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La dissidence est la
plus
haute forme
de
patriotisme.
Thomas
Jefferson
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Noam Chomsky
, professeur à l'université du Massachusetts Institute of
Technology,
fondateur des sciences modernes de linguistique et militant politique,
est un
des moteurs de l'anti-impérialisme aux États-Unis.
Le 21 mars, il a discuté une demi-heure avec V. K. Ramachandran
sur la guerre contre l'Irak
V. K. Ramachandran : Est-ce
que l'agression contre l'Irak représente la continuation de la
politique internationale des États-Unis de ces dernières
années ou s'agit-il d'une nouvelle étape dans cette politique
?
Noam Chomsky :
Il s'agit d'une étape tout à fait nouvelle. Il y a eu des
précédents, mais la situation est néanmoins nouvelle.
Cette guerre doit être perçue comme un test. L'Irak est perçue
comme une cible très facile et sans défense. Ils présument,
probablement à raison, que la société s'effondrera,
que les soldats se rendront et que les États-Unis prendront le
contrôle du pays et mettront en place un régime de leur choix
et installeront des bases militaires. Après ils passeront à
des cas plus coriaces. La prochaine étape pourrait être la
région des Andes, ou l'Iran, ou peut-être ailleurs.
Ce test est destiné à tenter d'établir ce que les
États-Unis appellent une "nouvelle norme" dans les relations
internationales. La nouvelle norme est la "guerre préventive".
Vous noterez que les nouvelles normes sont établies uniquement
par les États-Unis. Ainsi, par exemple, lorsque l'Inde envahit
l'est du Pakistan pour faire cesser des massacres, elle n'avait pas établi
une nouvelle norme d'intervention humanitaire, parce que l'Inde était
dans le mauvais camp et, de plus, les États-Unis étaient
nettement opposés à l'action.
Il ne s'agit pas d'une frappe préventive, la différence
est primordiale. Une frappe préventive a un sens. Par exemple,
si des avions traversent l'Atlantique pour bombarder les États-Unis,
les États-Unis peuvent les abattre avant même qu'une bombe
ne soit lâchée et attaquer les bases d'où les avions
ont décollé. La frappe préventive est la réponse
à une attaque en cours ou imminente.
La doctrine de guerre préventive est totalement différente
et signifie que les États-Unis - et eux seuls - ont le droit d'attaquer
tout pays qu'ils estiment être un concurrent potentiel. Alors si
les États-Unis affirment, quelles que soient les raisons, que quelqu'un
représente une menace, alors ils sont en droit de l'attaquer.
La doctrine d'une guerre préventive fut annoncée explicitement
dans la National Security Strategy au mois de septembre (2002). Ce rapport
a provoqué des remous dans le monde entier, y compris parmi la
classe politique des États-Unis, ici même où, il faut
le dire, l'opposition à la guerre est inhabituellement forte.
Le rapport disait que les États-Unis allaient gouverner le monde
par la force, qui est le domaine - et le seul domaine - où ils
dominent. De plus, ils allaient le faire sur une durée indéterminée,
parce que si une concurrence à la domination des États-Unis
surgissait, les États-Unis la détruirait avant qu'elle ne
représente une menace.
L'Irak est le premier cas de l'application de cette doctrine. Si l'opération
réussit, et on peut penser que ce sera le cas, parce que la cible
est sans défense, alors les législateurs internationaux
et les intellectuels Occidentaux parleront d'une nouvelle norme dans les
affaires internationales. Il est important d'établir une telle
norme si vous espérez gouverner le monde par la force dans un avenir
proche.
Il y a eu des précédents, mais très rares. Je voudrais
en mentionner un, juste pour montrer combien le chemin est étroit.
En 1963, Dean Acheson, qui était un homme d'état très
respecté et conseiller de l'Administration Kennedy, a donné
un important discours devant la American Society of International Law,
dans lequel il justifiait les attaques états-uniennes contre Cuba.
L'attaque par l'administration Kennedy de Cuba était un acte à
grande échelle de terrorisme international et de guerre économique.
