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La Tchéka, police politique communiste, fut instituée en novembre 1917
par le pouvoir bolchevik russe afin d'anéantir toute révolte contre les
nouveaux dictateurs. Supprimée sous cette dénomination en 1922, elle n'en
demeurait pas moins et fit beaucoup parler d'elle en Espagne, pendant
la guerre civile, par ses arrestations, assassinats et tortures de militants
révolutionnaires.
Le parti communiste
espagnol, petite organisation aux maigres effectifs avant 1936, profita
de l'aide militaire soviétique pour se développer et investir les rouages
de l'Etat renaissant.
Sous les ordres de l'Internationale communiste, ses serviteurs voulaient
à tout prit éviter la révolution sociale pour servir les intérêts de l'U.R.S.S.,
désireuse de conclure avec le gouvernement britannique une alliance militaire.
Dés lors, il s'agissait de " défendre la démocratie " et pour cela l'élimination
des anarchistes de la C.N.T.-F.A.I et des marxistes du P.O.U.M. importait
plus que la victoire sur les fascistes.
Déjà en mars et avril 1937, des arrestations d'anarchistes à Bilbao et
des tentatives de désarmer les éléments révolutionnaires eurent lieu.
Essais qui se soldèrent
le 27 avril par des affrontements armés entre anarchistes et communistes
en Catalogne. Mais c'est après les événements de Barcelone (début mai
1937), où la bataille s'engagea entre les forces populaires et les gardes
d'assaut gouvernementaux appuyés par les communistes, que la répression
tchékiste s'installa avec la nomination d'un communiste comme chef de
la police de Barcelone.
Les premières victimes seront les membres du P.O.U.M. : Andres Nin, ancien
ministre de la Justice dans le gouvernement catalan et secrétaire général
de ce mouvement, accusé d'être un espion fasciste, fut arrêté, emmené
à Madrid et exécuté. D'autres suivirent, anarchistes ou militants de l'aile
gauche de l'U.G.T. ; citons pour exemples les camarades Berneri, Barbieri,
Aris, Rua...
L'Espagne antifasciste n°7, du 30 novembre 1937, décrivait ainsi la Tchéka
: " Cette organisation policière clandestine a pour but d'éliminer, par
tous les moyen, les ennemis de la néfaste politique moscoutaire ; et ces
ennemis, bien entendu, il ne faut pas les chercher chez les fascistes,
mais chez les révolutionnaires ennemis de toutes les dictatures.
Elle a acquis une puissance extraordinaire, d'autant plus qu'elle jouit
aujourd'hui de l'impunité totale, voire de la protection de la police
officielle, dont le représentant à Barcelone est le senor Burillo, membre
du Parti, qui a eu de lourdes responsabilités dans la chute de Tolède.
Son état-major se trouve au Consulat même de l'U.R.S.S. sous les ordres
du Consul Antonov Ovsenko. Placé immédiatement sous les ordres du Consul,
le chef de la Tchéka à Barcelone est un certain Alfred Herz, secondé par
un nommé Hermann (et par) plusieurs agents de la police officielle. (...
)
Ce service est certainement beaucoup mieux organisé que la police du Gouvernement.
Elle possède un fichier complet (qui pourrait servir de modèle à celui
de l'Etat) auquel est jointe une liste noire des personnages les plus
dangereux pour la mauvaise cause du Parti Communiste. "
Le texte ci-dessous
est composé d'extraits du compte rendu d'une mission d'information (qui
eut lieu fin novembre 1937) menée, entre autres, par le député écossais
Mac Govern (membre de l'Independent Labour Party, scission d'extrême gauche
du Parti travailliste britannique).
La totalité du compte rendu a été traduite et a paru dans La Révolution
prolétarienne du 25 janvier 1938 sous le titre " La terreur communiste
en Espagne ".
