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Aujourd'hui, en France, coexistent
différentes modalités de services de santé.
Entre ce qui dépend des collectivités territoriales, suite aux lois de
décentralisation, comme la protection maternelle et infantile, entre ce
qui relève de l'action nationale comme les hôpitaux publics, les maisons
de retraite publiques ou les dispensaires, entre ce qui est mis en place
par l'initiative privée sans but lucratif, tel le secteur du handicap
géré par de nombreuses associations de familles, ou telles les institutions
mutualistes, ou entre tout simplement l'exercice libéral de la médecine
de ville, des laboratoires d'analyses médicales ou des ambulanciers :
comment parfois s'y retrouver rapidement ? D'autant, qu'en fonction des
régions, le maillage est très différent : l'accès aux soins peut ressembler
au parcours du combattant quand on est une jeune fille en demande d'interruption
volontaire de grossesse, quand on est porteur d'une pathologie très invalidante,
lorsqu'on cumule plusieurs pathologies, ou quand on habite une région
montagneuse enneigée, ou bien encore quand on vit sur les marges de cette
société par manque de revenu et de logement.
Des revendications portées par les professionnels libéraux peuvent parfois
rencontrer un écho favorable auprès de la population : les infirmières
contestent aujourd'hui l'encadrement de leur nombre d'actes car il pénalise
aussi les actes les plus coûteux, comme ceux exécutés sur la période nocturne
avec tarification bonifiée, or ces actes permettent le plus souvent à
des personnes d'être soignées tôt le matin pour se rendre à leur travail
ensuite.
Si ces mêmes actes étaient effectués en période diurne, la personne soignée
arriverait en retard à son travail ou perdrait son emploi. Cet exemple
montre bien l'absurdité de certaines mesures gouvernementales de restriction
des dépenses de santé qui ne s'appuient pas en amont sur les besoins recensés
de la population pour organiser l'offre de soins.
Mais il révèle aussi les contradictions internes au service de santé dès
lors qu'on marchande la santé. Durant de longues années, certes au prix
de nombreuses heures de travail, les professionnels libéraux ont profité
de revenus très confortables et ils ne trouvaient pas honteux d'écarter
une population qui ne pouvait pas se payer leurs services ou d'accepter
des personnes dont l'hôpital public ne pouvaient prendre en charge faute
d'un budget hospitalier public très restreint.
Mais la question du service public ou du service privé ne doit pas être
posée en période de crise économique plus aiguë.
C'est une question fondamentale d'emblée.
La Sécurité Sociale a été un compromis d'après-guerre qui a marqué de
façon magistrale notre société. Ses principes fondateurs étaient l'universalité,
l'égalité et la solidarité: que tous les membres de la population puissent
accéder aux soins, avec les mêmes devoirs (cotisations) et les mêmes droits
(prestations) et que chacun contribue pour sa part au bien commun même
s'il n'est pas malade, même s'il ne sera jamais enceint, même s'il ne
veut pas d'enfants ou n'est plus en âge de procréer, même s'il est jeune,
et en pleine forme.
En effet, si comme le précise l'Organisation mondiale de la santé, " la
santé est un état de complet bien-être physique, mental et social " et
que " la possession du meilleur état de santé qu'il est capable d'atteindre
constitue l'un des droits fondamentaux de tout être humain, quelles que
soient sa race, sa religion, ses opinions politiques, sa condition économique
et sociale " , il revient à chaque pays d'assurer à tout être humain la
possibilité d'être dans le meilleur état de santé possible. Beaucoup de
français ont pu profiter de la Sécurité Sociale, et le niveau de santé
en France est l'un des meilleurs du monde, malgré l'exclusion d'une partie
de la population. Mais les principes de la Sécurité Sociale n'ont guère
été appliqués
. Des résistances importantes se sont fait jour dans certaines corporations
pour éviter l'universalité qui leur apparaissait comme trop sous contrainte
étatique ou de tendance trop socialisante. De même, l'uniformisation des
régimes n'a pu se faire : subsistent des régimes différenciés comme la
fonction publique ou les mines. De fait, ni l'égalité ni la solidarité
n'ont pu être mises totalement en pratique. Et jamais, le débat sur la
suppression du service privé n'a été politiquement posé.
Les forces réactionnaires qui se sont déployées contre l'instauration
de la Sécurité Sociale, en 1945 et dans les années suivantes, ont toujours
trouvé appui dans les forces politiques libérales.
La Sécurité Sociale a reçu maints coups de butoir sous lesquels elle a
été dénaturée, sa gestion a toujours été confisquée aux représentants
de la population car le compromis avait été passé avec les patrons qui
n'ont jamais accepté que cette part socialisée de l'épargne -salaire différé
en quelque sorte- soit sous contrôle du seul mandat ouvrier.
Aujourd'hui, la dépense annuelle da santé par habitant s'élève aux environs
de 13 000 F dont la moitié pour les soins hospitaliers mais la Sécurité
Sociale n'y contribue qu'à hauteur de 74 % et les personnes à plus de
13 %, le reste se répartissant entre les mutuelles, les sociétés d'assurances
et institutions de prévention.
Quand le remboursement de la médecine de ville est assuré à 100 % en Finlande,
au Danemark mais aussi en Espagne en Italie, au Portugal ou en Autriche,
certes avec un chois limité du praticien et un accès réglementé aux spécialistes,
la France ne rembourse qu'entre 50 et 70 %. Pour autant, doit-on jeter
aux orties ce système de Sécurité Sociale ?
Faut-il se le réapproprier ?
Faut-il le changer, le modifier ?
Revendiquer un service public de santé, c'est exiger un service au service
du public, au service de toute la population, avec un accès pour tous,
et des prestations de qualité sans aucune discrimination dans la distribution.
Il relève de la solidarité nationale qu'un service public soit développé.
En effet, tout le monde n'est pas à égalité devant les risques de santé
selon son âge, ses antécédents familiaux, ses habitudes de vie, sa région
de vie et de travail.
Chacun doit pouvoir être informé, bénéficier de la prévention (qui est
une misère dans l'esprit hexagonal), profiter d'une offre de soins de
qualité. Si la Sécurité Sociale n'apparaît plus pouvoir répondre à ces
aspirations, méfions-nous des initiatives privées avec participation directe
de la population : il est indispensable qu'une régulation se fasse entre
régions pour garantir des mêmes droits au risque sinon d'exclure encore
plus ceux qui n'ont pas l'esprit entrepreneurial ou qui sont trop isolés.
Ce n'est pas du tout Etat qui est prôné-là mais ce n'est pas non plus
du tout privé.
Qu'un système soit organisé et géré par la population elle-même dans des
dimensions qui laissent la possibilité de maîtrise des enjeux, de contrôle,
d'initiative, nécessite une proximité avec la population et une responsabilisation
de tous les acteurs qu'ils soient soignants ou soignés, donc une éducation
à la santé.
Hélène HERNANDEZ Groupe
Pierre Besnard de la Fédération Anarchiste
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