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Maurice Joyeux relit Albert Camus. |
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Voici enfin rassemblée toute cette partie de l'œuvre de Camus qui, par-dessus la littérature, fut « un effort pour comprendre son temps ». Et cet ouvrage qui compose le deuxième volet de l'œuvre complète de l'écrivain, réunit sous la jaquette élégante de la célèbre collection, paraît alors que celui-ci a disparu depuis six ans. C'est un événement littéraire! Je ne dirai rien des éloges au vitriol déversées par la bourgeoisie dans les hebdomadaires littéraires qui font fortune auprès des intellectuels de sous-préfecture. Après tout, c'est de bonne guerre. Mais on ne peut vraiment pas passer sous silence les réflexions des « intellectuels de gauche ». Camus fut le seul écrivain, au lendemain de la dernière guerre, parmi cette génération brillante qu'on nomma les « Mandarins », à refuser la facilité qu' offraient la religion, l'imposture marxiste ou le confort intellectuel qui est le lot de la bourgeoisie voltairienne. Oui Camus de 1950 fut résolument contre, et les bougres ne lui ont pas pardonné. Pourtant les règles du jeu étaient une fois pour toutes établies dans les cénacles qui entourent le clocher de Saint-Germain-des-Prés. On était bourgeois intellectuel, on avait sucé son premier lait chez Maurras en lisant le journal de papa, puis la révolte des ventres honteux d'être pleins, vous jetait dans les bras de Marx, juste le temps de sentir la sueur, de tâter la musculature du responsable local de la cellule, pour enfin finir dans les bras de Sartre. Bien sûr, après on essayait de voler de ses propres ailes, mais en gardant à portée de plume la référence au maître qui assure le sérieux du propos. Camus lui a refusé ça, pour chercher et découvrir une autre voie qui, à travers la constatation de l'absurde conduisait à une révolte qui certes, pouvait assumer le meurtre mais dans la mesure où ce meurtre resterait la ressource suprême que le droit même ne justifierait pas. Et ce refus, tous ces jeunes vieillards qui opèrent à L'Observateur ou à L'Express ne lui ont pas pardonné et on a vu un personnage que je ne nommerai pas, mais qui gribouille dans une de ces feuilles, se reposer gra vement la question que déjà posaient les Bourdet et les Martinet au moment de la disparition de l'écrivain : mais que propose donc Camus ? Ce que Camus a surtout proposé dans les ouvrages réunis dans ce volume, c'est d'échapper au dilemme imbécile que les maîtres à penser imposent à notre génération: Marx ou Maurras. Et à ces intellectuels il a opposé « les pensées révoltées, celles de la Commune ou du syndicalisme révolutionnaire qui n'a cessé de nier cette exigence (l'absolutisme historique) à la face du nihilisme bourgeois comme à celle du socialisme césarien . » Aujourd'hui un certain nombre de ces intellectuels marxistes issus de la bourgeoisie viennent se frotter en ronronnant contre les militants libertaires comme il le firent en d'autre temps contre les syndicalistes de la CG T-U. Le temps passe, les intellectuels évoluent (regardons ce que sont devenus ceux qui en 1936, écrivaient dans Vendredi ) , mais la condition des travailleurs reste une condition de classe. Oui, profitons de la réédition d'une partie de son œuvre pour relire Camus. J'ai déjà dit mon peu de goût pour les préfaciers, les commentateurs, que frauduleusement les éditeurs glissent entre les pages de l'ouvrage d'un écrivain dans l'impossibilité de protester contre ce viol. Ce ne sont pas les notes ou les textes que R.Quilliot a cru devoir ajouter qui me feront changer d'avis sur ces méthodes qui relèvent de l'abus de confiance. M. Joyeux in le livre du mois- Le Monde Libertaire N° 61 (avril 1966)
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