Que ces quelques lignes puissent se graver dans nos mémoires et
nous servir pour l'avenir.
groupe Sacco-Vanzetti (Décembre 1976)
Affiche
des jeunesses communistes dénonçant le POUM
A la Prison modèle
Le dimanche 28 novembre, nous
allâmes à la Prison modèle de Barcelone, et présentâmes nos autorisations
au directeur de la prison des hommes. Il fut très courtois et nous conduisit
chez le médecin de la prison. On nous apprit qu'il y avait dans cette
prison 1 500 prisonniers, dont 500 antifascistes, 500 fascistes et 500
délinquants de droit commun.
C'était dimanche, et l'heure des visites, aussi nous nous trouvâmes en
présence de 500 à 600 visiteurs demandant à entrer afin de voir leurs
amis. Comme il convient, c'était l'aile gauche de la prison qui était
attribuée aux prisonniers de gauche !
Nous entrâmes dans une grande salle par une immense porte de fer de 6
mètres de large sur 3,5m de haut. Les prisonniers avaient appris que nous
allions venir et nous firent une chaude réception. La difficulté était
que c'était à qui nous parlerait le premier des brutalités qu'il avait
endurées de la part de la Tchéka, avant d'être entré dans cette prison-ci.
Un prisonnier italien nous fit une remarquable description des tortures
qui lui avaient été infligées dans une cellule souterraine. Il fut attaché
au mur, les mains au-dessus de la tête, avec deux gardes à ses côtés,
baïonnette au canon, pendant qu'un jeune officier de la Tchéka tenait
des papiers de la main gauche et de la main droite un revolver dirigé
sur sa poitrine.
L'officier de la Tchéka le soumit à un interrogatoire du 3è degré prétendant
qu'il avait de faux papiers, le sommant de dire où certains de ses camarades
pourraient être trouvés, le menaçant de le tuer et de jeter son corps
dans un égout qui passait dans la cellule. Cet Italien fut soumis à cette
torture, durant 5 à 6 heures chaque fois, avant d'être finalement transféré
à la Prison modèle.
Challaye et moi-même interrogeâmes également un Français, qui appartenait
auparavant à l'armée française, et qui avait abandonné sa situation pour
venir en Espagne combattre le fascisme. Il avait été nommé officier dans
l'armée espagnole gouvernementale et avait combattu sur le front de Madrid
pendant plus de 5 mois. La seule raison pour laquelle il se trouvait dans
la Prison modèle, était qu'il avait franchement exprimé son opinion sur
le Comintern et les méthodes de la Tchéka. Il me donna l'impression d'un
homme splendide.
Il ressentait comme un outrage effroyable d'avoir été gardé en prison
pendant plus de 4 mois ; il insistait sur ceci : " Qu'on me fasse un procès
si j'ai commis quelque faute ; sinon qu'on me rende ma liberté ! " Il
y avait également un bon nombre de ces prisonniers qui avaient été blessés
au cours des combats contre Franco, et cependant on les gardait en prison
sous le prétexte qu'ils étaient des alliés de Franco !
Notre délégation fut spécialement bien accueillie par les prisonniers
du P.O.U.M., et nous passâmes une heure dans la cellule de Gironella.
Plusieurs prisonniers étaient d'ailleurs incarcérés dans cette même cellule.
C'était une véritable Internationale de prisonniers que cette prison.
Il y en avait de France, de Grèce, d'Allemagne, d'Italie, d'Autriche,
de Belgique, de Hollande, de Suisse et d'Amérique autant que d'Espagne.
Tous ces prisonniers nous pressèrent de faire connaître les brutalités
de la Tchéka, avec ses tortures, son " 3è degré " et ses meurtres des
militants socialistes combattant en Espagne.
Lorsque nous décidâmes de quitter l'aile antifasciste de la prison, il
y eut un rush spontané de tout le monde vers la porte. Les prisonniers
chantèrent deux hymnes de la C.N.T., puis l'Internationale, et terminèrent
avec des vivats à l'adresse de la C.N.T., de la F.A.I. et du P.O.U.M.
