|
Plusieurs sites
sur Georges Brassens :
Brassens.com
Toutes
les
chansons
en ligne,...
|
Après la liberation, Georges Brassens est permanent pendant plusieurs années
au sein de l'équipe rédactionelle du Libertaire. il rédige des "Billets" dont voici deux exemples.
18 octobre 1946
ARAGON A-T-IL CAMBRIOLÉ L'ÉGLISE DE BON-SECOURS ?
C'est arrivé à Rouen ou, plus
précisément à Blaneville Bon-Secours, petite commune des environs de Rouen.
Trouvant que les calices en or et en argent massif ainsi que les colliers
de pierres précieuses n'étaient pas nécessaires à la pratique du culte
de la religion de Jésus-Christ - lequel comme chacun sait préconisait
la pauvreté - des inconnus se sont amusés à fracturer les portes de la
basilique de Bon-Secours et à rafler les susdits précieux objets. Jusque-là*,
rien d'extraordinaire, rien d'alarmant. Des individus s'aperçoivent que
dans une église dorment, inutiles, des valeurs susceptibles de leur accorder
le pouvoir d'achat qui leur fait défaut.
Ils s'en emparent.
C'est normal, c'est légitime. Il faudrait être détraqué pour trouver à
redire à cela. Mais où l'affaire se corse, c'est lorsque des policiers
amateurs(il y en a plus qu'on ne pense), s'avisent d'établir une corrélation**
entre ce "vol" et celui commis en 1927par le poète Louis Aragon au préjudice
de l'église de Melun et de signaler ce dernier à l'attention des enquêteurs.
Grossière, fâcheuse méprise à la vérité. Aragon est absolument incapable
d'accomplir aujourd'hui un acte aussi noble, aussi grand. Entièrement
soumis à la force capitaliste, il ne voudrait pour rien au monde la frustrer
du moindre centime. Et d'ailleurs, lui, quand il volait, ce n'était pas
dans un dessein de lucre, il volait pour voler, tout simplement.
C'était du beau lyrisme, nous en convenons. Mais de là à oser lui faire
endosser l'honneur de la paternité du cambriolage glorieux de la basilique
de BonSecours, il y a du chemin. C'est à notre avis pousser un peu loin
l'inconscience.
Aragon n'a pas besoin de voler.
Géo Cedille
Brassens avec
le Monde libertaire (1954)
27 septembre 1946,
LE HASARD S'ATTAQUE A LA POLICE
Si le hasard n'est pas encore
la divinité officiellement reconnue par les doctrines anarchistes, il
n'en est pas moins le seul système logique admis par les quelques hommes
de bon sens que préoccupe le grave problème de l'intervention supérieure.
C'est là une de ces vérités premières avec lesquelles on ne badine pas.
Bien mieux. C'est une vérité première dont tout un chacun doit se pénétrer
s'il veut comprendre la ferveur de la foi qui anime certains individus
en face des miraculeuses manifestations de ce Dieu : le hasard. Principes
et constatations sont posés.
Et maintenant, je vous le demande un peu, pourquoi ce dieu qui s'appelle
le hasard ne ferait-il pas aussi bien les choses que le Dieu des catholiques,
le dénommé Jésus-Christ. S'il ne les fait pas aussi bien, il faudra lui
rendre cette justice qu'il ne les fait pas plus mal.
Car, soit dit en passant, les zélateurs de la religion catholique sont
bien obligés d'imputer à leur fétiche tout puissant, Jésus-Christ, la
conception et la réalisation des sanguinaires mise en scène que sont les
guerres mondiales.
Obligés de lui reconnaître une intervention personnelle dans les catastrophes
ferroviaires et autres fariboles qui ne constituent pour lui que les plus
inoffensifs et dilettantiques passe-temps.
Contraints enfin de l'inculper de complicité bienveillante dans
la corruption, la vénalité et la pourriture des individus
et des temps. Le revers de la médaille... quoi... Et bien, cette
semaine, ce dieu, le hasard, que nous avons du moins l'indulgence de
considérer comme irresponsable, nous a donné l'occasion
de nous réjouir. Un pandore a été
écrasé. Et par inadvertance encore.
La satisfaction que nous procure le fait, s'ajoute le plaisir causé par
les circonstances. En effet, qui ne verrait dans cette inadvertance la
magistrale et pour une fois heureuse intervention du hasard. C'est à la
plume d'un rédacteur de l'Aurore que nous devons la bonne nouvelle. Il
ne s'en doutait pas le malheureux.
Ce spirituel personnage nous apprend qu'un cycliste surpris par le sifflet
d'un gendarme, perd le contrôle de sa machine et tue le représentant de
l'autorité. Bien sûr, le hasard a fait le modeste. Il s'est contenté de
peu. Un flic n'est qu'un flic, si abject soit-il... Et nous n'ignorons
pas qu'en dépit de son trépas des milliers d'autres flics continuent malheureusement
à vivre et à empuantir le pauvre monde. Pourtant, nous ne négligeons pas
les petites satisfactions. Et si pour notre part, nous rêvons de gigantesques
écrasements de légions de policiers par des légions de cyclistes, nous
ne pouvons tout de même que nous réjouir de l'événement qui nous vaut
la disparition d'un membre de la police. C'est un début. Notre dieu, le
hasard, à l'instar du fétiche Jésus-Christ, ne se satisfait pas de prières.
Aussi nous bornerons-nous à formuler l'espoir d'une heureuse continuation,
après avoir applaudi à cette première initiative.
Comment ! diront les honnêtes gens, cette fois c'en est trop !
Les voyous du "Libertaire" osent se réjouir ouvertement de la mort d'un
individu et souhaiter encore la mort d'autres individus! Voilà qui dépasse
les bornes du cynisme ; atteint au pinacle de la monstruosité.
Nous pourrions objecter fort justement qu'un flic n'est pas un individu.
Mais afin de prouver que nous ne sommes ni des monstres ni des cyniques,
afin de prouver que nous n'en voulons pas à la vie d'autrui, quand cette
vie serait celle d'un flic, afin de prouver en un mot que nous avons un
idéal humanitaire, nous nous contenterons de leur répondre que nous ne
nous réjouissons qu'en apparence.
Qu'au fond nous déplorons la fin malheureuse d'un homme, quel qu'il soit,
car peut-être celui-ci était-il trop bête pour faire autre chose qu'un
gendarme et par conséquent irresponsable de sa bêtise. Qu'au fond nous
plaignons la veuve et les enfants qu'il laisse peut-être et qui sont également
irresponsables de la position conjugale ou paternelle.
Qu'au fond, tout cela est bien triste et que nous maudissons le hasard...
oui. Mais que diable !
Pourquoi les gendarmes ont-ils des sifflets et pourquoi y a-t-il des gendarmes
!...
Gilles COLIN
mise en scène, **sur.
1954, Brassens
déjà tête d'affiche.
Autres
articles :
Georges
Brassens le Libertaire ; Prévert
un poète libertaire ;
Surréalisme
et Anarchisme ; André
Breton est Mort ! ; le surréalisme, c'est l'insurrection de
l'esprit ;
Albert Camus et
la pensée libertaire ; Art et contestation (Michel Ragon)
1947,
la grève de Renault contre la CGT ;
1945- 196... Qui
étaient les Nacos (nationaux communistes) ?
A
lire :
Brassens
libertaire (Marc
Wilmet) ;
Poèmes
et chansons Brassens
(Points collection) ;
|