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Novembre
1956, appel des
conseils ouvriers
de Budapest.
Sur
la Hongrie
de 1956 :
clic !
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" On a prétendu
que l'U.R.S,S. défendait à Budapest ses intérêts nationaux.
c'est à la fois vrai et injuste. Pour l'U.R.S.S., pays socialiste,
les intérêts nationaux ne se distinguent jamais des intérêts du socialisme."
Jaul-Paul Sartre.
"La ruse suprême de l'époque moderne, c'est que les assassins d'aujourd'hui se sont assimilé le rythme de l'histoire et que c'est désormais au nom de la démocratie et du socialisme que la mort policière fonctionne, en Algérie comme en Hongrie."
Le groupe surréaliste
Dix ans, c'est beaucoup pour
la mémoire, mais c'est peu pour la vérité historique, les passions demeurent,
surtout si leurs causes débordent largement l'événement lui-même.
La révolution hongroise a été plus qu'un soulèvement national, ce fut
véritablement le test décisif pour la déstalinisation, elle a montré que
le stalinisme n'était pas une anomalie temporaire du communisme d'Etat,
mais simplement une extériorisation de sa véritable nature, elle a aussi
montré que jamais la dictature du prolétariat ne s'effacerait devant la
gestion directe par les ouvriers, même si les conditions en sont remplies
comme c'était le cas en Hongrie ; industrialisation, prise de conscience,
du prolétariat. Elle a confirmé que, quel qu'ait pu être l'endoctrinement
la première revendication ouvrière demeure toujours la gestion de l'entreprise
par les ouvriers, même si celle-ci ne débouche pas toujours sur une contestation
de l'Etat et du pouvoir centralisé, quel qu'il soit.
LES EMEUTES
Il faut d'abord resituer la révolution hongroise, pour cela quelques dates
:
- Juin 1953 insurrection à Berlin Est
- Février 1956 XXè congrès du parti Communiste de l'URSS
- Juin 1956 émeutes à Poznan
- 20 octobre 1956 Gomulka, élu à la tête du parti, fait le procès de la
politique économique stalinienne
Ainsi les hongrois espèrent que pour eux aussi, la déstalinisation va
se traduire dans les faits : retour de Imre Nagy et élimination des staliniens,
Rakosi en tête. C'est dans cet esprit qu'ils se rendent aux défilés du
cercle Petöfi et de I'Union des Ecrivains du 23 octobre.
Une suite de maladresses vont transformer ces manifestations pacifiques
et aux objectifs limités (1) en une révolution qui va se propager dans
tout le pays.
La manifestation est interdite, puis enfin autorisée, ce qui témoigne
d'un manque certain de sang-froid et de confiance dans l'armée et la police
hongroises, manque de confiance qui se trouvera amplement justifié par
la suite. Le discours de Gerb, premier secrétaire du parti, attaquant
le caractère nationaliste de la manifestation au lieu de répondre aux
revendications : essentiellement le retour de Nagy, ne fait qu'envenimer
les choses.
Les manifestants attaquent alors l'immeuble de la radio, répondant aux
provocations de la police secrète ; l'armée appelée en renfort sympathise
avec les émeutiers.
Le politburo fait appel -48 heures trop tard- à Nagy, mais aussi à l'armée
russe, qui en fait se dirigeait sur Budapest depuis 2 ou 3 jours. Les
combats se poursuivent dans de nombreuses villes, cependant dans certains
cas, l'armée russe fraternise avec les insurgés.
Nagy s'efforce de rétablir l'ordre et d'arrêter les combats, ce qui se
fait progressivement, un accord est même signé pour l'évacuation des troupes
russes qui commence le 30 octobre, retardée par de nombreux incidents.
Un peu partout sont apparus des conseils ouvriers, initiative qui fut
même encouragée par le gouvernement, solution de désespoir qui précéda
le rappel de Nagy. Ces conseils ne veulent pas remplacer le pouvoir officiel,
ils veulent simplement faire pression sur le gouvernement pour le retour
de Nagy, l'évacuation des troupes russes, et la réorganisation de l'économie.
Mais avec les événements, ils vont prendre en main l'économie, payant
les ouvriers, distribuant les vivres, organisant la défense contre les
chars russes.