Le délégué de l'I.L.P. fut spécialement l'objet de la reconnaissance internationale
; enfin il y eut des cris de : A bas la Tchéka du Comintern ! et
à son adresse, de violents sifflets. C'était une vue très émouvante que
celle de ces 500 prisonniers antifascistes, la plupart jeunes, qui remplissaient
les galeries, les escaliers et la grande salle, le poing fermé, l'oeil
brillant, la tête rejetée en arrière en une attitude de défi.
Notre dernière vision fut celle de centaines d'hommes applaudissant, de
l'autre côté de l'immense porte de fer. Cette porte de fer était pour
nous comme le symbole de la Tchéka du Comintern. C'est par des moyens
pareils qu'elle entend supprimer le mouvement révolutionnaire en Espagne
afin de substituer au mot d'ordre de " Pouvoir ouvrier " celui de " Démocratie
bourgeoise ".
L'Internationale communiste et son organisation d'assassins sont en train
de faire naître contre eux une haine formidable. Un jour, la tempête éclatera
et détruira leur effroyable gangstérisme. Ce sera un désastre pour tous
ceux qui y auront participé. (...)
A la prison secrète de
la Tchéka
Notre dernière visite fut pour la prison secrète de la Tchéka à la place
Junta : Adraine Bonanova. Nous avions été avisés de l'existence de cette
prison par plusieurs bons camarades. (...) Lorsque nous eûmes monté les
marches qui mènent à la prison, nous trouvâmes le chemin barré par deux
gardiens, armés de fusils et baïonnette au canon.
Nous présentâmes notre autorisation du directeur des prisons et du ministre
de la Justice pour visiter les prisons et un mot fut envoyé à l'intérieur.
Alors un officier apparut, qui regarda nos autorisations avec un mépris
évident Il nous informa qu'il ne recevait pas d'ordres du directeur des
prisons ou du ministre de la Justice, car ce n'étaient pas là ses patrons.
Nous lui demandâmes alors qui était son patron, et il nous donna une adresse,
celle du quartier général de la Tchéka. Son refus de nous permettre de
visiter la prison et les prisonniers était total et définitif. (...) Nous
allâmes donc au quartier général de la Tchéka, Puerta del Angel 24.
Nous entrâmes dans une cour et par un couloir dans une pièce intérieure
qui avait toute l'apparence d'un lieu de détention. Nous remarquâmes qu'il
y avait sur la table un grand nombre de livres de propagande russes et
de journaux communistes, et aucune autre sorte de livres ou de journaux.
Après un court délai, une jeune femme entra, qui nous demanda ce que nous
voulions. Elle ne nous cacha pas qu'elle savait qui nous étions, et qu'on
l'avait prévenue, de la prison, que nous étions en train de venir. Elle
prit les pièces qui nous autorisaient à visiter les prisons.
Ensuite apparurent deux jeunes hommes dont ni l'un ni l'autre n'étaient
espagnols. Notre interprète qui connaît un grand nombre de langues et
de pays fut convaincu par leur accent que l'un était Russe et l'autre
Allemand.
Le Russe nous informa que nous ne pouvions ni voir l'intérieur de la prison
ni causer avec les prisonniers. Je répondis que nous avions des autorisations
du directeur des prisons et du ministre de la Justice et nous demandâmes
si notre interlocuteur était plus puissant que le gouvernement, en ajoutant
que si on nous refusait l'entrée, nous serions obligés, comme de juste,
d'en tirer des conclusions.
John MAC GOVERN
Cadavres de membres des Jeunesses libertaires à Sanz (Barcelone).
Ils ont été assassinés par les communistes en Mai
37.
Benjamin Péret
participa à la révolution espagnole dans les rangs du POUM, puis de la
CNT. Afin de participer à "la
socialisation des terres et des usines par et pour les travailleurs"
:
En outre, sous l'impulsion
des staliniens, la révolution suit un cours descendant qui, s'il n'est
pas enrayé, mène tout droit à la contre-révolution violente. Dans
ces conditions j'ai décidé d'entrer dans une milice anarchiste sur le
front à Pina de Ebro, où je resterai tant que rien d'intéressant m'appellera
ailleurs.
