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La Fédération
Anarchiste devant les grands problèmes actuels.
Les militants anarchistes, réunis en congrès, les 6 et 7
octobre,
puis le 2 décembre 1945, ont pris les résolutions suivantes
:
Le syndicalisme,
Constatant :
Que les grands courants qui se disputent l'influence au sein de la C.G.T.
ont pris une physionomie nettement réformiste.
Que les mots d'ordre des organisations syndicales s'inspirent de la collaboration
avec l'Etat capitaliste et le patronat;
Que les politiciens tentent de détourner les luttes des travailleurs
au profit de leurs partis respectifs, sans tenir compte des intérêts
des syndiqués.
Que la prédominance de groupes syndicaux puissants représentant
des intérêts extrasyndicaux au sein de la F.S.M. risque d'entraîner
nos organisations syndicales dans une nouvelle guerre idéologique
à la suite des impérialismes se disputant les richesses
du monde.
Décident d'appeler
tous les travailleurs à la lutte sur les bases suivantes :
Pour un syndicalisme de REVENDICATIONS ET DE LUTTE DE CLASSE;
Pour un syndicalisme antimilitariste et laïc ;
Pour un syndicalisme indépendant des partis politiques ;
Pour un syndicalisme expurgé d'une bureaucratie de carrière
;
Pour un syndicalisme de lutte contre toutes les guerres ;
Pour un syndicalisme militant vers son véritable but, tel que la
défini la Charte d'Amiens : abolition du salariat et du patronat
en vue de l'émancipation intégrale de tous les travailleurs
avec, comme moyen d'action, la grève générale. Le
syndicat de groupement de résistance et de combat qu'il est aujourd'hui,
étant demain groupe de production et de répartition de l'économie,
gérée par les travailleurs eux-mêmes.
La page syndicale
du Libertaire.
L'Antimilitarisme
La Fédération Anarchiste décide d'intensifier la
lutte antimilitariste.
Elle constate : que dans tous les pays, quelle que soit la forme de leur
gouvernement, le militarisme est le meilleur outil que possède
l'appareil d'Etat pour opprimer les hommes ;
Que l'existence d'une armée engendre la méfiance de l'Etat
voisin dont l'objectif devient alors d'en créer une plus forte
et par là même de déclencher cette course aux armements
qui amène fatalement la guerre;
Que l'existence d'une armée est incompatible avec les buts que
prétendent se fixer les grandes puissances alliées, signataires
de la Charte de l'Atlantique ;
Que l'existence d'une armée est incompatible avec l'esprit internationaliste
et la morale révolutionnaire qui doit demain régir les rapports
entre les peuples ;
Que l'existence d'une armée est incompatible par les charges qu'elle
impose à la nation et par l'esprit de caste qu'elle forge aux militaires,
avec les buts des travailleurs du monde entier : la libération
de l'Homme par la suppression de son exploitation par une minorité
de privilégiés.
En conséquence,
la Fédération Anarchiste condamne tous les militarismes,
quels qu'ils soient, et demande la suppression de toutes les forces militaristes.
La
question coloniale
Les anarchistes, réunis en Conférence Nationale, le 2 décembre
1945, après avoir pris connaissance du rapport colonial présenté
par la Commission Administrative, élèvent une vigoureuse
protestation contre les méthodes colonialistes des différents
impérialismes ;
S'indignent que, six mois après la cessation complète des
troupes appartenant à des gouvernements signataires de la Charte
de l'Atlantique continuent à massacrer des populations soulevées
pour défendre leur indépendance ;
Dénoncent à la conscience humaine le jeu des impérialismes
libéraux à la recherche de matières premières
et de bases stratégiques qui n'hésitent pas à fomenter
des troubles et à se servir des légitimes aspirations des
peuples coloniaux pour essayer d'évincer la concurrence.
Les anarchistes réclament pour la population d'outre-mer le droit
à la liberté, au travail dans l'indépendance, le
droit de disposer de leur propre destinée en dehors des rivalités
de clans qui déchirent le monde actuel. Ils les assurent de leur
solidarité dans la lutte qu'ils doivent mener contre l'oppression
de tous les impérialismes, quel que soit le visage qu'ils prennent
pour camoufler leurs appétits.
