|
Fondée
par
6 étudiants
le 20 aoùt 1955,...
un
site
en Espagnol
|
Fondée en 1955 à
Montevideo, en Uruguay, la Communauté du Sud a été
sans cesse confrontée à l'hostilité et à la
répression croissante du pouvoir aux mains des militaires, ce qui
l'a contrainte à quitter le pays en 1975, à la recherche
"d'un climat social plus propice".
Elle se définissait comme "une expérience de vie coopérative
totale" ci se donnait pour objectif de couvrir tous les besoins de
ses membres : travail, consommation, éducation, loisirs, relations
interpersonnelles,
en adoptant des formes libertaires et communautaires.
Le nombre des membres de la Communauté tournait, vers les années
60, autour de cinquante, soit approximativement un tiers d'enfants, un
tiers de femmes et un tiers d'hommes dont, parmi ces derniers, deux avaient
plus de soixante-dix ans. A ce noyau venaient s'ajouter dix adultes qui
participaient au travail et à la consommation, mais qui ne vivaient
pas à l'intérieur de la Communauté.
Tout ce monde vivait dans
un domaine de deux hectares situé dans la banlieue de Montevideo,
capitale de l'Uruguay.
Les locaux comprenaient notamment une salle à manger et une cuisine
communes, une laverie, une bibliothèque et des lieux de loisirs
; des locaux étaient destinés aux enfants, selon leur âge
; on comptait aussi des ateliers d'artisanat et de libre expression, ainsi
que des espaces ouverts pour le jeu. Outre les pièces servant au
logement des membres, il y avait une basse-cour el un petit potager. L'activité
économique fondamentale s'exerçait dans une imprimerie située
dans le centre de la capitale, où les membres qui y travaillaient
se rendaient quotidiennement.
L'assemblée générale,
qui se tenait toutes les semaines ou tous les quinze jours, définissait
les lignes générales concernant l'économie, l'éducation,
ainsi que les relations de la Communauté avec le milieu social
proche ou lointain. Deux assemblées annuelles particulières
étaient consacrées à un travail plus important de
planification, touchant notamment aux investissements, à la définition
des priorités, à la distribution des lieux et horaires de
travail, à l'organisation des éludes et des loisirs. En
même temps -et c'était une façon d'articuler organiquement
la dynamique de l'autogestion- chaque secteur d'activité (imprimerie,
potager, basse-cour, artisanat, services, éducation) tenait sa
propre assemblée, autonome.
Les fonctions de coordination el d'administration à chaque niveau
étaient à la charge de camarades ou de commissions (provisoires
ou permanentes) désignés et révocables à tout
moment par les assemblées correspondantes.
Un noyau de coordination générale était formé
de délégués des différents secteurs d'activité.
Toutes les réunions spéciales, ainsi que toute la documentation
et les rapports, étaient ouverts ou à la disposition de
tous les membres.
Tous les aspects de l'économie
étaient intégrés à l'intérieur d'un
système communautaire.
La propriété était commune et indivise : tout
apport est un bien social collectif, et ont droit à la jouissance
de l'usufruit tous ceux qui adhèrent aux mêmes idées
; il est définitivement écarté du système
de la propriété privée et des possibilités
d'héritage.
Production et consommation étaient planifiées ensemble,
et organisées en fonction l'une de l'autre, au moyen de mécanismes
de décision collectifs, On s'efforçait de répondre
aux besoins individuels et collectifs sur la base d'un niveau de vie consciemment
choisi. On répondait aux problèmes de dépendances
économiques, tels que ceux posés par la maladie, la vieillesse,
l'invalidité ou l'enfance par des moyens solidaires et intégrés
à la vie même de la communauté. On voulait montrer
de la sorte que les assurances sociales, les garderies bureaucratiques,
les foyers pour vieillards ne sont que des palliatifs déshumanisants.
On tentait aussi d'intégrer le travail, l'étude et la plus
haute compétence possible, afin de parvenir à "une
augmentation progressive du temps disponible pour connaître, chercher
et créer directement sur les lieux de travail".
