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NUL n'ignore les descriminations économiques et sociales dont souffrent
les jeunes défavorisés des banlieues. Nul n'ignore non plus qu'elles se
doublent de discriminations racistes intolérables envers ceux issus de
l'immigration, qu'ils soient de la première, deuxième ou troisième génération,
naturalisés ou nés français. Dans ces conditions, et vu l'absence de perspectives
tangibles d'amélioration de ces dernières, rien d'étonnant à ce qu'il
y ait des phénomènes de violences, de casses, de délinquances, mais aussi
de révoltes et d'agitations de toutes sortes.
Rejetés, montrés du doigt, victimes de vexations policières quand ce n'est
pas de bavures, il est clair qu'on ne peut pas demander à tous ces jeunes
de se tenir tranquilles et de rester sages comme des images ! Pourtant,
c'est ce que voudrait bien ce gouvernement, en digne représentant des
intérêts qu'il défend, ceux du Capital. Il a besoin de la paix sociale,
y compris dans les cités.
Plutôt que de s'attaquer aux racines du mal, et on sait pourquoi, il préfère
essayer d'acheter à moindre coût le calme. Alors, après avoir brandi l'épouvantail
islamique favorisant ainsi la montée du FN., ce qui l'arrangeait bien,
l'État renverse complètement la vapeur.
Il décrète, puisque l'Islam est maintenant en nombre de fidèles la deuxième
religion de France, qu'il est temps qu'elle s'organise, qu'elle s'intègre
à la république et à la laïcité à la française.
En somme, il s'agit maintenant de concrétiser ce qui relevait jusqu'à
présent du fantasme: l'islamisation de la jeunesse immigrée. On croit
rêver, et pourtant c'est ce qui est d'une certaine façon recherché.
Le prix à payer pour obtenir la quiétude dans nos cités: livrer les jeunes
prolétaires aux imams, comme les chômeurs allemands avaient été livrés
en leur temps aux nazis, pour mieux les encadrer et les empêcher de dépasser
le stade de la révolte ou de la réaction épidermique.
Alors, on nous bassine avec la bonne influence d'un Islam tolérant et
ouvert, c'est tout juste si on n'ajoute pas laïc et républicain. C'est
un discours qu'on avait déjà entendu, notamment à Neauphle-le-château,
où s'était réfugié l'ayatollah Khomeyni, qui tenait exactement les mêmes
propos quand il n'était pas encore au pouvoir, et on sait ce qu'il advint.
La récidive est venue quelques années plus tard, quand les réfugiés afghans
nous expliquaient doctement qu'il ne fallait pas s'inquiéter, le fondamentalisme,
c'est un retour aux sources pures de l'islam, il n'a rien à voir avec
l'intégrisme chiite iranien ! Effectivement, ce n'est pas pareil, c'est
cent fois pire !
Alors, quand maintenant on y rajoute une dimension citoyenne, nouveau
concept très à la mode, c'est vraiment se moquer du monde. A moins que
citoyen veuille essentiellement dire bon toutou gentil et obéissant, ce
qu'on subodore, quand l'État nous parle de citoyenneté, et que mis à la
sauce islamique, on puisse traduire par faire filer droit une jeunesse
immigrée un peu agitée, et qu'elle reste à sa place, chacun chez soi et
les veaux seront bien gardés!
Danger communautariste
Peut lui chaut si c'est sur le dos des jeunes (et les filles sont en première
ligne de mire) que ce marché est passé, si le risque est grand de voir
fleurir l'esprit communautaire.
Après tout, l'exemple américain est là pour monter que le capitalisme
s'en accommode très bien, au contraire, et c'est tout ce que l'État recherche.
D'ailleurs, le communautarisme, ce dernier, les municipalités, les sociétés
de transports etc., ne le cultivent-ils déjà pas ?
Il suffit d'observer le recrutement effectué pour les agents de sécurité,
les médiateurs dans les quartiers, les emplois jeunes dans les bus...
Si tu ne veux pas obéir au flic blanc, tu ne va pas désobéir à l'agent
de sécurité arabe, si tu refuses ton ticket au contrôleur " gaulois ",
va t'expliquer avec le préposé black. Puisque tu te sens le droit de gueuler
contre un chef français, tu ne vas pas le faire contre ce patron de ta
communauté, dont tous les membres doivent se serrer les coudes.
