|
.
Les
mouvements insurrectionnels
à : Lyon ;
St Etienne ; Toulouse ;
Mâcon ;
Limoges,...
|
On a beaucoup écrit
sur la Commune, et en particulier sur la Commune de Paris. Pas assez peut-être,
car les Communes de province sont trop souvent méconnues et même, les
répercussions du mouvement communaliste à l'étranger, soit sous l'aspect
des poursuites intentées aux communards ou aux internationaux, soit sous
l'angle de l'interprétation et de l'utilisation politique, scientifique
et sociologique, sont laissées dans l'oubli le plus complet.
À cela une raison essentielle : les idées-force que l'on peut en extraire
n'intéressent personne, elles n'apportent de l'eau qu'au moulin des anarchistes
!
Et c'est pourquoi les travaux qui y sont relatifs ne jouissent pas de
la faveur du grand public. On ne peut que le regretter. C'est donc dans
le but de compléter notre connaissance de ce mouvement que nous publions
cette étude, rendant hommage, à près d'un siècle de distance, à tous les
obscurs combattants de la Commune et en particulier à ces 4 500 membres
de l'Internationale (dans le seul département des Bouches-du-Rhône) qui,
sous l'influence de Bakounine, s'efforcèrent de réaliser une société nouvelle
basée sur le fédéralisme et la liberté de l'individu.
René Bianco
La tentative des 7 et
8 août 1870
Dès le lendemain de la défaite
de Forbach, une grande agitation se manifeste à Marseille. 40000 personnes
ayant à leur tête Gaston Crémieux,Naquet, Brochier, Rouvier et quelques
autres manifestent devant la préfecture. L'arrestation d'Alfred Naquet
provoque une recrudescence de colère et aussitôt se forme un Comité central
d'action révolutionnaire, la foule occupe bientôt la mairie et les membres
du Comité sont portés au pouvoir sous les acclamations populaires.
Ce Comité, comprenant surtout des membres de l'Internationale (en l'absence
de Bastelica, la section marseillaise reçut très vraisemblablement les
ordres directs de Bakounine) et quelques républicains radicaux, et présidé
par Gaston Crémieux, se trouve ainsi à la tête d'un pouvoir révolutionnaire
issu du peuple.
Malheureusement, ses délibérations sont de courte durée, car une escouade
de policiers, dispersant la foule aussi prompte à s'enthousiasmer qu'à
devenir d'une passivité extrême, bloque les insurgés dans la mairie et,
après un court échange de coups de feu, capture les membres du Comité.
Les prisonniers, au nombre d'une trentaine environ, sont enfermés au Fort
Saint-Jean et entassés dans un cachot puant.
Le 10 août, sur ordre de l'impératrice régente, l'état de siège est proclamé
et le 27 ils sont jugés.
Deuxième tentative d'insurrection révolutionnaire.
1er novembre 1870
Le préfet Esquiros s'oppose
à Gambetta et au gouvernement provisoire. Au Conseil municipal un affrontement
se produit entre les modérés et les révolutionnaires et très vite, la
Garde nationale (bourgeoise) commandée par le Colonel Marie va s'opposer
à la Garde civique et l'Internationale.
La réaction populaire est immédiate et spontanée, l'hôtel de ville, défendu
par les gardes nationaux est occupé et la Commune révolutionnaire est
proclamée aussitôt. Un comité d'une vingtaine de membres est formé qui
représente toutes les nuances de l'opposition radicale et socialiste parmi
lesquels plusieurs membres de l'Internationale dont Bastelica, Chachouat,
Job, Cartoux, etc.
Le général Cluseret qui vient d'arriver à Marseille après l'échec de la
Commune de Lyon se joint bientôt à eux, et la Commune prend l'héritage
de la Ligue du Midi. Mais Esquiros qui jouit de l'estime populaire se
retire (son fils atteint de typhoïde meurt et ce deuil l'abat profondément);
il est remplacé par Alphonse Gent qui, à la faveur des circonstances (un
attentat manqué contre lui qui soulève la réprobation générale) va reprendre
le pouvoir en main pour le compte du Gouvernement et écarter tous ceux
qui pouvaient raffermir la volonté populaire.
