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En 1981, la "gauche" porteuse
d'espoir d'amélioration des conditions d'existence s'emparait des commandes
de l'Etat. Cette expérience a fait la preuve de l'efficacité du clan des
polititiens à laisser le chômage et les inégalités se développer.
Belles promesses et projets généreux ont été rangés aux oubliettes du
"réalisme" socialiste. Face à la déception et à la grogne, tous les gouvernements
tentent de nous faire croire que notre avenir de travailleur est lié au
sauvetage de l'économie des profiteurs.
Mais qui peut avaler cela?
Les dirigeants syndicaux peut-être, qui bradent leur indépendance, trompent
leurs mandataires, dévoient leurs syndicats au nom de la "solidarité nationale"
entre exploiteurs et exploités, et tous ceux qui prêchent encore les bienfaits
de l'austérité aux travailleurs désabusés. Le revirement brutal de ceux
qui hier encore mangeaient à la gamelle gouvernementale n'y changera rien.
Le monde politique traditionnel est à bout de souffle.
ATTENTION
Plus vite que nous le pensons,
nous aurons à choisir. Dans la plupart des pays occidentaux, nous assistons
au même phénomène. Au gré des élections, gauche et droite se succèdent
sans que de véritables solutions soient apportées. Partout, le patronat
durcit ses positions, les travailleurs paient la "crise" de leurs maîtres.
Combien de temps encore ce jeu d'alternance durera-t-il avant qu'une droite
totalitaire ou une gauche "musclée" balaie les derniers semblants de démocratie?
Oublier l'histoire, c'est se condamner à la revivre. Devrons-nous attendre
en moutons résignés l'avènement d'une dictature souhaitée par certains
aujourd'hui, ou choisirons-nous la voie de la responsabilité et de l'égalité?
LA
LUTTE POUR LA GESTION DIRECTE
Que personne ne décide à notre
place!
Organisons la solidarité et l'entraide entre les travailleurs contre les
patrons et bureaucrates. Préparons-nous à remplacer l'Etat, institution
parasite et étouffante par une organisation fédéraliste des différents
secteurs de la société. Demain, gérons nous-mêmes, directement, notre
travail et nos cités. Supprimons les inégalités économiques et sociales.
Après l'échec à l'Ouest et à l'Est de toutes les doctrines autoritaires
(démocratiques ou dictatoriales), luttons pour une société libertaire
; débarrassons-nous des patrons et des politiciens.
LES PRINCIPES
Les principes de l'économie
libertaire tels que les anarchistes les conçoivent sont clairs.
Ils supposent :
- le fédéralisme, agenr de coordination en remplacement de l'Etat, agent
de coercition du sysytème capitaliste.
- l'abolition d'un système économique basé sur le profit, la plus-value
et l'accumulation du capital.
- la collectivisation des moyens de production et d'échanges.
- l'égalité économique et sociale.
- La limitation de l'autorité aux accords librement passés entre les participants
à l'élaboration d'une éconmoie directement gérée par les travailleurs.
Nous nous démarquons de cette autogestion mise à la mode par les " chrétiens
" progressistes et les marxistes modernistes dont les thèses débouchent
toujours sur des projets clairement cogestionnaires, l'utilisation du
terme gestion directe pour définir notre proposition semble plus appropriée.
LA
GESTION DIRECTE… POUR QUOI FAIRE ?
La participation à la gestion
d'une entreprise n'a d'intérêt pour un travailleur que si elle transforme
ses conditions d'existence. Gérer une entreprise en commun, alors que
cette entreprise conserve ses structures de classes consisterait pour
les travailleurs à gérer leur propre misère, leur propre exploitation.
Ce qui confère à l'entreprise ses structures de classes, ce sont :
· La propriété privée de l'entreprise
· L'appropriation par le capital d'une plus-value que le travail de tous
à créée,
· Les différences de rémunérations
· Le maintien d'une autorité qui excède le cadre de la tâche à accomplir
Les privilèges de l'encadrement. Demain, si dans l'entreprise autogérée,
il reste des différences économiques, il se reconstituera une nouvelle
classe dirigeante qui défendra par tous les moyens ses privilèges. Les
anarchistes pensent contrairement aux marxistes avec leur période intermédiaire,
qu'il faut supprimer immédiatement tous les privilèges de classe sans
exception.
Les travailleurs se demandent ce qu'ils peuvent gagner à la gestion de
l'outil de production. Ils pèsent les avantages et les inconvénients qui
en résulteront pour eux, et dont le principal est la responsabilité :
c'est celui qui le fait le plus réfléchir, car celle qu'ils assureront
sur le lieu de travail engagera celle de leur condition économique.
Nous touchons ici au problème humain, celui de l'Homme(et de la femme)
devant la responsabilité, celui de la quiétude qui résulte d'une certaine
servilité, surtout lorsqu'elle s'assortit de conditions d'existence économiques
et morales acceptables.
Mais une autre série de questions se pose au monde du travail. Elles ont
trait à la maîtrise des moyens technologiques et des modalités de gestions.
Quelles seront les conditions de productions et de distributions ?