La
Liberté individuelle
Constatant que la liberté absolue est un mythe, mais que la vie
en société n'exclut pas toute liberté individuelle.
Constatant que la liberté individuelle et d'expression -malgré
certaines propagandes et apparences- n'est respectée dans aucun
pays du monde.
La Fédération Anarchiste engage ses militants à lutter
de toute leur force contre la cause d'un tel état de fait, le capitalisme
et son moyen d'action : l'Etat.
La Fédération Anarchiste demande que rien ne soit épargné
pour que triomphe le fédéralisme libertaire, base de toute
liberté ;
Convie ses militants à réagir en tout lien et tout moment
dès qu'une atteinte - si minime soit-elle - est portée à
la liberté de la presse, de réunion, du travail ;
S'élève contre l'esprit des nationalisations qui ne font
que renforcer les pouvoirs de l'Etat et demande que lui soit substitué
celui des collectivisations sous l'égide des communes libertaires.
La Fédération Anarchiste conjure tous ses adhérents
à lutter contre le principe d'autorité qui régit
l'Enseignement ;
S'élève contre l'école libre -génératrice
d'obscurantisme et de renoncement à la lutte émancipatrice-
et le monopole d'Etat. Elle s'engage à aider par sa propagande
l'école rationaliste et les tentatives amorcées par nos
camarades instituteurs pour la libération de l'enfant.
Tenant compte des circonstances actuelles et estimant que de deux maux
il faut choisir le moindre, la Fédération Anarchiste aidera
l'école laïque par tous les moyens dont elle dispose -momentanément
et en faisant des réserves- dans sa lutte contre l'école
confessionnelle.
La
question Allemande
Les anarchistes, fidèles à leur idéal antimilitariste
et internationaliste, déclarent que le prolétariat allemand
actuellement aussi enchaîné qu'il y a douze ans, est mis
dans l'impossibilité de se libérer et qu'il appartient au
prolétariat international de contribuer à cette libération
;
Que les travailleurs du monde entier ne peuvent oublier que le développement
du nazisme n'a été rendu possible qu'en raison de la détresse
économique dans laquelle le capitalisme mondial avait plongé
le peuple allemand ;
Que les premières victimes de la répression hitlérienne
dans les camps de concentration allemands ont été d'abord
les militants antifascistes et particulièrement les anarchistes
allemands, ceci dès l'apparition du nazisme en 1933.
Qu'en conséquence il y a lieu de distinguer dans les responsabilités
le peuple allemand et le régime hitlérien.
Ils dénoncent les manuvres du capitalisme et de l'impérialisme
international qui, sous couleur de réparations, se livrent à
une exploitation éhontée ; ils démontreront -à
l'intérieur des syndicats et dans leur propagande que si le nazisme
plaçait le peuple allemand au-dessus des autres peuples, le placer,
par contre, au-dessous serait faire revivre le nazisme sous une forme
nouvelle.
Ils s'insurgent contre l'emploi de la main-d'uvre prisonnière
qui ne peut profiter qu'au patronat français et concurrencer le
prolétariat.
ils demandent aux syndicats d'exiger le retour chez eux des prisonniers,
sans s'opposer toutefois à ce que certaines formations de volontaires
telles que "S.S.", y compris tous les officiers, soient employés
à des travaux dangereux, tels que le déminage.
Les anarchistes affirment aux ouvriers français que les ouvriers
allemands sont aussi des victimes de classe et qu'il y a lieu de rétablir
en Allemagne la liberté syndicale et d'expression. C'est dans la
mesure où le peuple allemand recouvrera sa liberté qu'il
pourra être facteur de paix et que les peuples n'auront pas à
subir -une troisième guerre mondiale.
le groupe
de Toulon après la libération (1946 ou 1947)
Le
problème de la Paix
La Fédération Anarchiste déclare que le problème
de la paix ne peut être utilement examiné que selon les données
suivantes :
Les conflits entre individus comme entre nations sont le résultat
du système capitaliste et étatique. L'éducation et
en général toutes les méthodes d'enseignement employés
par les différentes puissances ont pour objet de prédisposer
l'ensemble de la population à l'acceptation et à la défense
d'un tel régime.
