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Deux sites
consacrés aux cinéma et à l'anarchisme :
CIRA
Anarcho-Punk
!
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Appartenant
à une famille de cinéastes suisses,
Adrien Porchet, son frère Robert et leur père Arthur s'établirent
au printemps 1931 en Espagne.
Il travaille comme chefs opérateurs sur des comédies et
des drames de long métrage.
Michel Froidevaux (*), a rencontré Adrien Porchet à Genève,
en 1981.
Il revient sur son action de militant cinéaste pendant la guerre
d'Espagne.
A. Porchet :
A cette époque, dit-il, je n'avais pas d'opinions politiques, je
n'en ai pas tellement maintenant non plus, mais je lis les journaux, je
m'informé... A ce moment-là, j'étais syndiqué
à la CNT, au Syndicat des spectacles publics. J'avais une très
mauvaise réputation vis-à-vis de certains producteurs et
metteurs en scène, parce que je défendais les ouvriers,
les électriciens, les machinistes. A midi, j'aurais dû aller
manger au restaurant avec la direction, tandis que le personnel technique
n'avait droit qu'à des plats froids. Alors je leur ai dit qu' il
n'y a rien à faire, je préfère rester avec mes copains
de la technique. Il y eut aussi des histoires, car parfois je disais à
mes copains : Venez, on va aussi au restaurant. On me prenait pour
un révolutionnaire, pour un agitateur. Avec les bons rapports que
j'entretenais avec le personnel technique, les autres chefs opérateurs
commencèrent à me faire des réclamations sous le
prétexte que je ramassais tout le boulot ; c'est vrai qu'il m'arrivait
de travailler sur deux films en même temps, à raison de deux
fois sept heures par jour, sautant d'une production à l'autre.
Tournage
sur le front d'Aragon
Lors du pronuticiamiento,
Adrien Porchet, âgé de 29 ans, se trouvait à Barcelone.
J'étais en train de finir un film qui s'appelait Hogueras de
la noche -Feux dans la nuit- (titre prémonitoire !)
et le soir du 19 juillet je ne m'étais pas rendu compte qu'il allait
y avoir une révolution je croyais qu'il s'agissait de nouveau de
grèves, de manifestations. Très peu de temps après,
des miliciens du syndicat des spectacles publics de la CNT sont venus
au studio et nous ont dit qu'ils avaient besoin d'un opérateur
pour le front. Alors, ils m'ont embarqué au front.
Porchet partit avec
une des premières colonnes de miliciens vers l'Aragon, où
il fait partie de la colonne Durruti à Bujalaroz, près de
Huesca. À la tête d'une équipe cinématographique
de neuf miliciens, il est le seul à posséder de réelles
connaissances techniques :
Nous travaillions en 35 mm. J'avais une Debrie de 120 mètres et
deux petites Bell & Howell 30 mètres à la main, celles
que j'utilisais le plus. Un jour, il y eut une attaque de la cavalerie
et de l'aviation fasciste, à une dizaine de kilomètres plus
loin.
On m'a dit : Tu viens au front avec nous. Je leur ai répondu :
Je fais mes actualités et mes films de guerre ici.
L'un d'entre eux m'a collé un revolver aux fesses, en m'avertissant
: Soit tu viens au front avec nous, soit tu restes ici.
Et c'est ainsi que j'ai été en première ligne et
que le me suis mis à filmer directement les combats. Peu à
peu, je me suis habitué à la guerre, je participais aux
réunions d'état-major. Je me souviens que Durruti m'avait
engueulé en me recommandant de poser ma caméra et de prendre
un fusil, mais je lui avais répondu : Je leur donne plus de
courage, à tes hommes, avec mon appareil qu'avec un fusil !
J'avais une totale indépendance dans le choix de mes sujets. J'aurais
même pu filmer des exécutions de fascistes ou de curés,
mais ça, je ne l'ai jamais voulu. Au front, je menais la même
vie que les miliciens, Il y avait des moments de grand calme et dans l'ensemble
une très bonne ambiance entre les miliciens, en raison du sens,
poussé de l'autodiscipline.
Les bobines étaient envoyées à Barcelone pour être
développées. Pour le son, il existait des camions d'enregistrement,
mais l'opérateur qui s'occupait du camion du son de la Fox nous
avait déclaré qu'il était d'accord d'assurer la sonorisation,
à condition qu'on lui tire une ligne du front à Barcelone,
sinon il refusait. Alors, bien sûr, on 'a pas pu tourner avec du
son !
