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Biographie
de Buenaventura Durruti
les affiches
de la guerre
d'Espagne
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L'éloge posthume de
Durruti qui suit est dû à la plume de Carl Einstein, un écrivain allemand
qui combatit dans la Colonne Durruti en 1936.
Ce texte avait été rédigé pour la radio de la CNT/FAI, Radio Barcelone,
et publié dans le Deutscher Informatlonsdienst der CNT-FAI, Barcelone
1936 par H. Ridiger, un anarchiste allemand chargé de l'information, H.M.
Enzersberger qui cite cette brochure dans la bibliographie de son livre
Le bref été de l'anarchie, Paris 1973, ne fait pas état de ce texte
de l'écrivain allemand.
Carl Einstein (né à Neuwied en Allemagne, en 1885, mort en France en 1940)
était écrivain et historien de l'art. C'est un des représentants les plus
importants, et parmi les moins connus en France, du mouvement expressionniste
allemand.
Il a fait connaître l'art africain en Allemagne (Negerplastlk, 1915),
le cubisme et la peinture de Picasso. Il a écrit une oeuvre révolutionnaire
pour la compréhension des arts plastiques et de la peinture : L'An du
siècle (1926). En 1928, Il est venu s'établir en France, précédant la
vague d'émigration allemande de 1933. Il a fondé avec Georges Bataille
et Michel Leirls la revue Documents qui parut en 1929 et 1930.
Autodidacte en révolte perpétuelle contre toutes les Institutions et les
pouvoirs, il prit part à la guerre d'Espagne dans les rangs anarchistes.
Réfugié dans le Midi pour échapper aux nazis, il s'est suicidé en 1940.
M. S. Rollin
timbres édités
par la CNT
Notre colonne apprit la mort
de Durruti dans la nuit.
On parla peu. Sacrifier sa vie va de soi pour les camarades de Durruti.
Quelqu'un dit à mi-voix "C'était le meilleur de nous tous ".
D'autres crièrent dans la nuit "Nous le vengerons". La consigne
du lendemain fut "Venganza" (vengeance).
Durruti, cet homme extraordinairement objectif et précis, ne parlait jamais
de lui, de sa personne. Il avait banni de la grammaire le mot "moi",
ce terme préhistoire.
Dans la colonne Durruti, on
ne connaît que la syntaxe collective. Les camarades enseigneront aux écrivains
à changer la grammaire pour la rendre collective. Durruti avait eu l'intuition
profonde de la force anonyme du travail. Anonymat et communisme ne font
qu'un.
Le camarade Durruti vivait à des années-lumière de toute cette vanité
des vedettes de gauche. Il vivait avec les camarades, il luttait en compagnon.
Son rayonnement était le modèle qui nous animait. Nous n'avions pas de
général ; mais la passion du combat, la profonde humilité face à la Cause,
la Révolution, passaient de ses yeux bienveillants jusqu'à nos coeurs
qui ne faisaient qu'un avec le sien, lequel continue à battre pour nous
dans les montagnes.
Nous entendrons toujours sa
voix : Adelante, adelante !
Durruti n'était pas un général, il était notre camarade. Cela n'est pas
décoratif, mais dans cette colonne prolétarienne, on n'exploite pas la
Révolution, on ne fait pas de publicité. On ne pense qu'à une chose :
la victoire et la Révolution.
Cette colonne anarcho-syndicaliste est née au sein de la Révolution. C'est
elle qui est sa mère. Guerre et Révolution ne font qu'un pour nous. D'autres
auront beau jeu d'en parler en termes choisis ou d'en discuter dans l'abstrait.
La Colonne Durruti ne connaît que l'action, et nous sommes ses élèves.
Nous sommes concrets tout simplement et nous croyons que l'action produit
des idées plus claires qu'un programme progressif qui s'évapore dans 1a
violence du Faire.
La Colonne Durruti se compose
de travailleurs, des prolétaires venus des usines et des villages. Les
ouvriers d'usine catalans sont partis en guerre avec Durruti, les camarades
de la province les ont rejoints. Les agriculteurs et les petits paysans
ont abandonné leurs villages, torturés et avilis par les fascistes, ils
ont passé l'Ebre de nuit.
La Colonne Durruti a grandi avec le pays qu'elle a conquis et libéré.
Elle était née dans les quartiers ouvriers de Barcelone, aujourd'hui elle
comprend toutes les couches révolutionnaires de Catalogne et d'Aragon,
des villes et des campagnes. Les camarades de la Colonne Durruti sont
des militants de la CNT-FAI.
Nombre d'entre eux ont payé de peines de prison pour leurs convictions.
