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Déviance, punition en société anarchiste Ce
texte a servi d'introduction à un débat initié par |
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Le problème
de la "déviance", de la "criminalité"
dans une société libertaire, ainsi que les moyens d'y faire
face pour nous anarchistes a une valeur centrale, dans la mesure où
il se présente comme un cas limite ou prétendu tel. Certes nous sommes
conscients que si, même une société anarchiste ne
saurait se passer d'une certaine forme de contrôle social, elle
ne pourrait pas pour autant tolérer en son sein des institutions
ou des organismes de contrainte à caractère juridique ou
non, sans se nier elle-même. Puisque toutes sociétés
a ses déviants, et celle anarchiste ne saurait donc échapper
à la règle, et que la protection des membres d'une collectivité
humaine si ce n'est pas un devoir c'est au moins un droit, comment des
individus ou des groupes se détendront des atteintes et des abus
qui pourraient s'exercer contre eux ? Voilà des questions
auxquelles on est tenu de répondre et pour lesquelles on ne peut
pas se borner à rester dans le vague ou à s'en sortir avec
des formules propagandistes à caractère général. Cependant, nous pensons
aussi que dans cet exercice périlleux de réactualisation
et d'approfondissement de la pensée libertaire, il faut garder
l'esprit lucide.
La criminalité problème social Le discours des anarchistes
par rapport à la déviance peut être considéré
comme étant à la fois riche en perspectives nouvelles de
convivialité qu'il laisse entrevoir, mais relativement " pauvre
" par rapport aux solutions pratiques qu'il fournit. Schématiquement, on
peut dire que les auteurs libertaires se sont toujours essentiellement
efforcés de montrer d'un côté le caractère
social, de la criminalité et de l'autre l'aspect inefficace, nuisible
et contraignant de tout système coercitif à caractère
pénal ou juridique. Aujourd'hui l'existence de mécanismes
de répression ne fait que codifier-organiser la vengeance de la
collectivité, mais elle est incapable de par sa nature, quelque
soit d'ailleurs l'ampleur du châtiment infligé, de prévenir
le crime ou de le supprimer. La punition que la société
inflige aux déviants non seulement n'éduque personne, mais
au contraire se révèle socialement nuisible. Le crime, ayant une origine
sociale, une fois réformée la société et supprimée
les causes intrinsèques de violence et de désordre, en tant
que reflet de l'état des choses actuelles, est destiné à
disparaître aussi. Le traitement de la déviance L'optimisme positiviste de
cette approche s'accompagne dans les faits de la sous-estimation de la
défense de la communauté libertaire tout court. Cela dit, pour nous, le "traitement" du transgresseur et des moyens à mettre en oeuvre ne saurait se poser dans les mêmes termes que pour des autoritaires. Elle ne doit être abordée ni sous un angle juridique ni moral, mais tout au plus en terme de défense du corps social. Il ne s'agirait ni de punir ni de venger la société, mais seulement de faire en sorte que cessent les atteintes portées contre elle ; c'est-à-dire en dernière analyse, du maintien des conditions permettant l'existence de la société libertaire. Globalement on peut dire que
la majorité des camarades qui se sont penchés sur la question
ont mis l'accent surtout jusqu'à maintenant, sur des modalités
de traitement de la déviance ou du déviant à partir
de ce que l'on pourrait appeler des mécanismes de contrôle
informel. Mécanismes visant à remplacer la peine ou le jugement
par une sorte de pression morale exercée par tous les membres de
la communauté. En bref, une gestion collective du contrôle
de la transgression qui permet sa réabsorption ou sa prévention
sans faire recours à aucune forme de coercition. Des limites du néo-réalisme anarchiste A cet égard, encore plus dangereux pour nous anarchistes serait, par soucis de coller à la réalité des choses, effrayés nous-mêmes par l'idée d'un déchaînement d'une " liberté sauvage ", de reprendre à notre compte, ou de rentrer dans une logique qui poursuivent d'une manière ou d'une autre les formes répressives du vieux monde. Dans ce domaine, comme d'ailleurs
