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Couvertures
du
Père Peinard
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Anarchie, le mot fait peur,
il désigne le chaos, la pagaille, le désordre.
De vieilles images ressurgissent de notre inconscient collectif : les
bombes, Ravachol, Vaillant, l'assassinat de Sadi Carnot. Pour beaucoup,
anarchie est donc synonyme de terrorisme. Pourtant si l'on s'arrête
un peu à l'étude de ce courant politique, on s'aperçoit
que les choses ne sont pas si simples. Le mouvement anarchiste ne saurait
se résumer à sa dimension médiatique et spectaculaire,
la plus connue. Une connaissance plus approfondie de ce phénomène
nécessite une plongée à l'intérieur de cette
mouvance. Les militants ardennais constituent un échantillon sinon
représentatif, du moins révélateur, de la nature
profonde du mouvement anarchiste.
Qu'est ce qu'un groupe anarchiste ?
C'est un organisme très particulier et qui ne ressemble en rien
aux sections ou groupes des autres partis. Il n'y a ni bureau, ni cotisation
fixe et aucun compagnon n'est obligé d'annoncer d'où il
vient, ce qu'il fait et où il va. La salle du groupe est un lieu
de passage où chacun discourt à sa guise, lieu d'éducation
et non d'action.
Le département des
Ardennes a connu l'existence de plusieurs groupes anarchistes. Celui de
Charleville Mézières n'eut pas la vie la plus longue, mais
il fut certainement le plus structuré.
Né en 1891 d'une scission au sein de la Fédération
des Travailleurs Socialistes, il disparaît en 1894 sous les coups
de boutoirs de la répression policière, déclenchée
à la suite de l'assassinat du président de la République,
Sadi Carnot, par l'anarchiste Caserio.
Les principaux militants du
futur groupe anarchiste Les Sans Patrie ont d'abord été
des militants socialistes de la première heure, compagnons de Jean
Baptiste Clément :
- Moray est en 1888 secrétaire de la commission de propagande de
la Fédération Socialiste.
- Thomassin en 1889, mène campagne pour soutenir la candidature
de Jean Baptiste Clément aux législatives, cet activisme
lui coûte son emploi de tisseur à Rethel. Venu habiter à
Mézières, il adhère au cercle socialiste L'Étincelle
où il est élu à la commission du groupe.
- Tisseron, en décembre 1890, est secrétaire du cercle L'Étincelle.
Mais il y mène une campagne oppositionnelle. Lors des élections
de 1889, il propose de voter au 2ème tour pour le candidat de droite
De Wignacourt, afin de battre Corneau le député radical
sortant. Il met en cause les élus socialistes du conseil municipal
qui ne viennent jamais rendre compte de leur mandat devant les militants
du parti. L'année suivante, il propose que les conseillers municipaux
socialistes démissionnent, si le conseil refuse la gratuité
des fournitures scolaires. Sa motion est minoritaire. Mais cette guérilla,
menée à l'intérieur de la formation socialiste ne
sera pas l'élément déterminant qui amènera
la rupture.
Rupture avec les socialistes
Créé en 1889 à Paris, le Père Peinard,
est avec la Révolte l'un des principaux hebdomadaires 'anarchistes.
La Révolte, au ton doctrinal, a du mal à trouver
un lectorat dans les Ardennes. Par contre le Père Peinard,
gouailleur, employant volontiers l'argot, rencontre un large public dans
notre département, en particulier parmi les ouvriers de la Vallée
de la Meuse.
Dès 1889, Badré Mauguière à Revin et Baicry
à Sedan diffusent le journal anarchiste. Le 10 août 1890
parait le premier article fustigeant un patron de Charleville. C'est l'occasion
pour Thomassin d'envoyer au Père Peinard l'argent de sa
première diffusion du journal. Comme de nombreux militants, ayant
perdu leur emploi, à la suite de leur action politique, Thomassin
se reconvertit dans le colportage de journaux. Militant socialiste, il
est amené tout naturellement à vendre l'Émancipation,
l'organe de la Fédération des Travailleurs Socialistes.