Ce phénomène bien connu est largement utilisé par les patrons de minorités
ethniques, et du Sentier à la Défense, nombre de travailleurs (plus ou
moins clandestins d'ailleurs) s'y font piéger.
Ni évangiles, ni coran
Contre le droit d'abrutir les enfants, de maintenir leurs consciences
dans le ghetto de l'obscurantisme, les mollahs feront donc régner l'ordre
dans les quartiers. C'est déjà commencé dans certains coins, où au nom
d'Allah certains " repentis " font la chasse à tout ce qui n'est pas Halal,
parfois pour mieux assurer leurs petits trafics, comme ça tout baigne,
c'est tranquille, le quartier ne fait plus parler de lui.
La misère reste pourtant.
Ce phénomène de l'ordre moral islamique est bien connu en Iran, où ce
qu'on appelle là-bas le " Bazar " (les gras commerçants traditionnels)
utilise les pauvres, en les recrutant comme gardiens de la révolution
islamique. Pendant qu'ils font la chasse aux tenues indécentes et aux
mauvaises mœurs, les affaires peuvent prospérer et l'exploitation continuer.
Cet exemple est aussi une réponse à la campagne menée par certains et
qui voudrait faire accroire que la religion musulmane est une religion
progressiste, au prétexte qu'un de ses piliers c'est l'aumône, qu'au moment
de l'Aïd, il y a le partage du mouton avec ceux qui n'ont pas les moyens
d'en acheter un, que le ramadan, en faisant ressentir la faim, permettrait
aux croyants de ne pas oublier ceux qui souffrent de la misère... Ce genre
de chanson, on l'a entendu avec les cathos de gauche et leur théologie
de la libération. Des foutaises.
Comme si la charité n'était pas au contraire une manière de maintenir
un ordre établi inique. Si le coran était progressiste, il proposerait
plutôt l'extinction du paupérisme avant le prochain croissant de lune
! Pas plus qu'il n'y a les évangiles révolutionnaires avec un Jésus-Christ
premier communiste, il n'y a le coran subversif avec un Mahomet prêchant
la lutte de classe!
Laïcité !
Idem en ce qui concerne la laïcité. Nous raconter que l'islam qui sera
enseigné aux jeunes sera respectueux de la laïcité, c'est méconnaître
sciemment que fondamentalement, aussi bien le christianisme que l'islam
ou d'autres, les religions cherchent à s'imposer et à couvrir l'ensemble
de la société. C'est en fonction du rapport de force institué par les
libres penseurs, les athées, les laïcs, qu'elles font mine de s'adapter,
qu'elles tolèrent la liberté de conscience.
Qu'on leur laisse la bride sur le cou et gare!
La calotte a toujours en poche la boite d'allumettes pour embraser les
bûchers !
Alors, en fonction de l'influence qu'elles exercent sur la société, les
religions adoptent plus ou moins profil bas, mettent plus ou moins de
l'eau dans leur vin. Effectivement, à l'aune de la société française,
la religion musulmane est très minoritaire, et il ne s'agit pas de hurler
avec les lepénistes que Marianne va bientôt porter un tchador, mais tout
simplement de constater qu'elle est par contre largement majoritaire dans
la classe ouvrière immigrée, et c'est là qu'est le danger (voir communatarisme).
Illusion aussi de penser que tous les efforts entrepris, notamment par
les femmes, pour sortir de leur rôle d'éternelles mineures voulu par le
prophète, seront soutenus par des religieux qui ont tendance, surtout
quand ça les arrange, à prendre tout au pied de la lettre. Et dans le
genre cultiver le machisme, ils savent faire. En faisant de chacun-chacune
un dominant et une dominée, le coran (et les autres livres sacrés) s'opposent
à toute idée de libération des individu (e) s! Et par-delà les querelles
de chapelle, les déistes de tout poil savent faire l'union sacrée (combat
contre la contraception et le contrôle des naissances, contre l'émancipation
des femmes, la libération homosexuelle etc.), là-dessus, on peut leur
faire confiance!