Le moment choisi est intéressant - juste après la crise
des missiles, lorsque le monde était au bord d'une guerre nucléaire.
Dans son intervention, Acheson affirma qu'il n'était pas question
de parler de "droit" lorsque les États-Unis répondaient
à une remise en cause de leur "pouvoir, position ou prestige",
ou quelque chose comme ça.
Cela fait aussi partie de la doctrine Bush. Acheson était une figure
importante, mais ce qu'il disait ne représentait pas la politique
officielle du gouvernement dans la période de l'après-guerre.
A présent il s'agit d'une politique officielle et nous assistons
à sa première mise en application. Il s'agit de créer
un précédent pour le futur.
De telles "normes" n'ont de valeur que lorsqu'une puissance
occidentale agit, pas les autres. Cela fait partie du racisme profond
de la culture occidentale, qui puise ses sources dans des siècles
d'impérialisme et qui est si profond qu'il en devient inconscient.
Je crois donc que cette guerre est une nouvelle étape importante,
et c'est bien comme ça qu'ils la voient.
Ramachandran :
est-ce qu'il ne s'agit pas aussi d'une nouvelle étape dans la mesure
où les États-Unis n'ont pas réussi cette fois-ci
à convaincre grand monde ?
Chomsky : Ce
n'est pas nouveau. Pour la guerre du Vietnam, par exemple, les États-Unis
n'ont même pas essayé d'obtenir une approbation internationale.
Néanmoins, vous avez raison de dire que c'est inhabituel. Cette
fois-ci, les États-Unis ont été obligés, pour
des raisons politiques, d'essayer d'obtenir un soutien international mais
ils n'ont pas réussi à le faire, ce qui est assez inhabituel.
D'habitude, le monde cède devant les États-Unis.
Ramachandran :
Alors, est-ce un "échec de la diplomatie" ou une redéfinition
de la diplomatie elle-même ?
Chomsky : Je
n'appellerai pas ça de la diplomatie du tout - c'est un échec
de la coercition.
Faisons une comparaison avec la première guerre du Golfe. A cette
époque, les États-Unis ont obligé le Conseil de Sécurité
à accepter leur position, bien qu'une bonne partie de la planète
s'y opposait. L'OTAN les a suivi, et le seul pays du Conseil de Sécurité
qui ne l'a pas fait -le Yémen- fut immédiatement et sévèrement
puni.
Dans tout système légal digne de ce nom, les jugements rendus
sous la menace sont considérés comme invalides, mais dans
les affaires internationales menées par les puissants, les jugements
rendus sous la menace ne posent pas de problèmes particuliers -
on appelle ça de la diplomatie. Ce qui est intéressent dans
ce cas est que la menace n'a pas fonctionné. Il y a des pays -
en fait la plupart - qui se sont entêtés à prendre
la même position que la très grande majorité de leurs
populations.
Le cas le plus dramatique est la Turquie. La Turquie est un pays vulnérable,
vulnérable aux punitions et représailles des États-Unis.
Cependant, le nouveau gouvernement, à la surprise générale
je crois, a adopté la position de 90 pour cent de la population.
La Turquie est sévèrement condamnée ici, tout comme
la France et l'Allemagne, parce qu'ils ont pris la position de la très
grande majorité de leurs populations. Les pays qui sont félicités
sont des pays comme l'Italie et l'Espagne, dont les dirigeants ont accepté
de suivre les ordres venant de Washington et ce contre l'avis de près
de 90 pour cent de leurs populations.
Ca aussi c'est une nouvelle étape. Je ne connais pas d'autre cas
où la haine et le mépris de la démocratie se sujet
il y a quelques semaines. Bien entendu, ils disent que c'est la faute
au monde, que quelque chose ne va pas avec le monde qui nous entoure,
mais ils le reconnaissent.
Ramachandran :
L'idée que l'Irak représente une quelconque menace est,
bien entendu, sans fondement.
Chomsky : Personne
n'accorde la moindre importance à cette accusation sauf, et c'est
intéressant, la population des États-Unis. Au cours de ces
derniers mois, il y a eu une opération spectaculaire réussie
de propagande de la part du gouvernement et des médias, visible
dans les sondages.
