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Milices ouvrières ou Armée régulière. Miliciens OUI Soldats jamais ! Extrait d'une brochure écrit par André Prudhomeaux :
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Guerre et/ou révolution, à partir de la fin 1936, c'est le débat central au sein du camp anti-franquiste et chez les libertaires. Militairement les milices ont contenu les franquistes à Madrid, mais elles piétinent sur la plupart des autres fronts. Staline refuse de fournir des armes aux milices libertaires et POUMistes.
L'armement du peuple avait pour limites, bien moins le monopole d'un gouvernement ou d'un parti que le manque pur et simple de matériel. Ceci était particulièrement vrai de la Catalogne où beaucoup de miliciens n'avaient que des revolvers, des fusils de chasse ou même... des bâtons. Il était impossible de mettre en ligne d'un côté comme de l'autre plus de 60000 à 100 000 hommes, dans toute l'Espagne, compte tenu des forces indispensables à l'arrière et sur les côtes. L'armée régulière comprenait plus de 500 généraux en réserve et en activité, 15 000 officiers, 35 000 gardes civils. Tous ces éléments étaient factieux, ou suspects de sympathie pour leurs collègues factieux. Quant aux 100 000 hommes de troupes, recrutés parmi les éléments les plus arriérés de la campagne (l'insoumission est de règle parmi les éléments populaires avancés), ils se trouvaient pour les trois quarts encadrés par les factieux et dans l'impossibilité de tour échapper sans courir de graves dangers... Du côté gouvernemental, les cadres manquaient et les effectifs étaient réduits par l'intégration de certains éléments aux milices. Les efforts du cabinet Giralt pour reconstituer une force militaire indépendante furent suivis avec une particulière attention par l'état-major russe. C'est donc dans le journal moscovite Krasnaia Zvierda que nous puiserons nos renseignements au sujet des résultats obtenus : il constate que le 18 août, les effectifs gouvernementaux se limitaient à trois divisions d'infanterie, à savoir : la première division (Madrid), la troisième (Valence) et ta quatrième (Barcelone), à quoi s'ajoutait la première brigade de montagne, casernée dans la région pyrénéenne de la Catalogne. D'après les Informations soviétiques, il restait le 18 août de l'armée espagnole loyale : 30 bataillons d'infanterie, 2 régiments de cavalerie, 1 régiment de chars, 1 régiment d'artillerie à cheval, 1 groupe d'artillerie antiaérienne, 12 batteries de campagne, 3 bataillons de génie, la régiment clos chemins de fer et diverses petites unités. Si l'on veut bien se donner la peine de comparer ces forces à celles de l'armée fasciste rebelle, on se convaincra sans peine du fait suivant : les milices ouvrières ont joué dans la guerre civile un rôle absolument déterminant, en ce qui concerne l'action guerrière antifasciste. Elles ont porté tout le poids des opérations. Elles auraient pu imposer leur caractère propre à la nature même des opérations. La logique exigeait que les corps militaires loyaux soient fondus dans la milice et non pas la milice intégrée dans l'armée. C'est pourtant ce qu'ont méconnu les « autorités » madrilènes et barcelonaises, en procédant à des tentatives de mobilisation, qui devraient faire pencher la balance dans le sens de l'indifférence politique et entraîner la militarisation des milices.