Les jeunes se sont connus aux Juventudes Libertarias. Les ouvriers agricoles
et les petits paysans qui nous ont rejoints sont les mères et les fils
de ceux qui sont encore réprimés là-bas. Ils regardent vers leurs villages.
Nombre de leurs parents, pères et mères, frères et soeurs ont été assassinés
par les fascistes. Les paysans regardent vers la plaine, dans leurs villages,
avec espoir et colère. Mais ils ne combattent pas pour leur hameau ni
pour leurs biens, ils se battent pour la liberté de tous.
Des adolescents, presque des enfants, se sont enfuis chez nous, des orphelins
dont les parents avaient été assassinés. Ces enfants se battent à nos
côtés. Ils parlent peu, mais ils ont vite compris bien des choses. Le
soir au bivouac, ils écoutent les plus âgés. Certains ne savent ni lire
ni écrire. Ce sont les camarades qui leur apprennent. La Colonne Durruti
reviendra du champ de bataille sans analphabètes.
Elle est une école.
La Colonne n'est organisée
ni militairement ni de façon bureaucratique. Elle a émergé de façon organique
du mouvement syndicaliste. C'est une association social-révolutionnaire,
ce n'est pas une troupe. Nous formons une association des prolétaires
asservis et qui se bat pour la liberté de tous. La Colonne est l'oeuvre
du camarade Durruti, qui a déterminé leur esprit et encouragé leur liberté
d'être jusqu'au dernier battement de son coeur. Les fondements de la Colonne
sont la camaraderie et l'autodiscipline. Le but de leur action est le
communisme, rien d'autre.
Tous, nous haïssons la guerre, mais tous nous la considérons comme un
moyen révolutionnaire. Nous ne sommes pas des pacifistes et nous nous
battons avec passion. La guerre -cette idiotie complètement dépassée-
ne se justifie que par la Révolution sociale. Nous ne luttons pas en tant
que soldats, mais en tant que libérateurs.
Nous avançons et prenons d'assaut, non pour conquérir de la propriété
mais pour libérer tous ceux qui sont réprimés par les capitalistes et
les fascistes. La Colonne est une association d'idéalistes qui ont une
conscience de classe. Jusqu'à présent, victoires et défaites servaient
au capital qui entretenait des armées et des officiers pour assurer et
agrandir son profit et sa rente.

La Colonne Durruti sert le
prolétariat. Chaque succès de la Colonne entraîne la libération des travailleurs,
quel que soit l'endroit où la Colonne a vaincu. Nous sommes des communistes
syndicalistes, mais nous savons l'importance de l'individu ; cela veut
dire : chaque camarade possède les mêmes droits et remplit les mêmes tâches.
Il n'y en a pas un au-dessus de l'autre, chacun doit développer et obéir
un maximum de sa personne.
Les techniciens militaires conseillent, mais ne commandent pas. Nous ne
sommes peut-être pas des stratèges, mais certainement des combattants
prolétariens. La Colonne est forte, c'est un facteur important du front,
car elle est constituée d'hommes qui ne poursuivent qu'un seul but depuis
longtemps, le communisme, parce qu'il se compose de camarades organisés
syndicalement depuis longtemps et travaillant de façon révolutionnaire.
La Colonne est une communauté syndicaliste en lutte.
Les camarades savent qu'ils luttent cette fois-ci pour la classe laborieuse,
non pour une minorité capitaliste, l'adversaire. Cette conviction impose
à tous une autodiscipline sévère.
Le milicien n'obéit pas, il poursuit avec tous ses camarades la réalisation
de son idéal, d'une nécessité sociale. La grandeur de Durruti venait justement
de ce qu'il commandait rarement, mais éduquait continuellement. Les camarades
venaient le retrouver sous sa tente quand il rentrait du front. Il leur
expliquait le sens des mesures qu'il prenait et discutait avec eux. Durruti,
ne commandait pas, il convainquait.
Seule la conviction garantit une action claire et résolue. Chez nous,
chacun connaît la raison de son action et ne fait qu'un avec elle. Chacun
s'efforcera donc à tout prix d'assurer le succès à son action. Le camarade
Durruti nous a donné l'exemple.
Le soldat obéit parce qu'il a peur et qu'il se sent inférieur socialement.
Il combat par frustration. C'est pour cela que les soldats défendent toujours
les intérêts de leurs adversaires sociaux, les capitalistes. Ces pauvres
diables du côté fasciste nous en livrent le pitoyable exemple. Le milicien
se bat avant tout pour le prolétariat, il veut la victoire de la classe
ouvrière. Les soldats fascistes se battent pour une minorité en voie de
disparition, leur adversaire, le milicien pour l'avenir de sa propre classe.
Le milicien est donc plus intelligent que le soldat. C'est un idéal et
non la parade au pas de l'oie qui règle la discipline de la Colonne Durruti.