Les sondages montrent un soutien à la guerre bien plus élevé
ici que dans les autres pays du monde. Mais si on y regarde de plus près,
on s'aperçoit que les États-Unis se distinguent aussi des
autres pays par un autre aspect. Depuis Septembre 2002, les États-Unis
sont le seul pays au monde où 60 pour cent de la population croit
que l'Irak représente une menace imminente - chose que même
les populations du Koweït ou de l'Iran ne croient pas.
De plus, environ 50 pour cent de la population chez nous croit désormais
que l'Irak est responsable des attaques du 11 Septembre. Ca date de Septembre
2002. Par exemple, hier j'étais dans une manifestation dans le
centre de Boston. Ce n'est pas la première fois. La première
fois fut au cours d'une manifestation en octobre 1965 où je devais
prendre la parole. C'était quatre après le début
des bombardements du Sud-Vietnam par les États-Unis. La moitié
du Sud-Vietnam avait été détruite et la guerre s'était
étendue vers le Nord-Vietnam. La manifestation n'a pu avoir lieu
parce que nous avons été attaqués, principalement
par des étudiants, avec le soutien de la presse et des radios libérales,
qui dénonçaient ces gens qui osaient protester contre une
guerre américaine. Mais cette fois-ci la protestation a été
massive avant même le début officiel de la guerre et une
fois de plus le jour du déclenchement, et sans contre-manifestations.
La différence est radicale. Et si ce n'était pas à
cause de la peur dont j'ai déjà parlé, il y aurait
eu beaucoup plus de manifestations.
Le gouvernement sait qu'il ne peut mener un agression longue et destructrice
comme au Vietnam parce que la population ne l'accepterait pas. Il n'y
à présent qu'une seule manière de mener une guerre.
D'abord, se choisir un ennemi En fait, après le 11 Septembre, le
chiffre était d'environ 3 pour cent. La propagande du gouvernement
et des médias a réussi à faire grimper le nombre
à environ 50 pour cent. Ainsi, si les gens croient réellement
que l'Irak est l'auteur des attaques terroristes contre les États-Unis
et qu'il recommencera, et bien dans ce cas les gens soutiennent l'idée
d'une guerre.
C'est ce qui s'est passé après septembre 2002. C'est en
septembre 2002 que la campagne du gouvernement et des médias a
commencé en même temps que la campagne pour les élections
partielles. L'Administration Bush aurait été écrasée
lors de ces élections si les sujets sociaux ou économiques
avaient été abordés, mais elle a réussi à
les éliminer du débat et les remplacer par la question de
la sécurité - et les gens se serrent les uns contre les
autres sous l'aile protectrice du pouvoir.
C'est exactement comme ça que le pays fut dirigé dans les
années 80. Rappelez-vous qu'il s'agit pratiquement des mêmes
personnes que sous les administrations de Reagan et de Bush père.
Tout au long des années 80 ils ont mené une politique contre
la population et à laquelle, les sondages l'ont montré,
la population était opposée. Mais ils ont réussi
à garder le contrôle en faisant peur aux gens. C'est ainsi
que l'Armée du Nicaragua ne se trouvait plus qu'à deux jours
de marche du Texas, que la base aérienne de l'île de la Grenade
pouvait servir aux Russes pour nous bombarder. Une chose après
l'autre, chaque année, chacune plus ridicule que la précédente.
L'Administration Reagan a été jusqu'à décréter
l'état d'urgence en 1985 à cause de la menace contre la
sécurité des États-Unis posée par le gouvernement
du Nicaragua.
S'il y avait quelqu'un en train de nous observer de la planète
Mars, il ne saurait pas s'il faut en rire ou en pleurer.
Ils font exactement la même chose maintenant, et ils feront probablement
quelque chose de similaire pour la campagne présidentielle. Il
faudra un nouveau dragon à abattre, parce que si l'Administration
laisse les questions domestiques prendre le devant de la scène,
elle est perdue.
Ramachandran : Vous
avez écrit que cette guerre d'agression aura de dangereuses conséquences
par rapport au terrorisme international et la menace d'une guerre nucléaire.
