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Un
site
entièrement consacré à
A. Camus
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Voilà un sujet d'étude que
lycéens et étudiants ont peu de chance de se voir proposer.
Quant aux professionnels de la critique, qu'elle soit littéraire ou philosophique,
ce n'est pas sous cet angle qu'ils abordent Camus. On lit Albert Camus,
mais on le lit souvent mal.
Est-ce que sa pensée dérangerait ? Pour les uns, c'est l'écrivain de l'absurde,
pour les autres un moraliste bien pensant dissertant sur la révolte sans
souci d'efficacité (critique de gauche pour simplifier) ou un adversaire
du communisme (essai de récupération de droite). Ces diverses approches,
par leur côté réducteur, sont autant de négations d'une pensée de l'équilibre
entre justice et liberté, absurdité et révolte, homme et société, vie
et mort.
De Bab-el-Oued au prix
Nobel.
Rien ne prédisposait
Camus à obtenir le prix Nobel de littérature. Né en 1913, dans une famille
pauvre, il perd son père en 1916, tué à la bataille de la Marne. Elevé
par sa mère qui fait des ménages et ne sait pas lire, il est remarqué
par son instituteur qui le présente à l'examen des bourses du secondaire.
Bachelier, mais aussi footballeur et membre d'une troupe théâtrale, Camus,
atteint de tuberculose, ne peut se présenter à l'agrégation de philosophie.
Qu'importe ! Camus se lance dans l'aventure journalistique avec Pascal
Pia. C'est Alger républicain où Camus se fait remarquer par des enquêtes
qui dénotent sa volonté de justice et son souci de ne pas renier ses origines.
Parallèlement, Camus commence à écrire et à publier L'Envers et l'endroit
en 1937, Noces en 1939, L'Étranger et Le Mythe de Sisyphe en 1942. Commence
alors l'aventure de la résistance dans le réseau de résistance " Combat.
" Il fait partie de la rédaction de Combat clandestin. A la Libération
de Paris en 1944, première diffusion libre du journal Combat dont Camus
est rédacteur en chef... et qu'il quittera en 1947 quand ce journal perdra
sa liberté de parole. Il publie La Peste en 1947 et L'Homme révolté en
1950.
L'actualité algérienne ne le laisse pas indifférent et comme il avait
tenté d'alerter l'opinion métropolitaine lors du soulèvement de Sétif
en 1945, il le fait au début de la guerre d'Algérie sans résultat, le
processus étant trop avancé. En 1957, l'Académie suédoise lui décerne
le prix Nobel.
Ont eu encore le temps de paraître La Chute en 1956, Réllexions sur la
guillotine en 1957 avant que Camus ne trouve la mort dans un accident
de voiture le 4 janvier 1960.
Quarante-sept ans d'une vie bien remplie !
De l'absurde à la révolte
Le thème de l'absurde est au centre de trois œuvres de Camus : L'Étranger,
Caligula et enfin Le Mythe de Sisyphe, essai dont l'ambition est de nous
faire réfléchir sur notre condition d'homme.
Cette réflexion, devant la découverte de toute raison profonde de vivre,
débouche sur le sentiment de l'absurde. Camus pose alors la question du
suicide. Mais c'est pour l'écarter, car le suicide n'est pas seulement
la constatation de l'absurde, mais son acceptation. Il écarte également
la foi religieuse, les métaphysiques de consolation et nous propose la
révolte, seule capable de donner à l'humanité sa véritable dimension,
car elle ne fait dépendre notre condition que d'une lutte sans cesse renouvelée.
L'absurde n'est pas supprimé, mais perpétuellement repoussé : " La lutte
elle-même vers les sommets suffit à remplir le coeur d'un homme. Il faut
imaginer Sisyphe heureux ".
"L'Homme révolté ", il s'agit là de l'ouvrage majeur de Camus et ce n'est
pas un hasard s'il a provoqué tant de remous lors de sa publication. Il
ne s'agit pas d'approfondir cette œuvre dans le cadre de cette article,
mais simplement d'en dégager quelques éléments essentiels.
