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Paysan travaille
pour le peuple
qui t'a donné
la liberté
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Le 24 juillet
1936, juste après la colonne Durruti, Antonio Ortiz, prend la tête
de la colonne de la CNT-FAI qui a porté son nom. C'est la deuxième
colonne qui se leve contre Franco. Ces colonnes réalisèrent
ce que personne d'autre ne fît : elles reprirent durablement du
terrain aux fascistes, sur le front d'Aragon.
Après la défaite, il s'engage dans les corps francs d'Afrique,
blessé il est hospitalisé, avant de repartir dans les «commandos
d'Afrique» du Général Leclerc, puis dans le premier
bataillon de choc comme instructeur du premier commando lourd. Il débarque
à Saint-Tropez, participe à la bataille de Belfort et fait
la campagne d'Allemagne où il est grièvement blessé.
A la fin de la deuxième guerre modiale, il tentera à plusieurs
reprises d'assassiner Franco.
Monde libertaire :
Ortiz, pourquoi et comment ? Quel était votre but ? Pour ma part, c'était
un nom inconnu pour moi, vous l'avez découvert par hasard ?
Ariel Camacho : En effet, Ortiz était aussi pour moi un
inconnu. Je connaissais bien sûr Ascaso, Durruti, Ricardo Sanz, Garcia
Oliver et Federica Montseny, tout ce qui faisait partie du rituel des
meetings... Aussi des gens comme Abad de Santillan. Mais curieusement,
Ortiz était totalement absent. Bien sûr, du fait de la fin de sa vie en
Amérique du Sud, il était absent de la scène de l'exil en France. Donc
je ne connaissais rien de lui, n'ayant de plus pas beaucoup lu de livres
sur la guerre d'Espagne, je n'avais jamais croisé son nom...
ML : Pourtant
en voyant le film, on comprend qu'Ortiz venait de la même tendance que
Garcia Oliver ou Durruti, et il a quand même été " gommé ". Quelqu'un
comme Abad de Santillan, pourtant souvent taxé de réformisme, est souvent
cité et n'a jamais connu le même sort. Pourquoi deux traitements ?
AC : L'un était plutôt considéré comme un intellectuel du
mouvement, et l'autre comme une figure de l'action. Cela donne déjà un
élément de réponse, pourquoi parle t-on de l'un après 1975, et pas de
l'autre. Pourquoi Ortiz a été gommé du mouvement, liquidé politiquement
en 1938, traité comme un pestiféré. Sans s'interroger sur les raisons
qui l'ont poussé à déserter, sans connaître les antécédents. Lesquels
étaient liés à la CNT. À partir de là, remuer les problèmes autour d'Ortiz,
c'était remuer les problèmes de la CNT. On l'a sorti de l'oubli au moment
où ce film a été passé en 1990-1993. C'est en prospectant pour un film
sur les Jeux olympiques de 1936 (Barcelone 1936, les Olympiades oubliées)
que nous sommes rentrés en contact avec A. Ortiz, car beaucoup de militants
de sa milice y avaient participé... Le problème, c'est qu'on ne peut pas
se contenter de montrer les intellectuels en disant " les anars ça sait
réfléchir ", et les hommes d'action sont juste bon à faire des actions
et quand ils ne conviennent plus on les jette. Mais la réflexion sans
l'action ça sert à rien... Dans le mouvement, on ne s'est jamais posé
la réflexion historique sur la révolution espagnole, comment passer de
l'utopie au réel. Ce qui suppose toute sorte de choix qui parfois ne sont
guère défendables, c'est une conséquence de la réalité, il ne faut pas
rester derrière une sorte de mystique de la révolution avec d'un côté
les écrits, les épopées historiques, les belles histoires, les " contes
de fées "...
ML : Ou des
images d'Épinal, mais par exemple il y a des textes qui ont circulé autours
des "Amis de Durruti", comme le témoignage d'un " Incontrôlé de la colonne
de fer ". Donc une certaine publicité faite à une opposition interne au
mouvement libertaire. Mais Ortiz on n'en parle pas, il est mis de côté,
était-ce son côté "irrévérencieux" comme par exemple Garcia Oliver ? Il
a pourtant repoussé les avances du PC, peut-être gênait-il les uns et
les autres ?
AC : Oui, en Aragon, il était dans une position dominante,
il n'a jamais occulté qu'il avait un pouvoir réel en Aragon en tant que
chef militaire. Celui qui était le président du Conseil d'Aragon était
quand même son meilleur ami, un homme de confiance, Joaquim Ascaso. Il
avait en outre beaucoup d'influence sur lui, donc sur le conseil d'Aragon,
là où le mythe de la Révolution espagnole a été le plus démontré : les
collectivités, l'abolition de l'argent… d'un côté on revendique l'Aragon,
comme une préfiguration de ce que pourrait être une organisation du monde
anarchiste, d'une nouvelle économie. Et puis, au milieu de ce presque
paradis du mouvement espagnol il y a une "brebis galeuse", Ortiz. A partir
de là il y a sûrement des choses qui ont du se passer avec le comité national
de la CNT qui n'avait pas barre sur Ortiz. En tant que militant il avait
plus de poids que la CNT en tant que telle… Antonio Ortiz ne respectait
pas tellement telle ou telle personne au comité national, les considérant
un peu légères. Marino Vasquez secrétaire de la CNT était-il vraiment
à la hauteur ? Ortiz avait sa vision des choses et n'était pas disposé
à dire amen à tout… Le problème se pose de savoir à qui on obéit et dans
quel cadre on obéit. Dès le déclin de la révolution, il y avait plus d'imbroglios
politiques, les places au gouvernement, les ministres, etc… Tout cela
était-il vraiment important ? Il valait mieux voir comment ça fonctionnait
en Aragon, les contradictions du système, la prise du pouvoir par les
anarchistes plutôt que de s'intéresser aux querelles politiques, sur la
position de la CNT au sein du gouvernement de la république…
ML : Là tu poses
des problèmes… et tu as prononcé "la prise du pouvoir par les anarchistes
en Aragon". c'est une hégémonie militante… Nous y reviendrons et de toute
façon, c'est dit dans le film, aux lectrices et lecteurs de le voir. A
la fin du documentaire, Ortiz déclare : je suis passé par des moments
amers, mais pour moi, les seuls ennemis c'étaient Franco, Musso, Hitlter
. Il n'en fait pas plus état...
