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La lutte armée contre le franquisme 1960 - 1977 :
apperçu historique du "Groupe du 1er Mai"

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le Mouvement
du 22 mars
.

 

 


Le Groupe du Premier Mai composé de militants de la Fédération Ibérique des Jeunesses Libertaires (FIJL), est le résultat direct de la rupture de cette organisation avec les deux autres branches du Mouvement Libertaire Espagnol : la CNT (Confederation National del Trabajo) et la FAI (Federation Anarquista Iberica)

Ce groupe développe une nouvelle étape de l'activisme espagnol, défini en juin 1965 dans une circulaire de la Commission des Relations de la FIJL , développant les objectifs et les différentes phases de la campagne internationale en faveur des prisonniers politiques.
Ces objectifs sont résumés dans un paragraphe de cette circulaire : Nous considérons que les objectifs de l'opposition tolérée ainsi que l'opposition classique se limitent à la simple demande de liberté et droits de grève. Ceux-ci (les objectifs) doivent être étendus à une exigence plus générale, plus concrète, plus urgente et plus positive : la liberté pour tous les prisonniers politiques {….}
Lors de cette première étape il faut sensibiliser au maximum l'opinion publique sur la situation des prisonniers. Cette campagne servira indiscutablement à stimuler et développer tout autre forme de lutte contre les fascismes ibériques (l'Espagne et le Portugal d'alors).

La Commission de Relations c'est prononcé pour l'autonomie des groupes d'action. Les groupes comme le MIL ou les GARI feront la même chose plus tard. Plusieurs de ces groupes autonomes de la FIJL se sont préparés à passer à la seconde phase du harcèlement du régime franquiste. La première phase consistait, comme ils l'expliquent eux-mêmes, dans la solidarité avec les prisonniers politiques. Ces deux phases ont été assumées séparément et exécutées par le MIL et les GARI ; ces derniers ont surtout développé la phase de solidarité et les premiers celle des hostilités.

La première fois que le Groupe du Premier Mai a fait parler de lui, fut avec une journée d'avance sur la date que son nom laissait supposer : le 30 avril 1966. Ce jour-là, la presse romaine annonce : la disparition mystérieuse de monseigneur Marcos Ussía, conseiller ecclésiastique de l'ambassade espagnole du Vatican. Le communiqué de l'agence italienne précisa que le prélat espagnol avait été enlevé par un commando anarchiste qui exigea la libération de tous les prisonniers politiques incarcérés en Espagne.

Le lendemain, Luis Andrès Edo, ancien secrétaire de la Fédération locale de la CNT de Paris -qui se trouvait à Madrid depuis le mois d'avril- assume la responsabilité du rapt dans une déclaration à l'Agence France-Presse. C'est la première fois dans l'histoire de l'Espagne franquiste qu'un particulier revendiquait un enlèvement ; du moins c'est ce qui ressort de ses déclarations à cette agence. Il faut souligner que Luis Andres Edo a donné son véritable nom au correspondant, qui ne faisait pas mention du Groupe du Premier Mai "dans son article.
Ceci provoque toute une série de commentaires puisqu' en réalité c'est le Groupe du Premier Mai qui a enlevé l'ecclésiastique espagnol. La presse espagnole craint les conséquences d'une campagne anarchiste ainsi que le fait que ce soit un particulier qui revendique un enlèvement commis la veille à des milliers de kilomètres de distance.

Le troisième jour les circonstances du rapt sont déjà mieux connues de l'opinion publique, grâce à Avanti, porte-parole du Parti Socialiste Italien, qui publie une lettre envoyée par un groupe anarchiste espagnol qui se présente comme le Groupe Premier Mai.
La lettre de ce groupe confirme les déclarations de Luis A. Edo : Nous sommes un groupe d'anarchistes espagnols… Nous nous sommes vus obligés d'utiliser ces moyens afin que l'ambassadeur d'Espagne auprès du Saint Siège envoie une pétition au pape pour qu'il intervienne publiquement auprès du gouvernement du général Franco afin d'obtenir la libération de tous les démocrates qui purgent des peines dans les différentes prisons franquistes.

