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Toutes les religions, avec
leurs dieux, leurs demi-dieux, et leurs prophètes, leurs messies et leurs
saints, ont été créées par la fantaisie crédule des hommes, non encore
arrivés au plein développement et à la pleine possession de leurs facultés
intellectuelles ; en conséquence de quoi le ciel religieux n'est autre
chose qu'un mirage où l'homme, exalté par l'ignorance et la foi, retrouve
sa propre image, mais agrandie et renversée, c'est à dire divinisée.
L'histoire des religions,
celle de la naissance, de la grandeur et de la décadence des dieux qui
se sont succédé dans la croyance humaine, n'est donc rien que le développement
de l'intelligence et de la conscience collectives des hommes. A mesure
que, dans leur marche historiquement progressive, ils découvraient, soit
en eux-mêmes, soit dans la nature extérieure, une force, une qualité ou
même un grand défaut quelconques, ils les attribuaient à leurs dieux,
après les avoir exagérés, élargis outre mesure, comme le font ordinairement
les enfants, par un acte de leur fantaisie religieuse.
Grâce à cette modestie et à cette pieuse générosité des hommes croyants
et crédules, le ciel s'est enrichi des dépouilles de la terre, et, par
une conséquence nécessaire, plus le ciel devenait riche et plus l'humanité,
plus la terre devenaient misérables.
Une fois la divinité installée, elle fut naturellement proclamée la cause,
la raison, l'arbitre et le dispensateur absolu de toutes choses : le monde
ne fut plus rien, elle fut tout ; et l'homme, son vrai créateur, après
l'avoir tirée du néant à son insu, s'agenouilla devant elle, l'adora et
se proclama sa créature et son esclave.
Le christianisme est précisément
la religion par excellence parce qu'il expose et manifeste, dans sa plénitude,
la nature, la propre essence de tout système religieux, qui est l'appauvrissement,
l'asservissement et l'anéantissement de l'humanité au profit de la Divinité.
Dieu étant tout, le monde réel et l'homme ne sont rien.
Dieu étant la vérité, la justice, le bien, le beau, la puissance et la
vie, l'homme est le mensonge, l'iniquité, le mal, la laideur, l'impuissance
et la mort.
Dieu étant le maître, l'homme est l'esclave.
Incapable de trouver par lui-même la justice, la vérité et la vie éternelle,
il ne peut y arriver qu'au moyen d'une révélation divine. Mais qui dit
révélation, dit révélateurs, messies, prophètes, prêtres et législateurs
inspirés par Dieu même ; et ceux là une fois reconnus comme les représentants
de la Divinité sur la terre, comme les saints instituteurs de l'humanité,
élus par Dieu même pour la diriger dans la voie du salut, ils doivent
nécessairement exercer un pouvoir absolu.
Tous les hommes leur doivent une obéissance illimitée et passive, car
contre la Raison divine il n'y a point de raison humaine, et contre la
Justice de Dieu il n'y a point de justice terrestre qui tiennent. Esclaves
de Dieu, les hommes doivent l'être aussi de l'Eglise et de l'Etat, en
tant que ce dernier est consacré par l'Eglise.
Voilà ce que, de toutes les
religions qui existent ou qui ont existé, le christianisme a mieux compris
que les autres, sans excepter même les antiques religions orientales,
qui d'ailleurs n'ont embrassé que des peuples distincts et privilégiés,
tandis que le christianisme a la prétention d'embrasser l'humanité toute
entière ; et voilà ce qui, de toutes les sectes chrétiennes, le catholicisme
romain a seul proclamé et réalisé avec une conséquence rigoureuse.
C'est pourquoi le christianisme est la religion absolue, la dernière religion
; et pourquoi l'Eglise apostolique et romaine est la seule conséquente,
légitime et divine.
N'en déplaise donc aux métaphysiciens et aux idéalistes religieux, philosophes,
politiciens ou poètes : l'idée de Dieu implique l'abdication de la raison
et de la justice humaines, elle est la négation la plus décisive de l'humaine
liberté et aboutit nécessairement à l'esclavage des hommes, tant en théorie
qu'en pratique.
A moins de vouloir l'esclavage et l'avilissement des hommes, comme le
veulent les jésuites, comme le veulent les momiers, les piétistes ou les
méthodistes protestants, nous ne pouvons, nous ne devons faire la moindre
concession ni au Dieu de la théologie ni à celui de la métaphysique.
Car dans cet alphabet mystique, qui commence par dire A devra fatalement
finir par dire Z, qui veut adorer Dieu doit, sans se faire de puériles
illusions, renoncer bravement à sa liberté et à son humanité. Si Dieu
est, l'homme est esclave ; or l'homme peut, doit être libre, donc Dieu
n'existe pas.
Je défie qui que ce soit de sortir de ce cercle ; et maintenant qu'on
choisisse.
Michel
Bakounine
M. Bakounine
photographié par Nadar
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;
Ecrits libertaires ; Fédéralisme, socialisme et antithéologisme
; Bakounine Politique (Editions du Monde libertaire) ;
Michel Bakounine (brochure Graine d'ananar ) ; Bakounine (Madeleine
Grawitz) ;
L'ordre mon cul, la liberté m'habite !(édition,
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La religion ? C'est l'opium
du peuple (brochure
des éditions du Monde Libertaire)
Et si Dieu existait, il faudrait s'en débarrasser (brochure
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