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Guisepe Pinelli assassiné ; Pietro Valpreda innocent !
PLace Fontana - Milan 12 décembre 1969, un massacre d'Etat

Une bombe éclate à la Banque nationale de l'agriculture, place Fontana (Milan Italie).
Le massacre, qui a causé 16 morts et 90 blessés, secoue le pays. La police assure que les coupables seront bientôt arrêtés, que les recherches seront menées dans toute les directions. Mais, en attendant, sont interpellés, interrogés et perquisitionnés 588 militants de la gauche extra-parlementaire et 12 fascistes (relâchés les premiers). Le commissaire Luigi Calabresi, le même jour, implique comme responsables de l'attentat les adhérents de la gauche révolutionnaire. Aux anarchistes arrêtés, Pinelli et Ardau, il demande avec insistance des informations ou des révélations sur leur compagnon Pietro Valpreda. " Ceci n'est pas l'oeuvre des fascistes, on reconnaît une certaine conception anarchiste ", déclare-t-il. 14 décembre.

Le retraité Mario Magni, convoqué au commissariat, confirme l'alibi de Pinelli qui, l'après-midi du vendredi 12, jouait , aux cartes avec lui et d'autres dans un café. 15 décembre. Funérailles des victimes de la place Fontana. L'anarchiste Valpreda est arrêté et accusé du massacre, il est immédiatement transféré à Rome.
Au commissariat milanais, vers minuit, Pinelli tombe de la fenêtre du bureau du commissaire calabresi, situé au 4e étage ; il meurt peu après à l'hôpital Fatebeneftatelli. 16 décembre. A 2 heures du matin, une conférence de presse a lieu au commissariat. Le commissaire Marcello Guida déclare : Il (Pinelli) s'est vu perdu, ce fut un geste désespéré. Le commissaire Calabresi ajoute : Il s'est trouvé comme acculé, alors il a craqué psychologiquement.
18 décembre. La responsabilité des fascistes et des services secrets commence à se dessiner. Lotta continua et les anarchistes accusent Calabresi d'avoir tué Pinelli. Ainsi débute une longue campagne qui impliquera l'opinion publique démocratique, pour établir la vérité :
Valpreda est innocent, le massacre est l'oeuvre de l'Etat, Pinelli a été assassiné.

Affiche reprenant la Une du Monde libertaire...

Un assassinat politique ?
S'il n'avait pas eu la malchance de rencontrer un commissaire Calabresi, Pino Pinelli serait encore parmi nous. Il naquit dans les quartiers populaires de Milan en 1928, en pleine période fasciste. Après avoir fréquenté l'école primaire, il dut travailler très tôt, et combla ses lacunes culturelles en lisant des centaines de livres en authentique autodidacte.
A peine âgé de 18 ans, il participe à la lutte armée antifasciste comme agent de liaison dans les formations libertaires de la résistance en Lombardie. Dans l'immédiat après-guerre, tout en étant actif dans la reconstruction du mouvement anarchiste à Milan, il entre aux chemins de fer comme conducteur et rencontre Lucia Rognini qui sera la compagne de sa vie. D'abord proche du groupe rédactionnel du journal Il Libertario de Mario Mantovani, il adhère en 1963 à la Gioventu libertaria et, peu après, sera parmi les fondateurs du cercle culturel Sacco-vanzetti.
En 1968, dans un climat rénové par les ferments politiques et sociaux, il est à l'initiative d'une série de réunions, assemblées et conférences au nouveau Cercle du point de la Ghisolda. Y participent des étudiants, mais aussi des ouvriers des premiers CUB (Comités unitaires de base), expérience inédite du syndicalisme d'action directe. Pinelli est aussi parmi les partisans de la reconstruction de l'USI (syndicat anarcho-syndicaliste italien) et, en outre, s'implique dans la Croix noire anarchiste afin d'aider les compagnons détenus.