Le 13 novembre, le préfet télégraphie à Gambetta l'Ordre tout entier règne
à Marseille...
La Commune révolutionnaire
de Marseille (23 mars / 4 avril 1871)
Le 21 mars 1871,
Une dépêche télégraphique du préfet, le contre amiral Cosnier indique
: Marseille est tranquille. Tous les rapports qui m'arrivent sur l'état
des esprits dans le département sont rassurants.
Le 22 mars
La proclamation de Thiers, flétrissant l'insurrection parisienne et exhortant
à l'union est affichée sur les murs de la ville. Cette proclamation qui
parle en termes favorables de Canrobert et de Rouher apparaît aux Marseillais
comme une traîtrise et, le soir même, devant plus de 1 000 personnes,
Gaston Crémieux, prononce un discours extrêmement violent :
Le gouvernement de Versailles a essayé de lever sa béquille contre ce
qu'il appelle l'insurrection de Paris, mais elle s'est brisée entre ses
mains, et la Commune en est sortie. Ainsi Citoyens, les circonstances
sont graves. Avant d'aller plus loin, je veux vous poser une question.
Quel est le gouvernement que vous reconnaissez comme légal ?
Est-ce Paris ? Est-ce Versailles? Toute la salle unanime, crie : "Vive
Paris!"
À ces cris unanimes qui sortent de vos mille poitrines nous nous unissons
et nous crions : "Vive Paris!". Mais ce gouvernement va être combattu
par Versailles. Je viens vous demander un serment, c'est celui de le défendre
par tous les moyens possibles, le jurez-vous?
- Nous le jurons!
- Et nous aussi, s'il faut combattre, nous nous mettrons à votre tête.
Nous serons obligés de le défendre dans la rue. Rentrez chez vous, prenez
vos fusils, non pas pour attaquer, mais pour vous défendre...
Le 23 mars
Le contre-amiral Cosnier organise une contre-manifestation en faveur du
gouvernement de Versailles, mais depuis l'aube, les gardes nationaux des
quartiers populaires s'étaient rassemblés, et une foule immense se regroupe
autour d'eux.
La préfecture est envahie, les autorité destituées, une commission départementale
est formée, présidée par Crémieux et comprenant 12 membres. Elle représente
équitablement les diverses fractions de l'opinion publique : les Radicaux
avec Job et Étienne, l'Internationale avec Alérini, la Garde nationale
avec Bouchet et Cartoux, et trois membres délégués par le Conseil municipal.
La Commission déclare : À Marseille, les citoyens prétendent s'administrer
eux-mêmes, dans la sphère des intérêts locaux. Il serait opportun, que
le mouvement qui s'est produit à Marseille fût bien compris, et qu'il
se prolongeât. Nous voulons la décentralisation administrative avec l'autonomie
de la Commune, en confiant au conseil municipal élu dans chaque grande
cité les attributions administratives et municipales.
Le 26 mars
Le général Espivent de la Villeboisnet, officier réactionnaire et clérical
s'il en fut, qui s'était réfugié à Aubagne avec ses troupes, et qui calque
sa conduite sur celle de Versailles, proclame le département des Bouches-du-Rhône
en état de guerre.
Le 27 mars
Le conseil municipal (composé de républicains modérés et bourgeois) rompt
avec le conseil départemental. Cette rupture accroît les difficultés matérielles
auxquelles devait faire face la Commune après le départ de nombreux fonctionnaires.
Le 28 mars
Arrivée à Marseille de trois représentants en mission envoyés par la Commune
de Paris (May, Amouroux et Landeck). Malheureusement, ils sont tous trois
incapables et vont s'immiscer dans les affaires marseillaises portant
de graves préjudices à l'action locale.
Le 1er avril
Le Conseil municipal est dissout.
Le 3 avril au soir
Espivent fait marcher ses troupes (6 à 7000 hommes) sur Marseille. Il
a l'appui de trois navires qui croisent au large du port.
