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| 1er - 4 mai 1886 : Grèves, manifestations et attentats à Chicago | ||||||||||||||||||
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LUTTE DE CLASSE A CHICAGO La journée (du 1er mai) fut marquée par une tache de sang, à Milwaukee. Devant l'ampleur du mouvement, les autorités envoyèrent des renforts de police. La foule leur jeta des pierres. Il y eut une fusillade et, finalement, neuf personnes furent tuées. A Chicago, le 3 mai, se produisirent des événements plus tragiques encore qui devaient assurer au 1er Mai 1886 et à la date du 1er Mai en général un retentissement mondial. Les travailleurs de Chicago, malgré les efforts de leurs organisations, vivaient pour la plupart dans les pires conditions. Beaucoup travaillaient encore quatorze et seize heures par jour, partant au travail dès quatre heures du matin, ne revenant à la maison qu'à sept ou huit heures du soir, même plus tard, de telle sorte qu'ils ne voyaient jamais leurs femmes et leurs enfants à la lumière du jour. Les uns couchaient dans des corridors ou dans des greniers, les autres dans des taudis où trois ou quatre familles s'entassaient. Les sans-logis abondaient; on en voyait ramasser des débris de légumes dans les poubelles, comme les chiens, ou acheter chez le boucher quelques centimes de rognures. D'un autre côté les employeurs avaient, en général, une mentalité de cannibales. Les journaux à leur dévotion écrivaient noir sur blanc que le travailleur devait se guérir de son orgueil et être réduit au rôle de machine humaine." Ils trouvaient que le plomb était "la meilleure nourriture qu'on puisse donner aux grévistes". Le Chicago Times osa écrire : La prison et les travaux forcés est la seule solution possible de la question sociale. Il faut espérer que l'usage en deviendra général. Il n'est pas besoin de dire que sur la base d'un pareil état de choses l'esprit de révolte grandissait dans la classe ouvrière, d'autant plus que Chicago, depuis toujours le centre le plus puissant de l'agitation révolutionnaire aux Etats-Unis, était devenu le quartier général du mouvement anarchiste d'Amérique. Celui-ci, après avoir boudé au début l'action pour les huit heures, l'avait ensuite appuyée de toute son ardeur combative. Il lui apportait en outre le poids local de sa presse qui était loin d'être négligeable. L'Arbeiter Zeîtung en langue allemande, de tri-hebdomadaire et social-démocrate de gauche, était devenu quotidien libertaire sous la direction du Hessois Auguste Spies, alors âgé de 31 ans et en Amérique depuis 1872. L'Alarm, hebdomadaire en langue anglaise, avait pour rédacteur en chef Albert Parsons, américain dont un des parents avait combattu aux côtés de Washington au cours de la guerre de l'Indépendance. Il avait décliné en 1879 la candidature à la présidence des Etats-Unis offerte par le Parti socialiste ouvrier. Lizzie M. Schwab, plus tard Lizzie M. Holmes , le secondait, tandis que son mari, Michel Schwab, né à Mannheim en 1853, rédigeait avec Spies le Vorbole et Die Fakel, tous deux hebdomadaires. Autour de ces organes et de huit ou dix groupes rassemblant près de 2000 membres, tout un noyau de militants brillants, remueurs d'idées à l'âme d'apôtre et au tempérament de feu, se dépensait sans compter. Parmi eux émergeaient William Holmes, auteur de différentes brochures, propagandiste aussi infatigable qu'Albert Parsons, Lucy E. Parsons, William Snyder, Thomas Brown, Sarah E. Ames, William Patterson, Dr James D. Taylor et tous ceux qui avec Spies, Albert Parsons et Michel Schwab deviendront les "martyrs de Chicago" : le sujet anglais Samuel Fielden, ouvrier du textile; Georges Engel, Louis Lingg, Adolphe Fischer, tous trois nés en Allemagne et Oscar Neebe, riche banquier né à Philadelphie en 1846, descendant d'une famille hollandaise. C'est à ce dernier qu'on doit en grande partie la réduction des heures de travail des ouvriers boulangers, des ouvriers brasseurs, des commis d'épicerie et des employés de commerce de Ia grande cité de l'Illinois. Les travailleurs de Chicago, habitués aux meetings en plein air, aux immenses cortèges, aux pique-niques monstres, aux bagarres de rue avec bannières rouges et noires et le plus large déploiement d'insignes et de tracts, un moment même encadrés par des groupes d'auto-défense armés, répondirent en grand nombre par la grève, le 1er Mai 1886, à l'appel des diverses organisations. On conçoit qu'une lutte
longtemps couvée et devenue acharnée, ne pouvait s'arrêter
du jour au lendemain. L'agitation et la fièvre ne tombent pas si
vite. Il restait encore 35 à 40.000 grévistes sur la brèche
les jours suivants et, d'autre part, de nombreux travailleurs se trouvaient
lock-outés ou jetés à la rue par les patrons. C'est
notamment ce qu'il advint à la grande usine de machines agricoles
Cyrus Mc Cormick.
