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Que
font-ils ? |
Lettre
aux cons ! |
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J'ai entendu dire que le Québec
rêvait de souveraineté. Votre pays, vous le rêvez
"souverain" parfois "indépendant", mais "libre",
jamais. Vous connaissez le sens des mots. Votre grand chamboulement n'est
que du vent. Vous ne remettez rien en cause. Même pas l'absence
d'amour. Comment votre pays pourrait-il
être libre lorsque ses habitants ne le sont pas ? Vous vous constituez
prisonniers dès votre premier souffle, on vous séquestre,
on vous pille, on vous assassine et vous ne réagissez pas. Personne ne s'étonne au Québec qu'il n'y ait pas de coups de feu, de ponts dynamités, d'émeutes violemment réprimées. C'est que l'indépendance ne changerait rien. Ce n'est pas une question de vie ou de mort, ni de vie ou d'amour. Vous n'y jouez même pas votre âme. Les fédéralistes
me font rigoler avec leur peur de l'indépendance. Si vous croyez
que déposer un bout de papier dans une urne peut changer le monde...
Si au moins c'étaient des lettres d'amour ou des menaces de mort.
Mais non. On nous demande que d'y graver un X, comme si nous n'étions
qu'une légion d'illettrés. Et nous acceptons, préférant
la facilité au plaisir. Nous marchons à la queue leu leu
déposer solennellement notre bulletin de vote, conscients d'exprimer
ainsi notre volonté. Elle ne changera rien, votre
souveraineté. Ils se relaient aux postes de contrôle, acceptant qu'on les défie sur leur propre terrain, celui des élections, mais refusant de venir sur le nôtre, celui des ruelles où rampent les coupeurs de gorges et les violeurs. Ah! elle a belle apparence en veston cravate, tirés à quatre épingles, cette engeance de voleurs. Personne ne se demandera pourquoi,
après quelques années de "services", ces ministres
toucheront une pension de retraite, alors que le reste de la population
devra travailler des dizaines d'années avant d'avoir droit à
une allocation médiocre. Pourtant, en démocratie, c'est
le peuple qui gouverne, non ? Qui siège au parlement - véritable
palais de marbre et de bois vernis-, qui se déplace en carrosses
motorisés, qui se paie des voyages sur le dos des contribuables
? Nous choisissons des personnes que nous connaissons à peine pour qu'ils nous mènent par le bout du nez pendant quatre ans, alors qu'un tiers des mariages se terminent par des divorces après seulement trois ans ! On donne le pouvoir à plus de cent inconnus pour quatre ans mais on n'est pas capable de supporter un conjoint pendant trois ans. Impossible d'aller chez un avocat pour dissoudre le contrat social. Content pas content, on doit ronger son frein et attendre les quatre ans réglementaires ou le bon vouloir de ces gens pour avoir enfin l'occasion de s'en débarrasser. On les échange pour d'autres inconnus. Et nous naissons dans ce monde où l'on a toujours payé des impôts; où l'on n'a jamais eu le droit de prendre de la drogue ni de s'aimer dans les pares; où les femmes n'ont pas le droit de se promener la poitrine nue alors que les hommes... Et on ne dit rien. Tout nous semble aussi normal que pour le Sicilien qui se soumet sans rechigner à la loi de la mafia, tout comme ses ancêtres et ses descendants. On est tellement habitué d'avoir des chefs qu'on ne peut plus imaginer un monde sans eux. On nous dit : "ce n'est
tout de même pas le Liban". Ils nous volent plus que notre argent, ils nous volent notre vie. Ils ont décidé, avant mon premier cri, que j'aurai droit à deux semaines de vacances. Deux ? Ai-je bien entendu ? De qui se fout-on ? Au lieu de rire des Japonais qui travaillent comme des dingues, regardons plutôt de l'autre côté de l'Atlantique : les Français se prélassent un mois et demi par année. " Oui, mais la production ... " Au diable la production ! À quoi joue-t-on ? A accumuler des fours micro-ondes, des télévisions couleurs, des téléphones programmables à distance, des cristaux aux ondes positives, combien veut-on de gadgets avant de prendre le temps d'en profiter ? Le temps, ce n'est pas de l'argent, C'est de la vie. Elle s'écoule, la vie. L'argent, on le place à la banque, on le fait fructifier. Rien à faire avec la vie, sa cote est continuellement à la baisse, c'est un chèque sans provision. Il faut l'encaisser avant que le fisc nous mette en terre. Et ces monarques nouveau genre ont même le droit de décider qui doit mourir et qui doit vivre, tout comme à l'époque des Empereurs. Nous accordons à nos chefs le droit de nous accorder celui de tuer. Imaginons George Bush à vingt ans, haranguant les passants pour qu'ils aillent massacrer cent mille Irakiens. Personne ne l'aurait écouté. Quarante ans plus tard, le même homme demande à ses concitoyens de tuer cent mille Irakiens et cela devient un devoir. Par quelle alchimie la transformation fut-elle possible? Georges Bush n'a-t-il pas deux jambes, deux bras comme moi, ne se nourrit-il pas de viande et de légumes comme moi, n'est-il pas né du ventre d'une femme et ne va-t-il pas comme moi, pourrir bouffé par des vers? Alors pourquoi l'écoute-t-on lorsqu'il dit : " Allez tuer des Irakiens" ? M'écouterait-on si je lançais un pareil appel au sang ? Non. On me traiterait de fou, on m'accuserait d'inciter la population à la violence, de soutenir un discours haineux. Mais nos chefs, eux, se sont arrogés le pouvoir des dieux, celui de choisir qui doit mourir, qui doit vivre. Ils tranchent sans gêne entre le bien et le mal. On se gargarise en claironnant que si notre système n'est pas parfait, il est tout de même le meilleur. Ce qui nous permet de retourner sans remords à nos parties de bingo, à nos matchs de hockey et à nos débats avec Annie Ernaux pour savoir si "la littérature est une quête d'indicible, la recherche d'une réalité fuyante qui atteint sa perfection en étant recréée, et une absolue nécessité dont le bonheur rappelle un peu celui de l'amour". Combien de temps souffrirons-nous des salles d'attente, des chambres avec vue sur la merde, la triste bruine des célibataires qui se masturbent... Chaque minute qui passe permet
à nos chefs de mieux s'organiser. Chaque seconde qui s'écoule
leur permet de mieux NOUS organiser, nous : les cons. Francis Dupuis-Déri Autres
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