AC : Ce que l'on ressent énormément au cours de ce film,
c'est que c'était comme dans une famille. En 1938, Ortiz devient le mouton
noir. Il faut l'éjecter ! Et comme souvent dans les familles, on ne demande
pas trop son avis au mouton noir, ni de se défendre. Il y a quand même
eu une réunion au niveau du conseil régional en Catalogne. Avant la guerre,
Ortiz avait été secrétaire du syndicat du bois, Hernandez lui a succédé.
C'est le seul qui l'a défendu au conseil régional après sa désertion.
Il y a bien eu à un moment donné un jugement de la famille à l'encontre
d'Ortiz. On a considéré que c'était le mouton noir... On aurait voulu
le liquider ainsi que Joaquim Ascaso. [...] Ils ont été arrêté en France
et après ça a été la victoire de Franco. L'idée essentielle pour moi c'est
qu'il a été écarté de la famille en 1938 et si à la fin du film Ortiz
parle de moments amers au cours de sa vie concernant le mouvement anar,
pour lui il n'avait jamais failli à son devoir de militant. Pour lui,
il faisait toujours partie de la famille alors que les autres le considéraient
comme un exclu.
Propos recueillis par
Thierry Porré, groupe Pierre Besnard

A. Ortiz (à Droite) et l'état major de la Colonne
Notes :
1 Un ouvrage en espagnol : Ortiz, general sin dios ni amo, écrit
par José Manuel Márquez Rodriguez et Juan José Gallardo Romero, est édité
par Hacer Editorial, Barcelone.
Autres
Articles :
1936,
à la veille de la révolution ;
Le 9 juillet 1936, le Front populaire choisit les Jeux Olympiques d'Hitler plutôt que les Olympiades populaires de Barcelone ;
l'autogestion et l'oeuvre constructive
des anarchistes :
La
CNT et l'éducation ; Amposta
village collectivisé (Catalogne)
Les collectivisations
en Espagne (A. Souchy) ; Calenda
: le communisme libertaire en Aragon ;
les coopératives
dans les collectivités libertaires en Aragon 1936 1939 ;
Gaston Leval et l'Espagne libertaire ; Principes
et enseignements des collectivisations (G. Leval)
Les industies
collectivisées (Vernon Richard) ;
Pourquoi les taxis
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Mujeres
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de femmes anarchistes ; Femmes
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Les FIJL (Fédération
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Cinéaste
militant sur le front d'Aragon interview d'Adrien Porchet ;
le Syndicat des dessinateurs profesionnels de Barcelone (SDP UGT) ;
Guerre ou Révolution
en Espagne 1936 - 1939
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18
et 19 juillet 1936, riposte ouvrière face au coup d'Etat fasciste
à Barcelone (racontée par Abel Paz) ;
Le 19 juillet
1936 dans les Asturies ; La
défense de Madrid (vue par Cipriano Méra) ;
Mai 37 : la contre révolution
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fossoyeurs de la révolution ? ;
les milices anarcho-syndicalistes,
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la Colonne Durruti
; Structure et organisation
de la Colonne de Fer (Columna de hierro) ;
Le Plénum
des colonnes confédérales et anarchistes Février
1937 ;
A propos du film de
Ken Loach "Land et Freedom" ; 1937,
les crimes staliniens en Aragon (Gaston Leval) ;
Lettre ouverte
à la Camarade Frederica Montseny (C. Berneri) ; Miliciens OUI ! Soldats jamais !
A
lire :
l'Espagne
Libertaire de Gaston Leval
(Editions du Monde Libertaire)
; L'espagne libertaire (Revue
La Rue N° 37) ; Hommage
à la Catalogne
(G. Orwell) ; Collectivité
à Calenda (Editions
de la CNT) ; Autogestion
et Anarchosyndicalisme (F.
Mintz) ; Bonaventura Durruti
(Abel Paz)
; Enseignements de la révolution espagnole (Vernon
Richard) ; Mujeres Libres
(Edition du Monde libertaire)
;
Le communisme libertaire (Isaac Puente) ; Ils ont osé (Ed
du monde libertaire) ;
Espagne 36. Les affiches des combattant-e-s de la Liberté ! (co-édition Libertaires et Monde Libertaire)
A
Voir :
Ortiz un général
sans dieu ni maître (Vidéo) ; Un autre futur de Richard Prost
(en quatre parties) ;
DE toda la vida ;
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