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l'histoire
du groupe
du 1er mai.
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Pendant
près de trente ans, Franco fut la cible de multiples tentatives
d'attentats,
une des dernières tentatives fut l'oeuvre des Jeunesses Libertaires
(FJIL),
L'écossais Stuart Chirstie d'une part et les camarades Delgado
& Granado d'autre part, furent les
dernières victimes de deux échecs qui coutèrent la
vie à ces innocents (voir l'article
à ce sujet) en 1963.
Ces échecs ne marquèrent pas pour autant la fin de la lutte
armée contre le franquisme.
Avant la fin tragique de Puig Antich, il y eu les aventures des "Pieds
Nicklés" du goupe du 1er mai 1966.
Voici le compte-rendu
de l'évènement rapporté par le Monde Libertaire (juin
1966)
NOCHER vient de terminer son
numéro.
L'auditeur de France-Inter reprend son souffle en s'appliquant à
digérer la ration d'artistes décadents et d'intellectuels
dévoyés que le Gaudissard de la radio nationale lui fait
ingurgiter chaque soir. Soudain, la voix du speaker retentit. En quelques
mots, il relate le stupéfiant enlèvement de Mgr Ussia, conseiller
de l'ambassadeur d'Espagne au Vatican. Puis le timbre se fait plus grave
pour déclarer : Nous allons maintenant vous faire entendre un
document inédit, recueilli par un de nos-reporters.
Le journaliste interroge :
- La presse a déclaré que Mgr Ussia avait été
enlevé par des anarchistes espagnols. Est-ce exact ?
La réponse, anonyme naturellement, et le lecteur comprend pourquoi,
est claire et nette :
- C'est exact ! Comme l'a déclaré notre camarade Luis
Edo à Madrid, ce sont des militants libertaires qui se sont emparés
du conseiller auprès du Vatican.
Des hommes parlent d'abord en français, puis en espagnol. Des hommes
qui sont des militants anarchistes, et l'auditeur, soudain intéressé
par l'insolite, apprend à la fois qu'il existe dans les prisons
du pays où il passe des vacances dorées des milliers de
prisonniers politiques et, de par .le monde, des hommes qui sont décidés
à tout pour les faire libérer et qui n'hésitent pas,
lorsque cela leur est possible, à le crier à la radio.

Tout a commencé il
y a quelques semaines.
J'avais, il y a deux mois, signalé l'étrange faiblesse d'anciens
militants anarchistes qui avaient pris contact avec la Phalange et les
syndicats verticaux. Faiblesse qui, aujourd'hui, tourne à la forfaiture.
La résistance intérieure a réagi et, appelé
par ses camarades, Luis Edo est à Madrid. À travers des
difficultés où le pittoresque n'est pas exclu, il tient
une conférence de presse, clandestine naturellement, où
le représentant de l'Agence France-Presse est présent.
Seul, le Monde et quelques journaux: de province-signaleront les
déclarations du mouvement libertaire qui rejette toute collaboration
avec le régime franquiste et condamne formellement les tractations
entreprises par des personnages qui rie représentent qu'eux-mêmes.
Bien qu'étant au courant de cette déclaration, la presse
franquiste la passera sous silence, occupée à exploiter
au maximum le mariage contre nature de syndicalistes fatigués avec
Franco-La-Muerte.
Ce silence, le groupe libertaire
engagé dans l'action s'y attendait. Pour le crever, il possédait
un atout maître, l'enlèvement de Mgr Ussia. L'effet fut foudroyant.
La nouvelle, diffusée tard dans la nuit par la radio de Madrid,
sortit de leur lit tout ce que la. capitale compte de flics de l'échelon
ministériel aux commissariats de quartiers. Le lendemain matin,
les militants de la clandestinité qui, de bonne heure, s'arrêtaient
devant les kiosques, pouvaient voir à la une des quotidiens s'étaler
les trois lettres de la légende : C.N.T. !
Des groupes s'agglutinaient autour des crieurs de journaux. Des discussions
s'engageaient dans la rue, la radio fulminait; la flicaille s'affairait.
Que disait cette presse ?
Elle condamnait l'enlèvement, bien sûr. Elle parlait de complot
communiste, injuriait l'émigration libertaire certainement. Des
broutilles habituelles sans grande importance ! Mais surtout, cette presse
démentait tout accord de la CNT clandestine et de l'opposition
libertaire de l'intérieur avec les syndicats fascistes. Pour la
première fois, elle reconnaissait que la phalange n'avait pris
contact qu'avec quelques anciens syndicalistes qui ne représentent
qu'eux-mêmes. Luis Edo et ses amis du groupe clandestin libertaire
avaient gagné !
La combinaison fasciste était désamorcée, les renégats
démasqués.

