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Décembre
1871, Louise michel est comdamnée à la déportation
pour sa participation à la Commune de Paris. Comme elle, plusieurs
milliers de communards furent aussi déportés en Nouvelle
Calédonie.
Louise Michel
continuera sur place son action en faveur des exploités et des
opprimés : les Kanacks.
Louise voulait "savoir
ce que savent les noirs".
Elle rencontre un canaque.
Rapidement amis, Louise lui apprend à lire, à calculer,
et lui enseigne les premiers rudiments de la musique. Lui, contait les
légendes de sa tribu, les voyages aventureux, les épopées
guerrières transmises de génération en génération.
Louise s'assimilait avec rapidité la richesse de ces récits,
tandis que, intuitivement, elle saisissait les nuances, les détails
de la vie et des murs canaques, et les enrichissait encore.
Charles Malato(1) qui, lui aussi, avait étudié ces peuplades,
lui fit connaître ce qu'il avait recueilli, en particulier la langue
ou plutôt les dialectes de ces primitifs.
Estimant connaître suffisamment
les dialectes, elle fit part un jour à ses compagnons de son désir
d'aller au sein des tribus sauvages. "Vous êtes folle, lui
dirent ceux-ci, vous n'en sortirez pas vivante et, de plus, comme ces
gens sont anthropophages..."
Elle partit et apparut la
nuit tombée dans une clairière où les naturels entouraient
un feu. Pétrifiés, n'en croyant pas leurs yeux, ceux-ci
regardaient s'avancer cette femme seule et sans arme. Leur stupéfaction
redoubla lorsqu'ils se virent saluer dans leur dialecte par cette apparition
: "Gouchenérée (moi soeur amie)", dit-elle. "
Assieds-toi ", lui dit le chef, mais ils se méfiaient, et
les hommes gardaient leurs sagaies à la main.
- Qui es-tu ? Que veux-tu ? Es-tu envoyée vers nous par les mauvais
hommes blancs ?
- Non, répondis-je. Je suis une amie...
- Tu t'es sans doute sauvée du bagne et tu espères que nous
allons te cacher ? Mais les Canaques ne cachent jamais les prisonniers.
- Je ne me suis point évadée.
Elle s'assied au milieu du groupe. Les Canaques se méfient encore.
- Tu es ici depuis longtemps ? demande le chef.
- Deux mois.
- Tu es criminelle sans doute ? Tu as versé le sang de ton mari
? Tu as peut-être empoisonné tes frères ?
- Non, dit-elle en souriant, je ne suis pas une criminelle.
Le Canaque est étonné.
- Alors pourquoi les blancs d'Europe t'ont-ils envoyée ici?
Louise, alors, entreprend d'expliquer aux Canaques attentifs l'histoire
de la Commune. Elle dit que parmi les blancs il y a des bons et des méchants.
Avec ses amis, elle a voulu renverser les méchants du pouvoir.
Elle raconte les phases de la lutte de Paris et ils comprennent.
- Tu es guerrière comme nous, tu as été vaincue comme
les malheureux Canaques quand ils ont voulu résister aux blancs.
Et le chef ajoute : Oui... les méchants sont toujours plus nombreux
que les bons... eux toujours tuer et toujours avoir raison.
Portrait de Louise Michel annotée par les Versaillais pendant son procès
: "Chef de l'insurrection, elle voulait tuer M. Thiers".
A quelques jours de là,
dit Louise, un déporté de la Commune s'enfuit de la presqu'île
Ducos et se réfugia dans la brousse. Ordinairement les noirs étaient
sans pitié pour les évadés, ils les ligotaient aussitôt
sur deux piquets et les ramenaient au pénitencier. Mais le bonheur
voulut que V... tombât précisément au milieu de la
tribu que j'étais allée visiter.
Le chef l'interrogea:
- Tu es assassin, demanda-t-il, ou ami des malheureux ?
Le fugitif ne saisit pas tout d'abord, mais finit par comprendre que ses
hôtes faisaient une distinction entre les condamnés ordinaires
et les déportés politiques.
Il raconta la Commune, la lutte contre les oppresseurs, et le chef lui
dit :
- Je devrais te reconduire au pénitencier, mais tu n'es pas méchant,
tu es bon comme ta sur blanche qui est venue nous voir ici. Je vais
te reconduire dans la brousse, et tu y resteras tant que tu voudras...
Nos femmes te porteront la nourriture.
V... demeura caché dans l'île jusqu'au jour où un
voilier l'emmena à Melbourne. Et je crois bien, dit Louise, que
ce furent les Canaques eux-mêmes qui favorisèrent son évasion.
On conçoit que Louise
n'en resta pas là et s'en fut rendre visite à d'autres tribus.
A ses compagnons effrayés elle disait : Je n'ai pas peur, je
suis sûre qu'ils ne me feront pas de mal, ils ne sont pas méchants.
Parmi eux, elle soigna des bobos d'enfants, donna d'utiles conseils aux
mères et aux hommes, qui eurent bientôt en elle une confiance
absolue, et plus tard une véritable idolâtrie.
Confiants, ils lui racontent
les misères et les cruautés que les blancs leur ont faites
:
Ils ont d'abord mangé l'igname dans la keu/é (marmite)
que nous leur offrions. Puis, ils ont coupé les arbres, emmené
nos femmes, ravagé nos cultures, pris les places qu'occupaient
nos villages près des cours d'eau, nous refoulant dans la forêt,
et ne nous ont rien donné, rien que la tristesse, tout en nous
promettant la terre et le ciel.