Ce qui fut vraiment dur, c'était de devoir filmer, avec ma caméra
sur l'épaule, des copains miliciens blessés ou tués.
Mais, dans ces moments-là, on a une autre mentalité. Lorsque,
en novembre 1936, Durruti est parti défendre Madrid avec certains
éléments de sa colonne, je suis retourné vivre à
Barcelone.
Les cinémas
de Barcelone ré-ouvrirent début aout 1936.
Porchet continua de travailler
pour le syndicat des spectacles publics de la CNT, Il fut le chef opérateur
du premier long métrage produit par ce syndicat, Aurora de Esperanza.
Il tourna ensuite des actualités pour la CNT, couvrant des manifestations,
des congrès, etc. Durant les événements de mai 37,
Porchet et sa caméra étaient aux premières loges
et il filma, entre autres, les combats de la Telefonica, sur la place
de Catalogne, qui furent le prélude à ces jours sanglants.
Adrien Porchet quitta Barcelone peu avant l'entrée de, l'armée
nationaliste, Il parvint à emporter avec lui quelques négatifs,
qu'il cédera plus tard à l'agence Havas et au New York-Herald
Tribune de Paris,
Les Pyrénées
franchies, une autre vie était à recommencer dans l'exil,
puisque ce Suisse avait fait de l'Espagne sa terre d'adoption et qu'il
y avait entrepris des démarches pour se faire naturaliser. Avec
son épouse et sa fillette, il se réfugia d'abord à
Paris puis regagna, au début de la Deuxième Guerre mondiale,
la Suisse ou il a continué à travailler comme cinéaste.
De cette époque agitée
et difficile, Porchet conserve le souvenir d'un enthousiasme largement
partagé, "beaucoup de gens souhaitant modifier profondément
la société". Il conserve une grande estime pour Buenaventura
Durruti et se souvient, avec émotion, de Félix Marquet,
un milicien qu'il forma au front comme cameraman.
Outre son travail de directeur de la photographie pour Aurora de Esperanza,
Adrien Porchet a signé la photographie d'une dizaine de films tournés
au front d'Aragon.
entretient réalisé
par Michel Froidevaux
Texte paru aux Editions Noir
(*)M. Froidevaux est l'auteur d'une thèse sur la
presse anarchiste en Catalogne, 1936-1937,
Image du film : Aurora de Esperanza
Les spectacles
à Barcelone
Il est réconfortant pour les miliciens qui descendent du front
(en mission ou en convalescence) de voir que toute la vie économique
fonctionne normalement dans le pays. Rien ne manque aux familles ouvrières
et petites-bourgeoises de Catalogne et des territoires occupés
par les troupes anti-fascistes, cela grâce à l'excellente
organisation des usines, des transports et du ravitaillement par les syndicats.
Les restaurants sont pleins, les grands magasins gérés par
la CNT fourmillent d'acheteurs.
Un étranger arrivant d'un pays lointain et non averti de la situation
ne croirait pas qu'à quelques centaines de kilomètres, parfois
à quelques kilomètres de l'endroit où chacun travaille,
mange et dort en toute tranquillité, les mitrailleuses crépitent
et le sort de l'Espagne se joue.
Le syndicat des spectacles publics en pleine tourmente révolutionnaire
s'est emparé de toute l'industrie du spectacle, théâtres
et cinés. Chaque salle possède son comité d'organisation
où sont représentées les diverses catégories
du personnel. Comme premières mesures, les prix des places a été
réduit considérablement, le pourboire supprimé, les
billets de faveur également ; les salaires ont été
augmentés dans de fortes proportion, en même temps que les
journées de travail étaient diminuées.
Mais en plus, le syndicat tente déjà de rapprocher l'art
et le peuple. De grands concerts sont donnés sur les principales
places de Barcelone et les chants populaires alternent avec de vastes
fresques symphoniques des meilleurs compositeurs.
L'industrie cinématographique espagnole, très réduite
jusqu'à présent, parait de voir prendre une rapide extension.
Il nous a été donné de comparer deux bandes documentaires
sur les milices révolutionnaires. L'une sortant des ateliers d'une
entreprise étrangère bourgeoise, simples prises de vue de
défilés, de groupes, de quelques détails intéressants.
L'autre, entièrement fabriquée par les travailleurs du syndicat
des spectacles et celui des musiciens, avec commentaires du militant anarchiste
Toryho et qui, d'un bout à l'autre, est parcourue d'un puissant
souffle populaire.
Cela s'explique si l'on songe que l'opérateur -Adrien Porcher-
vit comme militant sur le front d'Aragon, se bat comme eux et que son
appareil ne le quitte pas plus que sa carabine Winchester.
