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Cipriano Mera était en prison le 19 juillet 1936 (pour avoir organisé
une grève générale dans le bâtiment). Il fût
libéré par des camarades et parti immédiatement à
la conquête des abords de Madrid.

distribution
des armes à Mardid le 19 juillet.
Dans les jours qui suivirent :
Il devait être 11 heures
du matin, le 28 -rapporte Hera- lorsque nous commençâmes notre marche
en direction de Cuenca. Nous étions cent cinquante camarades et possédions
deux mitrailleuses et un fusil-mitrailleur dont Verardini nous avait appris
le fonctionnement. Parmi nous, se trouvaient des camarades connus comme
le déjà cité Verardini, Luzon, Acracio Ruiz et Casado.
A Tarancon, nous tombâmes sur une colonne formée par la Fédération locale
de la C.N.T. de Madrid, dirigée par Amor Nuno et composée de cent hommes...
Ces camarades, apparemment informés, nous apprirent qu'ils attendaient
des instructions pour aller combattre à Valence les militaires consignés
qui se prépa. raient à fomenter la rébellion.
Nous continuâmes notre route et à quatre heures de l'après-midi, nous
arrivions à Cuenca. Avant d'entrer dans la ville, quelques camarades y
pénétrèrent pour annoncer la venue de mille hommes armés avec un bataillon
de mitrailleuses et une batterie de tir rapide.
Le retour de ces camarades confirma certaines réticences observées par
la Garde civile.
Sans découvrir nos intentons, nous prîmes toutes les mesures de sécurité
nécessaires. Ayant disposé nos forces aux alentours de la caserne, nous
nous adressâmes au gouverneur pour lui signaler que nous allions ouvrir
le feu contre la caserne, en insistant sur le tait que le supposé bataillon
de mitrailleuses et les mille hommes se tenaient à l'entrée de la ville
prêts, sur mon ordre, à faire sauter la caserne et tous ceux qui s'y trouvaient,
sans épargner personne.
Les choses ne se firent pas attendre.
Je fus convoqué par le gouverneur dans son bureau.
Je n'assurerais pas que ce fut la conséquence de mon discours, mais il
me déclara que la Garde civile, trois cents hommes en tout, et leurs chefs
et officiers se mettaient à la disposition de la République.
Je fis comprendre au gouverneur que toutes les armes devaient rester en
dépôt à la caserne et qu'il fallait préparer un train spécial pour conduire
l'ensemble des gardes civils à Madrid afin de les mettre à la disposition
du Commandement supérieur.
Le gouverneur hésitait à donner un tel ordre.
Notre exigence, cependant, eut raison de la timidité du gouverneur.
Sur les 8 heures du soir, les gardes civils étaient acheminés vers Madrid
et cessaient de représenter un danger pour Cuenca. La ville était gagnée
à notre Cause.
Durant trois jours, nous avons
parcouru, comme il nous le fut demandé, la province.
Nous passâmes, entre autres, par Tobar et Tragacete ainsi que par la région
de Villanueva de Alcoron, Zaorejas et Canizares, observant que les populations
sympathisaient plus avec les fascistes qu'avec la cause républicaine.
La situation ne présentant cependant aucun danger majeur, la présence
sur place de nos forces était inutile. De retour à Cuenca, nous fîmes
un rapport au gouverneur...
les
milices confédérales
Ensuite Mera
se présenta sans tarder au Comité régional et rendit compte de son séjour
à Cuenca et dans la province. Il écrit à ce sujet :
Une fois clarifiée la situation, des syndicats de la C.N.T. et de l'U.G.T.
avaient été constitués, parfois aussi des sections de partis politiques.
Parmi les adhérents de dernière heure, certains étaient indubitablement
sincères, mais il était indéniable que nombre d'individus, hostiles à
la cause du peuple, occupaient dans ces organisations des postes de responsabilité,
par opportunisme.
Nous suggérâmes au camarade Val d'entreprendre une, nécessaire campagne
de propagande.
Celle-ci devait être organisée rapidement et sur une large échelle par
des hommes doués de finesse et possédant la formation doctrinale nécessaire
pour contrecarrer la propagande menée par la droite et développer le niveau
de conscience de ces gens qui, pour l'instant, étaient plus avec cette
droite que de notre côté.