Et nos camarades pouvaient
alors faire cette déclaration, que nous avons tous lue, qui reliait
la conférence de Madrid et l'enlèvement de Rome et qui donnait
à cette action deux objectifs :
- La condamnation du complot de Madrid qui avait pour but de discréditer
la CNT clandestine.
- La libération des prisonniers politiques.
Le premier de ces objectifs est aujourd'hui pleinement atteint.
Mais si le coup porté fut efficace à Madrid, son retentissement
ne fut pas moins grand dans le. monde entier. A Paris, les titres les
plus fantaisistes ornèrent la une des quotidiens à scandale.
On parla des Basques, on affirma l'accord de l'évêque à
son enlèvement, on fit intervenir Jacqueline Kennedy dans un scénario
qui aurait mérité la signature d'Abel Gance.
Le document diffusé sur France-Inter devait remettre les
choses au point. Le lendemain, une autre déclaration, elle aussi
anonyme mais provenant également de source autorisée confirmait
sur Europe 1 la première. De leur côté, nos
amis Daniel Guérin et Charles-Auguste Bontemps, avec le talent
que chacun leur reconnaît, profitaient de l'énervement pour
tracer à Radio Luxembourg (RTL) les grandes lignes de notre
action libertaire et pour dénoncer les crimes de Franco.
En Italie, la presse se déchaîna.
Les carabiniers se mirent en route. Ils courent encore !
On dit que seules les sollicitations pressantes de l'ambassadeur d'Espagne
empêchèrent le Pape de faire une déclaration qui,
même nuancée, risquait de mettre Franco en difficulté
devant son clergé. De toute façon, ce que voulaient nos
camarades c'était attirer l'attention du Vatican sur la situation
des emprisonnés politiques. Ils sont bien trop réalistes
pour ne pas avoir compris qu'une intervention de ce genre, pour être
efficace, ne peut être rendue publique et il y a gros à parier
que, sur ce deuxième objectif et après la manifestation
des prêtres de Barcelone, leur action sera payante. C'est pourquoi
ils ont relâché ce petit évêque falot, ahuri
de son aventure et ballotté comme un bouchon sur la grande vague
de douleurs qui déferle sur l'Espagne.
Salut camarades!
On avait perdu un évêque, vous avez rendu un cardinal, car
j'espère bien qu'avoir passé douze jours pour un héros
vaudra à notre " fugueur" la pourpre avec la bénédiction
de notre saint père le pape et celle du groupe du Premier Mai.
A moins qu'on ne l'envoie faire pénitence dans un de ces sombres
monastères qui sont à la fois la parure de l'Italie et des
opérettes anticléricales.
Salut camarades!
Vous avez rappelé au monde goguenard et souriant qui, pas un instant,
n'a cru qu'il puisse arriver malheur à l'infortuné prêtre,
que l'anarchie n'était pas seulement le courage, mais qu'elle était
encore la précision dans l'organisation.
Salut camarades !
Partout, sur cette terre où il existe des anarchistes, vous leur
avez confirmé que l'anarchie, en aucun cas, ne capitulera devant
l'oppression et qu'elle saura tirer d'elle-même toutes les ressources
nécessaires pour la libération de l'humanité.
Salut camarades et à
bientôt !
Maurice Joyeux
Le Monde Libertaire, Juin 1966

Fin du premier épisode
:
Dans un entre-filet paru dans le Monde le 10 octobre 1966, nous apprendrons
que cinq camarades ont été arretés à Madrid.
Ils (et elle) seront accusé-e-s puis condamnés par l'Etat
espagnol ( juillet 1967) à neuf ans de prison pour L-A Edo et de
trois ans à trois mois pour les autres.
D'après les camarades organisateurs de cette action, aucun-e- des
compagnon-e-s arrêtés n'a été impliqués
dans l'enlèvement lui-même.
Maurice
Joyeux reprendra la plume pour exiger la libération nos camarades
dans le Monde Libertaire en décembre 1966. Il usera de son
influence au sein pour que le secrétaire général
de son organisation syndicale - la CGT FO- de l'époque se mouille
en exigeant l'arrêt des explusions et des arrestations.
Il ne sera pas le seul, une trentaine de personalités signèrent
un appel pour la libération des camarades et contre les arrestations
opérées en France à la même époque :
"Les soussignés élèvent
une protestation indignée contre l'arrestation des républicains
espagnols en exil. Ils s'étonnent que le gouvernement d'un pays
, terre traditionelle de refuge de tous les proscrits politiques ait cru
devoir céder aux injonctions de Franco."
Parmi les signataires : Collette Audry, Simone de Beauvoir, Georges Brassens,
Léo Campion, Roger Grenier, Daniel Guérin, Roger Hagnauer,
Maurice Joyeux, Claude Lanzmann, Louis Lecoin, Clara Malraux, Daniel Mayer,
Georges Navel, Bertrand Poiro Delpech, Pierre Prévert, Jean Rollin,
Jean-Paul Sartre, Michel Simon, Henry Torres,...
Le groupe du 1er Mai refera parler de lui au début des années
70'.
"Cette guerre européenne qui commença en Espagne, il y a huit ans, ne pourra se terminer sans l'Espagne." Albert Camus 1944.
Octavio Alberolla Luis Andres Edo
Autres
articles :
"Contre vents
et marées" histoire de l'exil espagnol ;
Onze camarades
condamnés à mort, sauvez les ! discours d'André Breton
;
Jose
Ester Borras et le "réseau Poznan" ;
El Quico Sabaté
: la guérilla libertaire en Espagne 1945-1960 ;
La lutte armée
contre le franquisme : apperçu historique du Groupe du 1er Mai
;
L'affaire Delgado
- Granado, un crime légal dans l'Espagne franquiste (1963) ;
Don Quichotte, Cervantes icônes de la lutte antifranquiste ?
A
lire :
Carlos Fonseca, Le garrot pour deux innocents - L'affaire Delgado
- Granado (Éditions de la CNT-RP).
Miguel Chueca, Espagne 1963, l'affaire Delgado-Granado.
Gavroche n° 133, janvier-février 2004 (revue
d'histoire populaire),
L'odeur des patates douces (Vicente Marti)
A
voir :
l'affaire Granado Delagado, un crime d'état
( Arte 1996) ;
Objectivo : matar Franco (Arte 1993) objectif : éliminer
Franco ;
Le funambulesque groupe du Premier Mai (Universitat Pompeu Fabbra Barcelona)
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