Peut-être serait-il opportun de clore cette description en reproduisant
quelques paragraphes d'un rapport de 1971 qui en offre une vision générale
:
Nous devons concevoir des relations économiques nouvelles.
Nous interroger collectivement et non individuellement au sujet des moyens
et des buts à atteindre. Créer un pouvoir collectif réel
à propos des conditions d'existence de tous. Réaliser une
amélioration qualitative.
La situation des travailleurs, de l'homme commun, n'est pas fondamentalement
différente dans les divers systèmes, capitalistes ou "socialistes",
privés ou étatiques, bureaucratiques ou militaires. Dans
tous, les relations réelles de production, du point de vue du travailleur,
sont semblables. L'objectif que nous visons, d'une société
nouvelle, ne peut être seulement l'abolition de la propriété
privée, abolition que les monopoles et surtout la bureaucratie
réalisent progressivement, en ne provoquant rien d'autre qu'une
aggravation des méthodes d'exploitation et de domination.
Le problème du changement réside dans la capacité
du peuple à diriger la production et la société comme
un tout. Passer de la critique du pouvoir du capital dans la production
à la critique du pouvoir dans la société, sur la
base d'institutions et d'unités que les hommes comprennent et dominent.
Notre projet communautaire, dans une perspective fédéraliste
et plurielle, est un timide effort pour parvenir à la réalisation
de ces idées. Il cherche à créer des activités
coopératives, solidement organisées, permettant une pratique
réelle ci concrète...
Par ailleurs, (...) "
Tant la pratique que la théorie communautaires accordaient
une place à part à l'éducation, indiquant par là
que c'était l'action humaine la plus engagée et la plus
importante. Penser à l'éducation, aux enfants, à
nos enfants, c'est nécessairement penser au monde que nous voulons
leur présenter, aux options que nous voulons leur montrer, à
la richesse, dans l'ordre des relations humaines, que nous avons la responsabilité
de leur offrir. C'est pour l'avoir ainsi compris que nous avons décidé
d'une action communautaire, un début déjà et sur
toute la ligne. En sachant que ce choix n'a de sens que s'il est le premier
mouvement vers un changement total au niveau de la société
globale. Nous-mêmes, en prenant en charge la vie de nos enfants,
nous devons prendre conscience que nous assumons une partie indispensable
de ce changement.
Les voir comme des êtres neufs qui nécessairement réclament
et se préparent pour un lendemain positif. Dans ce but, nous devons
prendre soin de leur corps, fortifier leur personnalité, et nous
constituer en milieu social révolutionnaire qui protège
leur développement. Parce que nous savons que c'est en vivant qu'ils
développeront l'amour, la solidarité, le respect, la liberté.
Les thèmes de l'éducation
exigeaient une réélaboration permanente et même déterminaient
beaucoup d'autres aspects de la vie de la Communauté : les horaires
de travail ci de vacances étaient définis en fonction du
temps nécessaire pour faciliter le contact des parents et adultes
avec les enfants. Pendant qu'elles allaitaient, les mères étaient
dispensées des tâches qui les auraient empêchées
de se consacrer entièrement à leur fonction. De manière
progressive, les enfants s'intégraient à des groupes de
leur âge, sous la surveillance de camarades qui choisissaient de
s'y consacrer.
A six ans, les enfants étaient engagés dans une expérience
qui était peut-être ce qu'il y avait de plus important dans
la Communauté du Sud : ils étaient appelés à
vivre dans un local prévu à cet effet ensemble avec le groupe
d'enfants d'âge scolaire. Ei là, à leur échelle,
et avec l'appui direct d'un ou deux adultes, chaque groupe de huit à
dix enfants vivait une expérience d'autogestion et d'auto-organisation.
Tous les sujets qu'ils pouvaient aborder : alimentation, propreté,
activités récréatives, études, analyses de
leurs conflits interpersonnels étaient pris en charge par eux-mêmes
et résolus à l'aide des mécanismes qu'ils créaient
à cet effet (réunions, distribution des tâches).