Pour parvenir à convaincre ces gens que nous ne correspondions pas à l'image
donnée de nous par nos détracteurs et leur faire comprendre que notre
combat avait pour but de changer les conditions de vie des exploités,
nos envoyés devaient, nécessairement, faire preuve d'une éthique irréprochable.
Il fallait tenir compte du fait que la plupart des paysans de ces zones
libérées étaient des petits propriétaires, relativement indépendants.
J'exposai à Val un cas digne d'intérêt qui s'était produit dans le village
de Canizares.
Là, nous avions fouillé la ferme d'un propriétaire foncier, disparu avant
le soulèvement militaire, et avions procédé à la distribution aux plus
nécessiteux du village de quelques centaines d'œufs et de poules. Cependant,
au fur et à mesure que s'opérait le partage, et sans que nous nous en
rendîmes compte, les gens rapportaient tout ce que nous leur avions distribué
à la ferme en question.
Ils montraient ainsi leur peur de devoir affronter la colère du propriétaire
après son éventuel retour. Tel était l'état de pauvreté morale dans lequel
se trouvaient la plupart des habitants de ces villages. Toute campagne
de propagande devait, par conséquent, être réalisée avec beaucoup de tact
et par des hommes ayant une conduite indiscutable.
Cipriano Mera à Paris dans les années 60'
La bataille de Madrid
:
L'ennemi était véritablement aux portes de Madrid.
Il fallait donc agir rapidement, mais avec précautions. Les préparatifs
pour le transfert à Madrid des mille volontaires eurent lieu le 7, non
sans problèmes d'ailleurs car mille combattants supplémentaires s'étaient
portés volontaires et il fallut les convaincre de ne pas dégarnir les
fronts.
Les renforts arrivèrent à Madrid le 8, vers six heures du matin. Les troupes
furent cantonnées pour moitié dans une caserne située dans le Pacifico,
l'autre moitié occupant les locaux annexes de la rédaction de "Campo libre",
rue Fuencarral.
Mera, accompagné de Verardini, se rendit immédiatement au ministère
de la Guerre pour consulter l'état-major... Grande fut notre surprise,
raconte Mera, en nous apercevant qu'il n'y avait personne pour nous recevoir.
Que se passait-il ?
Il semblait que tout le monde avait pris la poudre d'escampette.
Nous trouvâmes finalement un gardien ou ordonnance à qui nous demandâmes
où était passé l'état-major. L'homme en question nous dit, tout attristé,
ne rien savoir, mais ajouta, cependant, qu'il avait remarqué durant la
nuit un grand va-et-vient de voitures qui, apparemment, se dépêchaient
de rejoindre Valence avant que les fascistes ne coupent les voies de communication.
Il nous dit pour finir avoir entendu que le général Miaja se trouvait
dans les caves du ministère des Finances.
Nous nous y rendîmes sans perdre de temps. Vers onze heures, nous pénétrions,
pour la première fois, au ministère des Finances. On nous indiqua le bureau
de Miaja, que nous voyions également pour la première fois. Il était en
compagnie du commandant Rojo et notre commandant Palacios était également
présent, ainsi que le camarade Val.
Ce dernier nous présenta à Miaja qui, visiblement surpris, se dirigea
vers moi ?
- Ainsi, c'est toi Mera !
- Oui, monsieur. A votre disposition !
- Eh bien, vous tombez bien. Vous savez déjà ce qui est arrivé : le gouvernement
nous a abandonnés et il ne reste ici que quelques hommes de bonne volonté.
Mais les ministres se rendront bientôt à l'évidence ; Madrid ne tombera
pas aux mains de l'ennemi. Nos hommes ont découvert, en fouillant les
papiers d'un officier factieux trouvé mort, le plan des opérations qu'il
avait sur lui. Nous savons qu'une colonne doit entrer par la Cité universitaire
pour gagner les hauteurs du parc de l'Ouest et qu'une autre, partant de
Garabitas, doit prendre la direction du pont San Fernando pour occuper
les hauteurs de la Moncloa et progresser jusqu'à l'asile de la Paloma.
?
- Ainsi, le gouvernement considère Madrid perdu d'avance alors que l'ennemi
doit l'occuper après-demain ?
- En effet, mais si chacun y met du sien, Madrid continuera à nous appartenir.
?
- Alors, général, vous pouvez compter sur mille volontaires aguerris au
combat, dont je réponds...
