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"Pendant
qu'Hitler
et Mussolini envoyaient
des chars et
des armes à
Franco,
Blum et
les socialistes
nous envoyaient des ambulances
et
des pansements"
J. Rosell
(CNT FAI)
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On connaît les faits : Companys
qui avait été prié par la CNT, l'UGT, la FAI et le PSUC d'aller au peuple
parisien, n'a pu remplir sa mission, le gouvernement français de front
populaire s'y étant opposé.
Je tiens à faire ici une relation de tous les incidents se rapportant
à l'organisation de notre dernier meeting du Vel d'Hiv' de façon que ni
M. Blum ni ses sous-ordres n'aient la possibilité d'atténuer par des mensonges
l'odieux de leur attitude.
J'avais pensé que la venue de Companys à Paris, dans les conditions projetées,
devait revêtir, une extrême importance, tant au point de vue populaire
que diplomatique et que le criminel blocus des "pacifistes" à l'eau de
rose ne survivrait peut-être pas aux effets de notre manifestation.
Je persiste à croire que mes prévisions n'étaient pas absurdes et les
commentaires fait autour de notre meeting -pourtant saboté du fait de
l'absence de Companys- le démontrent abondamment.
Je suis contre la guerre,
je l'ai prouvé déjà et à l'occasion, je le prouverai encore.
Mais je suis aussi contre le blocus qui étouffe une révolution et fait
massacré la fleur d'une nation par toute la canaille internationale.
Je ne veux pas sauver les "maroquins" des ministres de Front Populaire
en trahissant les intérêts des travailleurs espagnols, en manquant à ce
premier devoir de l'internationale anarchiste qui nous commande de voler
au secours des anarchistes espagnols dont le nombre, la force, la vaillance
dans le combat, la sagesse dans l'administration économique, imposent
au monde entier au moins le respect quand ce n'est pas l'enthousiasme.
Je suis contre la guerre,
mais je veux pas qu'avec la peur de la guerre on nous maintienne dans
l'inaction la plus pernicieuse et que l'on nous interdise de prendre part
à la lutte qui se déroule à nos côtés, là au delà des Pyrénées.
Que crève le gouvernement Blum, je m'en fous !
mais que vivent nos camarades espagnols, qu'ils vivent intensément !
C'est dans cet état d'esprit que, mandaté par le Comité Espagne Libre,
j'ai organisé la manifestation du 6 décembre. Cela ne veut pas dire que
j'aie agi imprudemment, ni que je n'aie pas pris toutes les précautions
pour éviter les écueils qui pouvaient barrer la route de Paris.
On va en juger.
J'ai, plus de quinze jours avant le meeting, avisé de sa tenue et de son
déroulement, le parti Socialiste, le parti communiste, toutes les personnalités
(et bien d'autres) que j'ai prises comme orateurs, personne ne m'a fait
la moindre objection, personne ne m'a indiqué que la participation de
Companys impliquait des inconvénients.
Dix jours avant le 6 décembre, des journaux ont annoncé, certains en première
page, notre meeting sans que le gouvernement opère la moindre réaction.
Il connaissait pourtant les organisateurs du meeting puisque au moment
de la préparation de celui d'Octobre, il les avaient appelés à la présidence
du conseil pour leur demander d'abandonner leur projet d'alors.
Je me décidai donc à aller à Barcelone prévenir le président Companys
que la route de Paris était libre. Avant j'obtins que l'ambassadeur d'Espagne
à Paris, me reçoive. J'exposai à celui-ci le sens de la manifestation
du 6 décembre. Voulez-vous, lui dis-je encore écrire au président du conseil
de France et à son ministre des affaires étrangères afin de leur demander
une audience pour M. Companys quand il sera à Paris ?
L'ambassadeur m'affirma qu'il le ferait.
Pouvais-je avec plus de précautions, préparer la venue en France du Président
Companys ?
Pouvais-je, puisque la manifestation était dirigée contre le blocus, contre
la politique criminelle du gouvernement Blum, pouvais-je demander à ce
dernier de la prendre sous son égide ?
Qui me fera le reproche de ne m'être point prêté à ce jeu où j'étais assuré
de perdre ? C'est seulement Vendredi matin 4 décembre que je fus mis au
courant des intentions du gouvernement et que je vis se dérouler la manoeuvre.

