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| Extrait
du procès de la communarde Louise Michel Versailles, Décembre 1871 |
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les affiches
de
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L'avocat général
: il y a lieu de mettre Louise Michel en jugement pour :
Le président : Vous avez entendu les faits dont on vous accuse. Qu'avez-vous à dire pour votre défense ? Louise Michel : Je ne veux
pas me défendre, je ne veux pas être défendue. J'appartiens
tout entière à la révolution sociale, et je déclare
accepter la responsabilité de mes actes. Je l'accepte tout entière
et sans restriction. Vous me reprochez d'avoir participé à
l'assassinat des généraux ? A cela, je répondrais
OUI, si je m'étais trouvée à Montmartre quand ils
ont voulu faire tirer sur le peuple. Je n'aurais pas hésité
à faire tirer moi-même sur ceux qui donnaient des ordres
semblables. Mais, lorsqu'ils ont été faits prisonniers,
je ne comprends pas qu'on les ait fusillés, et je regarde cet acte
comme une insigne lâcheté ! - Dans une proclamation, vous avez dit qu'on devait, toutes les 24 heures, fusiller un otage ? - Non, j'ai seulement voulu menacer. Mais pourquoi me défendrais-je ? Je vous l'ai déjà déclaré, je me refuse à le faire. Vous êtes des hommes, vous allez me juger. Vous êtes devant moi à visage découvert. Vous êtes des hommes et moi je ne suis qu'une femme, et pourtant je vous regarde en face. Je sais bien que tout ce que je pourrais vous dire ne changera rien à votre sentence. Donc, un seul et dernier mot avant de m'asseoir. Nous n'avons jamais voulu que le triomphe de la Révolution. Je le jure par nos martyrs tombés sur le champ de Satory, par nos martyrs que j'acclame encore ici hautement, et qui un jour trouveront bien un vengeur. Encore une fois, je vous appartiens. Faites de moi ce qu'il vous plaira. Prenez ma vie, si vous la voulez ; je ne suis pas femme à vous la disputer un seul instant. - Vous déclarez ne pas avoir approuvé l'assassinat des généraux et cependant on raconte que, quand on vous l'apprit, vous vous êtes écriée : "On les a fusillés, c'est bien fait !" - Oui, j'ai dit cela, je l'avoue. Je me rappelle même que c'était en présence des citoyens Le Moussu et Ferré. - Vous approuviez donc l'assassinat ? - Permettez ! Cela n'en est pas une preuve. Les paroles que j'ai prononcées avaient pour but de ne pas arrêter l'élan révolutionnaire. - Vous écriviez aussi dans les journaux, dans Le Cri du Peuple, par exemple ? - Oui, je ne m'en cache pas. - Ces journaux demandaient chaque jour la confiscation des biens du clergé et autres mesures révolutionnaires semblables. Telles étaient donc vos opinions? - En effet ! Mais remarquez que nous n'avons jamais voulu prendre ces biens pour nous. Nous ne songions qu'à les donner au peuple pour le bien-être. - Vous avez demandé la suppression de la magistrature ? - C'est que j'avais devant les yeux les exemples de ses erreurs. Je me rappelais l'affaire Lesurques et tant d'autres. - Vous reconnaissez avoir voulu assassiner M. Thiers ? - Parfaitement... Je l'ai dit et je le répète. - Il paraît que vous portiez divers costumes sous la Commune ? - J'étais vêtue comme d'habitude. Je n'ajoutais qu'une ceinture rouge sur mes vêtements. - N'avez-vous pas porté plusieurs fois un costume d'homme ? - Une seule fois, c'était le 18 mars : je m'habillais en garde national, pour ne pas attirer les regards. Peu de témoins
ont été assignés, les faits reprochés à
Louise Michel n'étant pas discutés par elle. Le Président : Accusée, avez-vous quelques choses à dire pour votre défense ? Louise Michel : Ce que je réclame de vous, qui vous affirmez conseil de guerre, qui vous donnez comme mes juges, qui ne vous cachez pas comme la commission des grâces, de vous qui êtes des militaires et qui jugez à la face de tous, c'est le champ de Satory où sont déjà tombés nos frères ! Il faut me retrancher de la société. On vous dit de le faire. Eh bien, le commissaire de la république a raison. Puisqu'il semble que tout cur qui bat pour la liberté n'a droit qu'à un peu de plomb, j'en réclame une part, moi ! Si vous me laissez vivre, je ne cesserai de crier vengeance, et je dénoncerai à la vengeance de mes frères les assassins de la commission des grâces... Le Président : Je ne puis vous laisser la parole, si vous continuez sur ce ton ! Louise Michel : J'ai fini ! Si vous n'êtes pas des lâches, tuez-moi ! Après ces paroles
qui ont causé une profonde émotion dans l'auditoire, le
conseil se retire pour délibérer. Au bout de quelques instants,
il rentre en séance et, aux termes du verdict, Louise Michel est
à l'unanimité condamnée à la déportation
dans une enceinte fortifiée. On ramène l'accusée
et on lui donne connaissance du jugement. Quand le greffier lui dit qu'elle
a 24 heures pour se pouvoir en révision :
La Gazette des Tribunaux, décembre 1871. Autres
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