Vachement sympa pour les beurettes, déjà que c'était pas facile pour elles,
entre les traditions de la famille musulmane, le père et les grands frères,
si en plus il y a des mollahs et leurs affidés à chaque coin de rue, c'est
pas ainsi que ça va s'améliorer.
Quant à oser prétendre qu'avec l'Islam on peut faire reculer l'échec scolaire,
parce que c'est une religion qui soit-disant défend le savoir et les sciences,
il fallait le faire! Mais d'un Galilée condamné aux créationnistes américains,
des médecins et algébristes arabes suspectés de sorcellerie aux talibans
rétrogrades et analphabètes, toute l'histoire des religions crie le contraire!
Mauvais coup
C'est donc un bien mauvais coup qui est porté par l'État contre la population
immigrée dans toutes ses dimensions. Lutter contre la fleuraison des mosquées
n'est pas une tâche aisée, de même que lui faire prendre conscience du
piège qui est tendu.
Vu le racisme ambiant, et sachant que ceux qui se mobilisent contre la
construction de mosquées sont encartés à l'extrême droite, le risque est
grand, au nom de la lutte antiraciste, à se retrouver à devoir défendre
ces dernières, car il n'est pas question de faire des alliances contre-nature
!
En ce qui concerne les anarchistes, qui luttent contre toutes les religions,
on ne peut nous soupçonner du moindre racisme mais... A cela s'ajoute
la recherche des racines d'une jeunesse balançant entre deux mondes, la
volonté de redécouverte culturelle, or la laïcité touche peu de pays musulmans
et l'islam y est partie intégrante de l'art et de la culture. Sans oublier
le rejet de l'occident, la diabolisation de certaines valeurs parce que
liées à ce qui est inaccessible pour toutes tes victimes de la pauvreté.
Puisque je n'ai pas les moyens d'avoir tel ou tel objet, de vivre de telle
ou telle façon, je décrète que ce n'est pas bien, que c'est impie...
La frustration provoque des réactions irrationnelles. Les religieux jouent
sur du velours et sont experts en manipulations. Les manifs au Maroc sur
la modification du statut de la femme doivent nous alerter sur ce problème
: c'est dans les couches pauvres qu'ont été massivement recrutés les "
anti-progrès ", c'est dans les classes aisées et cultivées qu'on retrouve
les pro.
Raison supplémentaire d'être vigilant.
Détourner la colère et le ressentiment des jeunes vers des boucs émissaires
soigneusement choisis est une grande spécialité religieuse. Notre travail
consiste donc à ne pas laisser l'État enfermer dans un ghetto culturel
et moyenâgeux toute une frange des classes populaires.
Ce dernier sait pertinemment que laisser le terrain aux sectateurs d'Allah,
c'est aller au rebours de l'intégration et, malgré ses beaux discours
laissant entendre le contraire, il a fait son choix: du moment que rien
ne bouge et ne dépasse dans les cités, il s'en lave les mains. D'une certaine
façon, on pourrait presque dire que ça arrange bien le patronat: plus
la classe ouvrière est divisée, meilleur c'est pour lui. En ce sens, la
religion aura encore joué son rôle de véritable poison pour tous les travailleurs.
Il est impératif de faire comprendre à la jeunesse immigrée que ce ne
sont pas les recteurs de mosquée et autres savants docteurs de la foi
qui vont lui donner du boulot (uléma, c'est pas encore reconnu dans les
conventions collectives), que ce n'est pas grâce à la prière qu'elle aura
une vie décente, que ce n'est pas l'appel du muezzin qui fera tomber les
murs invisibles mais ô combien réels du ghetto.
En bref, elle n'a strictement rien à gagner à se laisser séduire par la
danse du ventre des barbus!
Éric Gava -
Groupe de Rouen
affiches anti-cléricales
autre
article :
Dieu
et l'Etat (extrait du livre de M. Bakounine) ;
l'anti-cléricalisme,
un combat toujours d'actualité !
A
lire :
La religion ? C'est l'opium
du peuple (brochure
des éditions du Monde Libertaire)
Et si Dieu existait, il faudrait s'en débarrasser (brochure
des éditions du Monde Libertaire)
Dieu et l'Etat (Michel Bakounine)
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