Lettre à André Breton Mars 1937
Ne nous y trompons pas
: les balles de l'escalier de Moscou en janvier 1937, sont dirigées aussi
contre nos camarades du POUM… Après eux, c'est à nos camardes de la CNT
et de la FAI qu'on tentera de s'en prendre, avec l'espoir d'en finir avec
tout ce qu'il y a de vivant, avec tout ce qui comporte une promesse de
devenir dans la lutte anti-fasciste espagnole.
André Breton 1937
Surréalisme
et Anarchisme ; André
Breton est Mort ! ;

Journal mural
des Jeunesses libertaires de Barcelone édité le 15 mai 1937.
Plusieurs rubriques demandent des comptes : Ils continuent d'assassiner
nos compagnons. Martinez disparu, Miro en prison !
Autres
articles :
Camillo
Berneri et Francisco Barbieri ;
1936,
à la veille de la révolution ;
l'autogestion et l'oeuvre constructive
des anarchistes :
La
CNT et l'éducation ; Amposta
village collectivisé (Catalogne)
Les collectivisations
en Espagne (A. Souchy) ; Calenda
: le communisme libertaire en Aragon ;
les coopératives
dans les collectivités libertaires en Aragon 1936 1939 ;
Gaston Leval et l'Espagne libertaire ; Principes
et enseignements des collectivisations (G. Leval)
Les industies
collectivisées (Vernon Richard) ;
Pourquoi les taxis
de Barcelonne sont-ils rouges & noirs ? ;
Mujeres
libres ; Portraits
de femmes anarchistes ; Femmes
dans la guerre et dans la révolution ;
Les FIJL (Fédération
ibérique des jeunesses libertaires) ;
Cinéaste
militant sur le front d'Aragon interview d'Adrien Porchet ;
1936-1939,
cinéma guerre et révolution en Espagne : Ni Hollywood !
Ni Moscou !
le Syndicat des dessinateurs profesionnels de Barcelone (SDP UGT) ;
Guerre ou Révolution
en Espagne 1936 - 1939
?
18
et 19 juillet 1936, riposte ouvrière face au coup d'Etat fasciste
à Barcelone (racontée par Abel Paz) ;
Le 19 juillet
1936 dans les Asturies ; La
défense de Madrid (vue par Cipriano Méra) ;
Mai 37 : la contre révolution
stalinienne ; les
fossoyeurs de la révolution ? ;
les milices anarcho-syndicalistes,
la militarisation et la discipline ;
la Colonne Durruti
; Ortiz un général
sans Dieu, sans Maître ;
Structure et organisation
de la Colonne de Fer (Columna de hierro) ;
Le Plénum
des colonnes confédérales et anarchistes Février
1937 ;
A propos du film de
Ken Loach "Land et Freedom" ; 1937,
les crimes staliniens en Aragon (Gaston Leval) ;
Lettre ouverte
à la Camarade Frederica Montseny (C. Berneri) ;
A
lire :
l'Espagne Libertaire de Gaston Leval
(Editions du Monde Libertaire)
; L'espagne libertaire (Revue
La Rue N° 37) ; Hommage
à la Catalogne
(G. Orwell) ; Collectivité
à Calenda (Editions
de la CNT) ; Autogestion
et Anarchosyndicalisme (F.
Mintz) ; Bonaventura Durruti
(Abel Paz)
; Enseignements de la révolution espagnole (Vernon
Richard) ; Mujeres Libres
(Edition du Monde libertaire)
; Le communisme libertaire (Isaac Puente) ;
Espagne 36. Les affiches des combattant-e-s de la Liberté ! (co-édition Libertaires et Monde Libertaire)
A
écouter :
A la barricadas : enregistré
à Barcelone été 1936 (1,1 Mg)
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