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le Front populaire à travers le Libertaire, Mai/Juin 1936
L'heure du syndicalisme révolutionnaire est arrivée ; Chez Salmson à Billancourt ; Les freineurs démasqués ;

L'heure du syndicalisme révolutionnaire est arrivée
Frémont le Libertaire 1er mai 1936 Dimanche,

le "Peuple souverain" a voté. La victoire tant attendue du Front populaire est établie. Maintenant, il va falloir agir. La situation économique actuelle nécessite des solutions hardies. Les hommes qui ont capitulé devant le mur d'argent en 26, devant l'émeute en 34, sont incapables d'envisager ces solutions. Les fonctionnaires, au moment de l'application des décrets-lois, ont manifesté aux cris de :
" Daladier au pouvoir, la police avec nous. "
Si nous donnons tout son sens à ce cri, Daladier au pouvoir, cela voulait dire que, lorsque ce dernier sera de nouveau au gouvernement, ces décrets de misère disparaîtraient. Aujourd'hui, le Front populaire est moins affirmatif, on parle seulement de les humaniser.
C'est une capitulation anticipée.

La crise budgétaire, l'assaut de la finance, qui est déjà commencé, détermineront une aggravation de la crise économique, la lutte des classes va s'accentuer. La désillusion sera grande. Jusqu'alors, le parti socialiste, malgré l'exemple malheureux de tous ses partis-frères en Europe, s'est toujours maintenu par une démagogie adroite. Son argument décisif était qu'il n'avait jamais été amené à prendre le Pouvoir : demain, il y sera. Toutes les habiletés de Léon Blum ne pourront que retarder l'échéance de la faillite, mais ne l'éviteront pas. L'heure n'est plus aux habiletés politiques, aux combinaisons de couloir, elle est à l'action.
Le terrible problème du chômage est là, il faut le résoudre. Il faut donner à manger à ceux qui ont faim : l'adresse peut permettre d'échapper à certaines mais ne résout rien. On dit souvent que l'Histoire est un éternel recommencement Si cela n'est pas absolument exact, il est certain que les mêmes situations déterminent des réactions à peu près identiques. Si l'on se reporte à la fin du siècle dernier, au moment de l'Affaire Dreyfus, on retrouve une situation politique assez semblable à celle présente. A cette époque aussi, une sorte de Front populaire s'était constitué pour lutter contre l'antisémitisme, le nationalisme, qui représentaient le fascisme de ce temps.
Dès la victoire, les partis politiques se sont précipités à la curée, ce fut l'époque où fleurit le millerandisme. Mais la classe ouvrière, se détournant de ces partis, affirma son droit de cité.
Des hommes venus de l'anarchisme, du socialisme révolutionnaire se rencontrèrent sur cette plate-forme nouvelle, le syndicalisme révolutionnaire.
Sous leur influence, les organisations économiques du prolétariat ce déclarèrent majeures, elles prétendirent que, par leur propre action directe sur le terrain du travail, dans les luttes journalières, les travailleurs trouveraient la voie de leur émancipation. Ce fut cette idée-force qui anima le syndicalisme français d'avant-guerre.
Et lorsque l'on voit les dirigeants de la C.G T. à la recherche d'une idée-force, d'une mystique, on est en droit de sourire, lorsqu'on les voit tenter de les établir autour de leur fameux plan de travail.

Une idée-force ?
Mais le syndicalisme la possède en lui-même. C'est l'affirmation de la capacité créatrice des masses ouvrières. Mais aujourd'hui les chefs de la C.G.T. sont devenus sceptiques, ils n'y croient plus. Ils n'ont plus confiance que dans un bon gouvernement qui voudra bien condescendre à prendre leur plan au sérieux.
Pourtant malgré eux, la classe ouvrière passera d'ici peu à l'action, poussée par les nécessités économiques. Les dirigeants confédérés devront rompre avec le Front populaire s'ils ne veulent pas se couper de leurs troupes.
Alors face à la banqueroute des partis, comme après l'Affaire Dreyfus le syndicalisme révolutionnaire deviendra le pôle attractif des ouvriers désillusionnés. Cela est indispensable ou alors le fascisme l'emportera.

Donc une fois de plus, il sera prouvé que le prolétariat ne doit attendre que de lui-même sa libération. Les solutions révolutionnaires à la crise s'imposeront dans tous les esprits. Face aux partis politiques et à tous les gouvernements la classe ouvrière devra revendiquer son droit à la possession et à la gestion des moyens de production et d'échange.
Elle seule est capable d'établir une juste répartition de la production.
L'heure du syndicalisme révolutionnaire est arrivé.
Dès maintenant la minorité de la C.G.T. se doit de l'affirmer.

