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La Commune de Paris, la culture et l'éducation |
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textes
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La Commune de Paris est conçue
par le bourgeois courant, encore traumatisé par cette comète
révolutionnaire, comme une simple période de soulèvements
inconséquents et de, luttes destructrices sans aucune finalité
constructive. Pour ce bourgeois moyen la Commune est seulement négative. L'originalité de l'esprit
révolutionnaire c'est sa capacité critique, l'honnêteté
de son analyse doit tendre vers l'objectivité, tout en conservant
des options bien précises ; il ne s'agira donc pas ici de manier
l'encensoir pour enfumer les côtés faibles de l'action de
la Commune de Paris, mais bien de tenter de voir ce qui a été
réellement réalisé, dans quelles conditions, et ce
qui aurait pu l'être, ou plutôt ce que nous aurions aimé
découvrir, cela pourra amener une certaine critique. La critique
dans ce cas-là se veut productive, elle permet de souligner des
erreurs difficilement appréhendables, surtout par les acteurs de
la Commune qui furent pris dans le tourbillon d'un temps qui ne dura finalement
que 72 jours, et encore, d'une période de guerre dans laquelle
l'acte militaire compte plus que la construction révolutionnaire. Pour tenter de comprendre ce que fut l'action de la Commune dans le champ de l'enseignement et de la culture, nous verrons ce que furent les idées directrices puis le chemin qu'elles prirent pour entrer dans la phase de réalisation, pour ensuite nous pencher sur le cas de l'absence presque totale des pédagogues dans cette édification et, en conclusion, nous interroger sur la valeur d'exemple de la Commune et ce qu'il est utile d'en retirer comme enseignement positif pour continuer la marche vers la révolution.
LES IDEES DE LA COMMUNE SUR L'ENSEIGNEMENT ET LA CULTURE Dans l'analyse des idées
de la Commune sur l'enseignement, ce qui étonne le plus, c'est
le fait qu'elles portent surtout sur la structure plus que sur le contenu
et à l'inverse, dans la culture, plus sur le fond que sur la structure. Pour bien comprendre ces trois revendications, il faut noter que l'enseignement en France était alors entièrement aux mains des congrégations religieuses, l'école se comportait comme l'annexe de l'église, même quand elle ne se situait pas dans un des bâtiments de la paroisse; en plus elle était payante pour tous, et donc seulement ouverte à la fréquentation volontaire des élèves; il faut préciser toutefois que les curés avaient institué un système de bourses distribuées par l'évêché, qui leur permettait d'écrémer quelques intelligences brillantes qui surgissaient parfois des milieux pauvres ; les heureux bénéficiaires étaient ainsi récupérés par la religion et intégrés dans le système, la grande masse des malchanceux restait pauvre et ignare. Il faut cependant dire que certains laïques entreprirent d'édifier des écoles non-confessionnelles, mais elles furent rares et vécurent de façon très sporadique. Par rapport à l'enseignement
couramment en honneur sous l'Empire, la position des communards se place
donc dans une optique résolument révolutionnaire, il s'agira
de tout changer dans la structure éducative. Comme nous le voyons, les
idées exprimées par ces participants à la Commune
sont bien arrêtées sur l'usage qu'il faut faire de J'enseignement;
avant tout, laïciser l'instruction, la rendre obligatoire et gratuite
; tout cela s'attaque à une comme structure de l'enseignement,
et plus précisément de l'enseignement primaire, le secondaire
restant très peu abordé par la Commune. Dans cet ordre d'idée il fut décidé la création d'une école professionnelle de garçons, rue Lhomond. Mais là encore le temps fit défaut à la Commune pour réaliser toutes les aspirations qu'elle portait en elle au travers des individus qui la représentaient. Avant de passer à l'étude des réalisations engendrées par ces grandes directives de la Commune sur l'enseignement, il faut s'attarder un instant sur le côté pédagogique simplement effleuré par la Commune. Alors que la mise à
la porte des calotins remplit de nombreuses pages des quotidiens et la
plus large place dans les pensées des participants à la
Commune, l'organisation de la transmission du savoir, c'est-à-dire
l'acte essentiellement pédagogique, est rarement étudiée,
seule l'Education nouvelle donne quelques notations à ce sujet
mais toujours dans le contexte de la lutte contre l'esprit religieux. Comme exposé de pédagogie c'est assez court, et tous les textes qui veulent traiter de l'enseignement laissent ce côté de la fonction enseignante dans l'ombre ; il faut sans doute rapprocher cela de l'absence quasi totale des spécialistes de l'enseignement comme notamment G. Lefrançais et Louise Michel, instituteurs, entre autres, qui se battirent aux avant-postes et ne purent influer sur les objectifs pédagogiques de la Commune. Nous tenterons d'analyser ce point de vue dans un des chapitres suivants. Pour l'instant il s'agit d'étudier la structure qui permit l'organisation de l'enseignement durant la Commune et de voir plus concrètement quelles réalisations furent acquises. LES CHEMINS DE LA REALISATION Lorsque l'on étudie la Commune, ce qui frappe le plus, c'est l'absence de chef suprême, de centralisation partant d'un où plusieurs hommes considérés comme les maîtres du mouvement, rien ; à la place de cette structure habituelle nous trouvons une organisation à base de commissions et de sous-commissions avec en complément l'autonomie des divers arrondissements de Paris. L'éducation sous la Commune sera conçue sur ce schéma, pas d'hommes liges, simplement une commission siégeant à l'Hôtel de ville et comprenant Courbet, Verdure, Miot, Vallès, J.