6 mai 1966

La CNT, qui n'a pas digéré la rupture avec la FIJL et qui se doute de qui se trouve derrière l'enlèvement, déclare : Nous ignorons tout de cette histoire. Il s'agit d'une action marginale, probablement réalisée par certains de nos militants, mais sans aucun contact avec les instances de la direction.
Par une circonstance étrange, ces déclarations furent produites le 5 mai 1966 par le journal Pueblo, porte-parole des syndicats phalangistes. C'est précisément cette attitude des instances de la direction de la CNT qui avait provoqué la rupture avec les Jeunesses Libertaires et qui avait conduit celles-ci a se prononcer pour l'autonomie des groupes d'action.

Si le rapt de monseigneur Ussía n'a pas eu pas d'autre effet que celui d'une intense propagande contre Franco à l'intérieur du pays et une multitude d'entretiens avec les anarchistes les plus connus de France et d'Italie à la télévision ainsi que dans les journaux de ces deux pays, du moins, il a eu le mérite de regrouper tous les partisans des actions directes (activistes) autour de la revue Presencia, dont le premier numéro remontait a la fin de l'année 1965.

Cette revue était un pôle de convergence, idéologique et pratique, de ceux qui une fois, dépassés : les vieux sectarismes, s'étaient montrés ouverts au dialogue avec tous les marxistes non dogmatiques. Presencia ainsi que Cuadernos de Ruedo Iberico et Mañana ont été pendant longtemps les porte-parole les plus importants de la nouvelle gauche espagnole en exil.
Les textes et publications de ces trois revues influencent profondément le MIL, en ce qui concerne l'anti-dogmatisme. Mais le MIL a des caractéristiques différentes a celles de la revue Presencia ;
celle-ci a le mérite d'avoir été la première publication qui, tout en étant profondément anarchiste recherchait le dialogue avec les marxistes, exception faite du PCE.

En ce qui concerne la séquestration de monseigneur Ussía, la presse cite avec insistance Octavio Alberola comme étant le responsable du Groupe du Premier Mai. Cinq militants anarchistes sont arrêtés le 28 octobre 1966, parmi lesquels Luis Andres Edo (ainsi que José Pascual). Ce groupe est présenté à la presse comme le véritable auteur du rapt et le nom d'Alberola est cité comme étant le cerveau de l'opération.

Idéologie mise à part, le Groupe du Premier Mai est, par sa persévérance dans la solidarité, le groupe qui ressemble le plus aux GARI. Le Groupe était né sous le signe de la solidarité et toute son action se déroulait selon ce principe.
Ainsi, en avril 1967, après avoir retenu pendant quelques heures le secrétaire de l'ambassadeur et le conseiller juridique de l'ambassade espagnole à Londres, le Groupe du Premier Mai fit parvenir à l'ambassadeur espagnol une lettre destinée au ministre des Affaires étrangères, dans laquelle il menace de retenir d'autres diplomates si la condamnation du groupe de Luis A. Edo n'était pas tempérée (1). Apres la condamnation du groupe de ce dernier, le 4 juillet 1967, a peine modifiée ( 9 ans d'emprisonnement pour Luis A.Edo), le Groupe du Premier Mai développant la tactique que les GARI suivront plus tard, essaye de répondre à ces condamnations en créant un vaste mouvement international de solidarité.

La réponse à ces sanctions est amorcée dans la nuit du 18 août de 1967, pendant laquelle les voitures des conseillers de l'ambassade espagnole à Londres sont mitraillées. Le lendemain l'action est revendiquée par le Groupe du Premier Mai qui, dans des actions postérieures, en relation avec les peines de prison imposés aux membres du groupe de Luis A.Edo, assume également la responsabilité sous un autre nom.

Le 20 août de 1967 l'ambassade américaine à Londres est mitraillée. Un " Mouvement de Solidarité Révolutionnaire International " (MSRI) en revendique la responsabilité. A l'origine le MSRI était composé uniquement par des membres du Groupe du Premier Mai, ce qui montre que plus un groupe a une taille réduite, plus son nom peut être grandiloquent!

