélazé constituèrent, au début du siècle, le bastion révolutionnaire le plus puissant de l'ouest. De tradition libertaire et syndicaliste, ils surent faire reculer la curaille. Le père de Suzy (qui fut l'abonné numéro 1 de notre Monde libertaire et qui versait régulièrement à nos souscriptions sous le nom de "vieux pédago", était militant syndicaliste et mutualiste de l'Education nationale. Sa mère étant à la pointe de la lutte pour l'émancipation de la femme voulut qu'elle possédât un métier qui la mettrait à l'abri de mure tutelle masculine. Née sous d'aussi heureux auspices, Suzy ne pouvait qu'être à l'avant-garde. Après une scolarité facile, elle sortit institutrice de l'école normale d'Angers, mais n'exerça pratiquement pas sa profession. Le milieu petit-bourgeois de ses collègues, la filière fonctionnariale pleine de combines et de "chausse-trapes" ne lui conviennent guère, elle se sent "prolo" et est attirée par le "social". Elle adhère bientôt au parti socialiste où elle rejoint la tendance Marceau Pivert (socialiste révolutionnaire) qui, en 1936, donnera naissance au P.S.O.P., parti socialiste ouvrier et paysan. C'est alors qu'elle gagne Saint-Malo où elle travaille dans les bureaux du service de l'emploi. Son activité syndicale la conduit tout naturellement à la "maison du peuple" où elle organise des fêtes au profit des dockers en grève et des syndicats malouins. On la retrouve bien sûr à la base de l'organisation des Auberges de jeunesse de la région, puis à la fondation de l'auberge locale. Quand survient la guerre d'Espagne, elle anime des comités d'aide, puis organise les secours a" réfugiés, tant à Saint-Malo qu'à Trélazé. Le placement et le logement des exilés deviennent ses principales activités, cela lui vaut une solide réputation de " rouge ". Aussi, lorsque le gouvernement de Vichy commence son épuration de l'administration en 1941, elle sera parmi les premiers visés et révoqués. Dénoncée parallèlement à la police d'Occupation, elle sera assignée à résidence à Saint-Malo et, ainsi que sa fille, contrainte à aller matin et soir déposer sa griffe sur le livre réservé aux suspects. Privée d'emploi et de ressources, elle est alors à son tour secourue par ses protégés de la veille, les réfugiés espagnols qu'elle a tant aidés. Cette situation passive ne peut, pour une femme de sa trempe, se prolonger très longtemps. Après avoir mis sa fille en sûreté, elle passe sous une fausse identité dans les îles anglo-normandes où son bilinguisme lui permet l'incognito. Il y avait, à cette époque à Jersey, nombre de prisonniers politiques. Là, avec l'aide de marins hollandais qui cabotent régulièrement du matériel pour le compte de l'occupant, elle organise une filière d'évasion qui passe par Saint-Malo, où des amis espagnols sont fortement organisés, et Trélazé, où la maison de son père, occupée par les Allemands, est un relais insoupçonnable. Repérée et arrêtée par la Gestapo en 1942, elle est conduire à Rennes pour interrogatoire, assorti bien entendu de ce que comporte ce genre de formalité, coups et sévices divers. Ramenée à Angers peur complément d'enquête, elle est secourue par les ardoisiers qui n'ont pas perdu sa trace et qui parviennent à la faire évader et rejoindre Lorient où des camarades espagnols la cachent. C'est alors que la Résistance lui assigne une autre tâche ; sous une nouvelle identité, elle entre dans les bureaux du S.T.O. (service du travail obligatoire) organisé par Vichy pour expédier les jeunes travailler en Allemagne. De ce poste, jusqu'à la Libération, elle renseignera utilement à la fois la Résistance et la jeunesse réfractaire locale.
La paix revenue, elle devra à Paris bagarrer durement pour faire valoir ses droits et retrouver un poste. Elle entre alors au ministère du Travail et fréquente les milieux anarchistes où elle rencontre celui qui sera désormais son compagnon : Maurice Joyeux. On sait ce que ces deux camarades, qui se complétaient merveilleusement, ont pu réaliser. Suzy fut d'abord l'animatrice du groupe de l'Ouest dans lequel l'élément féminin avait une forte représenation. La transformation en groupe libertaire Louise Michel ne fit que décupler ses activités. Elle a organisé une bonne centaine de fêtes et de galas, tant pour la Fédération anarchiste que pour les groupes et les syndicats. Elle a, outre l'animation de son groupe, participé à la rédaction du journal du mouvement et à son administration d'une façon quasi permanente. L'énoncé de toutes ses activités serait démesuré ; il faut cependant souligner qu'elle milita ardemment à la Libre-Pensée et à la Ligue des droits de l'homme et qu'elle eut aussi sa part dans la fondation de Force ouvrière où elle occupa des postes de responsabilité jusqu'à sa fin tragique. La part qu'elle assuma dans le développement de la Fédération anarchiste est immensurable. Grâce aux fonds recueillis dans les fêtes qu'elle mit sur pied, nos oeuvres ont fonctionné avec une relative facilité. La légende la dira parcimonieuse. Il est vrai qu'elle ne gâcha jamais les fonds du mouvement, mais il suffit de considérer la réalisation de la revue du groupe libertaire Louise Michel, "La Rue", pour comprendre et apprécier sa clairvoyance et ses dons de gestionnaire. Ne se cantonnant pas uniquement dans les tâches "nobles", elle avait toujours à cur d'aller coller sa part d'affiches dans les mes de sa chère "butte Montmartre", plaçant à l'occasion, ici ou là, qui un journal qui une revue, avec nue, persévérance qu'aucune rebuffade ne pouvait émousser. Il faudrait aussi
parler du côté fraternel de Suzy. On se sent finalement petit en évoquant la vie de cette femme qui fut une si grande militante, toujours à la tâche malgré les fatigues et un âge que sa coquetterie aura su cacher jusqu'au bout. Bien sûr, il nous reste l'espoir, espoir qu'elle a largement suscité en rassemblant de nombreux jeunes de valeur, mais tous ne sommes pas au bout de nos regrets, les aléas de la vie militante nous ont déjà cruellement fait sentir son absence. Saurons-nous poursuivre l'uvre entreprise avec cette sorte de candeur dont elle faisait montre et qui est due à la foi indéfectible en la justesse de la cause ? Il y a vingt ans,
lorsqu'il fallut reconstruire un mouvement ruiné par des aventuriers,
Suzy clama : Jean
- Ferdinand Stas
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