Elle arrive, d'après
leurs récits, à établir les origines de leur effroyable
habitude de l'anthropophagie. Au camp, elle a des disputes terribles avec
la majorité des autres déportés qui, considérant
les Canaques comme inférieurs, n'admettent rien qui puisse être
en leur faveur. Un jour, elle se dispute si fort avec Bauer que le poste
descend, croyant à une émeute, une trentaine d'autres déportés
prenant part à la dispute, deux soutenaient Louise, les autres
contre.
Lorsque l'insurrection canaque
éclata en 1878, Louise prit d'emblée parti pour les pauvres
Canaques.
Les anarchistes et quelques autres déportés en firent autant,
mais la grande majorité fut contre eux et, ô honte, quelques-uns
aidèrent les forces gouvernementales pour combattre les révoltés.
Combat dont l'issue n'était pas douteuse, les Canaques se battant
avec des frondes, des sagaies et des casse-tête, les blancs avec
les armes blanches d'Europe, des fusils et des canons de montagne.
La veille de l'insurrection, un groupe de Canaques vint faire ses adieux
à Louise. Ils allaient rejoindre les leurs pour battre les méchants
blancs.
Louise leur donna son écharpe rouge de la Commune, conservée
à travers mille difficultés, et leur apprit à couper
les fils télégraphiques. Cela n'empêcha pas les tribus
d'être décimées, et l'insurrection noyée dans
le sang. Plusieurs tribus, plus de deux mille hommes, périrent.
Ils sont morts en luttant contre la tyrannie, comme vous êtes
ici pour la même raison, disait Louise avec amertume à ses
co-déportés, et la plupart d'entre vous avez osé
nier leurs droits...
Le Libertaire,
journal fondé par Louise Michel et Sébastien Faure, en 1895
Si elle seule a compris à
fond ces primitifs, seule elle a su se faire comprendre d'eux. Pour cela
elle a des méthodes d'éducation bien à elle :
A Nouméa, je pouvais, à mon école du dimanche,
prendre sur le vif la race canaque.
Eh bien, elle n'est ni bête ni lâche, deux fameuses qualités
par le siècle qui court !
La curiosité de l'inconnu les tient autant que nous, plus peut-être,
leur persévérance est grande, et il n'est pas rare qu'à
force de chercher seuls à comprendre une chose qui les intéresse,
au bout de quelques jours, de quelques années même, j'ai
vu cela, ils viennent vous dire : Moi compris, ce que toi as dit l'autre
jour.
Ils appellent ça l'autre jour.
Il faut pour les Canaques des méthodes mouvementées. La
lecture, le calcul, des éléments de musique reçoivent,
en les enseignant au moyen d'une baguette sur le mur où sont tracés
les lettres, les chiffres et la portée, où un bout noir
figurera les notes, une allure mouvementée qui en facilitera la
compréhension. L'écriture est apprise comme par intuition;
si au moyen de lettres mobiles on fait composer les mots, on est tout
étonné de voir le pauvre noir écrire très
vite les mots convenablement.
Et parlant de Son piano dont
une partie des notes restaient muettes, avec lequel elle faisait chanter
ses élèves, Louise dit, toujours confiante en l'avenir :
Ah ! Camarades, vous avez ri de l'orchestre canaque, attendez un peu;
il y avait, à mon cours, de grands Tayos aux oreilles bien détachées
de la tête, pour mieux entendre, et bien bercées par le vent
de la mer dans les palmiers, bien pleines du bruit des tempêtes,
qui ayant rêvassé quelque cinq ou six ans sur le peu qu'ils
ont appris, trouveront avec ce peu-là de quoi peut-être nous
étonner.
M. Simon, maire de Nouméa,
une des rares personnes intelligentes parmi les Européens officiels,
comprit parfaitement Louise et lui facilita sa tâche autant que
faire se peut.
De temps en temps elle apercevait sa tête à la fenêtre
et elle était sûre de recevoir ce qui lui manquait: blanc,
planchettes pour sculpter, cahiers, etc. ; il Y avait même en plus
des pétards, du tabac et autres gâteries pour les Tayos.
Les Canaques racontèrent à Louise que si, dans la révolte,
ils respectèrent les pères Maristes, malgré les dix
sous qu'ils prélèvent éternellement sur les pauvres
Canaques, c'est que les pères leur apprennent à lire.
Fernand Planche
1. Malato avait avec
sa mère suivit à Nouméa son père déporté.
Mme Malato mourut pendant le séjour dans l'ile
Le retour de
Louise Michel du bagne.
Autres
articles :
Louise
Michel ;
Extrait du
procès de la communarde Louise Michel (décembre 1871 Versailles)
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La
Commune de Paris ; l'AIT
pendant la Commune de Paris (textes et déclarations) ;
la Commune dans le
XIIIè arrondissement (la journée du 18 mars 1871)
Marx-Bakounine et la Commune de Paris ;
La Commune par elle-même (textes et déclarations de la Commune)
;
Courbet, Proudhon et
la Commune de Paris ; la
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Place au peuple,
place à la Commune ! (texte de Jules Vallès) ; la
semaine sanglante (22-29 mai 1871) ;
la Commune de Paris
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La
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Toulouse, Limoges, Le Creusot, St Etienne ...
Eugène
Varlin ; Nathalie
Lemel ; Crémieux
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A
lire :
La
vie ardante et intrépide de Louise Michel (Fernand
Planche) ;
Histoire
de la Commune (PO Lissagaray) ; Histoire et souvenirs de la Commune (Louise
Michel) ;
Eugène Varlin (revue Itinéraire) ; Le journal officiel de
la Commune de Paris ;
Histoire populaire et parlementaire de la Commune de Paris (Arthur Arnoult)
;
Louise Michel (éditions du Monde libertaire) ; L'Internationale
(James Guillaume) ;
Idées sur l'organisation sociale (James Guillaume) ;
La Commune de Paris au jour le jour (Paule Lejeune)
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