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"Les Français, affirment
avec aplomb les plumitifs aux ordres, ont choisi le chômage dans la gestion
de la crise, continuent-ils doctement, les ouvriers, les cadres, les employés,
en un mot les salariés, complices de leurs employeurs, ont préféré faire
disparaître les postes de travail les moins qualifiés pour maintenir le
niveau de rémunération de ceux qui conservent un emploi ! "
C'est péremptoire et, si on ose dire, sans bavure.
Et la litanie continue : " le corporatisme du salariés qui empêche
de créer des emplois nouveaux; ce sont les salaires et les charges, présentés
comme exorbitants, qui obligent les chefs d'entreprise (les pauvres!)
à une recherche permanente d'accroissement de la productivité; et chaque
innovation technique supprime encore des postes de travail."
C'est l'idée directrice de ceux qui prétendent que pour faire reculer
le chômage, il faut répartir le travail sur plus de personnes sans augmenter
la somme totale des rémunérations
Quelques faits
Voyons d'abord les faits ; et tout d'abord cette idée reçue qui affirme
que pour combattre le chômage, il faut réduire les salaires. En 1993,
la masse totale des rémunérations des salariés a baisse de 18 milliards
de francs, ce qui n'a pas empêché le nombre de sans-travail d'augmenter...
La cause immédiate du chômage, c'est la disparition des postes de travail
: 500.000 emplois supprimés entre 1981 et 1986, qui s'ajoutent aux centaines
de milliers déjà disparus au cours des années soixante-dix; plus de 100000
postes de travail ont encore été supprimés en 1990 ; 258000 en 1992 ;
319000 en 1993 !
Parce que des tâches techniques ou de bureau, assurées naguère par des
personnes, s'effectuent maintenant à l'aide de machines ou de logiciels,
ou bien encore parce que des postes de travail ont été déplacés ailleurs,
là où les salariés sont payés presque rien.
La population active s'éleve à environ 24 millions de personnes avec une
population salariée aux environs de 19 millions. Le nombre de chômeurs
inscrits à l'ANPE dépasse les 3 400000. L'accroissement du nombre de demandeurs
d'emploi n'a jamais cessé depuis 1970, malgré toutes les politiques dites
de relance. Dans la tranche d'âge des seize /vingt-cinq ans, le pourcentage
des sans-emploi atteint presque 30%.
Presque 2 millions, de personnes vivent de contrats à durée déterminée,
de travail au noir, de petits boulots. Le chiffre des RMI'stes dépasse
sans doute maintenant les 700000. On ignore combien de personnes et de
familles ont été chassées de leur logement, mais ce nombre saugmente sans
cesse.
C'est un problême qui touche toute la société humaine, avec plus ou moins
d'intensité ; au sein des pays de l'OCDE (Europe, Amérique du Nord, Japon),
il y avait 31 millions de chômeurs en 1981, ces derniers étaient 35 millions
en 1993 ; dans les pays du tiers monde, on dénombre un nombre toujours
plus grand de sous-alimentés, c'est-à-dire dont la ration alimentaire
est insuffisante pour assurer la survie ; ils sont environ 800 millions
aujourd'hui, affirme l'ONU.
Ce serait une erreur grave, en revanche, de croire que cet appauvrissement
est général.
La dernière publication des organismes d'Etat qui analyse l'économie (INSEE,
CSERC), publiée dans la grande presse au début janvier, révèle au contraire
que les revenus des placements divers (actions, obligations, SICAV, livrets
de caisse d'épargne, locations de logements ... ) ont augmenté, en moyenne
et tous confondus, de 7% par an de fin décembre 1990 à fin décembre 1993,
ce qui signifie qu'avec les intérêts cumulés un honnête rentier qui possède
100 francs de placement aura perçu 22,5 francs de revenus en trois ans.
Et, s'il est actionnaire, il obtiendra presque 50 francs, la moitié du
capital investi, puisque les dividendes des actions françaises ont, depuis
trois années, un taux moyen de rentabilité qui frole les15% l'an !
Le même rapport nous apprend que, pour la même période, la somme totale
des revenus salariaux a diminué. Ainsi d'ailleurs que la rémunération
du travail non salarié, comme celui des professions libérales : avocats,
médecins...
Dans la répartition des richesses créées, mesurées en signes monétaires,
la part du capital a encore augmenté dans les dernières années ; elle
s'est accrue aux dépens de la partie que le travail, même non-salarié,
tente de conserver, sans y parvenir.
la pauvreté des uns fait
la richesses des autres
On peut citer quelques-uns des mécanismes de ce lieux, fort de valeur
en soulignant l'importance du loyer très cher de l'argent et les cadeaux
toujours plus nombreux que le gouvernements de la dernier décennie ont
consenti aux entre prises.
Un exemple : en 1982, la répartition des charges payées afin de financer
les diverses dépense publiques était de 77% pou l'employeur et de 23%
pour le salariés; en 1992, la nouvelle répartition est de 69% pour le
patron et de 31% pour la partie salariale, ou gain net de 8% en faveur
du patronat qui se retrouve dans la valeur accrue du dividende.
Autre exemple, l'impôt sur les société était, en 1985, de 50% ; il est,
en 1991, de 34%.
Plus de pouvoir pour
les riches
La révolution libérale, initiée par Ronald Reagan et Margaret Thatcher,
a porte ses fruits pour ceux dont elle défendait les intérêts. Les groupes
dominants on augmenté dans des proportions très importantes et leur richesse
et leur pouvoir.
Par effet inverse, ceux qui n'en sont pas membres, ont vu leur situation
se précariser leur niveau de vie et leur liberté se rétracter. Les discours
sur le prétend partage du travail n'est qu'un mensonge idéologique élaboré
par les intellectuels du patronat pour cacher cette situation et déplacer
la responsabilité : S'il y a des chômeurs, ce serait de la faute de ceux
qui travaillent. Et s'il n'y a pas plus d'embauches, ce serait parce qu'il
y aurait encore trop de rigidités dans le Code du travail.
Seul un grand mouvement de protestation, de refus et d'actions pourra
stopper puis inverser cette politique ; ce sont les grèves et les manifestations
qui permettront de regagner le terrain perdu, de réduire massivement la
durée du travail, d'abolir le chômage et de partager les richesses.
Rien d'autre ne le pourra !
J. TOUBLET (gr. Pierre-Besnard
- Paris) 1995

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