Le MSRI se présenta dans un document envoyé à tous les mouvements révolutionnaires du monde, dans lequel sont définies les bases d'une solidarité entre tous les groupes d'activistes, sinon du monde entier, du moins les européens. Signalons immédiatement que cet appel a influencé profondément les groupes créés postérieurement au MSRI. L'exhortation, qui constitue le titre d'une brochure comprend sept points qui peuvent être résumés ainsi :
1 ) Considère que l'unique voie possible de lutte contre le fascisme est la lutte armée.
2) Les divergences idéologiques sont à l'origine de l'inaction.
3) Renonce à tous les partis et toutes les idéologies.
4) Propose que la solidarité se fasse uniquement entre les groupes qui renient l'Impérialisme et la coexistence pacifique.
5) Dénonce tous les capitalismes (privés ou de l'état) comme nocifs pour l'humanité et considère que le véritable objectif révolutionnaire est la liberté pour tous les peuples.
6) Propose l'arrêt des antagonismes doctrinaires.
7) Et, comme aboutissement, une ample union dans un vaste Mouvement de Solidarité International.

A partir de ce programme d'appel, le Groupe du Premier Mai essayera d'établir des liens avec tous les groupes d'activistes d'Europe. A cause du manque de documentation, nous ne savons pas si cette coopération s'est faite. Nous sommes néanmoins convaincus qu'un seul groupe ne peut pas poser 10 bombes en une seule journée : c'est ce qui s'est passé le 12 novembre 1967 après l'assassinat de Che Guevarra dans les montagnes boliviennes un mois plus tôt. Ce jour-là, 8 ambassades et 2 officines de tourismes sont détruits par des fortes déflagrations de dynamite : à Bonn, les ambassades de Grèce, Espagne et Bolivie ; à Rome l'ambassade du Venezuela ; à La Hayes les ambassades des Etats-Unis, Grèce, et Espagne ; à Madrid l'ambassade des Etats-Unis ; à Milan et Genève les bureaux de tourisme espagnol.

Ces 10 attentats sont expliqués, justifiés et revendiqués par le MSRI dans le bulletin d'information numéro 4, apparu vers la fin de 1968, c'est-à-dire quelques mois après les faits. L'objectif de ces actions, selon l'explication donnée, est double :
1) Faire connaître du public, au moyen des agences de presse, les revendications qui motivent ces actions.
2) Montrer, à travers ces revendications, l'escalade de terreur qui se développe dans le monde sous l'égide des Etats-Unis

" L'escalade de la terreur" parrainée par les Etats-Unis était l'un des thèmes favoris des guevaristes. L'influence de Che Guevara en Espagne était grande : des groupes comme le FLP, ainsi que certains courants libertaires, avaient adoptés leur thèses, même si ils remplaçaient par guérilla urbaine la théorie de la guérilla paysanne. Cette influence pouvait expliquer la cascade de bombes du 12 novembre 1967.

Après s'être inspiré du Che pendant un certain temps le Groupe du Premier Mai adhère aux thèses du Mouvement 22 Mars. Daniel Cohn-Bendit, au nom de ce mouvement, affirmait :
Il est impératif d'abandonner la théorie de l'avant-garde dirigeante et d'adopter le concept- beaucoup plus simple et honnête- de la minorité agissante qui agit comme ferment permanent, provocant l'action sans la diriger. La force de notre mouvement réside évidemment dans l'appui à une spontanéité incontrôlable, qui donne une impulsion sans vouloir accaparer à son propre bénéfice l'action qu'elle a mise en marche.

Le Groupe du Premier Mai ainsi que le MIL et les GARI en prennent bonne note. Cette critique anti-autoritaire aboutit, et du "Mai Français" sortent tous les groupes dits "d'extrême gauche", qui ont effectivement pour origine une rébellion contre l'autorité.

Inspiré par le Mouvement 22 mars et à la veille du Mai français, le Groupe du Premier Mai envoie début avril à tous les groupes et organisations anarchistes une étude suivie de 5 propositions. Cette étude intitulée " Pour une pratique anarchiste internationale " considère qu'en fait, il existe un statu quo établi par des groupes sociaux qui se prétendent irréconciliables (URSS, Chine, Etats-Unis) et qu'à partir de ce fait, un anarchiste doit non seulement réaffirmer son anti-étatisme mais aussi assumer une attitude de rébellion permanente inséparable de sa critique de l'autoritarisme.