Il est possible d'avancer deux raisons solides qui peuvent nous convaincre
que les salariés auraient avantage à gérer la production.
La première, c'est qu'ils répartiraient mieux le fruit de leur travail,
ce qui est une raison purement économique, matérielle.
La deuxième raison est que cette prise en main concourt à l'épanouissement
individuel. Mais pour que la gestion directe se traduise en actes, il
faut que l'Homme se débarrasse des coutumes consacrées par les siècles,
il faut qu'il s'émancipe des préjugés. La production devra être conditionnée
par les besoins et non par le profit.
La gestion directe implique
de fait l'abolition de salariat et reste sous-tendue par une gestion globale
et rigoureuse du système productif. Il est important de souligner que
si l'égalité économique est une condition nécessaire à la suppression
des classes, elle n'est pas suffisante ; la suppression de l'État doit
l'accompagner sous peine de voir se recréer une classe dominante.
Cette société sans classe et sans Etat que nous proposons justifie la
prise en main par les travailleurs des moyens de productions et d'échange,
par la population entière la prise en main de la distribution des affaires
communales, régionales nationales et internationales par une organisation
fédérale adaptée à toutes les situations.
Bien évidemment, la gestion directe dépasse ici le cadre strict de l'économie
et se généralise à tous les domaines de la vie (cadre et conditions de
vie, culture, ect.). Le but du fédéralisme libertaire est de coordonner,
d'organiser la vie en société en supprimant tout pouvoir. C'est pour cela
que les théoriciens anarchistes, et, à leur suite ceux qui réclament de
l'anarchisme, ont toujours justifié la nécessité de l'organisation.
LA
COORDINATION SANS ETAT
C'est souvent le manque d'organisation
structurée qui permet au premier quidam venu d'imposer son autorité et
d'être proclamé, suivant les époques : roi, ayatollah ou président. Le
fédéralisme libertaire reconnaît dans toute société une multitude d'êtres
individus et collectivités ayant chacun des aspirations particulières
et un rôle propre.
C'est pourquoi doit être reconnue à chacun l'autonomie la plus large ainsi
que la possibilité de s'organiser, de se gérer et de s'administrer comme
bon lui semble sans qu'un organe "supérieur" lui dicte ce qui est "bon"
ou "juste" .
L'autonomie a bien sûr ses limites, qui sont le respect de la cohésion
de l'ensemble de la société et le non-exercice du pouvoir d'un groupe
sur un autre. Nous voyons donc que contrairement à l'organisation étatique,
l'autonomie ou la liberté d'autrui n'est nullement une borne. Mais cette
autonomie n'est pas suffisante ; l'entraide est nécessaire.
Elle exige de chacun que le contrat librement consenti d'égal à égal remplace
la loi édictée et imposée par un seul. Elle exige également que chacun
(collectivité et individualité) participe aux décisions communes.
Ces différents facteurs combinés transformeraient notre vie de façon radicale
en remplaçant le pouvoir de quelques uns sur tous par une organisation
qui, seule, est à même de composer la société sans la paralyser.
LA
GREVE EXPROPRIATRICE GESTIONNAIRE
C'est pendant la période où
l'Etat, les directions syndicales et politiques, sont désemparés par un
mouvement social de grande ampleur, que l'action décisive est possible.
C'est l'instant où, d'une grève revendicatrice, de refus, la grève doit
devenir expropriatrice et gestionnaire.
- Expropriatrice en refusant de céder les profits aux patrons.
- Gestionnaire : une fois la patron mis à la porte, il faut continuer
la production, triouver les débouchés, repenser une économie dont le moteur
n'est plus le profit, mais la satisfaction des besoins. C'est l'instant
de la chance révolutionnaire ; ce qui est rejeté et le but à atteindre
doivent être clairement définis.
Entre ces deux pôles de la réflexion de chacun, quelques idées-forces
qui s'inspirent de la conjoncture, et qui varienront avec elle, détermineront
les choix. Parce que nous sommes pour la maîtrise totale de l'économie
par les travailleurs, nous refusons les systèmes capitalistes, libéraux
et étatiques.
Nous voulons établir l'égalité économique et bâtir une organisation de
la société débarrassée de l'Etat. La grève gestionnaire nous semble dans
l'état de complexité de l'économie moderne, un des moyens les plus efficaces
pour arracher aux classes dirigeantes et à l'Etat les instruments de productionb
et d'échange.
C'est donc à partir des réalités de notre temps que nous poursuivrons
notre œuvre de libération sociale, ce qui confère à l'anarchisme son originalité
car, contraire à tous les dogmes, il est une adaptation constante de la
proposition théorique aux conditions sociales d'aujourd'hui.
Fédération Anarchiste
1986
les affiches des années
70'
Autres
articles :
Lip
: On fabrique, on vend, on se paye ; 1986
: Quel avenir pour les coordinations
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En route vers les SUD(s)
; L'anarcho-syndicalisme
aujourd'hui ; Syndiqué.e.
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lire :
Autogestion, gestion directe et grève gestionnaire (Brochure
Volonté Anarchiste) ;
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