Mais il diffuse également le Père Peinard. Quoi de
plus normal, dans la classe ouvrière, la frontière entre
socialistes et anarchistes n'est pas très nette.
Le Père Peinard est simplement un journal un peu plus révolutionnaire.
On peut d'ailleurs l'acheter au bureau du journal socialiste l'Émancipation,
le secrétaire Chauvet, accepte de le vendre avec la presse du parti.
Mais la situation sociale se tend dans le département. Les mois
d'avril et mai 1890 voient le nombre de syndicats croître rapidement
pour atteindre 75, à Nouzon les effectifs syndiqués passent
de 500 à 1500 adhérents (2). J.B. Clément est arrêté
et emprisonné, à la suite de la manifestation organisée
à Charleville le 1e, mai 1891. La situation est révolutionnaire
dans les Ardennes.
Dès lors, les attaques entre les deux camps redoublent, par journaux
interposés, dans un contexte social survolté.
Les attentats de Revin et Charleville, en juin, provoquent une vague de
perquisitions chez de nombreux militants socialistes. La Fédération
socialiste risque de se désagréger. Sous les coups de la
répression, Clément prêche la modération et
s'oppose aux anarchistes qui veulent attiser l'incendie social. Exclus
du cercle L'Etincelle, Mailfait et Lamoureux, participeront à
la Fondation du groupe anarchiste.
Les
sans patrie
Les dissidents
socialistes sont bien décidés à créer un groupe
anarchiste sur Charleville Mézières. Leur première
initiative consiste à vouloir organiser une tournée de conférences
de Sébastien Faure dans les Ardennes. Une collecte est lancée
pour financer ce projet. Thomassin se charge de centraliser l'argent.
Le 11 octobre 1891, il fait insérer cet avis dans la Révolte
et le Père Peinard :
Les camarades qui ne marchent pas vers la Sociale comme des écrevisses,
les copains conscients de leurs droits, les hommes libres ayant chassé
tous préjugés, désirant discuter sans chefs, sans
sectes et surtout sans rois, sont invités à se réunir
10, rue Colette au Pont d'Arches (Mézières). Formation d'un
groupe anarchiste. Un compagnon traitera de l'idée anarchique.
Mesures à prendre pour inviter Faure à venir dans les Ardennes.
Le 18 octobre 1891 le groupe est créé :
Compagnons, nous venons à quelques bons camarades, convoqués
par le Père Peinard et la Révolte, sur l'initiative du compagnon
vendeur de ces journaux, de nous réunir à Mézières
et de constituer sous le titre les Sans Patrie un groupe communiste anarchiste.
Comme l'indique notre nom, le but principal que nous poursuivons est la
destruction des préjugés patriotes, des idées chauvines,
l'anéantissement même du mot patrie. Notre titre est une
déclaration de guerre au militarisme ainsi qu'à l'idée
de conquête ou d'asservissement des peuples. Tous les hommes sont
frères, rien ne devrait les séparer et le militarisme est
une plaie odieuse que tous doivent combattre avec acharnement.
La guerre est une chose abominable, l'invention diabolique de monstres
ambitieux à face humaine. Nous voulons la paix, la sécurité
pour tous. Plus de frontières, ces barrières élevées
par les tyrans. On a parqué les peuples sur des territoires autour
desquels on a tracé des lignes qu'ils ne peuvent franchir et tel
couronné a dit : " Ceux qui sont à la gauche de cette
ligne m'appartiennent ; les autres sont à toi ". Nous ne reconnaissons
pas ces tracés au crayon, ces courbes imaginaires qui séparent
et divisent les peuples : nous sommes des antipatriotes. Nous sommes aussi
des anticléricaux et des antiréactionnaires. Hommes de progrès
et de liberté, nous combattons au nom des principes socialistes
et révolutionnaires et travaillons non à la conquête
des emplois et des privilèges que se sont accordés nos ennemis
de classe les bourgeois mais au prompt affranchissement de tous les êtres
humains, sans distinction.