En pleine nuit, les soldats parcourent les 17 km qui les séparent de Marseille.
Pendant ce temps, des barricades sont dressées autour de la préfecture
et quelques hommes se rassemblent. Les soldats d'Espivent prennent la
gare, le fort Saint-Nicolas et le fort de Notre-Dame-de-la-Garde, ils
effectuent un mouvement d'encerclement complété par le débarquement des
marins. Pourtant, la population réagit.
Une foule immense, armée en partie et tumultueuse, se réunit. Deux bataillons
d'infanterie fraternisent levant leurs chassepots en l'air aux applaudissements
de la foule.
Mais Espivent, après avoir reçu sèchement Crémieux, venu parlementer,
fait bombarder la ville (300 obus tomberont sur la préfecture). Les combats
acharnés se déroulent jusqu'au soir et la préfecture est finalement investie
par les marins.
La Commune de Marseille avait vécu, la répression cléricale et réactionnaire
allait s'exercer impitoyablement jusqu'en 1875.

le Petit Marseillais
a pris une part active à la Commune de Marseille
Charles ALÉRINI
Comme Bastelica, il était d'origine
corse puisque né à Bastia le 20 mars 1842.
Devenu professeur, il enseignait au Collège de Barcelonnette où il était
en même temps correspondant de l'Internationale, ce qui lui vaudra d'être
suspendu de ses fonctions en avril 1870 et arrêté quelques jours après
toujours pour le même motif.
S'étant établi à Marseille, il participe ensuite, à l'occupation de l'hôtel
de ville et à l'organisation de l'éphémère commune révolutionnaire du
8 août 1870. Puis il sera membre de la Commission départementale insurrectionnelle
de mars 1871.
Actif, énergique, intelligent, il mettra toutes ses connaissances au service
de l'action révolutionnaire et de l'Internationale, organisant notamment
la résistance armée, requérant les fusils, les munitions, et prenant une
part des plus actives à tous les actes de l'insurrection. Le 4 avril,
il reste un des derniers à la préfecture, alors que la plupart ont fui
le danger.
Après l'échec de la Commune, il réussit à passer en Espagne où il va poursuivre
son action militante pendant que le Tribunal militaire le condamne à mort
par contumace (il sera gracié en 1889). Très vite, il est admis parmi
les intimes de Bakounine et devient un militant actif de l'Alliance et,
à ce titre, il sera toujours mêlé, aussi bien sur le plan espagnol que
sur le plan français, à la vie de l'Internationale anti-autoritaire contre
les agissements de Marx et de ses amis.
James Guillaume, dans ses Souvenirs parlera du cœur chaud, de la droiture,
de la vaillance simple et sans phrases de cet homme qui sera délégué de
la Fédération régionale espagnole à La Haye, où il signera la déclaration
Bakouniniste; qui assistera au Congrès de Saint-Imier dont il sera l'un
des trois secrétaires; qui participera au Congrès de Genève (septembre
1873) en tant que représentant de la FRE et de diverses sections françaises
(dont plusieurs illégales) et qui après avoir fait deux ans de prison
à Cadix, fera partie en 1877 du Comité fédéral de la fédération française
de l'AIT.
Gaston CRÉMIEUX
Né à Nîmes, le 22 juin 1836,
il est issu d'une famille israélite. Après de brillantes études au lycée
de sa ville natale, il obtient sa licence de droit à Aix-en-Provence,
en 1856. Avocat à Nîmes, il se fait vite remarquer par son éloquence et
sa générosité.
Très vite aussi on le surnomme avec une pointe de mépris, l'avocat des
pauvres.
Cette réputation de désintéressement va le suivre à Marseille où il s'établit
en 1862. Sa générosité naturelle, son caractère affable et doux, ses allures
paisibles et ouvertes, attiraient toutes les sympathies. Et par le fait
même qu'il était toujours disposé à défendre les miséreux, il entra tout
naturellement en contact avec les milieux républicains de l'époque.
Porté par sa sympathie presque instinctive vers les classes opprimées,
il fut également en liaison quasi permanente et amicale avec l'Internationale.
