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Textes,
chansons
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DN : Tu peux peut-être
nous parler du début de ta carrière.
J'avais travaillé avec une vieille amie à moi, qui écrivait
comme ça des textes à la machine. Elle m'avait donné
des trucs qu'elle avait écrits, elle me donnait des textes et je
les mettais en musique comme ça immédiatement, comme ça
j'improvisais. Un jour, j'ai vu ce que ça donnait, et comme je
voulais ce métier-là pour ne faire que ça, faire
de la musique, je me suis dit : il faut aller à Paris dans les
cabarets, et je suis parti. J'ai heureusement eu un contrat comme chanteur
qui était un contrat formidable à cette époque-là
pour moi qui n'était absolument pas connu. C'était au "
Buf sur le toit ". Là, je chantais tous les soirs en
m'accompagnant au piano. Quand il y avait vingt personnes, c'était
le bout du monde, c'était bourré à craquer quand
il y en avait vingt-cinq ou trente. Je suis resté là deux
mois et j'ai été obligé de céder la place
à un guitariste très connu qui s'appelait Django Reinhardt
et qui venait d'Amérique, ce qui était tout à fait
normal d'ailleurs. Alors j'ai chômé, chômé,
j'ai rien fait, j'attendais un travail. J'ai été chanter
dans un cabaret qui appartenait à un type qui est devenu un copain
à moi après, un type très gentil et qui était
une sorte de chansonnier qui s'appelait, qui s'appelle toujours d'ailleurs
Jean Rigaud, c'était du côté des Champs-Elysées.
C'est un type qui m'avait dit : " Tu vas là-bas et tu te fais
auditionner par sa femme " et moi pendant trois soirs j'y suis allé
et pendant trois soirs je n'ai pas osé rentrer, j'étais
timide. Et comme il fallait vraiment que je trouve du boulot, je suis
rentré et ils m'ont pris huit jours. Alors là, je chantais
mes chansons et puis après je faisais des petits trucs au piano
pour l'accompagner lorsqu'il faisait son tour de chansonnier. Là,
j'ai connu un type qui m'avait dit : " Ah, tu joues du piano, tu
chantes, on peut faire un truc " et je suis parti pour la Martinique
et la Guadeloupe en 47. Je chantais mes chansons en première partie
en smoking.
Depuis, j'ai appris à écrire et à travailler, mais
quand même c'était moi en tout cas. Là-bas, j'ai fait
22 représentations en six mois. Le type, il m'avait demandé
ça parce qu'il s'était dit : " ce type, il chante et
puis il m'accompagnera, les deux trois personnes qui chanteront aussi
un peu ". On jouait la comédie aussi, ça fait que je
faisais un peu de tout, payé au lance-pierre bien sûr, mais
ça
Un copain m'avait recueilli et pour finir j'ai écrit
à mon père pour qu'il m'envoie du fric pour le voyage de
retour.
Je suis rentré en 48 et je suis allé à Saint-Germain-des-Prés.
J'ai travaillé trois mois pour rien, absolument pour rien, et puis
après j'ai commencé par être payé un petit
peu, et puis petit à petit ça a été. Moi,
avec ce que je faisais je pensais que les gens allaient comprendre, mais
c'est qu'ils ne comprenaient pas, surtout dans le métier. On m'a
tout de suite pris pour le diable, je veux parler des producteurs. Ces
gens qui avant d'apprendre à produire, apprennent à s'autocensurer.
Tu sais, il y a une université pour cela.
DN : On t'a pris pour le diable à cause de tes textes ?
Pauvres cons, c'est tous des cons, vraiment ! S'il y a une mauvaise radio
et une mauvaise télévision, c'est parce que c'est des cons.
D'ailleurs, je ne fais aucune découverte en disant ça, c'est
abominable, enfin bref. Peut-être que dans une certaine mesure c'était
plus simple pour nous à ce moment-là, en tout cas pour moi,
pour faire un disque c'était plus facile. Aujourd'hui, un jeune
il faut qu'il produise une bande et qu'il aille la faire écouter,
et on ne l'écoute pas, ça j'en suis certain, personne ne
l'écoute, c'est donc plus difficile aujourd'hui. Moi, j'ai fait
mon premier disque au piano au " Chant du monde " qui était
une maison d'édition qui appartenait au parti communiste.
Et puis, plus tard, en 51 ou 52, alors que je chantais un soir, le directeur
artistique de la maison Odéon (qui est devenue maintenant CBS)
est venu me dire : "Voulez-vous venir me voir, on pourrait peut-être
faire un disque ". Le type ça l'avait intéressé
et c'est comme ça que j'ai fait un disque d'abord le premier accompagné
au piano, et puis après trois ou quatre chez Odéon et ensuite
chez Barclay.
Je dis toujours que si c'était à refaire, je ne le referais
pas sachant ce qu'il m'est arrivé. Et puis, en plus je ne voulais
manger personne. Si je serrais la main à quelqu'un, c'est que j'avais
envie de serrer la main à ce quelqu'un, que ce soit n'importe qui,
un ouvrier, un employé, un traînard. Si je suis arrivé
à me faire écouter un petit peu, c'est que j'ai dû
avoir une chance extraordinaire.
DN : On a l'impression que 68 a beaucoup compté pour toi.
Oui, j'ai été longtemps avec une femme qui me mettait en
scène, elle m'avait inventé quoi.
Méfiez-vous des " bonnes femmes ", messieurs, parce qu'un
homme tombe une fois, il se ramasse, et puis après il arrange les
coups et sa plaie. C'est très long.
Moi je me suis tiré et j'ai fait mon 68 à moi. Mais vraiment,
ça a tout bouleversé, je me suis libéré, j'ai
fait ce que j'ai voulu. Rien ne m'empêchait de le faire avant mais
ça ne m'est pas venu à l'esprit.
Ce que j'ai fait après 68, ça ne correspondait pas avec
ce que je faisais avant, mais ce n'est pas voulu. J'ai été
un mec libre. Avant je ne pouvais pas écrire ça parce que
je n'y pensais pas. De toute façon, avant c'était toujours
des choses de circonstance que j'écrivais.
DN : Maintenant, une question qui nous tient à cur.
Tes premières rencontres avec le mouvement anarchiste ? ça
s'est passé quand ? Où ? Tu as déjà rencontré
Maurice Joyeux ?
Attends voir, je ne sais plus exactement comment ça s'est fait,
en tout cas Joyeux est venu me voir un jour sûrement, ça
remonte à assez loin
DN : Tu as dû commencer à chanter pour la Fédération
anarchiste en 48.
C'est ça, il est venu me voir un jour et m'a demandé de
chanter pour la FA. Je chantais comme ça, et après, comme
il y avait deux galas par an, un à Montmartre, je crois, et l'autre
qui se passait à la Mutualité, et avec Brassens on changeait.
S'il chantait à la Mutualité, moi j'étais là-haut
et l'année d'après on inversait. Vous savez que Brassens
a fait beaucoup de galas pour la FA. Avant il a même travaillé
au Monde libertaire.
Interview réalisée
par le groupe Proudhon pour le journal Drapeau Noir (Besançon)
les affiches
de Léo
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Les
Cahiers d'Etudes Léo Ferré
(20
rue du coudray 44 000 Nantes) ;
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