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1975, Portugal : développer l'action directe
Article paru dans Abatalha et traduit par Solidarité Ouvrière

La situation économique et sociale dans le Portugal d'aujourd'hui est tout autre que celle d'avant la dictature de Salazar, et nos camarades portugais en tiennent compte.
En effet, si jusqu'en 1927 la C.G.T. (fédérée dans l'A.I.T., fondée à Berlin en 1922) avait un quotidien
A Batalha et était la seule centrale ouvrière au Portugal, occupant une place prédominante et Incontestée, Il en est tout autrement aujourd'hui. Après la syndicalisation obligatoire de la période fasciste, nos camarades se trouvent dans une situation bloquée par
un rouage contrôlé par la parti communiste : l'intersyndicale.
Pendant la révolution russe, les anarcho-syndicalistes avaient privilégié l'action dans les comités d'usine, jugeant que c'étalent les seuls organismes ouvriers représentant les travailleurs.
De même, aujourd'hui, nos camarades portugais s'inscrivent dans la dynamique de mouvements venus de la base, pour tenter de changer la situation syndicale bloquée par l'intersyndicale, corps pratiquement étranger à la classe ouvrière, "parachuté" des hauteurs gouvernementales.
La tactique anarcho-syndIcaliste n'est pas quelque chose d'immuable, elle change suivant le contexte économique et social, le seul critère absolu restant la non-alliance avec d'autres classes,
c'est-à-dire le séparatisme ouvrier.

Solidarité Ouvrière 1975


Un conflit d'intérêt dans les forces qui soutenaient le régime corporatif-fasciste a produit une situation révolutionnaire dans laquelle les travailleurs marginalisés par le système tentent de reprendre un rôle en concordance avec leur mission historique.

Après une courte période d'euphorie collective, le programme vague du M.F.A. ouvrit la route à une démocratie vieux style, de leur côté les travailleurs accentuaient la situation révolutionnaire en réagissant se premiers coups du sabotage économique par la mise en place du contrôle ouvrier ou par l'autogestion d'usines. Ce furent les seules vraies tendances socialistes dans cette situation révolutionnaire. Le gouvernement provisoire fut un bel exemple de révolution démocratico-bourgeoise écartelée lits entre des partis se raclement frauduleusement de la classe ouvrière et des masses populaires. Le 28 septembre et le 11 mars, nous avons vu les partis de la coalition s'épuiser dans l'escalade du pouvoir gouvernemental. Le M.F.A., qui est partie prenante dans ce processus politique, change souvent de position, approuvant parfois les partis tout en se présentant lui-même comme le véhicule du socialisme. Au sein du système de production sévit actuellement une crise qui favorise l'initiative révolutionnaire et par la le contrôle et l'autogestion par les travailleurs. De nouvelles initiatives de collectivisation se créent et tentent à se généraliser, par exemple des "commissions d'habitants" interviennent sur les problèmes complexes du logement, de l'urbanisme, de l'agriculture ou d'autres activités économiques. Ces commissions critiquent les conditions de production et incitent à la collectivisation, seule voie vers le socialisme.

La révolution socialiste et la révolution bourgeoise s'opposent. La révolution bourgeoise, représentée par le gouvernement et les partis coalisés, devra employer la force pour en finir avec l'authentique révolution socialiste. La législation sur la grève montra la première des tentatives de la révolution démocratico-bourgeoise : discipliner les syndicats, les dévertébrer à partir d'un contre : l'Intersyndicale, les limiter au rôle de courroie de transmission des intérêts de la nouvelle sphère gouvernementale, soit par décret, soit par l'intermédiaire d'un parti politique.

Les syndicats doivent être des organisations dans lesquelles le pouvoir de décision appartient aux seuls travailleurs et cesser d'être des instruments disciplinas servant les intérêts des partis politiques.

Le ministère du Travail, comme avant lui le faisait celui des corporations. appuie une législation qui toujours accentue les différences de salaire parmi les travailleurs ; par ailleurs, dans le concert des "forces démocratiques", le gouvernement interdit aux syndicats l'initiative dans la défense des intérêts des travailleurs.

Le gouvernement démocratico-bourgeois, avec son style propre, qui n'est pas celui du socialisme, propose comme politique sociale les nationalisations, il transforme les administrations en un appareil politique, souvent calqué sur les structures du système corporatif.

Une certaine dialectique philosophante voit dans ce marasme une expression socialiste, mais on ne nous convraincra jamais que l'Etat est le prolétariat, car l'Etat c'est le monopole de la force armée, c'est le prolétariat sans armes. L'appropriation de la plus-value ne se fait plus sous la forme de l'appropriation privée, mais sous la forme d'un patron unique, l'Etat.

Les anarcho-syndicalistes ont toijours vu dans les syndicats un puissant instrument d'émancipation, tant pour la lutte revendicative quotidienne que pour la gestion de la société par les travailleurs euxmêmes. En leur sein nous créerons une dynamique socialiste libertaire, combattant le réformisme qui ne vise qu'à perpétuer la division de la société en plusieurs classes, avec des aménagements.

C'est notre rôle de dénoncer auprès des travailleurs que les syndicats sont manœuvrés par l'Intersyndicale et le ministère du Travail, pour être les instruments de l'effritement du contrôle ouvrier et de l'autogestion en faisant des syndicats des instruments de contrôle gouvernemental sur les travailleurs par une inversion du rôle du délégué syndical qui devient de fait in préfet "ouvrier" nommé par l'Etat auprès des travailleurs.

L'intersyndicale et le P.C., en tant éléments intéressés à la révolution démocratico-bourgeoise, cherchent par tous les moyens à contrôler les initiatives autogestionnaires ou de contrôle ouvrier, les collectivisations et les coopératives de production. Ceci pour les diriger et les transformer en organes gouvernementaux; prétextant l'ordonnance de l'économie planifiée et la "bataille de la production", caractéristiques d'un système social dans lequel les travailleurs se trouvent en marge, système que l'on ose pourtant appeler socialiste, et où on rie fait appel aux travailleurs que pour mieux les marteler de slogans.

L'action anarcho-syndicaliste est de dynamiser toutes les initiatives de base, de libération des syndicats, transformés actuellement en police du travail, de préserver et d'amplifier le mouvement et les initiatives autogestionnaires des travailleurs.

Les forces de la révolution bourgeoise soutiennent que le pouvoir politique doit être entre les mains d'organisations inter-classistes, les partis politiques. Nous, anarcho-syndicalistes, pensons que c'est dans les organismes où ne se trouvent que les travailleurs, comités, conseils, syndicats de base, que se trouvent les germes d'un pouvoir authentiquement prolétarien.

Tiré de " A Batalha "


Pendant la révolution des Oeillets, les murs de Lisbonne ont un "air de Mai 68"


Autres articles :
La révolution des oeillets (1974 1975) ;

A lire :
Portugal l'autre combat. Classes et conflits dans la société, (Spartacus, 1975) ;
Jaime Semprun, La Guerre sociale au Portugal, (Champ Libre, 1975) ;
Charles Reeve, La conception putschiste de la révolution sociale. Le cas portugais, (Spartacus, 1976).
Charles Reeve, Les œillets sont coupés. Chroniques portugaises, (Paris-Méditerranée, 1999).
Joao Freire, Les anarchistes au Portugal, (Éditions CNT, 2002).
L'autogestion au Portugal (La Rue N°29) ;



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