Chomsky : En
cela je ne fais pas preuve de beaucoup d'originalité. Je ne fais
que citer la CIA et les autres services de renseignement et pratiquement
tous les spécialistes en affaires internationales et en terrorisme.
[les revues] Foreign Affairs, Foreign Policy, l'étude de l'Académie
Américaine des Arts et des Sciences, la Commission Hart-Rudman
sur les menaces terroristes contre les États-Unis sont tous d'accord
pour dire qu'il y a de fortes chances pour que cette guerre augmente le
terrorisme et la prolifération des armes de destruction massive.
La raison en est simple : en partie par vengeance, mais en partie par
auto-défense tout simplement. Il n'y a pas d'autre moyen pour se
défendre d'une attaque des États-Unis. En fait, les États-Unis
ont clairement envoyé un message au monde, et lui ont donné
une leçon qui n'annonce rien de bon.
Comparons la Corée du Nord et l'Irak. L'Irak est sans défense
et faible. En fait, l'Irak est le régime le plus faible de la région.
Bien qu'il y ait un monstre qui le dirige, ce pays ne représente
aucune menace pour quiconque. D'un autre coté, la Corée
du Nord représente bel et bien une menace. Mais la Corée
du Nord n'est pas attaquée pour une raison très simple :
elle possède l'arme de dissuasion. La Corée pointe ses armés
sur Séoul et si les États-Unis l'attaquent, elle peut annihiler
une bonne partie de la Corée du Sud.
Alors ce que les États-Unis sont en train de dire au monde est
ceci : si vous étés sans défense, nous vous attaquerons
quand bon nous semble, mais si vous avez des armes de dissuasion, nous
ne le ferons pas, parce que nous n'attaquons que des proies sans défense.
En d'autres termes, ils sont en train de dire aux pays du monde entier
qu'ils ont intérêt à développer un réseau
terroriste et des armes de destruction massive ou tout autre moyen de
dissuasion crédible, sinon, ils seront susceptibles être
attaqués "préventivement". Ne serait-ce que pour
cette seule raison, cette guerre va probablement déclencher une
prolifération à la fois du terrorisme et des armes de destruction
massive.
Ramachandran :
Comment pensez-vous que les États-Unis vont gérer les conséquences
humaines, et humanitaires, de cette guerre ?
Chomsky : Personne
ne peut le savoir, bien sur. C'est pour cela que les gens honnêtes
et décents n'ont pas recours à la violence - parce qu'on
ne le sait pas.
Les ONG et les équipes médicales qui travaillent en Irak
ont signalé que les conséquences pouvaient être très
graves. Tout le monde espère que non, mais des millions de personnes
pourraient être touchées. Recourir à la violence devant
un tel risque est une attitude criminelle. Il y a déjà là-bas
une catastrophe humanitaire, c'est-à-dire avant la guerre. Selon
les estimations les plus optimistes, les 10 années de sanctions
ont coûté la vie à des centaines de milliers de personnes.
S'ils avaient la moindre dose d'honnêteté, les États-Unis
verseraient des indemnités juste pour les sanctions. La situation
est similaire au bombardement de l'Afghanistan, dont nous avons déjà
parlé lorsque les bombardements ne faisaient que commencer. Il
était évident que les États-Unis ne chercheraient
pas à en connaître les conséquences.
Ramachandran :
Ou investir là où l'argent était nécessaire.
Chomsky : sûrement
pas. Premièrement, la question n'est même pas posée,
ce qui fait que personne n'a la moindre idée des conséquences
des bombardements pour le pays. Puis les informations en provenance du
pays se tarissent. Finalement, on n'en parle plus dans les journaux, et
personne ne s'en souvient. En Irak, les États-Unis monteront une
opération de reconstruction humanitaire à grand spectacle
et placeront un régime qu'ils qualifieront de démocratique,
c'est à dire un régime aux ordres de Washington. Puis ils
se désintéresseront de la question et passeront au suivant.
Ramachandran : Jusqu'à
quel point les médias ont-ils été fidèles
cette fois-ci à leur réputation de modèles de propagande
?
