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le Pare : la refondation anti-sociale en marche

Au 1er juillet, démarre le PARE (Plan d'aide au retour à l'emploi), signé entre le MEDEF et trois syndicats (CFDT, CFTC et CGC).
Le PARE est un outil de mise au travail confectionné par et pour le patronat : Il oblige les chômeurs/euses à accepter des emplois disponibles pour lesquels les employeurs se plaignent de difficultés à recruter… Alors qu'ils ont pourtant contribué à créer cette "pénurie de main d'œuvre" en licenciant et en rognant sur les budgets de formation.
Pour le patronat, les bénéfices de la Convention Unedic sont d'abord financiers : les entreprises bénéficieront de la plus grande part des baisses de charges (46,9 milliards de francs contre 24,5 aux salariés). Quant aux chômeurs/euses, il leur sera alloué 46,9 milliards de francs supplémentaires, mais seulement 28,6 pour les indemnisations et 18,3 pour le fonctionnement du PARE.
En fait, l'objectif du patronat n'est pas d'imposer le travail aux chômeurs mais de généraliser le travail précaire, par un chantage à l'indemnité. Toutes les personnes inscrites au chômage et qui peuvent prétendre à une allocation se verront proposer un PAP (projet d'action personnalisé), contrat dont le non respect pourra conduire à des sanctions comme la diminution des indemnités, voire la radiation. le patronat n'a pas pour objectif le plein emploi.

Le plein emploi n'est pas la fin de la misère, bien au contraire.
Le patronat a toujours joué avec la quantité d'emploi et de chômage. Un chômage important lui permet de garder le contrôle sur le coût du travail, en sapant les défenses collec-tives et individuelles du salariat. Un chômage important, c'est aussi des recettes en moins pour la sécurité sociale et les retraites : cela permet aux pouvoirs établis (les patrons, mais aussi l'Etat) de justifier la privatisation de la protection sociale.
Mais la dégradation de la situation de l'emploi prive les patrons d'une main d'œuvre formée et adaptée au retour de la croissance : il faut donc remettre la population " oisive " au travail. Pour ce faire, dans chaque "bassin d'emploi" seront définis les besoins des entreprises.
L'Assedic conventionnera et/ou financera les organismes chargés de former les personnes privées d'emploi pour satisfaire la demande patronale. L'ANPE sélectionnera les chômeurs/euses pour ces formations, selon les bilans de compétence qui peuvent être établis par des organismes privés conventionnés par l'ANPE.
Au parfum, les boîtes d'intérim s'y sont préparées.
Le patronat entend ainsi avec le Pare se constituer un vivier de personnes qualifiées dans lequel il choisira les éléments les mieux formés au moindre coût. Quant aux autres, elles iront repointer au chômage, mais pourront aussi être dirigées vers des emplois peu qualifiés, dans des secteurs d'activité où il est devenu difficile de trouver du personnel, tel que l'agroalimentaire en Bretagne. Et vous ne pourrez pas refuser si cela fait plus de 6 mois que vous êtes au chômage. En cas d'embauche de personnes restées sur la touche plus d'un an, leur employeur pourra percevoir un pourcentage du montant de leurs allocations (y compris pour des CDD).
De même, dans la perspective de l'allongement de durée de cotisations pour la retraite voulu par le MEDEF, l'allocation chômeurs âgés (ACA) obtenue sous certaines conditions, est supprimée à compter de janvier 2002. Pour le patronat, même quand on a plus de 55 ans, trouver un emploi pour vivre doit rester une obsession.
L'Etat au service de la bourgeoisie Pour que le PARE soit réellement appliqué, il fallait l'approbation de l'Etat et un partage des rôles entre UNEDIC, ANPE et Ministère de l'emploi. Satisfait par les 30 milliards qu'il récupère, l'Etat valide donc la capacité de l'UNEDIC à sanctionner les chômeurs/euses, mais aussi le fait de ne prendre en charge que 4 personnes sur 10, alors que les excédents 2001/2003 pouvaient permettre une indemnisation beaucoup plus large.
Le 9 mai, les députés votaient en première lecture la mise en place du PARE à 29 voix (PS et droite) tandis que 4 commu nistes présents votaient contre (si les 33 parlementaires communistes avaient été présents, le PARE ne serait pas passé : calcul ?), les Verts et le MDC brillant par leur absence au moment du vote.
Pourtant, le MEDEF réaffirmait dans un communiqué que le PARE est bien obligatoire, car " l'article 1er de cette convention précise qu'indemnisation et aide au retour à l'emploi sont liées ". L'ANPE, un "service public" au service de qui ? Ainsi, il est faux de dire que les sanctions sont supprimées. Le coût du PARE et les baisses de cotisations pour l'Unedic sont tels que, pour le financer, ce sont 130 000 personnes qui devront être sorties " de force " du dispositif chaque année.
De même, laisser penser que l'accompagnement personnalisé des chômeurs sous la responsabilité de l'ANPE serait une garantie est une duperie. Ainsi, selon le Ministère de l'emploi, près de 20000 radiations administratives ont lieu chaque mois (chiffres du début 2001). 74 000 personnes ont même été radiées en 2000 pour avoir refusé de se soumettre à de nouvelles dispositions mises en place dans le cadre du "Contrat de progrès Etat/ANPE" pour 1999/2003.
L'objectif ne serait-il pas précisément de diminuer artificiellement le nombre de demandeurs d'emploi de manière à montrer un bilan de l'emploi positif au moment où des élections se profilent à l'horizon ? Finalement, le PARE ne fait qu'intensifier des pratiques déjà en application par l'Etat et l'ANPE : il permet aux patrons de faire des économies, mais surtout de soumettre les chômeurs/euses à un nouvel ordre moral, en les présentant comme des profiteurs du travail d'autrui. Cet ordre moral n'est pas sans rappeler la politique pétainiste de l'emploi qui s'est concrétisée par la loi du 11/10/1940 (1) relative au placement des travailleurs et à l'aide aux travailleurs sans emploi.