La première eut lieu fin août et porta sur les classes 1933, 1934 et 1935, qui se trouvaient de la sorte rappelées sous les drapeaux. En Catalogne, cette tentative de mobilisation échoua. L'Espagne Antifasciste publia l'article suivant : La CNT a pris leur cause en mains auprès de Madrid et de la Généralité catalane. Les déclarations des dites recrues se traduisirent d'ailleurs aussitôt en actes : des milliers vinrent spontanément se faire Inscrire aux milices. Et la mobilisation sans distinction de classe ou de volonté révolutionnaire fut abandonnée en ce qui concerne la lutte contre les factieux . D'ailleurs, que Madrid et Barcelone se détrompent : Il ne s'agit pas de la simple répression d'un mouvement « factieux ». Nous sommes en face d'un phénomène social dont la tentative fasciste n'a fait que précipiter l'apparition. Tous ceux qui voudront s'opposer à lui seront balayés. Au contraire, si les sphères dirigeantes en comprennent la puissance et lui laissent le champ libre, ils éviteront des maux irréparables. La CNT a dit à ces jeunes recrues : « Puisqu'il ne s'agit pas de vous dérober à l'accomplissement d'un devoir, nous soutiendrons votre droit : vous combattrez comme miliciens, non comme soldats. » Nous voulons penser que les gouvernements espagnols ne leur refuseront pas ce droit - il le faut. Ils doivent savoir qu'une armée qui combat sous la contrainte, aboutit finalement à la déroute, témoin les armées de Napoléon, qui n'évitèrent ni Waterloo, ni la chute de l'Empire, Les armées de volontaires ont derrière elles toute une épopée, telle celle des combattants de la Révolution française. La CNT sait qu'en appelant les miliciens aux armes, aucun ne se dérobera, car la désertion dans la lutte serait trahison. En même temps qu'elles combattaient la mobilisation, la CNT et la FAI faisaient des efforts gigantesques pour assurer l'armement, l'équipement, l'instruction, le ravitaillement et la direction de nouvelles colonnes de miliciens. Piquées d'émulation, les organisations socialistes, communistes et républicaines rivalisaient dans le recrutement des combattants, et contribuaient ainsi à assurer la permanence du système milicien. Les rues étaient pleines d'affiches, de banderoles et d'insignes, vers la fin du mois d'août, et les bureaux d'enrôlement improvisés fonctionnaient à plein rendement. Qu'allait-on faire de ces masses de recrues fraîches, au moment oü le fascisme et l'antifascisme formaient des îlots, des zones neutres, des entrelacements inextricables de forces, sans aucun front constitué ? Des masses compactes pour les opposer aux Maures et aux Réquétés rassemblés en toute hâte par Franco ? Ou bien des combattants à la manière révolutionnaire, des propagandistes du fait Insurrectionnel, des guérilleros, des francs-tireurs ? Les experts militaires étaient partagés. Mais, chose étrange, les politiciens civils penchaient tous pour l'armée de masse, craignant probablement de paraître insuffisamment Imbus de l'esprit guerrier et trop peu conscients des « nécessités de l'heure » !
L'Espagne Antifasciste , exprimant le point de vue des «antimilitaristes» de la base, écrivait dans son numéro 4 : La volonté bien arrêtée de certains éléments politiques du Front Populaire espagnol est de combattre la militarisme en lui opposant une technique militaire de même ordre, en. lui faisant une guerre « on règle» à grands coups de corps d'armée et de concentration de matériel, en décrétant la mobilisation obligatoire, en appliquant un plan stratégique sous un commandement unique, bref, en copiant plus ou moins parfaitement le fascisme. Ici-même, nous avons publié l'opinion de camarades qui se sont laissé Influencer par le bolchevisme au point de revendiquer la création d'une «Armée Rouge». Cette attitude nous parait dangereuse à plus d'un point de vue. Il ne faut pas oublier que l'Armée Rouge des bolchéviks est une création du temps de paix, la victoire sur la réaction ayant été avant tout l'œuvre des groupes de « Partisans », avec des méthodes de lutte analogues à celles de la guérilla espagnole. A l'heure actuelle, le problème essentiel n'est pas de transformer la Milice, ensemble de partisans aptes à la guérilla, en une Armée régulière présentant les caractéristiques d'une armée de métier. Le problème est bien plutôt d'élever la technicité propre des formations miliciennes en s'inspirent des conceptions tactiques du Groupe de Combat et de l'Ecole de Section, en vigueur dans les principales armées européennes - et en dotant les Groupes de Combat du matériel approprié (arme automatique, grenade à main et à fusil, etc ... ). Agir autrement, ce serait attendre la décision d'une bataille napoléonienne, dont tous les instruments sont encore à créer, en ce qui , concerne Je camp antifasciste espagnol. Ce serait remettre cette décision aux calendes grecques, éterniser la position actuelle, et dans ce cas remettre au hasard une victoire qui d'avance serait nôtre, si nous savions utiliser pleinement nos armes propres. Le même journal, dans le même numéro se félicitait de l'allure anarchiste des colonnes de la FAI et de la résonance profonde que leur épopée en espadrilles et en bleus de chauffe éveillait dans le cœur des masses : Journellement, de nouvelles levées populaires se produisent à Barcelone. Les contingents, après quelques jours de sommaire préparation, reçoivent leur équipement et font leurs adieux à la capitale par un défilé dans la rue. Au cours de cette marche des volontaires, les honneurs sont rendus au siège de toutes les organisations adhérentes au Comité des Milices Antifascistes, et des clameurs s'échangent entre les camarades qui vont partir et ceux massée aux fenêtres et aux balcons.»