C'est dire que nos rangs sont largement ouverts aux miséreux, aux
malheureux, aux exploités, aux révoltés, à
tous les parias, à tous les battus, volés, malmenés,
de même qu'aux convaincus, aux honnêtes, mais qu'ils sont
impitoyablement fermés aux ambitieux, aux autoritaires, aux hypocrites.
Nous sommes anarchistes, c'est à dire ennemis avérés
de toute autorité. C'est pourquoi chacun dans notre groupe sera
libre d'exprimer ses idées et agira en toute liberté.
Qui
sont ces anarchistes ?
L'analyse
des professions des membres du groupe montre le caractère très
prolétarien des anarchistes : ce sont des ouvriers. Les ouvriers
métallurgistes sont majoritaires (7 sur 13), cette situation est
le reflet d'une industrie nettement prédominante dans le département.
Autre caractéristique du groupe, la présence de 3 ouvriers
belges. Le titre Sans Patrie prend ainsi tout son sens.
Le groupe anarchiste est il "un ramassis de repris de justice"
?
Il est vrai que 4 militants ont eu affaire à la justice. Le plus
politique est certainement Bouillard condamné à un mois
de prison après avoir traité les gendarmes de lâches
et à 6 semaines d'emprisonnement pour avoir déclaré
au maire de Nouzon : Je t'emmerde toi et ton écharpe, je suis anarchiste,
je ne connais pas ton autorité.
Quant aux frères Mailfait et Midoux, ils ont été
condamnés à 6 jours de prison après avoir participé
à une rixe dans un bar. Enfin, Paul Jules Mailfait a subi une peine
de 2 mois de prison pour coups.
Le Père Peinard justifie leur parcours :
Ils n'ont pas honte pour ça, foutre non. Ils portent la tête
haute, comme des révoltés qu'ils sont et quand on viendra
dire à l'un de vous : T'es un repris de justice. Répondez
lui : c'est plus estimable d'être un repris de justice qu'un conseiller
municipal, ou même vice-président des conseillers prud'hommes.
C'est plus estimable d'être ça que d'avoir la bassesse d'aller
gueuletonner avec les patrons, de s'aplatir devant eux, conservant la
chèvre et le chou, tout en faisant croire aux camards qu'on est
dévoué à la Sociale.
Les Sans Patrie sont
des révoltés. N'ayant rien à perdre, ils sont prêts
à aller jusqu'au bout de leurs idées, et plus particulièrement
de l'antimilitarisme.
Après quatre mois d'existence le groupe anarchiste subit les foudres
de la justice. Une information est ouverte pour association illicite.
Leroux connaît une fin tragique, conduit par deux gendarmes à
Nancy, pour être jugé devant la cour d'appel, il tente de
s'enfuir en se jetant dans un canal mais ne sachant pas nager, il se noie.
Moray et Mailfait se sont enfuis à Liège. Arrêté
par la police belge, Mailfait sera extradé, jugé par le
tribunal correctionnel de Charleville le 22 juin et condamné à
8 mois de prison.
Moray est finalement incarcéré à la maison d'arrêt
de Charleville, il sera hospitalisé peu après. Remis sur
pied, le tribunal correctionnel le condamne le 6 octobre à 8 mois
de prison.
Le groupe Sans Patrie faillit ne pas se relever de cette affaire.
Pour tout savoir sur
les anarchistes dans les Ardennes : cliquez
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Qui étaient les anarchistes fiché-e-s par
la police ?
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; le Père Peinard
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La "Mistoufe"
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Histoire des Bourses
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: lettre ouverte aux anarchistes ; Propos
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1892
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Aujourd'hui
insoumis, demain réfractaire, plus tard déserteur ;
Emile
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la CGT à l'épreuve du droit (Pierre Bance) ;
La CGT (Emile Pouget) ; le Sabotage (Emile Pouget) ; Victor
Griffuelles (L. Mercier Véga) ;
l'Ethique du syndicalisme (Pierre Besnard) ; les syndicats ouvriers
et la révolution sociale (Pierre Besnard) ;
Histoire du 1er mai
(Maurice Dommanget) ; l'ABC du syndicalisme (G. Yvetot) ;
Quarante ans de propagande anarchiste
(Jean Grave) ; l'Almanach du Père Peinard ;
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