Travailler ne signifie pas s'enrichir
Pourtant, la situation des chômeurs/euses n'est pas enviable : s'il existe bien des personnes qui préfèrent se contenter d'un revenu très bas plutôt que subir l'esclavage salarial, il n'en demeure pas moins que le chômage, ce n'est pas du confort. Quant à celles et ceux qui sont indemnisés, 80% perçoivent moins de 5500F, sans compter l'impact du chômage sur la santé des personnes qui le subissent.
Mais alors que le nombre de personnes officiellement au chômage a diminué d'un million depuis 1996, la grande pauvreté touche toujours autant de monde soit un total de 4,2 millions d'individus ". Ainsi, en France une catégorie de salarié-e-s de plus en plus nombreuse vit en dessous du seuil de pauvreté. Précarité, chômage, temps partiels non choisis touchent plus les jeunes, les étrangers, les femmes.

C'est au capitalisme qu'il faut s'attaquer, pas à ses victimes
Le chômage est le résultat de l'organisation non rationnelle de la société au regard de l'idée de Justice Sociale. Il est un pendant nécessaire pour accroître les profits. Menace permanente pour les travailleurs et travailleuses, il est le garant de la " paix " patronale. Les syndicats d'accompagnement font passer la pilule avec l'aval du gouvernement, ce dernier pouvant être exploiteur lui-même de main d'œuvre (CES, auxiliaires…).
Les profits des uns se font sur le dos des pauvres qui travaillent ou que l'on confine dans la misère. La justice élémentaire est de revendiquer l'égalité économique et sociale. Une revendication de base contre le chômage demeure la réduction massive du temps de travail, le refus des activités répressives (police, prison, armement…), la répartition égalitaire des richesses réelles produites.
Les chômeurs/euses ont donc toutes les raisons de se révolter : reste à trouver la jonction avec celles et ceux qui ont du travail. Cela pourrait se faire à partir du constat commun du développement de la précarité, de l'intensification du travail, du manque d'intérêt du travail exploité, de la platitude de nos existences quand elles sont centrées sur une activité sans sens ou une inactivité forcée.
Ne nous trompons pas de cible : c'est au capitalisme qu'il faut s'attaquer, pas à ses victimes…
Notre objectif sera toujours le contrôle direct des entreprises par leur socialisation, la fin de la hiérarchie dans nos relations sociales, l'autogestion généralisée de la société, garante des libertés individuelles.

Fédération Anarchiste

(1) Nous tenons à votre disposition le texte de cette loi pétainiste. Il est des similitudes qui font peur.


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Qui sème la misère, récolte la colère (1997-98) : Paroles de la lutte des chômeurs et des précaires.
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