Mais, malgré ses qualités de cœur, son désir de soulager la misère, il
ne fut jamais, en dépit de quelques discours ou de quelques articles violents,
un homme d'action véritable.
Il n'en reste pas moins que le 8 août 1870 il se trouve porté à la tête
d'un pouvoir révolutionnaire issu du peuple.
Arrêté, emprisonné dans un sombre cachot du fort Saint-Jean et bientôt
condamné à 6 mois de prison qu'il va purger à la prison Saint-Pierre,
il est libéré avec ses camarades par une foule de plus 20 000 personnes
dans la nuit du 4 au 5 septembre.
C'est lui qui, le 7 septembre, accueille Esquiros à la gare Saint-Charles
et l'accompagne à la préfecture. Dans le cadre de l'épuration (destitution
des magistrats compromis sous l'Empire), Crémieux est ensuite nommé au
poste de procureur de la république, où il ne restera en fonction que
quelques semaines.
Puis, après la création de la Ligue du Midi (qui groupait 15 départements),
il parcourt la province comme envoyé en mission, il signe peu après une
proclamation qui indique notamment : Nous sommes résolus à tous les sacrifices,
et, si nous restons seuls, nous ferons appel à la révolution, à la révolution
implacable et inexorable, à la révolution avec toutes ses haines, ses
colères et ses fureurs patriotiques. Nous partirons de Marseille en armes,
nous prêcherons sur nos pas la guerre sainte... Bientôt la Ligue va entrer
en opposition ouverte contre le gouvernement de la défense nationale et,
au cours d'un meeting organisé à l'Alhambra, le 19 octobre, comme on lui
demandait les moyens de réagir devant une telle situation, il s'écria
: La Ligue du Midi, et la Commune Révolutionnaire!
C'est ainsi qu'il fait partie, dès le 1er novembre, de la Commission départementale
insurrectionnelle qui ratifie les pouvoirs de la Commune révolutionnaire
et qu'il appelle les Marseillais à prendre les armes. Mais, la Commune
écrasée par la réaction, Crémieux refusant de s'enfuir est arrêté et le
8 avril, il est condamné à mort comme factieux incorrigible.
Six mois après sa condamnation, malgré la multitude de démarches entreprises
de tous côtés pour obtenir sa grâce, Crémieux est fusillé sur ordre de
"Monsieur" Thiers.
Le 30 novembre 1871, à 7 heures du matin, au Pharo, tombait l'un des hommes
les plus intègres que le mouvement ouvrier ait connu. Sa mort provoqua
une profonde émotion dans toute la ville.
André BASTELICA
Né à Bastia le 28 Novembre
1845, il apparaît à 23 ans dans l'histoire de l'Internationale.
Anarchiste, il le fut jusqu'au bout des ongles, alors même que le mot
n'était pas encore inventé. En effet, tour à tour employé de commerce
et typographe, il possédait une culture étonnante pour son âge et sa condition.
Une immense curiosité, toujours en éveil, l'avait poussé à s'instruire
dans tous les domaines.
Journaliste de talent, il écrivait dans de très nombreux journaux : L'Égalité
de Genève, L'Internationale de Bruxelles, La Marseillaise de Paris, L'Égalité
et Le Peuple de Marseille, et dans des revues littéraires, avec un style
précis et fougueux, plein de flamme et de vivacité, un style qui traduit
la pensée et surtout la parole, car Bastelica était aussi un brillant
orateur.
C'est son éloquence surtout qui explique le véritable ascendant que ce
tout jeune homme exerçait sur les masses. À l'idéal généreux qui l'animait,
il joignait l'immense avantage de posséder un sens pratique de l'organisation,
un souci méthodique et lucide de l'action révolutionnaire.
Son camarade de combat, Albert Richard, disait de lui : Il avait besoin
de vivre, d'agir, de produire... et de défendre, à la lumière, l'idée
qu'il incarnait en lui. Voilà l'homme qui constitua, avec Eugène Varlin
et Benoît Malon à Paris, Émile Aubray à Rouen et Albert Richard à Lyon,
la génération spontanée de la renaissance du socialisme français.