Chaque colonne a sa physionomie particulière, plus distincte encore que les emblèmes qu'elle porte. Les détachements communistes et socialistes se distinguent par une certaine raideur militaire, la présence de pelotons de cavalerie et d'armes spéciales, une formation plus massive, le pas cadencé, les poings levés. Les forces du POUM, celles de la police et des Catalanistes sont remarquées pour la beauté et la richesse des équipements. Les camarades de la FAI et de la CNT, eux, défilent sans chœurs parlés et sans orchestre, mais lorsqu'ils passent pour se rendre vers de nouveaux combats, eux que la légende populaire a surnommé « los Aguiluchos » (les Aiglons), c'est toute une « Symphonie héroïque » qui s'improvise par la profonde communion des volontaires et de la foule. Les voici, en trois files écartées, clairsemées, Irrégulières, agitées, homme par homme, entrecoupées de brusques remous, d'une longueur interminable. En tête, sur une seule ligne, l'état-major en cote bleue d'ouvriers. Il se compose de militants syndicalistes connus ; à la CNT chaque organisateur ou propagandiste se double d'un guérillero, d'un homme d'action et d'un combattant. A Barcelone même, les hommes qui le jour contrôlent l'économie du pays et s'asseyent dans les fauteuils désertés par les banquiers, prennent le soir le pistolet ou le fusil de milicien pour procéder de leurs propres mains à la liquidation des éléments fascistes, dont les repaires sont encore nombreux en territoire catalan. Aucune barrière ne sépare donc, dans les rangs anarchistes, les manieurs de mitrailleuse et de machines à écrire, ceux de l'arrière et ceux du front. Pas de « chefs » professionnels, mais des entraîneurs d'hommes ayant payé et payant chaque jour de leur personne. Pas de spécialisation bureaucratique, mais des militants complets, révolutionnaires de la tête aux pieds. A travers les larges avenues, les trois minces torrents humains charrient avec eux toute une foule. Auprès du milicien en calot noir et rouge, l'arme à la bretelle, marche un ami, un enfant, une mère, une compagne, une sœur, parfois toute une famille de parents, et d'amis. Des saluts s'échangent, des noms jaillissent, des mains se serrent, des copains c'atelier échangent une embrassade fraternelle, et C'est tout un peuple qui envahit la colonne, en comble les intervalles, et J'emporte dans la chaleur de son cœur ardent. » Sur le chemin de la file du milieu, une vieille en cheveux gris s'est postas ; et chaque homme qui passe, chacun sans distinction, recevra en passant l'adieu maternel de cette, femme, Des centaines et des centaines d'hommes emportent ainsi l'étreinte énergique et, brève, l'étreinte maladroite et passionnée, l'étreinte suprême d'une maman inconnue, qui reconnaît tous les gars de la FAI pour ses enfants, s'accroche un Instant à leurs bras, répétant un millier de fois la déchirants seconde du départ. Alors un cri s'envole de cette foule, claquant au vent comme des ailes de mouettes : Vive la FAI ! Vive la Anarquia ! Et celui qui entend ce cri comprend alors que l'UGT, la CNT, le PSUC, tous les noms de partis et de groupes, ne sont que des choses, des mots d'ordre, des initiales, mais que la FAI (« la Faille » comme on prononce ici), est une femme: fiancée, compagne, sœur, fille et mère idéale de tous ceux dont le cœur bat d'amour pour la liberté. » Logique des sentiments, dira-t-on. Mais cette logique n'est-elle celle des révolutions ? ... Car s'il en était autrement, on ne pourrait expliquer la place énorme prise dans la propagande de tous les groupements en faveur du prétendu « commandement unique ». A. Prudhommeaux. Cahiers de Terre Libre, 1937 Autres articles : 1864 / 1939 chronologie de l'Espagne Rouge et Noire ; A lire : A voir, à écouter :
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