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Début juillet 1982, Roger
Noël (Babar), qui faisait partie d'un convoi de solidarité avec le peuple
polonais venant de Belgique est arrêté à Varsovie. Son arrestation n'est
pas isolée, mais est réalisée dans le cadre d'un coup de filet de la milice
(la police) polonaise contre les animateurs clandestins de Radio Solidarnosc.
Cette radio, créée à Varsovie, début avril 1982, pour soutenir la lutte
du syndicat Solidarnosc dans l'illégalité depuis le coup d'État des militaires,
en décembre 1981, était un important moyen au service de la résistance,
surtout au plan psychologique. Le pouvoir militaire l'avait bien compris,
qui organisait le brouillage ininterrompu de ses émissions pour en empêcher
une large diffusion.

Début juillet donc, après
avoir arrêté des membres de la radio clandestine, la milice organise une
descente dans l'appartement de Zbigniev Romaszewski, ancien membre du
KOR et principal organisateur du syndicat interdit pour la région de Varsovie.
Lui-même n'est pas pris, mais plusieurs personnes sont arrêtées dont sa
femme et Roger Noël qui venait de livrer un émetteur FM fabriqué en Belgique.
Le 7 juillet, un porte-parole de la Milice annonçait son arrestation à
la télévision en précisant que Roger Noël avait déclaré être un anarchiste
belge ayant des sympathies pour Solidarnosc. Roger Noël est membre de
l'imprimerie libertaire bruxelloise 22-mars, il édite le mensuel belge
Alternative Libertaire et a été l'un des initiateurs du mouvement des
radios libres qui s'est développé ces dernières années en Belgique.
Son geste de solidarité peut lui coûter de trois à quinze ans de prison
et les dernières nouvelles le concernant sont alarmantes. En prison, depuis
deux mois, il ne reçoit que de brèves visites d'un représentant de l'ambassade
belge. Il a pu voir, à la mi-août, son frère et sa compagne.
Il n'a été maltraité physiquement que juste après son arrestation, mais
ses conditions de détention sont très dures pour son moral et sa santé.
Il est avec d'autres détenus qui ne parlent pas français, est toujours
soumis à des interrogatoires car l'instruction n'est pas close. On lui
refuse des visites plus longues et plus fréquentes de ses proches. Il
ne peut avoir ni livres ni journaux en langue française.
Dans une lettre qu'il a pu faire parvenir à l'extérieur, il suggère bien
la gravité de la situation en écrivant : la prison polonaise est à l'État
polonais ce que la prison belge est à l'État belge.

Les autorités ont annoncé
début août que Roger Noël serait jugé avec trois autres personnes, des
polonais de Radio Solidarnosc. La date du procès n'est pas encore fixée,
mais il devrait avoir lieu cet automne, au plus tard.
Si Roger Noël est condamné à plus de trois ans de prison, il n'aura plus
la possibilité légale de verser la somme nécessaire pour "acheter" préventivement
ses années de prison. De son côté, le ministère belge des Affaires Étrangères,
a précisé qu'il n'intervient et n'interviendra que pour assurer uniquement
à Roger Noël le respect de ses droits juridiques en Pologne.
Cet été, la répression s'est abattue à nouveau sur Radio Solidarnosc.
Le 7 juillet, la milice avait publié un communiqué annonçant son démantèlement.
Trois jours plus tard, Romaszewski, toujours dans la clandestinité, émettait
à nouveau pour démentir dans les faits cette affirmation. Après un silence
d'un mois et demi, une nouvelle émission donnait la parole à des miliciens
groupés dans un comité indépendant qui ont appelé leurs collègues à ne
pas obéir aux ordres de répression pendant les manifestations du 31 août.
On comprend la rage des autorités qui sont parvenues à arrêter Zbigniev
Romaszewski dans l'après-midi du 31 août. En Pologne aussi, la lutte pour
l'expression libre doit être soutenue.
Le Monde libertaire (10 septembre 1982)
Autres
articles :
Interview
d'un libertaire polonais et tract anatimilitariste du RSA (1983) ;
La révolution Hongroise 1956
;
Résistances
anarchistes en URSS (1921 193....) ;
1956,
appel des conseils ouvriers de Budapest ;
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