MASSACRE DES 3 ET 4
MAI 1886 L'indignation des travailleurs se traduisit par l'appel suivant que lança le lendemain l'Arbeiter Zeitùng et qui rappelle par sa sauvage virulence la protestation de Blanqui en 1848 à l'annonce du massacre de Rouen :
En même temps, les groupes
anarchistes convoquaient la population à un meeting de protestation,
place du marché au foin (Haymarket) à sept
heures et demie du soir. Il était dit aux travailleurs à
la fin de la convocation : C'était la confirmation de l'appel aux armes de l'Arbeiter Zeltung. Mais, au dernier moment, la manifestation prit un caractère pacifique. Il fut recommandé aux protestataires de se rendre au meeting sens armes, et le ménage Parsons prévoyait si peu ce qui allait arriver qu'il y emmena ses deux tout petits enfants. Quinze mille personnes environ
étaient au rendez-vous. Pour compléter cette répression sanglante, Chicago fut en état de siège et la population se vît interdire l'accès des rues pendant la nuit. La troupe occupa plusieurs jours certains quartiers et la police alla jusqu'à surveiller étroitement les enterrements des victimes de la tuerie, dans l'espoir de découvrir parmi les assistants les militants ayant échappé aux recherches. Un grand nombre furent arrêtés et on procéda à des perquisitions en masse. Toute l'équipe de l'Arbeiter Zeitun a présente au moment de l'opération policière fut appréhendée dans les ateliers du journal, notamment la compagne de Schwab et Lucy Parsons. Mais Albert Parsons, que la police désignait publiquement au début, comme le lanceur de la bombe, parvint à s'échapper. Si l'on s'en rapporte à la déclaration postérieure d'un détective, l'auteur de l'attentat serait un anarchiste. allemand dont il avait découvert le refuge et dont il ne put obtenir l'arrestation. Ainsi, par une machiavélique combinaison, dans un sombre dessein, l'attentat pouvait être transposé du plan individuel sur le plan collectif. L'instruction aboutissait à meure en cause les militants dont on tenait à tout prix à se débarrasser. On avait l'espérance, en les faisant disparaître, d'en finir avec le mouvement révolutionnaire de Chicago. L'anarchiste allemand responsable ignorait naturellement ce plan odieux.
LE PROCES DE CHICAGO Le procureur requit la peine de mort, bien qu'il ait été impossible d'établir la moindre participation directe des inculpés à l'attentat. L'attitude de ceux-ci fut admirable. Parsons, réfugié chez des amis à Waukesha (Wisconsin) et qui avait les plus grandes chances de ne pas être découvert, se constitua prisonnier le jour de l'ouverture des débats pour partager le sort de ses camarades et, dit-il, "monter aussi, si c'était nécessaire, sur l'échafaud pour les droits du Travail, la cause de la liberté et l'amélioration du sort des opprimés " Tous, pied à pied, durant le procès, tinrent tête aux chats-fourrés et, entre le verdict et le prononcé de la peine, ils élevèrent chacun selon leur tempérament un mâle réquisitoire, contre la société capitaliste. " Ce fut, comme l'a écrit Robert Louzon, une magnifique affirmation de foi et de courage. " Lucy Parsons a pieusement recueilli et intégralement publié ces ultimes déclarations. Il n'est peut-être pas de pages plus prenantes dans l'histoire de procès de révolutionnaires prolétariens, et il faut déplorer que son travail n'ait. pas fait l'objet d'une édition en langue française. Spies, s'adressant au juge, parla " comme le représentant d'une classe au représentant d'une autre classe et traita l'avocat général Grinnel d'agent des banquiers et des bourgeois. Il évoqua les grands persécutés et se déclara prêt à les suivre. Schwab, avec une émotion convaincante, peignit l'exploitation capitaliste qu'il avait douloureusement vécue en Europe et aux Etats-Unis. Neebe retraça les "crimes" qu'il avait commis en poussant à l'action syndicale. Fischer dénonça l'avocat général, en cas d'exécution, comme " un meurtrier et un assassin ". Engel et Vielden rappelèrent la misère, l'oppression et l'exploitation des travailleurs. Lingg se proclama un ennemi irréconciliable de la société bourgeoise et un partisan de la violence révolutionnaire. Albert Parsons montra que l'ordre capitaliste est basé, maintenu, perpétué par la force. et se livra à une comparaison audacieuse entre le rôle émancipateur de la poudre à canon refoulant naguère la puissance nobiliaire, et le rôle libérateur de la dynamite permettant au prolétaire moderne de tenir en respect ses oppresseurs. Spies, Neebe et Fielden ne manquèrent pas de revenir à la question de la réduction des heures de travail. Avec un ensemble impressionnant, tous firent preuve du plus grand esprit de sacrifice, réclamant ouvertement la mort. Spies, qui aimait à
rappeler le mot de Mirabeau : Ce n'est pas à l'eau de rose qu'on
arrose le champ social, s'écria : "Si la mort est la peine
qui doit frapper la proclamation de la vérité, alors, je
serai fier d'en payer le prix. Pendez-moi", dit Neebe. La sentence rendue le 20 août 1886 condamnait les huit accusés à la pendaison. Toutefois, une mesure de grâce intervint pour Schwab et Fielden, dont la peine fut-commuée en prison perpétuelle, et pour Neebe qui s'en tira avec quinze ans de prison. Entre-temps, l'affaire était revenue en appel le 18 mars 1887 et, par arrêt du 20 septembre, le jugement avait été confirmé. La Cour Suprême des Etats-Unis ne consentit pas à casser le jugement pour vice de forme. DENOUEMENT DU DRAME L'avant-veille de l'exécution,
Lingg, en fumant un cigare de fulminate, se suicida dans sa cellule dans
l'espoir de sauver ses camarades. La veille, lors des adieux, des scènes
atroces se déroulèrent, et, le matin même de l'exécution,
Lucy Parsons était venue supplier les geôliers avec "
des paroles à attendrir les fauves " qu'on lui permît
une dernière fois d'embrasser son compagnon. Maurice Dommanget
Une
petite remarque de la part de l'Ephéméride anarchiste
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