Alors même que Tolain, découragé, pensait que l'Association Internationale
des Travailleurs était morte en France, elle allait renaître avec des
hommes nouveaux et des idées nouvelles, des hommes jeunes, des hommes
issus des milieux ouvriers. D'abord isolés dans la clandestinité, du fait
de la répression ils vont peu à peu se trouver en contact, unis dans une
même cause et par une amitié jamais démentie. Bientôt, ils vont coordonner
leurs efforts dans une parfaite égalité d'action, sans qu'aucun d'entre
eux n'essaie de dominer les autres et cela aussi bien en France qu'à l'étranger,
lors des congrès de l'Internationale, et cela à tel point qu'un éminent
historien pourra écrire : Leur activité commune, parallèle, évitant toute
hiérarchie est un remarquable exemple d'autonomie, de libre initiative
de décentralisation volontaire au sein d'une organisation perfectionnée
qui rêvait précisément de fonder la société nouvelle sur des bases fédéralistes.
(A. Olivesi, La Commune de 1871 à Marseille).
Nous ne nous attarderons pas sur l'influence que Bakounine exerça sur
Bastelica. Elle n'eut aucun rapport de maître à élève mais de compagnon
de lutte à son frère d'armes, d'ami à ami.
En effet, dès son adhésion à l'Internationale, Bastelica avait écrit à
Albert Richard: Nous voulons le non-gouvernement parce que nous voulons
la non-propriété, et vice versa. La morale humaine détruira les religions
révélées, le socialisme supprimera le gouvernement et la question politique.
Si le peuple comprend aujourd'hui surtout la question politique, c'est
que dans sa conception théorique, il croit que le gouvernement représente
la société (on croit entendre Bakounine).
Et c'est sous l'impulsion de cet homme, qui fait preuve d'une activité
prodigieuse d'organisateur et de propagandiste, que Marseille, ralliée
au communisme non-autoritaire de Bakounine allait devenir l'une de bases
de la Révolution mondiale que l'Internationale souhaitait et pour laquelle
elle œuvrait de toutes ses forces.
Fondée en juillet 1867, la section marseillaise de l'Internationale connut
dès la fin de l'année suivante (arrivée de Bastelica) une rapide extension.
Organisée strictement selon les principes proudhoniens, elle compte 27
corporations groupées dans la fédération marseillaise, une des mieux organisées
de France. Les adhérents atteignent bientôt le nombre de 4 500.
Infatigable, Bastelica laisse à ses camarades (Poletti, Combes, Pacini,
Roger, Alérini) le soin de s'occuper des affaires locales et parcourt
la campagne, en de perpétuels déplacements, pour créer de nouvelles sections
dans les départements voisins : Aix (600 adhérents), La Ciotat, Saint-Tropez,
Cogolin, Callabrières, Gonfaron, La Garde-Freinet, Toulon, La Seyne, Draguignan
deviennent à leur tour des foyers actifs. Il ira jusque dans l'Hérault
et les Basses-Alpes, pour convertir à la cause les population rurales.
Le 28 avril 1870, il écrit à James Guillaume : La section marseillaise
marche résolument dans la voie des grands progrès... Je suis de retour
d'une excursion parmi les populations révolutionnaires du Var. Quel enthousiasme
l'Internationale a soulevé sur le passage de son propagateur ! J'ai acquis
cette fois la preuve invincible, irrécusable que les paysans pensent,
et qu'ils sont avec nous... Tout ce mouvement brise mes forces mais augmente
mon courage.
Quatre jours auparavant, il écrivait dans Le Mirabeau (journal socialiste)
à propos des grèves du Creusot : Jugulée par une politique honteuse et
réactionnaire, la grande voix du peuple, pour se faire entendre, emprunte
un autre organe plus terrible: la grève. La grève c'est l'irruption endémique
du mal social. Organiquement, la société actuelle aboutit à la grève :
ce n'est ni la paix, ni la justice. La théocratie et l'aristocratie reprennent
courage et essayant l'offensive sur la Révolution trahie par la bourgeoisie,
sa fille aînée... Que l'État, l'Église et les bourgeois se coalisent pour
une œuvre d'imposture et d'ignominie, le peuple vengeur, les confondra
dans une même ruine. Le principe autour duquel le peuple doit se grouper
c'est la solidarité... les fruits de cinq révolutions seraient perdus
pour nous si nous ne nous redressions forts, et défiant les traînards
de la civilisation d'oser porter la main sacrilège sur le sanctuaire de
la justice sociale.