Chomsky : Jusqu'à
présent, il n'y a pas une seule tête qui dépasse.
Regardez CNN, qui est une honte, et vous avez la même chose partout.
Ce qui n'est pas une surprise en temps de guerre où les médias
sont serviles devant le pouvoir. Mais ce qui s'est passé avant
la guerre est plus intéressant. Le fait que la propagande du gouvernement
et des médias ait réussi à convaincre les gens que
l'Irak représentait une menace et que l'Irak était responsable
du 11 Septembre est une réussite spectaculaire et, comme je l'ai
dit, fut accompli en l'espace de quatre mois. Si vous interrogez les gens
des médias à ce sujet, ils vous disent, "Et bien, nous
n'avons jamais rien dit de tel," et c'est vrai, ils ne l'ont pas
dit. Il n'y a jamais eu de déclaration selon laquelle l'Irak allait
envahir les États-Unis ou qu'il soit responsable des attentats
du 11 septembre.
Ce n'était que des insinuations, une allusion après l'autre,
jusqu'à ce que les gens finissent par le croire.
Ramachandran :
On observe cependant une résistance. Malgré la propagande,
malgré le dénigrement des Nations Unies, ils n'ont pas tout
à fait réussi leurs objectifs.
Chomsky : On
ne sait jamais. Les Nations Unies sont dans une position très délicate.
Les États-Unis pourraient chercher à détruire l'organisation.
Je ne le crois pas, je pense qu'ils chercheront plutôt à
réduire son rôle, parce que si elle ne suit pas les ordres,
à quoi peut-elle bien servir ?
Ramachandran :
Noam, vous avez observé les mouvements de résistance à
l'impérialisme depuis un certain temps - Vietnam, Amérique
Centrale, première Guerre du Golfe. Quelles sont vos impressions
sur la nature et l'étendue de la résistance actuelle contre
l'agression US ? Cela fait plaisir de voir ces mobilisations extraordinaires
à travers le monde.
Chomsky : C'est
tout à fait correct. Il n'y a jamais rien eu de tel, et cela vaut
aussi pour les États-Unis. Par exemple, hier j'étais dans
une manifestation dans le centre de Boston. Ce n'est pas la première
fois. La première fois fut au cours d'une manifestation en octobre
1965 où je devais prendre la parole. C'était quatre ans
après le début des bombardements du Sud-Vietnam par les
États-Unis. La moitié du Sud-Vietnam avait été
détruite et la guerre s'était étendue vers le Nord-Vietnam.
La manifestation n'a pu avoir lieu parce que nous avons été
attaqués, principalement par des étudiants, avec le soutien
de la presse et des radios libérales, qui dénonçaient
ces gens qui osaient protester contre une guerre américaine.
Mais cette fois-ci la protestation a été massive avant même
le début officiel de la guerre et une fois de plus le jour du déclenchement,
et sans contre-manifestations. La différence est radicale. Et si
ce n'était pas à cause de la peur dont j'ai déjà
parlé, il y aurait eu beaucoup plus de manifestations. Le gouvernement
sait qu'il ne peut mener un agression longue et destructrice comme au
Vietnam parce que la population ne l'accepterait pas. Il n'y à
présent qu'une seule manière de mener une guerre. D'abord,
se choisir un ennemi beaucoup plus faible, sans défense. Puis faire
tourner la machine de propagande pour faire croire qu'il est sur le point
de nous agresser ou qu'il représente une menace imminente. Ensuite,
il faut une victoire rapide. Un document important de la première
administration Bush en 1989 décrivait comment
les États-Unis devaient mener une guerre. Il disait que les États-Unis
devaient combattre des ennemis bien plus faibles, et que la victoire devait
être rapide et décisive, parce que le soutien du public pouvait
faiblir. Ne ne sommes plus dans les années 60 où les guerres
pouvaient durer des années sans la moindre opposition. De bien
des manières, le militantisme des années 60 et des années
suivantes ont changé le monde, y compris les États-Unis,
et l'ont rendu plus civilisé dans bien des domaines.
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