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Je me bats pour aucun pouvoir, mais pour une prise de conscience
Armand Gatti

Gatti, le poète, le cinéaste, le dramaturge (La passion du général Franco, la colonne Durruti, l'Enclos) revient en force avec dans ses valises de révolté itinérant, un film, nous étions tous des noms d'arbres et une pièce Le labyrinthe.
L'année prochaine, Armand Gatti pense fonder à Toulouse des " ateliers de création populaire ". Là aussi des habitudes à casser, des conscience à éveiller...

M. L : Est-ce que tu considères ta démarche comme un combat ?
A Gatti : Je ne me bats pour aucun pouvoir, mais pour une prise de conscience et je ne rentre pas dans des contradictions, comme les " stals " qui après se tapent sur la poitrine en disant que la révolution est foutue. Je n'ai pas le problème d'une coupure politique.
En luttant pour la prise de conscience, je suis en accord avec moi-même, d'autant plus que c'est avec le langage que je travaille. Si on veut changer le monde, il faut en changer les mécanismes, quelle que soit la formule économique choisie...
Pour moi, le langage est porteur de ces mécanismes...
Si le langage entérine l'ancienne forme de pensée, ça veut dire que toutes les révolutions que tu peux faire pourrissent et meurent de l'intérieur. En fait pour moi, c'est toujours le même combat, celui d'Auguste, mon père, mon anar à moi, les valeurs qu'il défendait sont toujours là...
Dans la mesure où toute forme d'anarchie est partie à la remorque du marxisme ou de la pensée autoritaire, il doit avoir des problèmes...
Pour moi, ce n'est pas le cas, l'anarchie telle que je l'ai vécue, d'abords fraternels, d'inventions partagées, se continue toujours...

Le problème, c'est la forme d'expression anarchiste.
Y en a-t-il une ?
Chez nous, on a de grands visionnaires, mais pas des gens de parole... On a Malatesta, Bakounine, Kropotkine, etc.
Mais ce qui est à hurler, par exemple, c'est la guerre d'Espagne qui a enfanté de " nouveaux chants russes "...
Il n'y a aucune invention...
Le réalisme socialiste n'appartient pas qu'au stalinisme et quelque fois c'est pire ; dans certaines publications de compagnons, c'est le réalisme bougeois, on a l'impression de lire le figaro.
Il y a une dissociation entre leur parler politique et le parler culturel...
Et pourtant c'est le même combat...

Je ne voudrais pas m'infliger le ridicule de dire que je me bats pour un art anarchiste, ce serait contraire à ce que je pense... mais il y a une pensée anarchiste, un dire anarchiste, un verbe anarchiste, un langage anarchiste.
Je m'inscris dans cette proposition...

Armand Gatti
propos recueillis par S. Pey pour le Monde libertaire (septembre 1982)

 

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