B. Durruti
Les troupes confédérales furent
envoyées dans le secteur de la Casa-de-Campo, où les combats faisaient
rage. Elles résistèrent héroïquement aux attaques fascistes et subirent
de très nombreuses pertes. Comme les combats ne diminuaient pas en intensité,
il fallut faire appel à de nombreux renforts. Parmi ceux-ci, la légende
a retenu celui que représentait la colonne Durruti. Le 16, en effet, Durruti
et ses hommes arrivaient à Madrid et étaient immédiatement dirigés vers
les tranchées pour y livrer leur premier combat dans la capitale.
Dans la soirée du 16, une importante réunion eut lieu au siège. Au Comité
de défense de la C.N.T. Mera, bien évidemment y assista. Voici ce qu'il
en dit :
Le soir, vers dix heures, je lut convoque en urgence au Comité de défense
de la C.N.T. par téléphone. Je m'y rendis immédiatement. Au siège du Comité,
rue Serrano, étaient présents Val, Durruti, Garcia Oliver, Federica Montseny,
Manzana (assistant de Durruti), Yoldi et d'autres camarades.
Nous nous saluâmes... Durruti voulut connaître mon opinion sur la situation
à Madrid.
Je lui donnai...
Puis je dis à Durruti :
- Il paraît qu tu est venu avec seize mille hommes... ?
- Non, seulement, quatre ou cinq mille. Comment crois-tu que nous devrions
contre-attaquer, me demanda-t-il. ?
En premier, il est nécessaire de regrouper nos deux colonnes sous tes
ordres. Nous devrions ensuite attaquer en masse les fascistes de façon
à couper leurs communications ou, mieux encore, pour libérer la route
de la Bombilla et la partie correspondante de la Casa-del-Campo...
Si l'on te demande d'attaque frontalement avec les hommes, c'est qu'on
souhaite ton échec.
Mets-toi bien dans la tête, Buenaventura, que nos ennemis ne sont pas
tous dans l'autre camp. Le général Miala semble être correct avec nous,
mais il est entouré de communistes et ceux-ci ne veulent pas que Durrutti,
le célèbre guérillero anarchiste, inscrive la défense de Madrid à son
actif quand, à travers leurs affiches et autres moyens de propagande,
ils se prétendent les seuls défenseurs... ?
- Je le sais, Cipriano ; je voulais venir à Madrid avec l'ensemble de
la colonne qui opérait sur le front d'Aragon. Ce fut notre propre organisation
qui exigea de ne transférer ici qu'une partie de la colonne, pour redresser
la situation. Le gouvernement insista également, vu la gravité de la situation.
Les forces confédérales
venues d'Aragon participèrent à de très nombreux combats, aux environs
de l'hôpital Clinico. Ce fut à leur côté que Mera passa, en compagnie
de Durruti, une bonne partie de la journée du 19. En quittant Durruti,
Mera lui donna rendez-vous en fin d'après-midi au siège du comité de Défense.
L'entretien prévu n'eut malheureusement pas lieu,…
Durruti fut mortellement blessé dans l'après-midi.
extrait
des mémoires d'un anarcho-syndicaliste.

Juillet 1936
: Madrid les miliciens arment un camion (Album photo)
Qui
était Cipriano MERA SANZ (1897-1975) ?
De père manuvre, il devra faire des petits boulots jusqu'à
l'âge de 16 ans où il entre comme "pinche" dans
le bâtiment. Il est syndiqué par son père à
l'UGT. Il apprend à lire vers 20 ans. Il fréquente les anarchistes
après l'attentat contre Eduardo Dato (chef du conseil des ministres).
Après la dictature de Primo de Rivera, il se syndique à
la CNT et y organise le syndicat du bâtiment de Madrid dont il sera
le secrétaire.
Il participe à la création des groupes de défense
confédérés. En 1933, avec Durruti et Issac Puentes,
il forme partie du comité révolutionnaire de Saragosse.
Début1936, il est emprisoné pour avoir organisé une
grève générale dans le bâtiment, il en sort
et organise les combats pour la prise du "Cuartel de la Montaña"
à Alcala de Henares, Guadalajara.
