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La relation entre libertaires et éducation est une vraie histoire d'amour
qui date de plus d'un siècle. Cela provient de la tradition qui cherche
à convaincre et mettre en oeuvre les bases d'une éducation. Un changement
de société sur des bases antiautoritaires doit se faire aussi au niveau
des individus et l'éducation est incontournable. Il n'y a pas une théorie
"achevée", mais quelques grands principes.
Sans remonter aux origines, quelqu'un comme Proudhon avait déjà commencé
à poser le problème de l'éducation en termes sociaux. Réfléchissant sur
le pourquoi et le comment de l'éducation ouvrière, il cherchait à voir
comment elle pouvait s'émanciper. Il avait mis en place une série de cycles
d'apprentissage polytechnique, pour que les ouvriers aient une vision
encyclopédique du travail qu'ils faisaient.
Stirner a fait une analyse de l'école comme structure d'aliénation des
potentialités humaines qui est toujours actuelle. Bakounine, d'un point
de vue particulier, trouvait qu'un certain nombre de libertaires donnaient
un intérêt trop important à ce qu'il appelait "l'éducationnisme" : un
changement social devait être un changement global, économique, politique
etc.
Jean Grave est un des théoriciens les plus profonds qui se sont penchés
sur cette question : pourquoi fait-on des enfants. Il pose le problème
de la non propriété parentale comme du sous-statut social de l'enfant.
Dès la naissance du mouvement ouvrier, quand les libertaires ont joint
les syndicats, ils ont inséré une pratique éducative dans le cadre des
cours du soir, qui se traduisait par une bibliothèque etc.
Les mises en route de ces analyses se sont inscrites dans une dimension
sociale et politique.
L'école de Cempuis (Oise), de Paul Robin, représente la première grande
expérimentation pédagogique dans la manière de construire des savoirs.
Il y a participation des enfants à la vie institutionnelle, élaboration
du cursus scolaire sous la forme d'une "éducation intégrale" qui abordait
simultanément plusieurs angles de l'éducation, notamment en matière physique,
intellectuel et moral. Robin pensait que l'aspect pédagogique n'était
qu'un élément de l'éducation. Son école fut la première à pratiquer la
coéducation des sexes, ce qui entraîna sa fermeture.
Il y avait une éducation sexuelle en 1870-1880, ce qui entraîna une forte
réaction cléricale contre ce qui fut appelé " la porcherie municipale
de Cempuis ". Sébastien Faure, vers 50 ans, eut l'idée de monter une école,
La Ruche, du côté de Rambouillet. Il amène l'idée de "coopérative intégrale",
c'est-à-dire à côté de l'enseignement habituel il y avait un apprentissage
technique et agricole, destiné à s'orienter vers une production non capitaliste,
mais destiné à l'auto-émancipation ouvrière, sous la forme de coopératives
de producteurs et de consommateurs.
Cette école d'une cinquantaine d'enfants fut membre d'un mouvement coopératif
de producteurs et d'un mouvement coopératif de consommateurs. Il n'y avait
pas de salaires mais un pot commun où chacun puisait selon ses besoins.
Les diverses ventes (reliure, miel, etc.) approvisionnaient le pot. Il
n'y eut jamais de problème de vol ou de gens prenant plus qu'ils ne devaient.
Les Écoles modernes de Francisco Ferrer avaient aussi une liaison entre
le mouvement syndical et les milieux alternatifs. Elles avaient ainsi
des cours du soir, sous la forme d'éducation permanente.
L'école libertaire de l'île d'Oléron (Bonaventure) fut créée par trois
ou quatre personnes qui travaillaient à l'Éducation nationale et avaient
essayé diverses expérimentations qui avaient toujours été refusées par
l'institution. Ses objectifs sont moins de fonder d'autres écoles que
de se lier à d'autres rêves et aventures.
Les services d'État tendent à être confondus avec les services publics,
ce que l'Éducation nationale n'est pas. Cette institution fonctionne sur
la base de la reproduction des inégalités sociales, et sur le pire des
critères, en fonction des origines. Le service public doit être un service
social et gratuit.
Jean-Marc Raynaud
Autres
articles :
Francisco Ferrer et l'école
moderne ; La ruche :
une école libertaire avant 1914 ; Histoire
des Bourses du Travail ; Sébastien
Faure ; les Temps
nouveaux ;
l'éducation et les anarchistes sou Jules Ferry ; Bonaventure,
une école libertaire aujourd'hui ; Propos
sur l'Education libertaire ; la
Commune de Paris, l'éducation et la culture ;
Paul Robin et l'horphelinat
de Cempuis ; La
CNT et l'éducation ; Francisco
Ferrer y Guardia ;
A
lire :
Sébastien Faure écrits pédagogiques (Editions
du Monde libertaire) ; Cempuis une expérience libertaire à
l'époque de Jules Ferry (Editions du Monde libertaire ; CIHPL
Francisco Ferrer ; l'Affaire Ferrer (Bianco, Rébérioux,...)
; L'enseignement intégral (Paul Robin Volonté Anarchiste)
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