Frémont

Chez Salmson à Billancourt
Un gréviste libertaire - le Libertaire 19 juin 1936

Nous avons occupé l'usine à 2 200 ouvriers et techniciens dans un enthousiasme général et une discipline, non pas imposée par tel ou tel chef mais librement consentie. Aussitôt la grève déclenchée ; un nommé Conte du rayon communiste de Boulogne est venu prendre la parole, soi-disant pour nous aider à arracher nos revendications, c'est-à-dire le contrat collectif. Il a fait un discours vraiment " action directe ". Mais le lendemain, le même a commencé à nous casser les oreilles avec la politique du parti communiste, nous disant que la direction avait fait de grandes concessions en nous accordant 25 centimes d'augmentation de l'heure, des lampes pour les W.C. et des chiffons pour nettoyer les machines. Mais des protestations s'élevèrent dans tous les coins, des grévistes allèrent jusqu'à le traiter de " vendu ". Aussi, unanimement, l'assemblée fit comprendre que le mouvement déclenché était social, qu'elle ne voulait pas entendre parler politique et qu'elle voulait faire ses affaires elle-même. C'est ainsi que le 8 au soir, la direction nous accordait tous les paragraphes du contrat collectif, à condition que cela ne s'appelle pas "contrat collectif ".
Le lendemain dans les journaux dit "ouvriers", dans Le Peuple on annonçait une grande victoire constituée par l'accord Matignon, victoire de 7% à 15%. Ces nouvelles furent accueillies avec colère.
La direction se retran-chait derrière cet accord. Mais, grâce à l'attitude décidée des ouvriers, jeudi à 23 heures l'usine était évacuée avec entière satisfaction. Pour finir je tiens à dire que le seul moyen pour les ouvriers d'arracher leurs revendications c'est l'action directe et non pas la confiance en des politiciens qui ne pensent qu'à freiner l'ardeur révolutionnaire.

Un vendeur du Lib. pendant l'occupation de l'usine Hispano Suiza

LES FREINEURS DEMASQUES
non signé - le libertaire 19 juin 1936

Les métallos de la région parisienne se sont rebiffés contre les fonctionnaires syndicaux qui prétendaient leur faire encaisser l'accord Matignon. Leurs délégués l'ont bien montré en adoptant à la réunion du 10 juin, la résolution suivante : 587 délégués représentant 243 usines métallurgiques de la région parisienne réunis à la Maison des Syndicats, 8, avenue Mathurin-Moreau, affirment leur complet accord et leur entière solidarité avec le syndicat des métaux.
Ils enregistrent comme une importante victoire nationale l'accord signé le 7 juin entre les représentants de la C.G.T. et du groupe patronal de la Production française, sous la présidence du président du conseil.
Tenant compte des conditions particulières de la région pari-sienne, des taux anormalement bas payés dans de nombreuses usines, ils ne peuvent accepter l'application dudit accord sans un rajustement préalable et sérieux des salaires.
D'autre part, après un examen minutieux de la situation, les délégués ont indiqué avec force que la suspension des pourparlers par l'Union des industries métallurgiques, mécaniques et connexes de la région parisienne a eu la fâcheuse conséquence de développer le mécontentement dans les usines.
De plus, la longueur actuelle des pourparlers sur le contrat collectif et la résistance des directions d'usines à discuter les revendications particulières, déterminent les ouvriers à penser que leur effort pour mettre fin au conflit n'est pas partagé par la chambre syndicale patronale. Aussi, ils décident de limiter à 48 heures le délai accordé pour la signature dudit contrat, c'est-à-dire au 12 juin à 18 heures.
Au cas où ce délai ne serait pas respecté, les délégués exprimant la volonté des ouvriers métallurgiques, demandent :
· Que les usines travaillant pour la guerre et pour l'Etat soient nationalisées, leur fonctionnement étant assuré par le personnel technique et ouvrier, sous le contrôle des ministères intéressés ;
· Que tous les moyens légaux soient utilisés pour mettre les autres industriels dans l'obligation de signer le contrat collectif.
Toutefois, les délégués pensent qu'il ne sera pas utile de recourir a ces moyens et que le contrat collectif sera signé dans les délais précités. Ceci est d'autant plus facile que la discussion a permis d'examiner d'une façon précise tous les points en litige.
L'assemblée des délégués des usines de la métallurgie de la Région Parisienne.
Mais que penser de l'Humanité du lendemain qui publiait cet entrefilet :
" Contre les fausses nouvelles : Les ennemis du peuple lancent à jet continu de fausses nouvelles destinées à provoquer la panique. Ils font courir le bruit que les ouvriers en grève veulent faire marcher les usines. Des journalistes réactionnaires propageaient hier ces canards dans les couloirs de la Chambre. Mais les grévistes sont assez forts pour ne pas faciliter les manœuvres grossières de leurs pires adversaires. "
Le secrétariat du parti communiste.
Sans doute le journal des masses prenait-il les 587 délégués pour des "provocateurs".


Autres articles :
le 1er Mai 1936 ; Blum à l'action contre l'Espagne ouvrière ; La révolution espagnole d'abord ;
témoignage sur les grèves de 1936
; la fin misérable de l'expérience Blum (1937) ;
Le mouvement anarchiste dans les années 30' ;
du contrat collectif au contrôle ouvrier ;
L'échec de la troisième CGT à Limoges (CGT-SR) 1924 1939 ;
Les anarchistes français et l'Espagne libertaire : interview de Nicolas Faucier et Paul Lapeyre ;

SOS pour l'Espagne. Editorial de Terre Libre 17 décembre 1936 ;
Le 9 juillet 1936, le Front populaire choisit les Jeux Olympiques d'Hitler plutôt que les Olympiades populaires de Barcelone
;

A lire :
l'Espagne Libertaire de Gaston Leval
(Editions du Monde Libertaire) ; L'Espagne libertaire (Revue La Rue N° 37) ;
le Front Populaire à travers le Libertaire
(Editions du Vent du ch'min) ; Front populaire, révolution manquée (Daniel Guérin)

 

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