Avec Buenaventura Durruti, il organise la défense de Madrid, et
à la mort de celui-ci, il prend la direction des colonnes anarchistes
du front de Madrid. Partisan de la militarisation des colonnes de la CNT
il prendra la tête de la 14ème division, puis le commandement
du 4ème corps d'armée qui gagnera la bataille de Guadalajara
contre les Italiens où il sera promu au grade de lieutenant-colonel.
Plusieurs fois il échappera aux attentats et intrigues des communistes
contre sa personne. En 1938, il dirige une manuvre militaire pour
détourner les forces ennemies du front de Catalogne et engage la
bataille de Sacecorbo où il gagne 20 Km à l'ennemi.
A la fin de la guerre (mars 1939) il s'oppose au soulèvement communiste
et participe à la "junta de defensa " du général
Casado avec l'accord de la CNT du Centre. Exilé en Algérie
et au Maroc il sera extradé par le gouvernement de Pétain
vers l'Espagne où après plusieurs années de prison,
il sera libéré et fuira en France. Il militera dans la CNT
en exil créant le D.I. (Defensa Interior) chargé -nottament-
des opérations clandestines de la CNT dans l'espagne franquiste.
En 1965 il contribue au Plenum de Montpellier, qui réunifie la
CNT pour un temps. Lors de la scission de la CNT, il fondera le journal
Frente Libertario. .
Il meurt à Paris, quelques semaines avant Franco.
Centre Ascaso
Durruti. (cliquez)
les
affiches de la Guerre d'Espagne.
Autres
Articles :
1936, à la veille de la révolution ;
l'autogestion et l'oeuvre constructive
des anarchistes :
La
CNT et l'éducation ; Amposta
village collectivisé (Catalogne)
Les collectivisations
en Espagne (A. Souchy) ; Calenda
: le communisme libertaire en Aragon ;
les coopératives
dans les collectivités libertaires en Aragon 1936 1939 ;
Gaston Leval et l'Espagne libertaire ; Principes
et enseignements des collectivisations (G. Leval)
Les industies
collectivisées (Vernon Richard) ;
Pourquoi les taxis
de Barcelonne sont-ils rouges & noirs ? ;
Mujeres
libres ; Portraits
de femmes anarchistes ; Femmes
dans la guerre et dans la révolution ;
Les FIJL (Fédération
ibérique des jeunesses libertaires) ; Buenaventura
Durruti ;
Cinéaste
militant sur le front d'Aragon interview d'Adrien Porchet ;
l'industrie du
spectacle socialisée à Barcelone (témoignage
de L. Mercier Véga) ;
1936-1939,
cinéma guerre et révolution en Espagne : Ni Hollywood !
Ni Moscou !
le Syndicat des dessinateurs profesionnels de Barcelone (SDP UGT) ;
Guerre ou Révolution
en Espagne 1936 - 1939
?
18
et 19 juillet 1936, riposte ouvrière face au coup d'Etat fasciste
à Barcelone (racontée par Abel Paz) ;
Le 19 juillet
1936 dans les Asturies ;
Mai 37 : la contre révolution
stalinienne ; la
Tchéka en Espagne ; les
fossoyeurs de la révolution ? ;
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la militarisation et la discipline ;
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; Ortiz un général
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Structure et organisation
de la Colonne de Fer (Columna de hierro) ;
Le Plénum
des colonnes confédérales et anarchistes Février
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A propos du film de
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A
lire :
l'Espagne
Libertaire de Gaston Leval
(Editions du Monde Libertaire)
; L'espagne libertaire (Revue
La Rue N° 37) ; Hommage
à la Catalogne
(G. Orwell) ; Collectivité
à Calenda (Editions
de la CNT) ; Autogestion
et Anarchosyndicalisme (F.
Mintz) ; Bonaventura Durruti
(Abel Paz)
; Enseignements de la révolution espagnole (Vernon
Richard) ; Mujeres Libres
(Edition du Monde libertaire)
; les anarchistes espagnol (José Peirats)
Le communisme libertaire (Isaac Puente) ;
Espagne 36. Les affiches des combattant-e-s de la Liberté ! (co-édition Libertaires et Monde Libertaire)
A
voir, à écouter :
Ortiz un général
sans dieu ni maître (Vidéo) ; Un autre futur de Richard Prost
(en quatre parties) ;
DE toda la vida ;
A la barricadas : enregistré
à Barcelone été 1936 (1,1 Mg)
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