Où que pénètre la Colonne,
on collectivise. La terre est donnée à la communauté, les prolétaires
agricoles, d'esclaves des caciques qu'ils étaient, se métamorphosent en
hommes libres. On passe du féodalisme agraire au libre communisme.
La population est soignée, nourrie et vêtue par la Colonne. Quand la Colonne
fait halte dans un village, elle forme une communauté avec la population.
Jadis cela s'appelait Armée et Peuple ou plus exactement l'armée contre
le peuple. Aujourd'hui, cela s'appelle prolétariat au travail et en lutte,
tous deux forment une unité inséparable.
La milice est un facteur prolétaire, son être, son organisation sont prolétaires
et doivent le rester. Les milices sont les représentantes de la lutte
de classe.
La Révolution impose à la Colonne une discipline plus sévère que ne le
pourrait n'importe quelle militarisation. Chacun se sent responsable du
succès de la Révolution sociale. Celle-ci forme le contenu de notre lutte
qui restera déterminée par la dominante sociale. Je ne crois pas que des
généraux ou un salut militaire puissent nous enseigner une attitude plus
fonctionnelle. Je suis sûr de parler dans le sens de Durruti et des camarades.
Nous ne nions pas notre vieil antimilitarisme, notre saine méfiance contre
le schématisme militaire qui n'a apporté jusqu'ici des avantages qu'aux
capitalistes. C'est justement au moyen de ce schématisme militaire qu'on
a empêché le prolétaire de se former en tant que sujet et qu'on l'a maintenu
dans l'infériorité sociale. Le schématisme militaire avait pour but de
briser la volonté et l'intelligence du prolétaire. Finalement, et en dernier
lieu, nous luttons contre les généraux mutins.
Le fait de la rébellion militaire prouve la valeur douteuse de la discipline
militaire. Nous n'obéissons pas aux généraux, nous poursuivons la réalisation
d'un idéal social qui fait sa part à la formation maximale de l'individualité
prolétaire. La militarisation, par contre, était un moyen jusqu'alors
populaire d'amoindrir la personnalité du prolétaire.
Nous accomplirons tous et
de toutes nos forces les lois de la Révolution.
La base de notre Colonne, ce sont notre confiance réciproque et notre
collaboration volontaire. Le fétichisme du commandement, la fabrication
de vedettes, laissons cela aux fascistes. Nous restons des prolétaires
en armes, qui se soumettent volontairement à une discipline fonctionnelle.
On comprend la Colonne Durruti si l'on a saisi qu'elle restera toujours
la fille et la protection de la Révolution prolétarienne. La Colonne incarne
l'esprit de Durruti et celui de la CNT-FAI.
Durruti continue à vivre dans notre Colonne.
Elle garantit son héritage dans la fidélité. La Colonne lutte avec tous
les prolétaires pour la victoire de la Révolution.
Honneur à notre camarade tombé au combat.
Honneur à Durruti.
Carl Einstein
Exposition en homage à Durruti. 26è Division.
La 26è division est le nom que prit la Colonne Durruti après
la militarisation des milices.
Autres
Articles :
1936,
à la veille de la révolution ;
l'autogestion et l'oeuvre constructive
des anarchistes :
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CNT et l'éducation ; Amposta
village collectivisé (Catalogne)
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les coopératives
dans les collectivités libertaires en Aragon 1936 1939 ;
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Les industies
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Pourquoi les taxis
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de femmes anarchistes ; Femmes
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Les FIJL (Fédération
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l'industrie du
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1936-1939,
cinéma guerre et révolution en Espagne : Ni Hollywood !
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Guerre ou Révolution
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et 19 juillet 1936, riposte ouvrière face au coup d'Etat fasciste
à Barcelone (racontée par Abel Paz) ;
Le 19 juillet
1936 dans les Asturies ; La
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A propos du film de
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lire :
l'Espagne
Libertaire de Gaston Leval
(Editions du Monde Libertaire)
; L'espagne libertaire (Revue
La Rue N° 37) ; Hommage
à la Catalogne
(G. Orwell) ; Collectivité
à Calenda (Editions
de la CNT) ; Autogestion
et Anarchosyndicalisme (F.
Mintz) ; Bonaventura Durruti
(Abel Paz)
; Enseignements de la révolution espagnole (Vernon
Richard) ; Mujeres Libres
(Edition du Monde libertaire)
;
Le communisme libertaire (Isaac Puente) ;
Espagne 36. Les affiches des combattant-e-s de la Liberté ! (co-édition Libertaires et Monde Libertaire)
A
Voir :
Ortiz un général
sans dieu ni maître (Vidéo) ; Un autre futur de Richar Prost
(en quatre parties) ;
DE toda la vida ;
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