Il n'est pas exagéré de croire que le ciné espagnol
-qui en est à ses débuts- pourra en se développant
conserver un net caractère social semblable à celui du cinéma
russe à ses débuts. Actuellement, l'ensemble de l'industrie
du spectacle vit sur le pied de guerre, c'est-à-dire que financièrement
elle ne subsiste aisément et de renouvellement du matériel,
mais les résultats du début laissent l'avenir plein d'espoirs.
Louis Mercier Véga
(Milicien de la Colonne Durruti)
Le Libertaire, 9 octobre 1936.
Billet d'entrée
du cinéma Capitol.
(édité par le comité économique
du syndicat des spectacles CNT)
Autres
articles :
1936,
à la veille de la révolution ;
18
et 19 juillet 1936, la riposte ouvrière face au coup d'Etat fasciste
à Barcelone (racontée par Abel Paz) ;
Le 19 juillet
1936 dans les Asturies ; Eté
1936, la défense de Madrid (vue par Cipriano Méra) ;
L'autogestion et la construction d'une société
libertaire :
La
CNT et l'éducation ; Amposta
village collectivisé (Catalogne) ; Les
collectivisations en Espagne (A. Souchy) ;
Calenda : le communisme libertaire en Aragon ; les
coopératives dans les collectivités libertaires en Aragon
1936 1939 ;
Gaston Leval et l'Espagne libertaire ; Principes
et enseignements des collectivisations (G. Leval)
Les industies
collectivisées (Vernon Richard) ;
Pourquoi les taxis
de Barcelonne sont-ils rouges & noirs ? ;
Mujeres
libres (femmes libres) ; Portraits
de femmes anarchistes ; Femmes
dans la guerre et dans la révolution ;
Les FIJL et la révolution
(Fédération ibérique des jeunesses libertaires)
;
1936/19..,
Estampe de la révolution Espagnole (témoignage d'une
femme dans la tourmente révolutionnaire).
1936-1939,
cinéma guerre et révolution en Espagne : Ni Hollywood !
Ni Moscou !
Armand
Guerra cinéaste anarchiste
;
le Syndicat des dessinateurs profesionnels de Barcelone (SDP UGT) ;
Guerre ou/et
Révolution en Espagne 1936 - 1939
?
Mai 37 : la contre révolution
stalinienne ; la
Tchéka en Espagne ; les
fossoyeurs de la révolution ? ;
les milices anarcho-syndicalistes,
la militarisation et la discipline ;
la Colonne Durruti
; Ortiz un général
sans Dieu, sans Maître ;
Structure et organisation
de la Colonne de Fer (Columna de hierro) ;
Le Plénum
des colonnes confédérales et anarchistes Février
1937 ;
A propos du film de
Ken Loach "Land et Freedom" ; 1937,
les crimes staliniens en Aragon (Gaston Leval) ;
Lettre ouverte
à la Camarade Frederica Montseny, avril 1937 (C. Berneri) ; Miliciens OUI ! Soldats jamais !
Biographies
:
Ramon Acin, artiste
anarchiste espagnol fusillé par les franquiste en juillet 1936
;
Camillo Berneri
et Francisco Barbieri ; Buenaventura
Durruti ; Jose
Ester Borras et le "réseau d'évasion Ponzan" ;
A
lire :
Les anarchistes à l'écran
(Bulletin du CIRA entièrement consacré au cinéma)
;
Le cinéma et la Révolution Espagnole
(brochure des Editions Réflex)
;
l'Espagne Libertaire de Gaston Leval
(Editions du Monde Libertaire)
; L'espagne libertaire (Revue
La Rue N° 37) ; Hommage à la Catalogne (G. Orwell) ; Collectivité à Calenda (Editions
de la CNT) ; Autogestion et Anarchosyndicalisme
(F. Mintz) ;
Bonaventura Durruti (Abel Paz) ; Enseignements de la révolution espagnole (Vernon
Richard) ;
Mujeres Libres (Edition du Monde
libertaire) ; les anarchistes
espagnols (José Peirats)
Le communisme libertaire (Isaac Puente) ; Ils ont osé !
(Edition du Monde libertaire);
Espagne 36. Les affiches des combattant-e-s de la Liberté ! (co-édition Libertaires et Monde Libertaire)
A
voir, à écouter :
Ortiz un général
sans dieu ni maître (Vidéo) ; Un autre futur de Richard
Prost (en quatre parties) ;
A la barricadas : enregistré
à Barcelone été 1936 (1,1 Mg)
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