dans tout autre, le danger majeur auquel nous, anarchistes, sommes exposés,
ce n'est pas d'en faire trop, mais de ne pas en faire assez ! ... de reculer
devant l'ampleur de la tâche, et de ne pas oser opérer le
moment venu des réformes vraiment radicales qui se situent résolument
au-delà d'une logique autoritaire quelconque. La sécurité est sans doute un désir légitime et un besoin primordial. Est-il nécessaire de faire remarquer que si nous sommes anarchistes c'est justement parce que la société telle qu'elle est à l'heure actuelle n'assure pas la sécurité de ses membres ? En aucun cas cependant nous ne pourrions nous faire les promoteurs, sous un prétexte quelconque, dans une société libertaire, du maintien ou de la constitution d'organismes spécialisés et stables auxquels seraient dévolus par la collectivité le rôle d'établir ou de rétablir l'ordre. De la même manière, il ne, saurait être question de maintenir des formes de fichage, même si limitées, même si temporelles. A plus forte raison, une société anarchiste ne saurait tolérer l'existence de mesures ouvertement répressives à l'encontre d'individus dangereux ou jugés "irrécupérables", pouvant aller jusqu'à l'exclusion ou à la "ségrégation" du déviant. Un tel choix de traitement du "criminel", typique d'une société totalitaire, ne saurait même pas se concevoir pour nous, quelque soit l'ampleur du crime. Pourquoi, en effet, une société
libertaire, ayant fait table rase du passé, ne choisirait pas des
modalités d'intégration de la déviance libertaire
aussi. Proposer, par exemple, des "lieux de vie clos" pour remplacer
la prison ou l'asile, serait, dans la bouche d'un anarchiste, un non-sens
pernicieux. Et si contrôle social
doit bien y avoir, celui-ci ne pourrait être que ponctuel, au coup
le coup, selon les circonstances et les nécessités du moment,
mais qui ne fasse appel à aucun mécanisme de ségrégation
ou d'enfermement, même s'il prend l'allure d'un traitement "
en douceur " ou de rééducation du déviant. Il est évident cependant qu'une telle approche est loin d'épuiser la question. Puisque de toute façon, on ne réalisera pas la société anarchiste du jour au lendemain, l'idée de ce que l'on appelle " criminalité " doit disparaître avec les conditions bourgeoises qui l'ont engendrée, .et que donc, la société future ne devrait pas prévoir des modalités de défense contre les atteintes internes ou externes portées contre elle, est une chose dangereuse pour la survie de la révolution. Qui est fou ? En tout état de cause, nous pensons qu'un discours sur la déviance en société anarchiste ne pourrait se passer de l'analyse elle-même du concept de déviant ; et avant de commencer par envisager les mesures appropriées à prendre, se demander à qui et pourquoi elles seront appliquées. En effet, qu'est-ce un déviant, un criminel dans une société sans classes ni Etats ? Déviant et criminel par rapport à quoi ? Il ne faut pas oublier à
cet égard qu'un acte ou un comportement est " déviant
" dans la mesure qu'il porte atteinte à des valeurs communes.
Les anarchistes devraient-ils sanctionner celui qui refuse le système
de valeur libertaire, ou qui garde un souvenir trop vif de l'ancien régime
? Bien sûr que non ! Il existe bien entendu une sorte de seuil, de niveau minimal, d'atteinte portée- aux autres membres d'une collectivité (comme l'assassinat ou le viol, actes antisociaux par définition) au-delà duquel les intérêt de celle-ci sont en jeu et qui donc nécessite une réponse " appropriée " de sa part. Mais ce seuil de violence primaire, lui-même, et l'histoire est là pour nous l'enseigner, peut-être plus ou moins extensible. Malheureusement, il n'y a pas d'actes anti-sociaux en soi, et croire pouvoir circonscrire les comportements déviants (et la juste riposte de la société) au simple exercice direct et injustifié de la violence sur des êtres vivants ou sur des biens collectifs, n'est pas forcément un critère opérationnel. Le problème de la sécurité
en. société anarchiste n'est pas seulement de savoir comment
se prémunir des fous, des sadiques déchaînés,
des monstres. D'abord ils sont rares, et il ne mordent pas toujours !
