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surréalistes et la révolution sociale Silence ! il n'est pas de solution hors de l'amour ". (A. Breton avril 1929) |
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Pour ceux qui à notre époque abordent pour la première fois le surréalisme sans connaître les créateurs du mouvement, sans les avoir jamais rencontrés, la première sensation ressentie est celle du rire. Un rire qui est celui que l’on ressent devant une évidence telle que l’on se trouve confondu de ne l’avoir pas reconnue plus tôt. Pareille à la lettre volée de Poe, l’innocence première du surréalisme sera sa propre barrière vis à vis des gens sérieux et des chercheurs. Car lorsque l’on connaît cette évidence là, il n’est plus besoin de fouiller dans l’enchevêtrement des moyens d’expression pour créer. Cette innocence, " Innocence sans laquelle il ne saurait y avoir d’appréhension affective de l’oeuvre d’art et qui nous quitte au soupçon d’un piège ", la clé des champs est pour Breton et ses amis le synonyme de l’amour. C’est cette passionnante ouverture à pleins bras sur la vie, cette croyance en l’Homme et en lui seul, débarrassé de toute obligation extérieure, qui permit au surréalisme de changer complètement la vie. C’est une terre ferme, aujourd’hui plus que jamais, mais avec ce qu’il faut d’insolence pour ridiculiser l’intellectualisme. Aucune compromission n’étonne aujourd’hui. Que ce soient les douteuses déclarations d’un Steinbeck, face au Viêt-nam, les faux fuyants d’un Camus envers l’Algérie ou la "destinée" d’un Malraux, de l’Espagne au Gaullisme. Rien n’a plus d’importance, car on sait que jamais le surréalisme ne trahira, que la signature de Breton au bas d’un manifeste sera toujours garant de sécurité intellectuelle, un gage de pureté. Breton et ses amis apparaissent, vis à vis de qui ne les connaît pas personnellement, comme ceux qui peuvent se permettre de rire, parce que jamais l’ombre d’une compromission n’a pu leur être reprochée. L’intransigeance qu’on leur reproche habituellement fait maintenant figure de vigilance visant à conserver intact un des seuls mouvements totalement propres de notre époque. La lutte incessante pour la culture, qui fut celle de Breton, devait amener le mouvement à se placer "au-dessus" de toute critique, chaque prise de position en face de telle ou telle œuvre, ou mouvement, ou tentative, faisant alors jugement indiscutable et sans réplique. Il est impossible de ne pas être surréaliste à un moment ou à un autre, si l’on se réclame de la révolte et de la remise en question de tous les systèmes sociaux existants. Breton écrit dans "la claire tour" : Où le surréalisme s’est pour la première fois reconnu, bien avant de se définir à lui-même et quand il n’était encore qu’association libre entre individus rejetant spontanément et en bloc les contraintes sociales et morales de leur temps, c’est dans le miroir noir de l’anarchisme. Anarchie ! ô porteuse de flambeaux ! Qu’ils s’appellent non plus Tailhade, mais Baudelaire, Rimbaud, Jarry que tous nos jeunes camarades libertaires devraient connaître comme tous ils devraient connaître Sade, Lautréamont, le Schwob des " paroles de Monelle ". " Pourquoi une fusion organique n’a-t-elle pu s’opérer à ce moment entre éléments anarchistes proprement dits et éléments surréalistes ? j’en suis encore, vingt-cinq ans après, à me le demander... Les surréalistes ont vécus sur la conviction que la révolution sociale étendue à tous les pays ne pouvait manquer de promouvoir un monde libertaire (d’aucun disent d’un monde surréaliste, mais c’est le même). Tous au départ, en jugèrent ainsi y compris ceux -Aragon, Eluard- qui par la suite, ont déchu de leur idéal premier jusqu'à se faire dans le stalinisme une carrière enviable (aux yeux des hommes d’affaires... On sait assez quel impitoyable saccage a été fait de ces illusions durant l deuxième quart de ce siècle . Par une affreuse dérision, au monde libertaire dont on rêvait, s’est substitué un monde où la plus servile obéissance est de rigueur, où les droits les plus élémentaires sont déniés à l’Homme, où toute vie sociale tourne autours du policier et du bourreau. Comme dans tous les cas où un idéal humain en arrive à ce comble de corruption, le seul remède est de se retremper dans le grand courant sensible où il a pris naissance, de remonter aux principes qui lui ont permis de se constituer. C’est au terme même de ce mouvement, aujourd’hui plus nécessaire que jamais, qu’on rencontrera l’anarchisme et lui seul... Cette conception d’une révolte et d’une générosité indissociables l’une de l'autre et, n’endéplaise à Albert Camus , illimitables l’une comme l’autre, sans réserves les surréalistes aujourd’hui la font leur. Dégagée des brumes de mort de ce temps, ils la tiennent pour la seule capable de faire resurgir, à des yeux d’instant en instant plus nombreux. La claire tour qui sur les flots domine ! Les surréalistes seuls n’ont jamais senti le besoin de se justifier. Breton, dans un texte attaquant Albert Camus, disait : le mot alibi est affreux, il est du vocabulaire de la répression. Il n’y a que les imbéciles qui ont besoin qu’on s’explique sur une attitude aussi claire que celle qu’ont adoptée les surrréalistes. André Breton, pour qui les poésie , la révolte en fait toute création, se réumait dans le mot " amour ", auquel il a donné sa vraie valeur à une époque où le " sentiment " est sans cesse ramené à son niveau le plus bas, est certainement un des hommes les plus marquants de notre temps. Jean Rollin
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