M. Moch avait été chargé d'exécuter la machination, il y fut aidé d'ailleurs
par des gens de la Généralité. J'appris par M. Moch que le gouvernement
interdirait notre meeting qu'il ferait plutôt arrêter M ; Companys à la
frontière que de le laisser parler au Vel'dhiv' le président de la catalogne.
A la même heure, Companys était avisé par le consul de France à Barcelone
des bonnes dispositions à son égard du gouvernement de Front populaire.
Companys eu le courage de partir quand même.
En arrivant à la frontière, il y trouva des policiers, des gardes mobiles
et un préfet qui lui signifia qu'il ne pouvait pénétrer en France qu'à
la condition de s'arrêter à Toulouse et de ne poursuivre sa route vers
Paris après le 6 décembre.
Companys eu la dignité de rebrousser chemin.
Pourquoi, M. Blum fit-il 48
heures avant la tenue de notre meeting, cette sale opération ?
Pas besoin d'être grand clerc pour en deviner les raisons.
Vendredi et samedi un débat avait lieu à la Chambre des députés sur les
événement d'Espagne et leurs conséquences internationales. M. Blum craignant
que les communistes ne votent pas pour lui et désirant rattraper au centre-droit
ce qu'il appréhendait de perdre à l'extrême gauche, donna des gages à
M. Flandrin en traitant Companys en interdit de séjour.
Et l'on voudrait dans certains milieux pacifistes que nous soyons en extase
devant la politique d'un Blum, allons donc !
Et certains camardes anarchistes hésitent à se lancer dans la défense
de la révolution espagnole, parce que M. Blum ses agents, sa presse vont
criant partout qu'ils empêchent la guerre. Pauvres nigauds !
Nous ne serons pas dupes, nous.
Nous marcherons à fond contre le fascisme espagnol, contre le fascisme
international et contre le gouvernement français dont il est évident que
les tractations mettent en péril en même temps la paix du monde et la
révolution ibérique
Louis Lecoin
l'article de
Louis Lecoin à la "Une" du Libertaire.
En pages intérieures, un compte-rendu du Meeting au V'eld'hiv et
trois reportages sur la "révolution
en marche".
Centre de ravitaillement
:
"Une permanence est créée pour les arrondissements
suivants : 9è, 10è, 17è, 18è, au 18 rue Gabrielle
-Paris 18.
Il n'y a plus un instant à perdre pour sauver nos frères
d'Espagne de la situation tragique où les abandonne, devant les
violations répétées des fascismes hitlérien
et mussolinien, la politique de stricte observance de la neutralité.
Cette criminelle attitude dicte leur conduite à tous les antifascistes
sincères. Qu'ils agissent pendant qu'il est encore temps.
Ce ravitaillement direct aux colonnes, il s'accomplit actuellement par
notre intermédiaire par des camions qui font incessamment la navette
de notre siège aux fronts antifascistes."
Centre
de ravitaillement des milices antifascistes
203 rue d'Alésia Paris 14. Décembre 1936.
Autres
articles :
le
1er Mai 1936 ;
témoignage sur les grèves de 1936 ; Les
collectivisations en Espagne (A. Souchy)
1936 : l'heure du syndicalisme révolutionnaire est arrivée ;
du
contrat collectif au contrôle ouvrier ;
la fin misérable de l'expérience Blum (1937) ; 1936,
à la veille de la révolution ;
La
révolution espagnole d'abord ;
Les anarchistes
français et l'Espagne libertaire : interview de Nicolas Faucier
et Paul Lapeyre ; SOS pour l'Espagne. Editorial de Terre Libre 17 décembre 1936 ;
Le 9 juillet 1936, le Front populaire choisit les Jeux Olympiques d'Hitler plutôt que les Olympiades populaires de Barcelone ;
A
lire :
l'Espagne Libertaire de Gaston Leval
(Editions du Monde Libertaire)
; L'espagne libertaire (Revue
La Rue N° 37) ; le Front
Populaire à travers le libertaire (Editions
du Vent du ch'min) ; Front
populaire, révolution manquée (Daniel Guérin)
;
Le cours d'une vie (Louis Lecoin)
; Dans
la mêlée sociale (Nicolas Faucier) ;
Espagne 36. Les affiches des combattant-e-s de la Liberté ! (co-édition Libertaires et Monde Libertaire)
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