-B. Clément et un délégué à l'enseignement Edouard Vaillant; l'histoire traditionnelle retiendra surtout ce dernier et oubliera quelque peu le travail des commissions, car la réussite d'un travail d'équipe ne correspond pas à l'idéologie bourgeoise courante, surtout si les participants ne sont pas des technocrates bien spécialisés, mais se contentent d'être des hommes de bonne volonté bien lucides. A côté de la commission officielle de la Commune et du délégué, nous trouvons des sous-commissions et des groupements divers comme l'Education nouvelle qui joua un grand rôle dans la détermination des idées directrices de la Commune. A propos de ces diverses commissions il ne faut pas oublier que les arrondissements sont autonomes et auront des actions et des réactions particulières, parfois originales comme le VIIIè arrondissement qui, sous l'impulsion d'Allix, pour une fois sérieux, entrepris d'organiser les premières cantines scolaires. La commission de l'enseignement
devait permettre de coordonner les diverses actions entreprises par les
divers acteurs de la Commune. Les religieux expulsés des classes,
il fallut les remplacer, comme en instituant l'école gratuite et
obligatoire il fallait s'attendre à un grand besoin de classes
supplémentaires ; enfin tous ces problèmes relevaient de
la compétence de la commission de l'enseignement, les sous-commissions
étaient, elles, spécialisées (celle de l'instruction
primaire par exemple). Tous les responsables, plus ou moins logés à la même enseigne, ne chômeront pas durant ces 72 jours. C'est un point très intéressant que de constater la somme de travail effectif que demanda la Commune à ses participants, et la joie mise par ces révolutionnaires dans des actions qui ne devaient pas toujours être amusantes. Les réalisations effectives
dans les divers arrondissements furent fonction des initiatives des délégations
d'arrondissement. Dans le Xle arrondissement 12.000 élèves
pauvres sont scolarisés et la laïcisation complètement
terminée, dans le XIIIe l'on trouve la fondation d'une bibliothèque
communale avec lectures et conférences populaires, dans le IXè
une école laïque est inaugurée le 19 mai, tandis que
dans le VIIIè arrondissement, sous l'impulsion d'Allix, sont ouvertes
trois cantines scolaires pour enfants nécessiteux; l'obligation
scolaire commence à 5 ans et se termine à 12 ans, et les
écoles principales sont pourvues en maîtres laies. Dans le IIIè arrondissement,
sous la gestion de Bibal, la gratuité des fournitures fut assurée
à trois mille enfants, et il fut créé un orphelinat
pour les enfants des gardes nationaux morts en combattant; cet orphelinat
a ceci d'original qu'il devait recevoir aussi dos externes pour éviter
de couper les enfants du reste de la société. La Fédération
artistique se voulut originale et communaliste, elle tenta sous l'égide
de Courbet et de Pottier de réunit tous les artistes autour d'une
charte commune : Les artistes furent nombreux
à adhérer à cette charte qui semble exprimer toute
la liberté dont a besoin l'artiste pour produire son oeuvre. La
lutte contre toute contrainte est bien dans la ligne des deux animateurs
principaux de cette Fédération, ils tenteront de réaliser
leur but en supprimant les crédits de certaines écoles d'art
et en proclamant une autre fois : " En deux mots la Commune doit
à l'élève l'outillage, l'artiste doit son oeuvre
". Toute l'aide possible devait être apportée à
l'artiste, mais sans qu'il lui soit demander d'autre allégeance
que de donner son oeuvre à la Commune, juste contrepartie de sa
totale liberté de travail. L'action de la Commune pour
l'art à travers des hommes comme Courbet et Pottier rejoint le
désir de réalisations révolutionnaires qui se trouve
dans la réorganisation de l'enseignement, il s'agissait de changer
les structures anciennes, bourgeoises, pour en établir d'autres
ouvrant la voir, à un monde socialiste. La Commune face à son action éducative. Après cette courte
étude donnant brièvement les éléments nécessaires
sans les épuiser, et de très loin, sur le sujet (pour cela
il est possible de se reporter aux écrits de M. Dommanget), il
convient de s'interroger sur l'action de la Commune et plus précisément
sur celle qui a trait à l'enseignement et la culture, puisque c'était
le propos de ce texte. La révolution c'est
la vie, la volonté d'une vie meilleure et de sa durée, en
ce sens la Commune a exprimé très solidement son désir
vital en réalisant au maximum dans le cadre de l'enseignement et
de la culture. La Commune nous donne donc l'espoir d'agir et les sujets de réflexion indispensables à toute action véritable ; ainsi nous pouvons tenter d'aller plus loin vers la réalisation totale de l'espérance socialiste. Paul CHAUVET - 1971 dans la revue "la Rue" Autres
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