Aborder la question sous cet angle-là nous parait de toute façon une manière bien "réductive" de voir les choses. Le problème de la sécurité ne peut pas, en effet, être dissocié de celui de l'effort de construction de la société libertaire elle-même. Problème dynamique, se modifiant dans le temps, exigeant des réponses différentes selon les lieux, et qui mériterait à cet égard tout un développement particulier. Mais pour rester dans les limites de notre sujet, soulignons comment le vice caché de tous ceux qui raisonnent en ces termes est que tous partent de l'hypothèse ou donnent pour acquise l'existence d'une société libertaire "parfaite", harmonique dans le tout comme dans ses parties, une société en tout cas où toute forme, de conflits ou de déviance n'aurait plus de raisons "objectives" d'exister. Par-là, on n'envisage les déviants, tous ceux qui commettent des actes anti-sociaux comme étant forcément des "déséquilibrés" auxquels il faut faire comprendre les raisons pour lesquelles ils se sont mis en contradiction avec eux-mêmes et leur environnement. Le déviant de ce point
de vue est forcément une anomalie et, il est donc "juste"
et nécessaire que la société le traite en tant que
tel. le pari de la liberté Toute société a ses déviants, ses luttes, ses violences et répétons-le, la société anarchiste aura aussi son lot à elle. Et nous pensons qu'il serait inutile et dangereux de courir derrière, ou de viser dans l'abstrait,' la réalisation d'une société parfaite, " sans crime ", dans la mesure où toutes les actions préventives ou coercitives, qu'on envisagerait, ne pourraient par définition résoudre quoi que ce soit. La déviance n'est pas un simple résidu des contradictions actuelles, un "déchet" qu'il serait possible de réabsorber petit à petit. Convaincus avec Proudhon que le conflit, l'antagonisme, bref " le mal " ne sont pas forcément destinés à disparaître, la déviance ne peut pas, et ne doit pas être, considérée comme quelque chose allant à l'encontre de rapports sociaux libertaires et égalitaires. Au contraire, nous pensons même que dans une certaine mesure une société anarchiste peut-être envisagée comme une société de "déviants" ; c'est-à-dire qui s'appuie non pas sur l'adhésion passive de ses membres à un corpus de normes dites libertaires, mais qui fait de la transgression, de la valorisation de la diversité, à la fois le moteur et le ressort essentiel de toute la dynamique sociale libertaire. Une société qui au lieu d'exclure ou de marginaliser celui qui est en-dehors des normes, vit avec. Mieux encore, on pourrait dire qu'elle est fondée sur un état de déviance généralisée. De ce point de vue, nous pensons que l'on puisse parler de normalité de la transgression en société anarchiste et non pas d'anomalie. Cela ne veut pas dire, bien entendu, qu'il n'y aurait de garantie d'aucune sorte et que chacun serait à la merci de l'autre. Mais le droit d'autodéfense de la société, la réaction légitime du corps social, ne pourrait se concevoir que si circonscrite, si possible, aux seuls domaines où il y aurait eu manquement à des engagements librement contractés. Débarrassées
de leur approche abstraite, ne devraient concerner à la limite
que des questions pour lesquelles des individus ont contracté des
engagement directs. De toute façon la seule
force autorégulatrice de la société ne saurait être
que la liberté elle-même. Groupe Anarchiste Paris XVè (1) Pio Marconi, La Liberta selvaggia Padova,1979. autres
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