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Pour un syndicalisme lycéen - février 1968

 

 

 

 

 

 

 


les affiches de
Mai 68

Oh ! s'exclament-ils, ce n'est qu'un chahut sans importance.

Pourtant tout le monde en parle de l'extrême droite à l'extrême gauche, des professeurs aux parents d'élèves, des curés aux laïcs. Le tout a commencé le 9 décembre 1967 alors que certains lycéens prenaient la décision d'organiser une grève pour protester contre les mesures de " sélection " à l'entrée des Facultés, et le " Plan Fouchet " qui ne fait que reprendre à son compte les incohérences du système qui nous plie. Nous nous souvenons que cette grève obtint quelques succès dans de nombreux établissements parisiens où l'on vit souvent les membres du corps enseignant se solidariser avec les grévistes en refusant de faire cours et d'inscrire les " absents ", sur les feuilles administratives. Un millier de lycéens participa même au défilé qui eut lieu l'après-midi du même jour de la République à la Bastille.

Devant un tel succès, les organisateurs de la grève entreprirent la création d'un Comité d'action dont les buts étaient de coordonner le mouvement des lycées parisiens. Mais tandis que les différentes administrations décidèrent de ne pas donner suite à la grève, celle du bon bahut " libéral ", qu'est le Lycée Condorcet entreprit de mener une enquête et de prendre des sanctions contré les " meneurs ".
Il en était un notamment, Romain G., jeune " révolutionnaire " à la mèche trop longue, qui passait pour être un des éléments de " pointe " du mouvement, que l'administration démasqua, après avoir obligé ses camarades à le " dénoncer ", par interrogatoires, intimidation qui n'étaient pas sans ressembler à certaines méthodes policières bien connues des étudiants.

Romain G. fut renvoyé de son lycée, après avoir comparu devant le conseil de discipline et le " Comité d'action " décida d'organiser deux manifestations devant le Lycée Condorcet, la première le 20 janvier, la secondé le 27. Cette seconde manifestation qui vit l'affrontement d'un millier de lycéens avec la police - élégante femelle empélerinée qui ne craint pas de baisser sa culotte pour montrer sans vergogne qu'elle a depuis longtemps perdu sa vertu, ce qui ne prouve pas sa virilité - et un embouteillage monstre.
Les manifestants dont le but étaient de pénétrer dans l'établissement et de l'occuper, réclamant la liberté d'expression à l'intérieur des lycées, la création de comités de liaison professeurs-élèves, la création d'un " syndicalisme lycéen " et le droit de revendication pour les grandes classes, furent chargés par les forcés de police, lesquelles comptèrent huit blessés, tandis qu'après avoir occupé la rue une heure et demie, les manifestants se dispersèrent.

Pour tous ceux que le problème intéresse et qui savent se libérer des séquelles bâtardes de la politique, il s'agit bien de voir dans un tel mouvement autre chose qu'une vulgaire agitation de potaches dont le seul but serait de se distraire, mais plutôt l'expression d'un malaise qui se généralise, celui de ne pas se sentir concerné par l'enseignement actuel, totalement détaché du monde extérieur et de la vie réelle appelée non sans malice : " vie active ".
Il s'agit pour ces jeunes de " lutter pour faire admettre que la culture est aussi la connaissance du monde " où ils vivent.
Il s'agit également de ne pas accepter en bloc l'enseignement actuel, qui n'a pour but que de faire des producteurs consommateurs étrangers aux problèmes qui les entourent, donc incapables de comprendre et, peut-être de condamner, la société qui les emploie.

Les lycéens ne sont pas seuls. Leurs alliés, les étudiants les soutiennent, eux aussi, par les luttes qui leur sont communes, telle la révolté d'étudiants de toutes tendances contre le renvoi d'un de leur camarade anarchiste Daniel Cohn-Bendit, le mois dernier et, dont la presse s'est vue dans l'obligation de déformer -comme elle en a l'habitude- les faits.
Il y a les étudiants et il y a aussi les enseignants qui réclament pour les lycéens que le droit de grève leur soit reconnu et qu'aucune sanction ne soit prise contre un élève qui y aurait incité ce qui ne peut être considéré comme une faute disciplinaire.

Ce mouvement, issu d'une prise de conscience syndicale, se proposé de réfléchir sur les méthodes d'enseignement et d'en révolutionner les structures. Ce n'est pas le fait comme le laisse entendre la presse du mensonge, de quelques " agitateurs " isolés, ou de quelques intellectuels en quête d'aventure, mais bien celui d'une masse lycéenne qui se cherche et refuse d'être traitée dans les mains de la mafia bureaucratique de l'Education nationale et du régime tout entier, comme des jouets que l'on remonte dans le but primordial d'en faire des rabots de l'obéissance et de la soumission. Le malaise est grand en milieu lycéen et en milieu étudiant et il est du devoir des révolutionnaires de se solidariser avec un tel mouvement dont les membres adolescents aujourd'hui, seront demain des hommes.

Cette masse de jeunes qui réfléchit sur sa condition, sera prêté bientôt à mettre à bas cette société qui les exploite et édifier sur les décombres du mensonge et du vice enfin une société où l'homme aura à jouer son véritable rôle, hors de toute contrainte et de toute servitude.
Le Comité dont le nombre imposant de participants va fans cesse croissant, n'est pas prêt d'abandonner la lutte.
Peut-être cette génération saura-t-elle apporter à l'humanité tout entière ce que d'autres ont rêvé depuis longtemps ? ne serait-ce que l'espoir d'une vie meilleure...

Arthur Mira-Milos
Groupe libertaire Louise Michel (in le Monde libertaire)

Mai 68, les murs ont la parole (photos)


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A lire :
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(Edition la Découverte) ;

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