Après avoir analysé La révolte métaphysique, révolte absolue, à travers
Sade, Nietzche, Stirner, les surréalistes, Camus en vient à la suite logique,
la révolte historique. De Marx au stalinisme, il met à jours les mécanismes
qui transforment la révolution en césarisme. il met en cause le dogmatisme
et le caractère prophétique de la pensée de Marx aggravée par la pensée
léniniste qui instaure l'efficacité comme valeur suprême. Tout est prêt
pour que la dictature provisoire se prolonge.
C'est la terreur rationnelle. La révolution a tué la révolte.
N'y a-t-il pas d'issue pour Camus ? Camus répond sous le titre La pensée
de midi :" Les pensées révoltées, celle de la Commune ou du syndicalisme
révolutionnaire, n'ont cessé de nier le nihilisme bourgeois comme le socialisme
césarien."
- " Gouvernement et révolution sont incompatibles en sens direct, car
tout gouvernement trouve sa plénitude dans le fait d'exister, accaparant
les principes plutôt que de les détruire, tuant les hommes pour assurer
la continuité du Césarisme. "
- " Le jour précisément, où la révolution césarienne a triomphé de l'esprit
syndicaliste et libertaire, la pensée révolutionnaire a perdu, en elle-même,
un contre poids dont elle ne peut sans déchoir, se priver. "
Ces quelques citations aux accents proudhonniens, montrent que Camus a
choisi sa voie et font comprendre l'accueil hostile réservé à L'Homme
révolté par les intellectuels de gauche en pleine guerre froide. Marionnettes
du communisme international et volontiers donneur de leçons, ils se déchaînèrent.
Peu nombreux, à part les libertaires, furent les défenseurs de Camus à
cette occasion.
Convergence entre Camus
et les libertaires
On peut multiplier
les exemples des interventions de Camus aux côtés des libertaires. Dans
le procès contre Maurice Laisant, antimilitariste des " Forces libres
de la paix " du meetings et manifestations organisés par les libertaires
contre les procès et la répression en Espagne, ainsi que contre le socialisme
" césarien " des pays de l'Est, contre la répression de Berlin-Est en
1953, celle des émeutes de Poznan en 1956 et celle de Budapest la même
année. Quelques articles d'Albert Camus paraissent dans le Libertaire,
puis dans le Monde libertaire. Il est également très proche des syndicalistes
révolutionnaires de la Révolution prolétarienne avec qui il fonda "Les
groupes de liaison internationale", pour aider les victimes du stalinisme
et du franquisme.
Enfin, quand Louis Lecoin lance en 1958 sa campagne pour l'obtention d'un
statut des objecteurs de conscience, Albert Camus participe activement
à cette campagne dont il ne pourra malheureusement voir l'aboutissement.
Quand il trouve la mort en janvier 1960, c'est tout naturellement que
le Monde libertaire de février 1960, qui est à l'époque mensuel et paraît
sous un format 40X60 de quatre pages, il consacre l'ensemble de sa quatrième
page avec, entre autres, des articles de Maurice Joyeux, Maurice Laisant,
F. Gomez Pelaez et Roger Grenier.
La rédaction du Monde libertaire, quant à elle, signe un article intitulé
Albert Camus ou les chemins difficiles, ce qui résume bien sa vie et son
œuvre.
groupe Proudhon de Besançon
- le Monde libertaire été 1996
Autres
articles :
Louis
Lecoin
;
L'exil Espagnol
; la FA et les
guerres coloniales ; Albert
Camus et le théâtre ;
De
Tunis à Casablanca, où mûrissent les fruits de la
Colère (1954) ;
Appel pour les syndicalistes
Algériens (A. Camus) ; Lecoin
arrache le statut des objecteurs ;
Onze
Camarades seront assasinés, sauvez les ! (discours d'André
Breton) ;
A nos frères d'Espagne. Albert Camus, septembre 1944 ;
Don Quichotte, Cervantes icônes de la lutte antifranquiste ? (texte de Fédérica Montseny et Albert camus) ;
Maurice Joyeux relit Albert Camus dans la Pléiade ;
A
lire :
Albert Camus et les libertaires (Volonté
Anarchiste)
Albert
Camus (Herbert R Lottman - ed Seuil)
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