Mais le gouvernement s'inquiétait du développement de l'Association.
Le Congrès retentissant tenu à Lyon en mars 1870, présidé par Varlin et
auquel assistaient Bastelica et Bakounine, avait affirmé la volonté des
fédérations françaises d'intensifier leur action révolutionnaire. Aussi
Émile Ollivier, décide de sévir : il télégraphie aux préfets de poursuivre
l'Internationale et surtout ajoute-t-il : Frappez à la tête ! Varlin et
Richard sont arrêtés. Bastelica se réfugie à Barcelone (il était en contact
étroit avec les bakouninistes catalans de l'Internationale).
Le mouvement est momentanément désorganisé, mais il est trop puissant
pour périr et il aboutira aux événements grandioses que l'on connaît,
que certains regrettent, avec raison sans doute, puisqu'ils furent le
tombeau du mouvement ouvrier, la porte ouverte au socialisme autoritaire
et autres dictatures du prolétariat.
Ainsi, un des rares révolutionnaires de valeur que Marseille possédait
fut envoyé à Paris (on sait qu'en échange, la Commune de Paris délégua
à Marseille trois représentants en mission qui ne l'égalèrent pas, c'est
le moins qu'on puisse dire), et là, d'une honnêteté scrupuleuse, il manipula
des millions sans en distraire un centime, en dirigeant avec beaucoup
d'intelligence le service des contributions directes et indirectes de
la Commune de Paris.
Bastelica, qui fut incontestablement l'un des hommes les plus brillants
de son époque, Bastelica qui aurait pu utiliser ses talents à des fins
ambitieuses et qui aurait certainement réussi, Bastelica qui préféra se
vouer avec un rare désintéressement à la cause ouvrière et socialiste,
mourut, exilé en Suisse, en 1884, à l'âge de 39 ans, brisé par l'écrasement
de son grand rêve de révolution internationale.
Son seul défaut, en effet, fut d'être vulnérable au découragement: il
ne put supporter la défaite du socialisme, refusa de s'abaisser aux compromissions
politiques et mourut dans la pauvreté et la tristesse.
Tel fut l'homme de réelle valeur qui fit de Marseille une des capitales
du socialisme.
René Bianco
G. Crémieux
Autres
articles :
La
Commune de Paris ; l'AIT
pendant la Commune de Paris ;
Insurrections
communalistes en province ;
Marx-Bakounine et la Commune de Paris ; La
Commune par elle-même ;
la Commune dans le
XIIIè arrondissement (la journée du 18 mars) ;
Place au peuple,
place à la Commune (J. Valles)
; Proudhon,
le père de l'anarchisme
Louise Michel ; Eugène
Varlin ; Nathalie
Lemel ; la
Commune de Paris, l'éducation et la culture ;
Extrait
du procès de la communarde Louise Michel ;
Louise la Canaque,
les trépidantes aventures de Louise Michel en Nouvelle Calédonie
;
A propos du Film la Commune de Peter Watkins ;
A
lire :
Gaston Crémieux
(Roger Vignaud ; Edisud) ;
Histoire
de la Commune (Po
Lissagaray)
; Histoire et souvenirs de la Commune
(Louise Michel)
; Eugène Varlin (revue
Itinéraire) ;
Le journal officiel de la Commune de Paris ; Louise Michel (éditions
du Monde libertaire) ;
L'Internationale (James
Guillaume)
; Idées sur l'organisation sociale (James
Guillaume)
; Michel Bakounine (Oeuvres
complètes)
;
Pratique
militante et écrits d'un ouvrier communard : Eugène Varlin
(Paule Lejeune)
|