Le soir du 12 décembre 1969, quand il est convoqué au commissariat pour un interrogatoire, Pino précède en moto la voiture de la police comme il l'a déjà fait bien d'autres fois. Ce sera la dernière. Le premier qui tente de porter secours à l'anarchiste milanais tombé du quatrième étage est Aldo Palumbo, joumaliste de l'Unita, qui traversait la cour du commissariat. De suite, il le reconnaît, appelle du secours et avertit les autres journalistes restés dans la salle de presse. Le matin suivant, tous les quotidiens titrent sur le " suicide ". Mais les faits, dès le début, ne sont pas clairs. Une ambulance aurait été appelée avant que Pinelli tombe par la fenêtre. Les " bizarreries " se succèdent. Le journaliste Palumbo, témoin possible, est menacé et intimidé. La chute du corps apparaît étrange pour un suicide, sans élan et comme glissant le long de la façade.
La police fournit des versions contradictoires sur le déroulement des faits et sur le mobile, Pasquale Valitutti, une des personnes arrêtées et présente au commissariat au moment des faits, témoigne : "... J'ai entendu des bruits suspects, comme ceux d'une bagarre, et j'ai pensé que Pinelli était encore là et qu'on le frappait. Un moment après, ce fut le changement du planton de garde. Peu après, j'ai entendu comme des chaises renversées et j'ai vu des gens courir vers la sortie, en criant " Il s'est jeté ". A l'hôpital, les médecins de service relèvent avec stupeur l'absence de lésions externes : Pinelli ne perd pas de sang, ni du nez ni des oreilles, comme c'est logique dans ces cas-là. L'autopsie mettra en évidence une lésion au niveau du cou, similaire à celle provoquée par un coup de karaté. Le travail des médecins dans la salle de réanimation fut constamment " contrôle " par un policier en civil qui voulut avec insistance assister aux derniers instants de l'anarchiste.

En mai 1970, la magistrature conclura par un verdict sibyllin de " mort accidentelle " qui, de toute façon, ne signifie pas nécessairement suicide. Il ne faut pas oublier Vingt ans après, nous combattons toujours les mensonges de l'Etat. Entre temps (en 1972), le commissaire Calabresi a été tué, "sacrifié " de façon obscure et mystérieuse. Actuellement, on cherche à revenir sur des vérités désormais acquises dans la conscience d'une bonne partie des gens. Symboliquement, la tentative du maire socialiste de Milan pour enlever de la place Fontana la plaque dédiée à Giuseppe Pinelli va en ce sens, on tente, en outre, de redonner une virginité et une improbable " image humaine " au défunt commissaire responsable direct de l'assassinat, de notre compagnon. Au point qu'un syndicat de police cherche vainement pour le moment à substituer à la plaque en mémoire de Pinelli une pour Calabresi.

 
G. Pinelli lors d'une réunion du Cercle Sacco & Vanzetti (1er à gauche).

En 1969, le terrorisme d'Etat eut à sa disposition toutes les forces réactionnaires présentes en Italie (réseaux fascistes, associations néonazies, fonctionnaires corrompus, etc., forces soutenues économiquement et politiquement par les gouvernements grec et espagnol, à l'époque des dictatures fascistes. Cette structure résista bien à la première faillite réactionnaire et au scandale suscité par le massacre d'Etat et l'assassinat de Pinelli, par les machinations policières contre les anarchistes. Tous ceux qui furent complices des terroristes demeurent fermement à leur poste et se trouvent toujours dans les divers organismes du pouvoir. Plus récemment, on cherche à faire payer cher le grand espoir des années 60-70. Des procédures judiciaires sont actuellement en cours contre d'anciens dirigeants de Lotta continua, accusés suite aux révélations d'un " repenti " de l'assassinat du commissaire Calabresi.

On veut ainsi réduire un ample et profond mouvement de rébellion sociale ,et de contestation en une série d'actes criminels. On tente de gommer les raisons, d'annuler les motivations éthiques de la .révolte de la jeunesse, ouvrière et intellectuelle. Il s'agit d'enlacer la pensée sociale en réinterprétant le passé; en opérant de radicales révisions. Criminaliser les comportements antagonistes de ces vingt dernières années constitue un sérieux avertissement pour aujourd'hui : les revendications syndicales, les protestations de la population contre les productions de mort, les possibles contestations de jeunes, doivent rester dans la sphère institutionnelle. Il ne doit pas y avoir d'espace pour l'action directe, collective et de masse ; aucun espace ne doit être concédé aux expériences autogestionnaires.
L'assassinat du commissaire Calabresi a été utilisé pour favoriser le classement du meurtre de Pinelli et pour redorer le blason de l'Etat gravement compromis.
La vérité sur le massacre d'Etat de la place Fontana, sur les anarchistes, sur Pinelli, sur la responsabilité du commissaire Calabresi et des autres composantes politiques a été écrite depuis longtemps, en caractère; indélébiles, dans la conscience de ceux, qui n'ont pas abdiqué face aux sirènes du pouvoir. Et c'est à cette conscience que le pouvoir devra rendre des comptes.
A vingt ans de distance, trois faits restent inchangés :
le massacre c'est l'Etat, Valpreda est innocent, Pinelli a été assassiné.

Giorgo SACCHETTI


A voir :
Mort accidentelle d'un anarchiste de Dario Fo !

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