LE GOUVERNEMENT NAGY
Nagy arrive au pouvoir en pleine lutte contre les soldats russes, avec
la grève générale décidée par les conseils ouvriers. Il doit donc négocier
avec la Russie et aussi avec lu conseils, il reçoit ceux-ci et se trouve
devant une décision inévitable à prendre : le retrait du pacte de Varsovie
et l'évacuation des troupes russes de toute la Hongrie.
C'est ce qu'il annonce le 1er novembre à Andropov, l'ambassadeur soviétique.
Le 3 novembre Nagy forme un nouveau gouvernement, et chose extraordinaire,
on y voit réapparaître les anciens partis balayés par le stalinisme, les
sociaux-démocrates, les petits propriétaires.
Ce sera l'argument essentiel pour affirmer que l'on se trouve en présence
d'une contre-révolution, et par là même justifier la seconde intervention
russe.
On peut cependant citer Tildy, leader des petits propriétaires, qui déclare
le 2 novembre :
La réforme agraire est un fait acquis. Bien entendu, les kolkhoses
disparaîtront, mais la terre restera aux paysans. Les banques, les mines
demeureront nationalisées, les usines resteront la propriété des ouvriers.
Nous n'avons fait ni une restauration, ni une contre-révolution. mais
une révolution.
Ici, l'obligation dans laquelle s'est trouvé Tildy de faire cette déclaration
importe plus que la sincérité de son propos. Malgré les promesses soviétiques,
leurs troupes continuent à entrer en Hongrie, les soldats croyant combattre
des fascistes et même des Américains.
C'est alors le choc inévitable, les Russes, prudents, attirent l'état-major
hongrois dans un guet-apens et le 4 novembre à l'aube, les chars russes
entrent dans Budapest, amenant dans leurs cantines Kadar qui avait déserté
le gouvernement Nagy le soir du 1er novembre.

L'ECRASEMENT DE LA
REVOLUTION
Rapidement, l'intervention russe, minutieusment préparée avec de nouvelles
troupes, de nombreux soldats s'étant retrouvés en Sibérie après la première
intervention, vient à bout des ouvriers et paysans armés et d'une grande
partie de l'armée hongroise.
Nagy et des membres de son gouvernement se réfugient à l'ambassade de
Yougoslavie, ils seront arrêtés à leur sortie le 22 novembre, puis exécutés,
malgré les promesses soviétiques.
Kadar a ainsi le champ libre pour réorganiser le pays et se livrer à une
terrible répression, 2 000 exécutions, 20 000 emprisonnés, 200 000 émigrés.
Grâce à une aide massive de la Russie et de la Tchécoslovaquie, Kadar
fera connaitre à la Hongrie un bien-être inconnu qui fera oublier beaucoup
de choses.
L'OPINION INTERNATIONALE
Il est assez curieux que cette révolution ait fait la presque unanimité
des pays étrongers sur sa nature soi-disant contre-révolutionnaire, les
pays socialistes justifiant l'intervention russe, les pays occidentaux
étant prêts à accueillir la Hongrie dans leur camp.
Ce qui fait que jamais révolution n'a été si mal comprise, les journaux
de l'époque rivalisant de mensonges et d'omissions, l'Humanité , affirmant
que les conseils sont "constitués par des aventuriers et des éléments
du lumpen prolétariat" et que ce sont les ouvriers hongrois qui se battaient
contre des fascistes. La presse occidentale et surtout la radio ont joué
un rôle d'excitation peu reluisant, Nagy est peut-être allé jusqu'à croire
que l'ONU protégerait sa neutralité, c'était trop lui demander !
Pour la France et l'Angleterre, celles-ci étaient trop occupées à "l'expédition"
de Suez pour s'inquiéter de la Hongrie.
LES CONSEILS OUVRIERS
Du 24 au 28 octobre se formèrent partout en Hongrie des conseils ouvriers,
spontanément et très souvent sur l'impulsion de membres du parti, On a
pu connaître leurs revendications par les postes radio qu'ils contrôlaient,
ils ont, au début, assuré la marche administrative des provinces, ravitaillement,
paiement des ouvriers, puis leurs revendications politiques, qui primitivement
visaient au retour de Nagy, devinrent plus précises, ils imposèrent le
retrait du pacte de Varsovie. demandèrent le départ des troupes soviétiques
et la disparition des traces de l'ancien régime, traces qu'ils avaient
fait disparaître dans leurs usines, délégués des syndicats et du parti
chassés. dossiers de mouchardage détruits... Leur prétention essentielle
était d'assurer la marche des usines par une gestion directe des ouvriers,
gestion qu'ils croyaient possible sous le gouvernement de Nagy.