La Fédération Anarchiste, tout en n'admettant pas la violence
comme principe, considérant qu'il ne doit être perdu de vue
que tous les régimes d'exploitation en font leur moyen d'oppression
et de conquête ; que la libération économique et sociale
des peuples exige une action vigilante de la part des travailleurs et
que cette action peut même se présenter sous la forme directe
et révolutionnaire des masses, déclare :
Que les guerres (sans prendre en considération les motifs invoqués
pour entraîner les peuples à les faire) ne peuvent disparaître
que dans la mesure où le capitalisme et l'Etat auront été
détruits sous toutes leurs formes ; que les méthodes et
l'éducation tendant à faire disparaître l'emploi de
la violence ne pourront porter tous leurs fruits que dans une société
débarrassée des germes de toute guerre ; qu'il appartient
aux peuples de présider eux-mêmes à leurs destinées
et qu'ils ne doivent plus s'en remettre à leurs gouvernants -quelles
que soient leurs nuances politiques ou religieuses- pour la sauvegarde
de leurs intérêts, de leur sécurité et la garantie
de la liberté.
Il importe donc de développer l'action directe révolutionnaire
indispensable pour arriver à ces fins. Dans ce domaine, les syndicats
ouvriers. en raison de la pression qu'ils peuvent exercer sur l'économie,
doivent jouer un rôle prépondérant, décisif
dans le sens de l'internationalisation rapide des luttes ouvrières.
La Fédération Anarchiste affirme que la guerre n'est pas
une fatalité, que le désarmement des esprits est une des
conditions indispensables à )a paix et à la solidarité
humaine; qu'il est nécessaire de rejeter toute idéologie
belliciste quelle qu'en soit l'étiquette - employée comme
prétexte par les dirigeants, seuls bénéficiaires
des conflits internationaux.
Elle demande à tous les militants ouvriers et pacifistes de s'engager
délibérément dans la voie révolutionnaire,
en opposant l'instauration du fédéralisme libertaire à
la guerre; fait un appel pressant au jeunes -qui seraient, les premiers,
victimes d'un conflit- en les conviant à prendre puce dans ses
rangs pour le grand combat de la liberté.
L'Amnistie
La Fédération Anarchiste :
- Elève une protestation indignée contre le maintien en
prison, un an après la libération, sept mois après
la fin des hostilités en Europe, des militants emprisonnés
depuis 1939. Elle constate que la guerre qui vient de se terminer continue
pour eux ;
- Dénonce aux travailleurs la carence ides partis qui se réclament
du prolétariat dont les congrès viennent de se tenir récemment
et qui n'ont pas eu le courage de réclamer au cours de ces congrès
l'amnistie pour les victimes des tribunaux militaires, abandonnant là
une vieille tradition qui a contribué à la fortune de ces
partis.
Le Congrès recommande à ses militants, à ses groupes,
à ses régions, d'avoir toujours présente à
la mémoire la pensée de ceux qui souffrent dans les bagnes
militaires d'Eisse, de Montluc, de Nontrond. Il leur recommande de poser
devant les auditoires qu'ils pourraient rassembler le problème
de l'amnistie totale pour les prisonniers militaires détenus depuis
1939 et d'uvrer pour que cette amnistie devienne une réalité.
Déclarations
publiées dans le Libertaire du 20 décembre 1945
un camarade
vend le Libertaire aux "Puces"
Autres
articles :
1943,
tract libertaire : A tous les travailleurs de la pensée et des bras
;
1944
: les dossiers noirs d'une certaine résistance ; 1945-
196... Qui étaient les Nacos (nationaux communistes) ?
;
1947,
la grève de Renault contre la CGT ; Surréalisme
et Anarchisme (articles et textes) ;
Articles
de Georges Brassens dans le Libertaire ; Libérez
les objecteurs ! Discours d'André Breton 1949 ;
Albert Camus et la pensée libertaire ; La
Fédération Anarchiste et les guerres coloniales ;
la
résistance de la FAUD (syndicat anarchosyndicaliste) sous Hitler ;
Les
anarchistes et la guerre de 1939 1945 ;
1940, Que faire à
la veille de la guerre ? ; Dans
la résistance : l'apport du mouvement libertaire ;
1944 : les dossiers
noirs d'une certaine résistance ; Mohamed
Sail : la kabylie libertaire ?
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