Dès l'âge de six ans, ils effectuaient des lâches productives,
quand ils atteignaient seize ans, ils travaillaient trois à quatre
heures par jour selon un horaire équilibre avec leurs heures d'études.
Chacun disposait d'une dotation personnelle (un peu moins importante que
celle des adultes) pour ses frais particuliers (gourmandises, sorties
au cinéma et au théâtre, etc.)
Périodiquement, des réunions d'évaluation avaient
lieu avec la participation des adultes. On y analysait la marche du groupe
et de chacun des enfants. A douze ans, ils vivaient dans des chambres
individuelles, et se menaient à participer, quand il en avait été
décidé ainsi, aux assemblées générales
et aux réunions des lieux de travail. Après dix-huit ans,
on programmait un départ d'une année, pour une expérience
dans une autre communauté et un voyage à travers l'Amérique
latine, dans le but de faire plus amplement connaissance avec d'autres
réalités. Grâce à quoi, on estimait qu'ils
disposaient des conditions requises pour décider de leur intégration,
ou non, dans la Communauté, avec les devoirs cl tous les droits
que cela impliquait.
Dès sa création,
la Communauté du Sud s'était fixé comme projet majeur
la création d'une "communauté des communautés"
et l'insertion dans l'environnement, de façon à fonctionner
comme vecteur dans le processus de changement social. Son histoire est
ainsi celle d'une expérience intégrée cl intégrale,
celle d'un effort pour créer un mouvement intercommunautaire. Ce
fut aussi un effort pour établir des relations d'implication et
d'intégration au niveau du "coopérativisme"
ouvrier, de la production, du logement ou de la consommation, des organisations
populaires de quartier ou de corporation, ainsi que des organisations
spécifiquement anarchistes.
Actuellement, compte tenu
de l'oppression qui règne en Uruguay, les diverses expériences
communautaires ont eu à supporter une dure répression. Nombre
de ces expériences ont subi des persécutions et ont fini
par être éliminées.
Pour ce qui est de la Communauté du Sud, après avoir traversé
de nombreuses années de difficultés et d'insécurité,
après que ses membres eurent été plusieurs fois emprisonnés
et mis dans l'impossibilité de travailler, elle a dû se résoudre
à quitter l'Uruguay.
Le cadre d'un simple article
se prête mal à la description d'une vie communautaire parvenue
à un tel degré de complexité. Ce que nous en avons
dit doit s'entendre également comme le développement continu
et contradictoire d'un groupe qui lutte contre tout un. système,
mais qui dans le même temps en subit l'envahissement. Nous, auteurs
de ce rapport, nous sommes un groupe communautaire constitué sur
des bases semblables mais adaptées à notre nouvelle situation
en Suède : groupe formé par des gens venus de la Communauté
du Sud, par d'autres émigrés latino-américains et
par des Suédois. Aujourd'hui, nous cherchons à nous assurer
une base matérielle au moyen d'une imprimerie et d'une maison d'édition
autogérées, et nous entretenons des relations avec des groupes
communautaires suédois et européens, ainsi qu'avec diverses
expériences alternatives (mouvements écologistes, ateliers
de travail, théâtre de masse, etc.).
Une des tâches que nous assurons depuis maintenant cinq ans est
la publication, en espagnol, du bulletin Comunidad et c'est la
première tâche que nous avons maintenue à notre arrivée
en Suède.
Les membres de " COMUNIDAD " exilés en Suède.
Article
paru dans la revue l'ARC en 1984 (N°91-92)
Autres
articles :
Merlieux : de la municipalité
à la Commune libertaire ; Mai
68 : Début d'une lutte prolongée ;
le Living Theater
; Les
communautés libertaires (1968,...) ;
Le Brésil
à la fin 19è siècle : la Cecilia, une communauté
libertaire et les écoles anarchistes ;
la
révolution Mexicaine ; Cuba
: manifeste du socialime libertaire (1960) ;
Sur les traces de l'anarchisme au Québec ; Les
Diggers de San Francisco 1966 - 1968 ;
|