Mais lors de la seconde intervention soviétique, leeur analyse alla au-delà,
ils envisagèrent une véritable fédération des conseils ouvriers, projet
étouffé dans l'œuf par l'armée rouge (2).
Ils continuèrent à négocier avec le gouvernement Kadar, mais celui-ci
reprenant la situation en main arrêta près de 300 membres des conseils
du 5 au 8 décembre, les derniers membres des conseils furent emprisonnés
en. juillet, la dissolution officielle datant de décembre.
Ces conseils ont donc constitué une force spontanément organisée qui avait
des revendications socialistes et qui s'opposait à l'appareil communiste,
ce n'était pas un retour en arrière mais une véritable révolution, et
en aucun cas cette fête, qui selon M. Sartre, est la preuve que les masses
demandaient un "gomulkisme" hongrois : rien de plus, rien de moins. Et
c'est en essayant de voir ces réalités que l'on peut dire que la révolution
hongroise a montré que le "socialisme" des pays de l'Est n'a pas
plus résolu ses contradictions que le tsarisme ou le capitalisme qui ont
eux aussi vu ces révolutions, on ne peut séparer la formation des conseils
ouvriers en Hongrie de celle des soviets en Russie en 1905 et 1917 ou
de celle des conseils allemands de 1917 à 1919.
DES SOVIETS ET DES CONSEILS
Il y a cependant un certain nombre de différences entre ces expériences
historiques.
Les conseils hongrois eurent en effet des revendications nationalistes,
qui s'expliquent par la véritable colonisation que la Russie faisait subir
à la Hongrie, ce nationalisme peut expliquer, en partie, la grande confiance
qu'ils eurent en un gouvernement centralisé, alors qu'en Allemagne, à
la fin d'une guerre revancharde, et par lassitude de celle-ci, des conseils
firent rapidement sécession, formant la république des conseils de Bavière
sous l'impulsion des anarchistes Landauer et Mühsam et de Ernst Toller.
La peur de prendre le pouvoir des conseils hongrois peut également s'expliquer
par une propagande stalinienne empêchant toute autre forme de pensée.
La révolution hongroise restera pour nous, une étape importante car les
soviets anti-soviétiques, cas conseils-ouvriers anti-staliniens, nationalistes,
démocratiques, qui ont surgi avec une spontanéité surprenante, comme par
un coup de baguette magique, dans les centres industriels de la Hongrie,
démontrent en même temps qu'on peut toujours faire confiance à la spontanéité,
à l'esprit créateur de la classe ouvrière " (3).
Ambroise Lataque
(Monde Libertaire 1966)
(1) A ce propos.
voir tes 10 points du Cercle Petöfi réclamant le retour de Nagy et l'établissement
d'une démocratie socialiste.
(2) Nombreux articles sur les conseils ouvriers hongrois dans "Socialisme
ou Barbarie (N° 20 à 23).
(3) F. Fetjö, "Esprit", - 12. décembre 1956 et auteur de " Budapest 1956"

Mettre sur le
même plan l'impérialisme Américain et Stalinien était
très mal vu à l'époque.
Autres
articles :
1956,
appel des conseils ouvriers de Budapest ;
André
Breton est mort ; surréalisme
et anarchisme (texte sur l'insurection hongroise) ;
Erich
Mühasm et les conseils de Bavière ;
Bavière 1919 république ou révolution ;
Libérez
babar ! (Pologne 1982) ; Interview
d'un libertaire polonais et tract anatimilitariste du RSA (1983) ;
Résistances
anarchistes en URSS (1921 193....) ;
Hongrie
Soleil Levant (Déclaration du goupe surréaliste)
A
lire :
Insurections
de la liberté (Espagne 36, Hongrie 56) ;
La révolution Hongroise de 1956, Journal d'un témoin
;
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