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Nicolas Faucier
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Au cours de la vigoureuse action qu'ils ont su conduire victorieusement
contre le patronat supérieurement organisé, les travailleurs ont acquis
de précieux enseignements qu'ils devront savoir utiliser dans la lutte
constante qu'ils ont à mener pour leur affranchissement.
Après avoir longtemps négligé l'organisation syndicale, minée par des
divisions intestines, ils ont compris aujourd'hui la nécessité du groupement
et imposé du même coup au patronat la reconnaissance du droit syndical
et l'établissement d'un contrat collectif mettant fin aux abus dont ils
furent trop longtemps les victimes.
Mais ce n'est là que le début de la tâche à accomplir, et, ces premiers
avantages acquis, les vainqueurs d'un jour auraient tort de les considérer
comme définitifs et de s'en remettre, pour leur application, a la loyauté
de leurs exploiteurs qui n'ont aujourd'hui qu'un but: reconquérir, par
tous les moyens, le terrain perdu.
Il semble cependant que, cette fois, les travailleurs, groupés dans une
organisation puissante, ne sont guère disposés à se laisser ravir le fruit
de leur victoire. Au sein de l'entreprise, ils s'organisent pour consolider
les améliorations obtenues. Les sections syndicales fonctionnent, les
collecteurs de cotisations sont désignés : le monde du travail, à pied-d'œuvre,
prend conscience de sa dignité et du rôle social qui lui incombe. Par
l'intermédiaire de délégués judicieusement choisis parmi les meilleurs
et les plus compétents, les travailleurs ont maintenant la possibilité
de défendre et d'améliorer les conditions de leur exploitation.
Le contrôle permanent sur l'application des lois sociales, le respect
du barème des salaires, l'embauchage et le débauchage, l'hygiène et la
sécurité dans le travail donnent à l'ouvrier le sentiment de sa capacité
à la gestion de l'entreprise.
C'est ce rôle, en effet, qu'il doit se préparer. Le contrat collectif,
pour être efficace et profitable aux intérêts ouvriers, ne doit pas se
borner à réglementer dans la paix sociale les rapports entre patrons et
ouvriers; il doit être le moyen par lequel l'ouvrier étend son contrôle
sur la marche de l'entreprise et revendique en conséquence de meilleures
conditions de vie. Bien entendu, l'application de cette méthode nécessite
un immense travail d'éducation sociale qui doit être entrepris, sans tarder,
par la section d'entreprise, prolongement du syndicat sur le lieu de travail.
Son rôle immédiat consiste à entretenir chez le travailleur la nécessité
de continuer son effort et de mener d'une façon persévérante la lutte
de classes sur le lieu de travail pour augmenter ses avantages. Elle doit,
en outre, s'employer à développer sa compréhension de la lutte revendicative,
à élever sa compétence sur le plan économique qui lui permettra de pénétrer
les rouages du système d'exploitation capitaliste et d'appliquer toujours
plus largement son contrôle pour passer du contrat collectif au contrôle
ouvrier sur la production et le profit capitalistes.
Par des assemblées d'informations à la sortie du travail, par le journal
intérieur de l'entreprise où seront exposées les revendications particulières
à l'entreprise, enfin par une large diffusion des brochures annoncées
par la C.G.T. sur le rôle des délégués d'atelier, le contrat collectif,
le syndicalisme, etc. Cette besogne doit donner d'excellents résultats.
Le contrôle ouvrier ne doit plus, en effet, rester une revendication
théorique.
Les événements de ces dernières années ont consacré définitivement la
faillite d'un régime qui a abouti à créer toujours plus de misère au fur
et à mesure que se développaient les moyens de production. Après le magnifique
mouvement revendicatif qui vient de s'accomplir et qui a démontré la puissance
et la cohésion du mouvement ouvrier, les travailleurs ne sauraient borner
leurs revendications à des augmentations de salaires ou à la cessation
des brimades patronales.
Ils doivent exiger un droit de regard toujours plus étendu sur les conditions
d'exploitation dont ils sont l'objet, afin de dénoncer les contradictions
économiques issues de la loi de profit et se préparer à exercer eux-mêmes
la gestion des moyens de production et d'échange, en vue de l'expropriation
qui reste le but de notre effort commun.
Dans la bataille qui vient de s'engager, le prolétariat a clairement
montré par les méthodes employées, et dont les résultats ont souvent dépassé
ceux fixés par les dirigeants syndicaux, qu'il n'avait qu'une médiocre
confiance en ces derniers et qu'il entendait ne plus s'en remettre à eux
du soin de la défense de ses intérêts par des interventions auprès des
Pouvoirs publics ou des compromis avec le patronat qui tournaient trop
souvent à son détriment.
Dans un sursaut de révolte, à la fois contre ses oppresseurs et les endormeurs
de la paix sociale, il est revenu aux saines conceptions de l'action directe
qui firent leurs preuves dans le passé et qui lui ont rendu sa confiance
en lui-même pour l'accomplissement de sa mission libératrice. Qu'il se
persuade que cette méthode lui sera nécessaire pour écarter de son chemin
les médiateurs de la politique et autres qui multiplient les obstacles
pour maintenir son asservissement.
Le contrôle ouvrier est justement une de ces formes d'action directe
par laquelle la classe ouvrière affirme elle-même sa capacité à la gestion
future.
C'est cette arme indispensable qui permettra la réalisation de la formule
de Proudhon tant décriée par certains réalistes. et selon laquelle, "
L'atelier remplacera le gouvernement. "
Nicolas faucier
Autres
articles :
le
1er Mai 1936 ; Blum
à l'action contre l'Espagne ouvrière ;
témoignage sur les grèves de 1936 ;
la fin misérable
de l'expérience Blum (1937) ; du
contrat collectif au contrôle ouvrier ;
La
révolution espagnole d'abord ;
Les anarchistes
français et l'Espagne libertaire : interview de Nicolas Faucier
et Paul Lapeyre ; SOS pour l'Espagne. Editorial de Terre Libre 17 décembre 1936 ;
Le 9 juillet 1936, le Front populaire choisit les Jeux Olympiques d'Hitler plutôt que les Olympiades populaires de Barcelone ;
A
lire :
l'Espagne Libertaire de Gaston Leval
(Editions du Monde Libertaire)
; L'espagne libertaire (Revue
La Rue N° 37) ;
le Front Populaire à travers le libertaire (Editions
du Vent du ch'min) ; Front populaire, révolution manquée
(Daniel Guérin) ; Dans la mêlée sociale (Nicolas
Faucier) ;
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