Pour le Groupe du Premier Mai les principes idéologiques constituent une simple référence démagogique et rien ne peut être attendu des dirigeants politiques ou syndicaux. Selon eux, ni la coexistence pacifique ni la société de consommation n'ont obtenu la disparition des contradictions de notre société qui se manifestent par des conflits armés. Comme solution le groupe affirme l'efficacité de l'action, " tant que celle-ci répond à la ligne idéologique et tactique ", et ce bien que dans ce même document, la seconde conclusion réaffirme que les principes idéologiques constituent une simple référence démagogique.

Malgré cette contradiction, nous pouvons retenir que ce groupe a occupé un carrefour idéologique- carrefour amplement dépassé pendant le Mai français- et qu'à cela il a répondu avec toutes ses connaissances et expériences dont il dispose. L'appel qui se formule à la fin de ce document est tombé dans le néant, étant donné les évènements du mois suivant.

Le Groupe du Premier Mai a disparu dans la tempête de 1968 et n'a plus fait parler de lui jusqu'au 1er mai 1973, date à laquelle il édite un document en forme d'appel : que faire maintenant ? A tous les groupes révolutionnaires, qui sont en accord avec la revendication d'une solidarité révolutionnaire internationale ", dans lequel il suggère a ceux qui ne veulent pas d'une aliénation ni servir de support à la domination ce qui suit :
…. Nous suggérons à tous ceux ayant surpassé les sectarismes idéologiques nocifs et renoncé a la chimère de la lutte légaliste d'unir leurs forces aux nôtres pour susciter l'activisme révolutionnaire sous toutes ses formes, afin de mettre en marche des procédures capables de sensibiliser les masses à la lutte des peuples, des minorités, ou des individus victimes de l'oppression et de la répression des états et du Capital. Cette union peut être basée sur les prémisses déjà énumérées dans nos documents antérieurs à l'explosion révolutionnaire de mai 1968, puisque les causes qui ont motivés leur rédaction sont encore d'actualité tout comme l'efficacité de l'action révolutionnaire anarchiste dans la propagation du sentiment révolutionnaire au sein de la société contemporaine.
Comme les précédents cet appel est resté sans réponse.

Le Groupe du Premier Mai n'a jamais établi des contacts avec le MIL, même si plus tard, Alberto Alberola(3), ancien membre de ce groupe et Jean-marc Rouillan, ancien membre du MIL qui avait réussi à s'échapper, ont vu leurs noms réunis par les cironstances- et contre leur volonté dans le dossier GARI.

1. Luis A.Edo et quatre militants du FIJL ont été détenus le 27 octobre 1966 à Madrid et ont été accusés d'être en possession d'un abondant arsenal (mitrailleuses, pistolets et une grande quantité de dynamite), ainsi que du séquestre de monseigneur Ussía.
2. Mouvement étudiant à l'origine des événements de mai 1968. Daniel Cohn-Bendit et Geismar en étaient membres. Ce dernier provoqua plus tard une scission du Mouvement du 22 Mars, de laquelle surgit La Cause du Peuple (d'inspiration Maoiste marxiste-léniniste).
3. Deux ans après l'enlèvement de monseigneur Ussía, Alberola fut détenu pour possession prohibée d'armes et séjour illégal en Belgique. En réalité il était surtout craint car on le considérait comme " le chef " (qualification donnée par le journal fasciste ABC) du Groupe du Premier Mai.

texte traduit de l'espagnol par les Increvables Anarchistes.

MIL : Mouvement Ibérique de Libération, auquel appartenait Salvador Puig Antich
GARI :
Groupe d'Action Révolutionnaire Internationaliste. Groupe clandestin français (du sud-ouest) qui a organisé plusieurs actions contre le franquisme. Certains de ses membres furent liés à la fondation d'Action Directe.

"Cette guerre européenne qui commença en Espagne ne pourra se terminer sans l'Espagne." A. Camus, le 7 septembre 1944 in Combat.


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